jeudi 24 janvier 2019

Aula Magna veut créer le peuple bruxellois


Le think tank Aula Magna dévoile sa vision de Bruxelles. L’idée? Renforcer la
dynamique bruxelloise. En la libérant du carcan des institutions.
Construire un peuple bruxellois, fusionner les communes, autoriser les listes
électorales multilingues… Ce sont les lignes de force d’un texte que publie ce
mardi le think tank bruxellois Aula Magna. Au bas du texte, les signatures de
celles et ceux qui portent ces réflexions depuis plus de dix ans, parmi lesquels
Fatima Zibouh (politologue), Philippe Van Parijs (philosophe), Eric Corijn
(sociologue), Henri Goldman (architecte, rédacteur en chef de la revue Politique)…
DES INSTITUTIONS EN DÉCALAGE AVEC LA RÉALITÉ BRUXELLOISE
Le point de départ? L’organisation de Bruxelles n’est plus adaptée à l’évolution
de la ville. «Nombre d’institutions bruxelloises répartissent la population en
deux tribus vivant côte à côte, chacune ayant ses crèches, ses écoles, ses
médias, ses institutions culturelles, ses partis politiques, partagés avec une
Région voisine». Le fruit d’un compromis arraché à la Flandre, qui ne voulait pas
vraiment d’une Région bruxelloise: la capitale serait organisée, pour une série
de compétences, dans un lien de tutelle avec les deux Communautés.
«Au nom de cette organisation, on attend des Bruxellois qu’ils s’assimilent à une
des deux tribus et développent une identité commune soit avec la Flandre soit
avec la Wallonie», poursuivent les auteurs du texte. Qui pointent aussitôt le
décalage de cette théorie avec la pratique. «Plus de deux tiers de la population bruxelloise sont soit étrangère soit d’origine étrangère. Il y a à Bruxelles, deux
cents nationalités et plus encore de langues maternelles, ce qui est en fait une
population exceptionnellement diverse. Un quart des Bruxellois n’est par ailleurs
installé dans la Région que depuis moins de cinq ans.» Une population diverse et
fluide, dont toutes les études montrent qu’elles ne définissent pas leur identité
en termes de francophone ou de néerlandophone et que le lien avec la Flandre
ou la Wallonie est pour le moins distendu voire méfiant.
Aula Magna conclut que «faire de cette population une communauté
monoculturelle est une entreprise vouée à l’échec». «En revanche, insistent les
auteurs, en faire un peuple au sens demos, une communauté politique sans
laquelle il ne peut y avoir de démocratie digne de ce nom, constitue une tâche
certes difficile mais loin d’être impossible. Elle est même déjà bien
entamée.» Référence au côté naturellement cosmopolite de Bruxelles.
UNE GRANDE COMMUNE, DES ARRONDISSEMENTS
Parmi les moyens de réussir cette construction, il importe, estiment les auteurs,
de modifier les institutions, pour renforcer (et non freiner) la dynamique
bruxelloise. Et là, sans hésitation ni ambiguïté, ils plaident pour une fusion des
communes bruxelloises en une commune unique. Qu’ils laissent, dans une
première phase (brève) coexister avec la Région de Bruxelles-Capitale – la simple
fusion des entités locales ne nécessite pas de révision de la Constitution. Elle ne
modifie du reste rien aux équilibres entre francophones et néerlandophones.
Dans un second temps, le rapprochement avec la Région nécessitera un passage
par le Parlement fédéral ainsi qu’une réflexion sur la représentation minimale
garantie des néerlandophones. Concrètement, cette grande commune aurait
« un bourgmestre-président, un CPAS, une police, un réseau d’école, un hôtel de
ville». Objectif: davantage de cohérence dans l’action politique. Mais une
décentralisation au service de la proximité, via des arrondissements ou districts,
«avec une aide sociale proche des bénéficiaires, une participation citoyenne
dynamisée au niveau des quartiers, une police de proximité, des écoles de
quartier…»
DES LISTES MULTILINGUES
Poussant un peu plus loin la logique bruxelloise, le texte suggère encore
d’introduire les listes multilingues au scrutin, en supprimant au passage les deux
collèges électoraux distincts. «De quoi favoriser la création de véritables partis
bruxellois et de rendre chaque ministre régional responsable devant l’ensemble
de la population.» Ou encore de régionaliser les compétences communautaires,
comme l’enseignement obligatoire…


Voilà plus de dix ans qu’ils réfléchissent à l’avenir de Bruxelles, multipliant les
initiatives comme, en 2009, les Etats-généraux de Bruxelles (exercice de
mobilisation de la société civile bruxelloise). Cette fois, quatre mois avant le
scrutin, ils sortent du bois: un texte résumant leur vision commune; un livre
reprenant leurs réflexions de spécialiste, chacun dans sa thématique de
recherche; une soirée débat, le 4 février.
Ce jour-là, des constructeurs et constructrices de Bruxelles seront conviés.
Qui témoigneront de toutes les initiatives citoyennes qui font Bruxelles.
«Il faut encourager toutes ces démarches, qui viennent du terrain, insiste
Philippe Van Parijs. Il faut mobiliser l’ensemble de la population. Nous, on peut
avoir un rôle de facilitateur à cet égard.» Ce qu’Aula Magna, qui a servi
d’incubateur pour une série d’initiatives (Brussels Studies, Brussels Academy,
Plan Marnix…) assume volontiers comme rôle. Sans plus. Pas question d’aller
sonder les partis… Lancer le débat le 4 février à la Tentation, c’est déjà ça,
estiment les auteurs (Fatima Zibouh, Philippe Van Parijs, Eric Corijn,
Michel Hubert, Henri Goldman, Myriam Gérard, Alain Deneef, Alain Maskens et
Yvan Vandenbergh).
Fatima Zibouh et Philippe Van Parijs espèrent susciter une dynamique citoyenne.
Le texte publié par l’Aula Magna devrait rouvrir le débat (jamais vraiment
refermé, au fond) de la fusion des communes (et des zones de police, des CPAS)… D’autant que plusieurs des signataires (experts reconnus dans leur domaine et
leur connaissance de Bruxelles) sont francophones.
Or, jusqu’ici, les voix réclamant pareille révolution institutionnelle dans la capitale
sont néerlandophones, à quelques exceptions près.
Sur la scène politique francophone, rares sont ceux qui ont été au-delà d’une
ouverture à la réflexion sur les frontières des communes ou la répartition des
compétences entre celles-ci et la Région.
Seuls les fondateurs du mouvement Jump (qui souhaite présenter une liste au
scrutin du 26 mai) plaident ouvertement pour la fusion.
LES BRUXELLOIS RÉTICENTS
C’est dire si la position, très claire, de l’Aula Magna va à contre-courant des
discours politiques… Ainsi que de l’avis des Bruxellois, interrogés par le Cevipol
dans le cadre de l’étude sur la gouvernance. Pour rappel, ils étaient 54,7% à dire
« qu’il ne faut pas toucher au nombre de communes à Bruxelles», contre 21,3%
de personnes favorables à la fusion des communes (et 17,5% d’accord pour en
réduire le nombre). Certes, les partisans de la fusion estiment que la question
n’était pas posée de manière suffisamment précise… Reste qu’une majorité de
Bruxellois y est (pour l’instant) opposée.
Qu’à cela ne tienne, les signataires entendent lancer le débat.
«Dans notre vision, c’est une étape inéluctable, commente Philippe Van Parijs.
Nous ne voyons pas de raison pour laquelle une municipalité unique aurait moins de
sens à Bruxelles qu’à Vienne, Berlin ou Paris. Ce n’est pas une volonté de
centralisation à tout prix, mais bien de plus grande cohérence.
Avec un souci très clair de préserver la proximité. Les bourgmestres, par
exemple, deviendraient des maires d’arrondissement.»
En filigrane de cette proposition, «la volonté de muscler Bruxelles
institutionnellement, notamment dans les politiques de mobilité, de logement,
sociale, fiscale…» Autant d’évolutions qui sont apparues comme des évidences
aux membres d’Aula Magna mais n’ont pas été sondées auprès des partis.
«Nous sommes issus de la société civile, nous sommes indépendants, nous n’avons
pas besoin de voix. On peut dire ce qu’on pense vraiment. Et on pense que c’est ça
qu’il faut défendre.»
«ON CROIT EN BRUXELLES»
Fatima Zibouh prolonge, en « lançant un appel à tous les habitants de Bruxelles,
qui veulent réinvestir la Ville et redéfinir son projet».
Une démarche inspirée, dans son chef, «par un amour pour Bruxelles, on croit en Bruxelles, cette ville nous appartient, on veut la redéfinir.»
Et de citer, outre la résolution de l’imbroglio institutionnel, deux priorités qui
sous-tendent son engagement citoyen. «D’abord l’affirmation du peuple bruxellois,
avec cette identité bruxelloise qui constitue notre dénominateur commun, entre
habitants de la ville qui avons tous des origines différentes mais le sentiment
+d’appartenir à Bruxelles».

Et puis il y a cette cohésion sociale, qu’il est urgent de retisser, estime la
politologue. «On veut, par notre démarche, attirer l’attention sur la ségrégation
sociale, économique, urbaine, qui constitue un vrai danger pour la ville. On a
besoin d’espace où les acteurs de la société civile se réapproprient la ville.»
Une démarche qu’Aula Magna espère susciter… Même si le philosophe en Philippe
Van Parijs lui recommande «d’être optimiste sur le long terme, pessimiste à court
terme». Par principe, et pour Bruxelles en particulier.
«Il faut faire tout ce qu’on peut pour avancer pour Bruxelles».


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
PENSER BRUXELLES
Le grand mérite d'Aula Magna est de nous aider à réfléchir ensemble au devenir de Bruxelles.  En cela c'est une initiative qui mérite d'être suivie de près et encouragée par toutes celles et tous ceux qui aiment Bruxelles.
Il ne suffit pas d'aimer Bruxelles , il convient de penser Bruxelles pour construire Bruxelles entre une Flandre droitière et arrogante qui ne rêve que d'indépendance et une Wallonie gauchisante qui se vautre dans le déclin.
MG


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