jeudi 24 janvier 2019

ILS VEULENT ABATTRE LE REGIME


JFKhan in Le soir

Aucun mouvement social n’avait fait jusqu’alors l’objet d’une telle médiatisation. Pourtant, les membres de la presse sont devenus la cible de violents slogans
voire d’attaques physiques, parfois même antisémites.
L’autre samedi, en tête du cortège de 7.000 gilets jaunes parisiens, une
banderole: « Le peuple veut la chute du régime! »
Respecter l’autre implique qu’on écoute et entende ce qu’il dit. Or, ce qui était
dit là était explicite. Plus question de taxe carbone ou de CSG, mais la volonté
affirmée d’abattre le pouvoir en place sans recourir, pour ce faire, à des
élections.
« Macron démission! » et, au-delà, « renverser le régime! ». Lequel?
La République? La démocratie représentative? La Ve République?
Dans tous les cas, on se retrouve là confronté à une intention «putschiste»
avouée. Les leaders improvisés et autoproclamés du mouvement ne le dissimulent
nullement, même si la plupart des gilets jaunes, ceux des ronds-points en
particulier, n’entendent, eux, qu’exprimer un mal-être profond et porter des revendications recevables. Certaines même salvatrices.
LE TAPIS ROUGE POUR MARINE LE PEN
Que signifie d’ailleurs le slogan mille fois scandé «Macron démission! »? Cette exigence ne me choque pas en soi. Elle est classique. Mais admettons qu’il démissionne effectivement. Que se passe-t-il alors? Soit un comité insurrectionnel de gilets jaunes prend le pouvoir, soit, ce qui est heureusement plus probable, on retournerait aux urnes. Et en cas de nouvelle élection présidentielle, on retrouverait face à face Marine Le Pen, en tête cette fois, et Emmanuel Macron paradoxalement requinqué grâce aux gilets jaunes.
Et comme les «insurgés» ne souhaitent évidemment pas la réélection de Macron, ils espèrent, s’ils sont logiques, la victoire de Marine Le Pen. Autrement dit, Macron démission signifie Marine Le Pen au pouvoir. CQFD. Qu’en pensent les manifestants mélenchonistes?
UNE HAINE COMMUNE
Une base en colère (et dont, dans de nombreux domaines, je suis moi-même prêt à porter les colères) et un encadrement putschiste?
Une haine commune, cependant, cimente provisoirement le tout. Une haine tout
court d’abord. Et une haine spécifique des médias et des journalistes.
Partout où s’esbaudissent les gilets jaunes, ils sont insultés, traités de «collabos», attaqués, agressés, frappés, coursés, ciblés d’objets divers, certains menacés de mort. Des journaux (Ouest-France, La Voix du Nord) ont été interdits de distribution parce qu’un éditorial, pourtant modéré, défrisait les chasubles couleur safran et on a manifesté contre des sièges de télévisions, BFM en particulier, dont on a, en passant, éreinté les journalistes qui (pur hasard bien sûr) portaient des noms supposés juifs.
Une couverture sans précédent
Or, c’est là le côté le plus baroque de ce psychodrame: jamais, absolument jamais, un mouvement social (et celui-là ne regroupait, l’autre samedi, que 90.000 manifestants dans toute la France contre 1 ou 2 millions, parfois plus, lors des grands mouvements sociaux de naguère), aucun mouvement social donc n’a bénéficié d’une aussi considérable et aussi favorable couverture médiatique.
Reportages télévisés en direct toute la journée; des pages entières consacrées à des regroupements de 30 blousons safran à tel ou tel rond-point; un gilet jaune intégré à presque tous les débats radiophoniques ou télévisés…
Vous avez fait une découverte scientifique, pondu un essai philosophique profond, sauvé un enfant de la noyade, on s’en fout! Vous enfilez un gilet jaune, on vous invite.
Mais, à l’évidence, la complaisance ne paye pas.
Pourquoi cette focalisation des boléros tournesols sur les journalistes?
Une étrange mise au point
Parce qu’ils catalysent toutes les autres haines: des bourgeois, des riches, des élites, des diplômés, des experts, des technos, des intellectuels, des «sachants»… Ils sont censés représenter ou être tout ça. Eh oui, même riches! Si bien que Mélenchon a dû se fendre d’une mise au point: le reporter de terrain, au statut précaire, un exploité, mérite d’être épargné, mais le présentateur en studio, celui-là, on peut lui casser la gueule.
LIRE AUSSILe «lynchage médiatique» ou l’effondrement des «sachants»
Faut-il ajouter que certains gilets jaunes, une minorité droitière radicale, en ont spontanément contre les juifs, les homosexuels et les francs-maçons et qu’ils ne sont pas loin de considérer que les journalistes cochent toutes ces cases.
Le succès de la télé miroir
Rejet de la liberté d’information? Oui, mais inconsciemment. Et qui se présente comme une exigence de bonne information. D’information honnête et objective.
Or, quel est le média que, depuis quelques semaines, les gilets jaunes les plus engagés donnent en exemple et qui a d’ailleurs triplé son audience? RT, Russia Today, la télé de Poutine en France (qui, au demeurant, organise parfois, en particulier menés par Frédéric Taddeï, des débats de très bon niveau).
Pourquoi apprécient-ils Russia Today? Parce qu’on y diffuse en continu leurs manifestations, expressions et déclarations sans aucun commentaire. Télé miroir en somme.
Reste que les journalistes et les médias devraient, une fois cette page tournée, s’interroger: pourquoi un tel rejet, une telle détestation?
L’épisode du référendum constitutionnel européen (90% des médias pour le oui,
54% des électeurs pour le non) n’y est pas pour rien. Ni les soutiens unanimes à
la calamiteuse intervention en Libye.
Une autocritique collective s’impose. On peut toujours rêver.
Un détail réconfortant cependant: au milieu d’une complaisance généralisée,
quelques médias ont osé critiquer vertement le mouvement des gilets jaunes.
Or, à ceux-là, les dits gilets jaunes ne s’en sont jamais pris. 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY 

Voilà qui s'appelle aller à l'essentiel. Difficile de mieux poser le problème. Sauf
que le phénomène n'est pas que français, il touche l'Europe entière et aussi les
States voire même la Russie.
Le rejet des élites, la contestation du régime, la rébellion contre la démocratie,
soit mais comme dit Kahn pour mettre quoi à la place. Réfléchissons et méditons:
l'enjeu est absolument capital à moins qu'on souhaite Marine, Donald ou Salvini...
MG

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