vendredi 7 décembre 2018

Pacte migratoire: et voici le Premier ministre à titre personnel

PAR BÉATRICE DELVAUX
Le Soir

Mais qu’est-ce qu’il a dit ? » C’était la seule question qui émergeait, ce jeudi, après l’intervention de Charles Michel à la Chambre. Hier, si on a bien compris, le Premier ministre ira à Marrakech comme Premier ministre pour défendre « à titre personnel » la position du Parlement et des Régions. De quoi plaire à la N-VA.
Voilà donc un nouveau concept que le N-VA Peter De Roover, qui sait, lui, parler au « peuple », avait résumé la veille de façon très insultante pour Charles Michel : « Je ne m’intéresse pas aux projets de vacances du Premier ministre. Il fait beau à cette période à Marrakech, c’est idéal pour un city trip. »
Lundi, l’intervention du Premier ministre belge sur le pacte migratoire aura donc le goût de la Belgique, l’apparence de la Belgique, mais ne sera pas la Belgique.
JEU DE POKER MENTEUR
Ce jeu de poker menteur sous couvert du respect de la Constitution et du souci d’assumer ses responsabilités vu les enjeux sur la table, vise surtout à sauver le Premier ministre et le gouvernement que le tandem Charles Michel/MR et N-VA s’époumonent de concert à ne pas faire tomber. Les deux « camps », opposés sur la signature du pacte, s’accrochent à l’idée d’un win-win qui ne vaut, hélas, que pour eux, tant il met la crédibilité de la politique en échec.
Au final, ce n’est pas tant l’objectif visé par le Premier ministre qui est en cause. Le pays a en effet besoin d’un gouvernement pour finaliser nombre de dossiers en rade et s’attaquer à tant de problèmes cruciaux. Ce qui est inadmissible, c’est primo, qu’on soit surtout dans la tactique partisane et secundo, que le Premier ministre noie le poisson.
Le citoyen, vu ce qu’il subit depuis des jours, serait en droit de demander à son Premier ministre qu’il lui expose franchement, sans toutes ces contorsions, ce qu’il fait, ne fait pas, et pourquoi, en s’adressant non plus aux votes mais à l’intelligence des « gens ».
UNE AMBIGUÏTÉ VOULUE
Cette ambiguïté voulue et même ciselée est inaudible par des citoyens qui ont eu droit hier à un nouvel acte d’un mauvais théâtre. La défense des principes clairement en jeu mérite mieux et, à tout prendre, on préférait le débat en séance plénière à la Chambre : il fut extrêmement dur, mais au moins nombre de partis ont été cash.
Le Premier ministre et la N-VA ont intérêt à ce que le temps qu’ils octroient à leur participation au gouvernement serve à quelque chose. Le Premier a ainsi évoqué l’enjeu climatique dans son discours et le geste fort de ce dimanche sans un mot sur la trahison que les différents niveaux de pouvoir ont infligée dès le lendemain à ces 75.000 marcheurs. Il faudra plus que des convictions « à titre personnel » pour résoudre ce fossé.
Charles Michel et Bart De Wever doivent aussi faire très attention. La colère et l’agacement des « gens » sont à fleur de peau. Il suffit de regarder par le hublot ministériel vers le sol belge et surtout – à ce stade – français pour se rendre compte à quel point les peuples sont inflammables désormais.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
MARAKRASCH ?

Et donc le pacte migratoire a été voté par la Chambre, et donc fort du soutien du parlement, notre Premier ministre penaud ira à Marrakech en touriste c'est à dire sans l'aval de son gouvernement. Et donc la N-VA est toujours à bord d’un gouvernement qui donc n’est pas vraiment  tombé mais est tombé quand même.
Tout ce « cirque » commente Delvaux  "autour d’un pacte non contraignant. C’est ubuesque, c’est incompréhensible et totalement stupéfiant."  "Ubuesque" certes mais redoutablement dangereux.
Il doit y avoir, dit elle  une stratégie qui nous échappe, vu la qualité de « stratège hors pair » accolée depuis des années à Bart De Wever.
Benoît Lutgen qui pour une fois a vu clair nous livre la clé:
« Le pacte de l’ONU, c’est un pacte pour réguler les migrations. Pourquoi la NV-A n’en veut pas ? Ils n’ont pas envie de régler le problème. C’est leur fonds de commerce. C’est une formation politique qui n’a pas envie de régler le problème. » "Il y a un conseil des ministres vendredi, je ne peux pas imaginer qu’il n’y ait pas de solution. Il faut arrêter ce vaudeville ».
« On écorne l’image de la Belgique sur la scène internationale. La NV-A a propagé sur les réseaux sociaux une campagne d’extrême droite allemande, c’est insupportable. »
Mais soyons lucides, ce Vaudeville grotesque est comme un écran de fumée qui masque un enjeu essentiel: la possible, la très prochaine  évaporation de la Belgique après les élections du 26 mai. En refusant d'approuver le pacte migratoire de l'ONU, écrit Jules Gheude, la N-VA offre un bien beau cadeau de Noël à Charles Michel : la chute du gouvernement.
Nous l'avons écrit maintes fois, il serait judicieux que Charles Michel tire la prise et rompe définitivement son lien de vassalité avec la N-VA. Je vous invite à prendre connaissance des pronostics de Jules Gheude qui est persuadé ,comme nous du reste,  que la Belgique ne survivra pas à la crise de régime qui s'annonce. 
Le moment où se déclenche cette crise est particulièrement mal venu car la colère des gilets jaunes wallons risque demain samedi de prendre comme en France une tournure violente et carrément insurrectionnelle. Demain le quatrième acte de la contestation se jouera à Paris et sans doute aussi dans les rues des grandes villes de France et de Navarre et, qui sait, peut être aussi  à Bruxelles et dans la Wallonie profonde.  On enseignait jadis dans les bons lycées que le cinquième acte de la tragédie était celui du dénouement, lequel présente toujours, de fait, un caractère particulièrement tragique.
MG


LE BEAU CADEAU DE NOËL DE LA N-VA À CHARLES MICHEL
Jules Gheude

En refusant d'approuver le pacte migratoire de l'ONU, la N-VA offre un bien beau cadeau de Noël à Charles Michel : la chute du gouvernement.
Charles Michel et Theo Francken : les tensions sur le pacte des migrations laisseront des traces.
LE CORE BUSINESS DE LA N-VA
L'immigration/sécurité est, comme on le sait, l'un des "core business" des nationalistes flamands. Des élections anticipées ne pourraient, dès lors, que leur profiter. Théo Francken jouit au Nord d'une incontestable popularité.
La stratégie de Bart De Wever est bien connue : démontrer que la dichotomie de plus en plus prononcée entre la Flandre et la Wallonie rend la Belgique invivable. Tel était d'ailleurs le constat auquel étaient parvenus les deux élus désignés en 2011 par la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale française pour analyser la situation intérieure du Royaume. Si les résultats du dernier scrutin communal/provincial devaient se confirmer lors des élections législatives, on imagine aisément l'impasse à laquelle pourraient aboutir les négociations pour la formation d'un nouveau gouvernement. Bart De Wever saisirait alors l'occasion pour mettre sur la table le dossier épineux du confédéralisme.
LE CONFÉDÉRALISME, PORTE OUVERTE AU SÉPARATISME
Une vieille histoire, en fait. Au début des années 90, l'idée confédérale avait été lancée par Luc Van den Brande, alors ministre-président flamand (CVP), lequel avait déclaré : Mes collègues de l'exécutif flamands, socialistes compris, se rallient à mes déclaration sur le confédéralisme. Le Parlement flamand se prononça d'ailleurs dans ce sens en 1999. Voilà donc 25 ans que, pour la Flandre, la page fédérale est tournée.
Du côté francophone, les présidents de parti sont bien déterminés à empêcher une telle évolution, qui ferait de la Belgique une coquille vide et la rendrait rapidement superflue.
Mais l'expérience nous a aussi montré que les "demandeurs de rien" avaient toujours fini par ployer et que leurs engagements ne valaient pas tripette.
ENGAGEMENTS FRANCOPHONES NON TENUS
Petit rappel. En 1988, le PS laisse tomber José Happart et la cause fouronnaise. En 2001, pour sortir la Communauté française du gouffre financier, on accepte la surreprésentation de la minorité flamande à Bruxelles et la régionalisation de la loi communale, offrant ainsi à la Flandre la possibilité de mettre au pas les francophones de la périphérie. En 2011, les allocations familiales sont scindées ("Madame Non" avait pourtant toujours clamé qu'il n'en serait pas question) et Bruxelles-Hal-Vilvorde est également scindé...sans extension territoriale de Bruxelles ! En 2014, Charles Michel rompt sa promesse de ne jamais gouverner avec la N-VA.
Pour justifier leurs reniements, les responsables francophones expliquent que leur souci était de "sauver la Belgique". En réalité, personne n'est dupe : seul l'attrait du pouvoir a prévalu.
QUEL AVENIR WALLON ?
Qu'en sera-t-il demain ? Deux scénarios sont envisageables. Soit le confédéralisme est adopté, soit la Belgique s'avère ingouvernable et disparaît.
Dans un cas comme dans l'autre, la Wallonie va se retrouver livrée à elle-même, dans une situation budgétaire intenable. Le confédéralisme met, en effet, en place deux Etats - Flandre et Wallonie - responsables financièrement de leurs choix respectifs. La suppression des transferts financiers en provenance de la Flandre - quelque 7 milliards d'euros - est d'ores et déjà programmée sur dix ans.
Qu'elles soient anticipées ou non, les prochaines élections législatives s'avèreront déterminantes pour la capacité de la Belgique à survivre. En fait, le contexte est celui qu'avait décrit feu Lucien Outers, l'un des pères du FDF, dans cette "Lettre ouverte" qu'il avait adressée au roi Baudouin dans les années 80 : s'il ne s'établit pas une confédération où l'essentiel des pouvoirs seraient laissés à chacun, (...) la Flandre finira par s'émanciper sans demander l'avis de personne et les Wallons peu sûrs d'eux-mêmes se tourneront un jour vars la France pour négocier avec elle, pour leur région, un statut particulier qui la fera participer progressivement et toujours davantage à la vie d'un pays dont ils se sentent si proches. (...) Bruxelles cherchera peut-être dans sa vocation européenne une solution d'avenir.
Cette dernière phrase est importante, car elle confirme le résultat des sondages qui ont été effectués depuis auprès des Bruxellois et qui mettent à mal le scénario d'une Belgique résiduelle - le fameux WalloBrux -, souhaité, lui, par une majorité des Wallons.
Une chose est en tout cas indéniable et François Perin l'avait écrit dès 1981 : s'ils se retrouvent bêtement belges tout seuls, les Wallons seront contraints à une discipline dont ils n'ont aucune idée. Il n'y aura alors pas trente-six solutions pour leur garantir un avenir prospère...
QUOI, LA FRANCE ? DANS L'ÉTAT OÙ ELLE SE TROUVE AUJOURD'HUI ?
La crise sociale que l'Hexagone traverse en ce moment finira par trouver une solution. La République française n'est nullement menacée de disparition. Elle constitue, en tout cas, notre matrice linguistico-culturelle et participe pleinement aux affaires importantes du monde.
Nous avons connu la grande grève de l'hiver 60-61, contre la "loi unique" du gouvernement Eyskens. Une loi qui prévoyait une augmentation d'impôts, des économies portant notamment sur la sécurité sociale et les allocations de chômage, et des modifications - au régime des pensions, par exemple - dans la fonction publique. La gare des Guillemins fut saccagée, les hauts-fourneaux fermés. Ici aussi, le climat était insurrectionnel. Et pour quel résultat final ? Pour voir, comme l'a constaté le syndicaliste André Renard lui-même, le PS revenir au pouvoir et appliquer à la sauvette cette même loi unique.
La vérité, feu Robert Fabre, qui fut président des Radicaux de gauche en France, l'a bien cernée dans son livre "Toute vérité est bonne à dire" : Que de ruses, que de détours, que d'habiletés maladroites - et nous pourrions ajouter : quelle hypocrisie - dans ce monde politique qui vise pourtant à l'essentiel, le service d'autrui, et y parvient si rarement.
Bien qu'il tienne à souligner sa profonde amitié avec Emmanuel Macron, Charles Michel, il l'a déclaré en 2011, n'entend nullement se retrouver sous la tutelle d'un préfet corse ou breton. Sans doute préfère-t-il subir celle de la N-VA !
En réalité, la fibre belgicaine des responsables francophones ne s'explique que par leur crainte de voir leurs (lucratifs !) plans de carrière remis en question avec la disparition du Royaume. Mais le jour où ils se retrouveront devant le fait accompli, on les verra tous se bousculer au portillon pour clamer leur foi indéfectible en la France éternelle. On parie ?
(1) Derniers livres parus : "François Perin - Biographie", Editions Le Cri, 2015, et "Un Testament wallon - Les vérités dérangeantes", Mon Petit Editeur, 2016.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
SOIT LE CONFÉDÉRALISME EST ADOPTÉ, SOIT LA BELGIQUE S'AVÈRE INGOUVERNABLE ET DISPARAÎT.
ESSAYONS D'Y VOIR CLAIR!

"En refusant d'approuver le pacte migratoire de l'ONU, la N-VA offre un bien beau cadeau de Noël à Charles Michel : la chute du gouvernement."(Jules Gheude)
Si le gouvernement tombe, nous l'avons écrit maintes fois, il deviendra quasiment impossible de former une nouvelle coalition fédérale MR/NVA/VLD:CD&V sur le modèle de la suédoise/kamikaze.
Dès lors: "Soit le confédéralisme est adopté, soit la Belgique s'avère ingouvernable et disparaît."
L'enjeu de la crise qui s'annonce, la plus dramatique de l'après guerre est bien en effet celui-là.
"Du côté francophone, les présidents de parti sont bien déterminés à empêcher une telle évolution, qui ferait de la Belgique une coquille vide et la rendrait rapidement superflue."
Curieusement, Charles Michel répugne à être celui qui tire la prise du gouvernement qu'il dirige vaille que vaille depuis quatre ans et demi.
Il serait bon que chacune et chacun prenne conscience une fois pour toutes que deux scénarios sont envisageables.
"Soit le confédéralisme est adopté, soit la Belgique s'avère ingouvernable et disparaît."
Dans un cas comme dans l'autre, la Wallonie va se retrouver livrée à elle-même, dans une situation budgétaire intenable. Le confédéralisme met, en effet, en place deux Etats - Flandre et Wallonie - responsables financièrement de leurs choix respectifs. La suppression des transferts financiers en provenance de la Flandre - quelque 7 milliards d'euros - est d'ores et déjà programmée sur dix ans.
S'ils se retrouvent bêtement belges tout seuls, les Wallons seront contraints à une discipline dont ils n'ont aucune idée. (François Perin 1981)
Plus le temps passe et plus les événements semblent donner raison à la thèse rattachiste de Jules Gheude.
On m'objectera  que ce n'est vraiment pas le moment de se rapprocher d'une France en plein désarroi. Réflexion à court terme!
Il y aura un "après gilets jaunes" et qui sait peut-être aussi un "après Macron".  La France finira par sortir de la tourmente quand la Belgique au contraire y entre joyeusement. La raison d'être de ce blog est d'essayer de comprendre la complexité dans laquelle s'enfoncent nos démocraties occidentales sur fond de crise éthique, climatique, sociale et migratoire. Essayons , essayons au moins d'y voir un peu clair.  C'est là sans doute notre premier devoir éthique de citoyen engagé.
MG


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