samedi 5 janvier 2019

Bart De Wever, une certaine idée du pigeon

Nicolas De Decker
Journaliste Le Vif/L'Express

Lorsque le vieux monde se meurt, que le nouveau monde tarde à paraître et que dans ce clair-obscur surgissent les monstres, deux morales s'affrontent jusqu'à ce que la nouvelle dépasse l'ancienne, jusqu'à ce que la culture littéraire marque le pas contre celle des panneaux Facebook et, enfin, qu'une race d'hommes politiques succède à une autre.
A ce jeu d'échecs de l'ancien contre le nouveau, Charles Michel et Bart De Wever ont récemment disputé une partie aux manières de grand renversement moral, où l'ancien, d'ailleurs, prend des airs de moderne tandis que le nouveau se donne des prétentions de classique. Ainsi de cette analogie de la politique comme un grand échiquier. Toute la vie de Charles Michel, comme le joueur d'échecs de Zweig, l'a contraint à une excellence stratégique qui en fait un praticien opiniâtre de coups brillants. Son excellence, bien sûr, le mène parfois à des tentatives à la licéité contestable.
Mais qui ne vise jamais qu'un but régulier : piquer le roi de l'adversaire, fût-ce en déplaçant des pièces en cachette, en tapant sous la table les tibias d'en face, en soudoyant les arbitres ou en simulant un malaise momentané. Lorsque Charles Michel décide, contre toute logique institutionnelle, de roquer, entre gouvernement et Parlement, le lieu de validation du pacte de Marrakech, lorsqu'il annonce, contre toute logique formelle, vouloir y faire un tour à titre personnel, ou lorsqu'il renonce, contre toute logique institutionnelle, à demander la confiance à la Chambre avant d'entamer une nouvelle partie, Charles Michel triche. Mais aucun de ses déplacements, ni les angles dingues de ses cavaliers ni les diagonales voilées de ses fous, ne le dévie d'un but légitime, pensait-il admis par tous les participants : continuer à diriger ce pays comme il le dirigeait depuis quatre ans et demi, en piquant le roi de l'opposition de gauche avec l'appui de la N-VA.
Bart De Wever, ce n'est pas vraiment ce stratège, ni ce législateur, ni ce censeur, ni ce philosophe.
Mais la N-VA n'est pas un participant ordinaire, et son président non plus. Bart De Wever, cet homme dont Theo Francken dit qu'il joue aux échecs avec cinq coups d'avance, ce stratège qui se prétend oint d'une patine d'antique, ce législateur qui fait croire qu'il a lu Burke et que ce sont les autres qui sont contre les Lumières, ce censeur qui s'allie avec des socialistes qu'il avait établis en ennemis absolus, ce philosophe qui jette au contemporain inattentif une érudition qui n'est que tartarinade, cet homme, Bart De Wever, joue en fait aux échecs comme dans une citation pour panneaux Facebook. Car Bart De Wever, ce n'est pas vraiment ce stratège, ni ce législateur, ni ce censeur, ni ce philosophe. Bart De Wever, c'est ce pigeon sur cet échiquier dont l'adversaire cherche à comprendre la tactique, mais qui va renverser toutes les pièces d'un coup de bec arrogant, se percher sur le crâne opposé et y déposer une fiente méprisante. Parce que Bart De Wever, il s'en fout s'il casse tout, s'il perd toutes ses pièces, si le roi est en échec, si l'échiquier se renverse, si son adversaire se met à rigoler et si son partenaire se met à pleurer. Les autres, même les plus fins, même les plus tricheurs, ne s'en foutent pas. Alors, eux, ils perdent à tous les coups et, à la fin, il y a de la fiente qui tache leur beau costume bleu foncé.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LA DÉMOCRATIE EST ELLE UN GRAND ÉCHIQUIER?

Nous avons laissé entendre dans un précédent commentaire que Bart De Wever pourrait être tenté de jouer sa prochaine partie d'échecs avec un adversaire surprise: Elio Di Rupo. La métaphore de la politique comme jeu d'échec est reprise dans l'article  signé De Decker.  Soit. Mais si nos grands politiciens et  présidents de partis pratiquent volontiers  entre eux le jeux d'échecs, il ne faut pas s'étonner que le peuple des électeurs et des abstentionnistes optent pour un autre jeu, celui de gilets jaunes lequel se pratique non pas sur échiquier dans les salons feutrés du parlement et autres antichambres confortables du pouvoir -cabinet ministériels, scabinaux , châteaux du Stuyvenberg, d'Egmont et autres Val Duchesse- mais dans la rue et sur les ronds points routiers. Certes les gilets jaunes sont nés en France mais ils développent  des métastases partout en Europe et singulièrement à Wallobrux. Tous ceux qui ont prédit leur essoufflement se sont assurément trompés.
Risquons l'hypothèse que le mouvement ne cessera de croître jusqu'aux élections européennes de mai 2019 que Macron regarde comme un moment fort de sa politique et qui risque bien d'être un point de non retour au royaume de Belgique en route vers le confédéralisme. Surtout, ces gilets jaunes pourraient transformer les élections européennes en cauchemar pour les europhiles et les eurocrates.
MG


Les «gilets jaunes» veulent «montrer que le mouvement n'est pas fini»
Figaro 

Plusieurs figures des «gilets jaunes» appellent à une nouvelle mobilisation ce samedi à Paris et en région. Ils dénoncent une répression des pouvoirs publics et rejettent le débat national proposé par le président Emmanuel Macron.
(...)Mercredi soir, l'arrestation très commentée d'Éric Drouet, une des figures emblématiques du mouvement, a réactivé la mobilisation et donné de l'élan à certains «gilets jaunes» qui ont appelé à manifester samedi afin de lancer «l'acte VIII».
Jeudi, le groupe Facebook «La France en colère», l'un des plus suivis parmi les «gilets jaunes» et animé par le controversé Éric Drouet, a donné rendez-vous à Paris, place de l'Hôtel de ville à 14 heures pour marcher ensuite vers l'Assemblée nationale. Le cortège doit notamment passer par l'Île de la Cité, Saint-Michel et le musée d'Orsay. Une lettre ouverte de quatre pages adressée à Emmanuel Macron et déjà diffusée sur les réseaux sociaux y sera lue pour répondre «aux vœux du président», annonce sur son compte Facebook Priscillia Ludosky, autre figure du mouvement. Dans cette missive, les «gilets jaunes» de «La France en colère» rejettent le grand débat national proposé par l'exécutif et demandent la nomination d'une «personnalité respectable pour commencer les discussions (...) autour de la reprise de la souveraineté du peuple».

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