vendredi 21 décembre 2018

Oui, l'adoption du pacte migratoire valait bien une crise.

Béatrice Delveaux 

Hier soir à Bruxelles, tout le monde semblait soudain s’en moquer comme de colin-tampon. Et pourtant... Imaginez la scène. L’hémicycle des Nations unies à New York, mercredi soir, au moment du vote du «Global Compact for Migration», avec la Belgique dans le groupuscule des cinq pays qui votent «non». Ou, si on en croit les secrets d’alcôve politiques version N-VA, dans le groupe des 12 pays qui se sont abstenus. Ou, version lâche, «oubliant» comme 24 autres d’appuyer sur le bouton…
Mais non, rien de tout cela. Cette honte nous a été épargnée: notre pays figurait hier dans le camp des 152 «oui» au pacte migratoire. Et qu’on arrête de faire croire qu’il s’agit de 152 dangereux naïfs ou de criminels partisans des frontières ouvertes, autorisant une «invasion». Cette vision du pacte toujours aujourd’hui déversée par les partis d’extrême droite et les populistes, le Vlaams Belang et la N-VA en Belgique, relève de la propagande mensongère et, plus grave, torpille l’un des mécanismes qui permet non pas de faire exploser la migration, mais de la réguler. Le pacte est un outil pour gérer les flux, pas un laissez-passer.
Et donc, oui, l’adoption de ce pacte, qui ne suscitait hier chez nous qu’un grand silence, valait bien une crise. Le seul regret aujourd’hui est que le débat public belge sur ce texte ait eu lieu en fin de course, plombé, perverti et dénaturé par la guerre de communication menée contre lui depuis le camp nationaliste.
Rappelons donc: la véritable vertu de ce pacte, au contenu pour le reste assez vide, est d’acter 1) que la migration est de fait un problème qui se pose au monde et 2) qu’il se résout, mais en coopération, et jamais seul.
Quoi? Les flux migratoires, cela se gère? Oui, et pas en dressant des murs. Deux exemples récents sont venus le montrer. EnAllemagne, c’est le patronat qui vient de saluer le «wir schaffen das» auquel il ne croyait pas: il loue l’adaptation de la main-d’œuvre «réfugiée» et demande un assouplissement des procédures d’accueil. En Hongrie, où le manque de main-d’œuvre est également criant, on résout le problème par l’absurde en faisant voter une loi qui prévoit un quota d’heures de travail «gratis» pour la population «d’origine», histoire de ne pas recourir à l’apport d’étrangers. Les experts n’ont cessé de le répéter depuis des mois: le monde occidental a besoin des migrants pour combler son déficit démographique. D’où la nécessité d’une politique migratoire ordonnée et coordonnée.
Osons ce débat ouvert, sans tabou, adulte avant les élections: la migration est un sujet qui mérite des arguments, des confrontations. Le monde politique ne doit pas ignorer les questions légitimes des citoyens ou plaquer des solutions morales, politiquement correctes ou caricaturales. La Belgique francophone est d’ailleurs le lieu parfait pour s’y risquer: notre espace public ne sera pas directement pollué en campagne par les outrances des extrêmes et des nationalistes. C’est une occasion rêvée de montrer que le politique traite les citoyens avec respect, comme des adultes responsables, qu’ils sont: ne la ratons pas.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

"Osons ce débat ouvert, sans tabou, adulte avant les élections: la migration est un sujet qui mérite des arguments, des confrontations. Le monde politique ne doit pas ignorer les questions légitimes des citoyens ou plaquer des solutions morales, politiquement correctes ou caricaturales. La Belgique francophone est d’ailleurs le lieu parfait pour s’y risquer"
La crise actuelle est une occasion manquée pour la démocratie parlementaire.  Les partis d'opposition de gauche ont refusé d' accepter la main tendue  du premier ministre et ont adopté au contraire une motion de censure; le premier ministre s'est aussitôt rendu chez le roi.
Le Parlement a clairement  manqué l'occasion de redevenir le centre du pouvoir et de la vie politique belge.
Avec sa proposition de " coalition des volontaires " pour former des majorités par thèmes,  le Premier ministre a clairement tendu une perche au Parlement qui n'en a pas voulu.  Le Parlement serait pourtant  redevenu l'enceinte où les propositions législatives orientent la politique générale.
Le Parlement a succombé une fois de plus à la maladie chronique dont souffre la démocratie parlementaire belge: la particratie, ce système où ce ne sont pas les députés qui choisissent les grandes  options mais leurs  directions convaincues que le parti sait  ce que les électeurs veulent est carrément non démocratique.
Qu'il fasse partie de la majorité ou de la  minorité, le député lambda n'a rien à dire. Il appuie sur le bouton que le bureau du parti lui indique. Et ont s'étonnera encore de la monté de l'apolitisme.
Le centre du pouvoir aurait pu revenir au parlement, si les partis avaient décidé de sortir du carcan de l'opposition et avaient libéré la décision de leurs députés  pendant les cinq mois qui viennent pour rechercher des coalitions à spectre variable selon les thèmes sans que la discipline de parti ne pèse sur eux.
Que voilà une belle  occasion manquée pour la démocratie parlementaire. Mais avec un gouvernement des affaires courantes, cela peut, peut-être  encore s'envisager. Mais surtout les vieilles obsessions communautaires vont sortir du frigo.
MG


2019 SIGNERA LE RETOUR DU CONFÉDÉRALISME
Le Vif

Pour la N-VA, le confédéralisme se réinvitera pleinement sur la scène électorale en 2019, au besoin, sans réforme constitutionnelle, puisque les nationalistes, désormais hors du gouvernement fédéral, risquent de voir leur échapper une liste de révision de la loi fondamentale, qui aurait pu satisfaire leurs ambitions.
"La Flandre a tout en main pour appartenir au gratin des pays européens. Le confédéralisme est la clé d'une prospérité accrue", a estimé vendredi matin le ministre-président flamand Geert Bourgeois (N-VA) sur la VRT (radio).
L'agenda communautaire a été rangé au frigo durant quatre ans et demi d'une législature où, sur le plan sociétal, l'accent a surtout été mis sur la question identitaire, a souligné M. Bourgeois. Mais alors que ses ex-partenaires de la coalition suédoise répètent à l'envi que les nationalistes ont quitté le gouvernement après avor fait volte-face sur le pacte des migrations, la N-VA persiste à dire qu'elle a été jetée hors de l'équipe Michel. Le communautaire sera dès lors de retour.
"Le communautaire n'a jamais disparu des tablettes du parti mais nous avions convenu de ne pas le mettre à l'agenda", confirme Geert Bourgeois. "L'identitaire est un des fers de lance du parti, mais nous allons le décliner sous différentes formes. La Flandre a tout en main pour rejoindre les pays de la Hanse (en référence à l'alliance des villes marchandes prospères du nord de l'Europe au Moyen-Âge, Ndlr), le gratin européen, et le confédéralisme en est la clé. Nous allons jouer pleinement cette carte", a assuré le ministre-président flamand.
Pour réaliser un grand bouleversement communautaire, il siérait avant les élections de déclarer révisable la Constitution, via l'article 195, qui permet de réviser l'ensemble du dispositif, mais pour Geert Bourgeois, ce n'est pas la panacée. "Dans le passé également, il est arrivé que de grandes réformes soient réalisées sans que la Constitution fut soumise à révision", souligne-t-il.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
CONFEDERALISME ET ENSUITE INDEPENDANCE?
Les paris sont ouverts!

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