jeudi 13 décembre 2018

Le déséquilibre Nord-Sud en Belgique ne concerne pas que la croissance économique ou les situations budgétaires, il touche aussi au volume d’informations.

Béatrice Delvaux 

Chaque soir de la semaine, alors que les Belges francophones regardent un film,
une série ou un match de foot, un certain public flamand se régale d’une heure
d’information approfondie sur ce qui fait l’actualité de la Belgique et du monde.
Un régal!
Il faut que vous le sachiez: le déséquilibre Nord-Sud en Belgique ne concerne
pas que la croissance économique ou les situations budgétaires, il touche aussi
au volume d’informations. Alors que le Belge francophone est calé dans son
fauteuil après les JT devant une série, un film ou un match de foot, un certain
public flamand est, lui, en immersion dans un bain d’interviews longues,
d’analyses de haute tenue en lien avec l’actualité du jour. Et pas que flamande:
de tout ce qui se passe en Belgique, même francophone et dans le monde.
De 20 à 21h, chaque jour de la semaine, la Flandre peut se nourrir de
Terzake suivi de De Afspraak. Le premier talk-show est animé par un couple
d’intervieweuses redoutées car coriaces et très au fait de leurs dossiers.
Annelies Beck et Kathleen Cools sont ainsi autant louées qu’insultées sur les
médias sociaux par des obsédés de l’opinion.
D’un à trois thèmes sont abordés avec les protagonistes principaux en studio,
toujours l’aide d’experts et pour les sujets étrangers des entretiens avec
des correspondants des télés hollandaises en direct.
Le second talk-show est animé par Bart Schols ou Phara de Aguirre.
Ils invitent quatre intervenants d’horizons et d’opinions différentes à venir
parler de l’actualité et de leur actualité. Anne Teresa De Keersmaeker y est
écoutée religieusement par Jean-Marie De Decker dans une émission qui
évoque le corps comme lieu de spiritualité et les fraudes du football.
Le vendredi, c’est notre chroniqueur et journaliste politique à la VRT,
Ivan De Vadder qui s’empare de De Afspraak op Vrijdag pour faire avec trois
personnalités le tour très critique de la semaine politique écoulée.
EXPLICATION ET CONFRONTATION
C’est passionnant, intéressant et impactant parce que ces entretiens prennent
le temps de l’explication et osent la confrontation sur le fond avec des
intervenants de premier plan. Hors de question d’ailleurs pour le chef
politique du Soir de «fermer boutique» sans avoir regardé les deux émissions:
il s’y passe ou on y apprend – toujours quelque chose.
Ce lundi, Bart De Wever y balançait entre neuf citations de «Marrakech»,
son « quasi-coup d’Etat » pour qualifier le gouvernement minoritaire
Michel II. L’interview du président de la N-VA présentait deux intérêts:
ses réponses mais tout autant les questions posées par l’autre perle de cette
émission, Pieterjan De Smedt. Pour Terzake, ce jeune journaliste poursuit
les hommes et femmes politiques partout où ils se trouvent pour les soumettre
à un entretien sans concession et quasi sans fin. L’homme a désormais imposé
sa marque de fabrique.
Dans la même émission, vous pouviez découvrir un peu plus tard, une interview
chahutée de Steve Bannon, l’ex-inspirateur d’extrême droite de Trump, venu
passer le week-end à Bruxelles avec ses amis du Vlaams Belang et Marine Le Pen.
Le Pacte migratoire? Il y a été ausculté sous tous ces angles avec des politiciens
de tous bords, des professeurs de droit international – parfois durant plus
de 15 minutes. Le succès est d’ailleurs au rendez-vous: quelque
275.000 spectateurs étaient branchés dès 20h ce lundi sur Terzake.
RIEN DE COMPARABLE CÔTÉ FRANCOPHONE
Rien de tout cela en télé francophone? Rien de comparable en tout cas.
Jeudi en Prime a rempli avec succès une case le jeudi soir à la RTBF et
C’est votre avis a performé avec les gilets jaunes mercredi dernier.
Mais rien de quotidien à la flamande ou à la façon du C’est dans l’Air de
France 5. Des projets mis sur table par des journalistes de la chaîne publique
ont été refusés par peur du manque d’audience. La télé en continu LN24,
en train de se constituer, aurait l’idée de combler le vide.
Sur le terrain audiovisuel, c’est en fait la radio qui apporte cette
qualité d’approfondissement quotidienne, proche du travail des journaux, avec
le «CQFD» d’Arnaud Ruyssen sur La Première de 17h30 à 20h00
Le meilleur du nord à portée du sud?
C’est donc possible en direct mais c’était jouable aussi en différé via le site DaarDaar qui propose chaque jour au public belge francophone des
traductions de la presse flamande.
« Notre projet se trouve aujourd’hui dans une situation financière très difficile,
car nous ne sommes jamais parvenus à trouver suffisamment de subsides pour
nous soutenir, ni à développer un modèle nous permettant de tenir sur le long
terme », nous explique Joyce Azar qui a créé DaarDaar en novembre 2014
avec une petite équipe de bénévoles qui doit rémunérer les traducteurs et
verser les droits d’auteurs aux quotidiens flamands.
« Un vrai trésor », écrit l’écrivain Thomas Gunzig dans une lettre ouverte,
appelant sur les réseaux sociaux à soutenir le site. « Non, DaarDaar ne peut
pas disparaître. Parce qu’il nous permet, à nous francophones, de mieux
comprendre nos «voisins» flamands. parce qu’il leur permet à eux,
les Belges du nord du pays, d’être mieux compris au sud. (…)
Parce qu’il est toujours utile de s’intéresser à ce qui se passe juste à côté de
chez nous, au-delà des clichés et des idées reçues. Parce que DaarDaar
jette tout simplement des ponts entre les communautés ».
CONNAÎTRE L’AUTRE
Thomas Gunzig a été rejoint par l’écrivain et historien David Van Reybrouck,
le cinéaste Jaco Van Dormael, l’écrivaine Aline Dieudonné, le politologue
Dave Sinardet, Phara De Aguirre de la VRT etc.
L’auteur de ces lignes a signé également: Le Soir est depuis très longtemps
convaincu de cette nécessité de la connaissance de l’autre, au nord du pays.
Ce «Visa pour la Flandre», en alternance avec «La lettre d’Ivan De Vadder»,
n’en est qu’une petite incarnation.
Cet appel semble avoir été entendu: ce mercredi au Parlement de la Fédération
Wallonie Bruxelles, le gouvernement s’est dit ouvert à contribuer à la
pérennité de Daardaar, la RTBF évoquait, elle, un potentiel partenariat.
« A concrétiser mais des étapes positives ont été franchies » twittait l’écolo
Stéphane Hazée.
Allez ouf, le fil nord-sud n’est toujours pas rompu.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

Une fois de plus, bravo Béatrice Delvaux! Quelle chance nous avons de l'avoir. Je confirme sans réserve ce qu'elle dit. Je suis accro de ces émissions quotidiennes flamandes et aussi  de "c'est dans l'air" sur la CINQ.  Il règne à la VRT un vrai esprit de Libre examen critique et vigilent au service du discernement citoyen.
D'accord aussi pour dire que la RTBF radio n'est pas en reste. Je l'écoute régulièrement lors de mes navettes Bxl-Ardennes .
Quel contraste avec la médiocrité de l'information brouillonne, rageuse, partisane, réductrice  et peu fiable que diffusent en boucle les réseaux sociaux.
MG

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