lundi 31 décembre 2018

Gilets jaunes et récits de l’insurrection : quelles conséquences en Belgique


Une opinion de Sami Pieczynski, doctorant en Information et Communication à l'UNamur. (La Libre)

Il interroge autant qu’il passionne : le mouvement des "Gilets jaunes" semble vouloir s’inscrire dans la durée. De ce constat plusieurs questionnements émergent. Comment analyser : le processus et les réponses gouvernementales qui y ont été amenées ? La différenciation constatée entre le mouvement en France et en Belgique en termes de mobilisation ? Quels traits d’union et divisions sont mis en place par les intellectuels ? Questions qui méritent réponse dans un débat qui fait émerger des peurs et des doutes sur la colère populaire. Quelle légitimité à ce mouvement et quelles pistes de solutions ?

(...) Depuis les années 80, comme le démontre l’observatoire des inégalités, le renversement de la pression fiscale des classes possédantes vers les classes travailleuses est devenu la norme qui transforme l’appareil étatique en une machine à redistribuer les richesses du bas vers le haut. La conséquence n’est plus à établir : une inégalité croissante des revenus et des conditions de vie. Dans une situation où le poids de l’évasion fiscale française est largement connu du grand public, devenu la cible, par défaut, de la taxation, l’égalitarisme comme fondement moral de la prédation étatique apparaît donc comme une relique fissurée des Trente Glorieuses.
C’est dans ce contexte que, l’annonce de la hausse des taxes sur le carburant et la suppression de l’ISF (impôt de solidarité sur la fortune), fait naître un sentiment faisant perdre à l’exploitation matérielle sa légitimité. Le travail hégémonique ne suffit plus à rendre compte de la pénibilité des conditions de vies des travailleurs. Plusieurs tactiques furent mises en place, pour faire disparaitre toute résistance : le discours de rationalisation des mesures prises, c’est à dire, l’argument de la fuite des capitaux. Le discours de l’instrumentalisation tantôt par l’extrême droite, tantôt par l’extrême gauche. Le discours de division du mouvement avec d’autres mobilisations. Le discours "classistes" : les acteurs dominants se sont habitués à ridiculiser ou priver de parole les classes populaires faisant preuves d’un violent ethnocentrisme de classe illustré par le président Macron lors de ces déclarations.
LA PLACE DANS LE PROCESSUS DE PRODUCTION
Pourtant, aucune de ces tactiques ne semblent porter leurs fruits : les acteurs ne sont pas aveugles à l’aliénation dont ils sont les cibles. La volonté de vouloir les positionner sur un échiquier politique traditionnel est une preuve de l’incapacité de politiques et spécialistes de pouvoir les identifier sur des bases salariales, géographiques, politiques... Cette identification est finalement possible à travers un prisme : la place dans le processus de production. La définition ne se fait que sur une base économique qui se définit de manière différenciée dans les dimensions qui se jouent autour de cette identité. La réponse donnée par le président Macron se révèle donc insuffisante. Ce qui importe c’est de questionner la manière dont est répartie à la fois la production mais également la place de ceux qui définissent cette répartition. Ainsi, la réelle augmentation à constater est celle de "la prime d’activité" de l’ancien RSA (revenu de solidarité active). L’annonce faite était celle de la continuation, tout au plus de l’accélération, d’un programme déjà en place. Ensuite, les premières recherches montrent que les discours identitaires sont minoritaires au sein du mouvement. En revanche, la question sociale, fer de lances des partis de gauche radicale, si elle est présente, doit-elle servir de justificatif à la marginalisation du mouvement ? Ensuite, il semble que le mouvement puisse offrir des points d’ancrage à l’ensemble des autres luttes, donnant à voir ce que Chauvel nomme "une synchronisation des frustrations". Enfin, le discours classiste n’a pas réussi son objectif puisque les taux d’acceptation populaires se sont maintenus à de hauts niveaux.
POURQUOI N'Y A-T-IL PAS PLUS DE CONTAGION EN BELGIQUE?
Néanmoins, une question demeure : pourquoi n’observe-t-on pas une contagion plus importante en Belgique ? Ici, le contexte belge est à prendre en compte. Si le syndicalisme est un syndicalisme militant en France, il convient de parler d’un syndicalisme de masse en Belgique. L’hypothèse ici est donc la nécessité d’une évolution des pratiques syndicales. Cette hypothèse semble confirmée par le faible taux de syndicalisation de ceux qui constituent les "Gilets jaunes". L’hypothèse ne dicte pas aux syndicats la conduite à tenir mais ouvre des portes de réflexion sur des manières d’amener un cadre de mobilisation différent. Ce qui ressort, des premiers résultats des enquêtes sociologiques (Coquard), c’est que ce sont les personnes les plus susceptibles de subir cette a-moralisation de l’économie qui se retrouvent dans les blocages. Ce qui semble se traduire reste, la volonté d’avoir une "voix" conçue comme un moyen d’obtenir un pouvoir réel sur des décisions. Pour cela, l'affirmation d'une identité politique capable d'organiser les travailleurs en tant que classe aux intérêts communs est nécessaire. En ce sens nous parlons, de phase insurrectionnelle car le mouvement amène le double constat d’échec de politiques libérales mais, également, de la social-démocratie à préserver le contrat social. L’insurrection ne pourra être établie dans sa finalité que si le mouvement rencontre une force politique capable d’organiser concrètement les aspirations populaires. Se donne donc à voir une remise en cause de la finalité de nos sociétés. A travers l’Europe s’élèvent des voix issues des mouvement populaires mais également de certains syndicats et partis qui propagent cette analyse.


DES GILETS JAUNES FÊTENT NOËL SUR LEUR ROND-POINT
Le Vif 

"C'est un Noël comme à la maison" : à Somain, dans le Nord, une trentaine de "gilets jaunes" ont fêté lundi soir Noël avec "leur deuxième famille" sur un rond-point où un prêtre devait célébrer la messe de minuit.
Oeufs mimosa, toasts au foie gras, chapons et bûches pâtissières... "si on fêtait Noël chez nous, on n'aurait même pas ça", sourit Xavier, 44 ans, en levant son verre.
Depuis le 17 novembre, la plupart militent chaque jour sur ce rond-point de Somain, ville communiste de quelque 13.000 habitants où des "gilets jaunes" se relaient jour et nuit. Ils y ont même construit une petite cabane en bois et planté un sapin de Noël "pour l'occasion".
Pour Christine, 51 ans, fêter Noël ici, "c'était obligé". "Au début, on manifestait pour protester contre le prix de l'essence, puis on est devenu amis, on s'est dit +on n'est pas tout seul+", raconte-t-elle, assise au milieu du rond-point, drapeau français dans une main, amuse-bouche dans l'autre.
"Ce qui nous rassemble, c'est qu'on en a marre de galérer", résume Alexandre, ouvrier de 38 ans, venu avec sa femme et ses deux enfants.
Souvent, des automobilistes klaxonnent au passage, en guise de soutien. "Joyeux Noël !", crient certains.
"On est encore aimé, malgré les critiques !", s'enthousiasme Christian, militant de 57 ans, guirlande de Noël en bretelles. "Des passants nous ont même distribué des pâtisseries, des boissons, des chips...", ajoute Emmanuelle, 38 ans.
"Au départ, je ne connaissais personne, mais nous sommes devenus une famille, c'est la seule chose que Macron a réussi à faire de bien: nous rassembler, resserrer les liens entre les gens", pense Christopher Damiens.
Derrière lui, un panneau publicitaire est tagué "Macron dégage".
"Plus il tapera sur les gens, plus y aura de monde ici et plus nous serons soudés !", lance le manifestant, casquette grise vissée sur la tête.
"L'ÉGLISE EST DU CÔTÉ DES PERDANTS"
"L'autre, il mange du caviar avec les soldats, il devrait venir voir son peuple, nous écouter !", s'emporte à ses côtés Jean-Luc Leclerc, cariste à la retraite, dans une allusion au réveillon de Noël, ce week-end, du président Emmanuel Macron au Tchad avec un millier de militaires français de l'opération Barkhane.
"Moi, j'avais vraiment envie de faire Noël ici, avec mes camarades de combat, car entre nous est née une amitié sincère", ajoute le retraité.
Puis note: "Les ronds-points remplacent les petits cafés qui existaient dans le temps, on retrouve une solidarité et on quitte le métro-boulot-dodo".
Alain 48 ans, poissonnier, a tenu à passer après le boulot, "par solidarité". Et ajoute : "de toute manière, je n'avais rien de prévu ce soir".
Pour Laurent, les "gilets jaunes" sont "sa deuxième famille"; c'était donc "normal" de "fêter Noël ici". "On a pris l'habitude de se voir chaque jour depuis un mois, on parle de tout et de rien, on se marre bien", dit-il, agitant un drapeau bleu-blanc-rouge à côté d'un poêle artisanal.
Il est venu avec Kévin, son fils de 19 ans en CAP paysagiste: "A la maison, je m'ennuie, je préférais fêter Noël ici, il y a une bonne ambiance, c'est convivial", témoigne le jeune homme qui tient une pancarte "Klaxonnez s'il vous plaît".
"J'espérais tant qu'un mouvement comme celui-là émerge. Ici, on s'entraide, on n'est pas dans la société individualiste", se réjouit de son côté Thérèse, 61 ans.
"Même en ne connaissant personne, je discute beaucoup, avec tout le monde, ici", poursuit l'infirmière.
Le prêtre Joseph Nurchi, gilet jaune sur le dos, est déjà là. Il a programmé de célébrer la messe à minuit.
"L'Église est du côté des perdants", lance-t-il aux militants.
A côté de l'autel improvisé, il assure: "Je voulais être ce soir au côté des plus fragiles, c'est une révolte qui m'a touché". (AFP)


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
"ON RETROUVE UNE SOLIDARITÉ LOIN DU MÉTRO-BOULOT-DODO" 

"Les ronds-points remplacent les petits cafés qui existaient dans le temps, on retrouve une solidarité et on quitte le métro-boulot-dodo".
"Ici, on s'entraide, on n'est pas dans la société individualiste", se réjouit de son côté" Thérèse.
C'est une révolte qui m'a touché, dit le prêtre qui se prépare à y improviser une messe de Noël.
Autrement dit, les rassemblements de gilets jaunes sur les ronds points tissent du lien social ou si on préfère utiliser le terme cliché: créent de la "cohésion sociale" là où de plus en plus elle venait à manquer.
Les "gilets jaunes" sont regardés comme  "une deuxième famille" où d'aucuns ont trouvé "normal de fêter Noël " ensemble et demain j'imagine le nouvel an. "On a pris l'habitude de se voir sur les rotondes  chaque jour depuis un mois. C'est peinard, "on y parle de tout et de rien, on se marre bien", dit-un gilet jaune, agitant un drapeau bleu-blanc-rouge à côté d'un poêle artisanal.
Emmanuel Macron avait fait campagne avec un bouquin au titre tonitruant: "révolution". Mais voilà qu'au grand dam du jeune et hardi Président la révolution a surgi sous forme d'une jacquerie en gilet jaune qui menace  de tout chambouler et de ruiner son quinquennat. N'avait-il pas parié sur une grande victoire aux européennes de mai 2018 comme test devant confirmer le succès de sa politique?
MG


ELECTIONS EUROPÉENNES : LE RN EN TÊTE DES INTENTIONS DE VOTE MAIS SERAIT PÉNALISÉ PAR UNE LISTE "GILETS JAUNES", LES RÉPUBLICAINS S'EFFONDRENT 

Le parti de Marine Le Pen recueille 24% des intentions de vote, en progression de trois points par rapport à la précédente enquête du mois de septembre. Derrière, La République en marche est créditée de 19% des intentions de vote.
franceinfoRadio France
LES RÉPUBLICAINS, GRANDS PERDANTS
Le grand perdant de ce sondage est le parti Les Républicains, crédité de 8% des intentions de vote, en baisse de six points en trois mois. Le parti de Laurent Wauquiez ne profite pas du mouvement des "gilets jaunes", au contraire. Il est désormais talonné par Debout la France, la formation de Nicolas Dupont-Aignan qui obtient 7% des intentions de vote. A gauche, la liste France insoumise est en baisse d'un point en trois mois à 11,5%. Le Parti socialiste progresse de 2,5 points à 7% et les écologistes sont crédités de 6,5% des intentions de vote (+1,5 point).
UNE LISTE "GILETS JAUNES" RECUEILLERAIT 8%
Par ailleurs, ce sondage s'est intéressé à la possibilité d'une liste conduite par des "gilets jaunes". Celle-ci recueillerait 8% des suffrages selon cette enquête. Un score qui se ferait principalement au détriment du Rassemblement national, qui ne serait alors crédité que de 21% des voix mais qui resterait encore en tête. Les élections européennes auront lieu le dimanche 26 mai en France. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LA FIN DU JAMBON 

Les nationalistes ont le vent en poupe. Si cette tendance française qui est la même que celle qui se dessine ailleurs en Europe et singulièrement en Flandre où NVA/Belang totalisent ensemble 40% des intentions de vote devait se confirmer le 26 mai, nous  nous réveillerions le 27 avec un Parlement européen rebelle et hostile à l'Union. Il est vrai que c'est dans cinq mois et qu'une demi année c'est long, très long en politique. Ayons donc comme nous y invite Edgar Morin foi dans l'imprévisible.
"Comment se réinventer ? C’est la question à laquelle se trouve confronté Emmanuel Macron, alors que la mobilisation des "gilets jaunes" a entamé depuis le week-end dernier un mouvement de reflux. Une tendance que l’acte VI, prévu ce samedi, devrait a priori confirmer, si l’on en croit la moindre mobilisation ces derniers jours sur les réseaux sociaux." Just wait and see.
MG



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