dimanche 13 janvier 2019

Les Français, déçus par Macron, de plus en plus méfiants à l'égard de la politique


Le Vif
La défiance des Français vis-à-vis des responsables politiques atteint un niveau "alarmant", en pleine crise des "gilets jaunes", après l'échec d'Emmanuel Macron à insuffler un nouvel espoir, selon un institut de recherches politiques dont l'enquête est publiée vendredi par Le Figaro.
En mai 2017, l'élection d'un président qui voulait "transformer" la France et renouveler la politique avait provoqué un sursaut de confiance envers les dirigeants.
Emmanuel Macron, "un jeune président porteur d'un message extrêmement optimiste, avait mis au coeur de sa campagne le retour de la confiance mais on n'y est pas du tout", résume, dans une interview à la radio RTL, Bruno Cautrès, chercheur au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof).
La confiance dans le président est ainsi à son plus bas historique (23%), soit 13 points de moins que l'an passé, selon le dixième baromètre annuel du Cevipof, réalisé par Opinionway. En revanche, la cheffe de l'extrême droite, Marine Le Pen, dont l'image s'était dégradée en 2017, gagne 8 points.
Pire pour Emmanuel Macron: le nombre des sondés qui déclarent qu'ils avaient confiance en lui au départ mais qu'ils n'ont plus confiance aujourd'hui a doublé en un an, de 13% à 26%.
"Le choc de confiance espéré par Emmanuel Macron après son élection ne semble pas se produire. Après un épisode de regain de confiance observé l'an passé, les Français expriment de nouveau des niveaux de défiance alarmants", confie au Figaro Martial Foucault, directeur du Cevipof.
Trois mots négatifs sont de plus en plus souvent cités pour résumer "l'état d'esprit actuel": "lassitude" (32%, +7 par rapport à l'an dernier), "morosité" (31%, +8) et "méfiance" (29%, +4).
Les sentiments sont tout aussi négatifs à l'égard de la politique où sont le plus souvent évoqués les mots "méfiance" (37%, -2), "dégoût" (32%, +7) ou "ennui" (8%).
Le bond du sentiment de dégoût pourrait expliquer la persistance de la fronde populaire menée depuis près de deux mois par les "gilets jaunes", qui protestent notamment contre la politique sociale et fiscale d'Emmanuel Macron.
Seules 27% des personnes interrogées estiment que la démocratie fonctionne bien en France (moins 9 points en un an) et à peine 14% (moins 2 points) jugent que les responsables politiques se préoccupent de ce que les "gens comme vous" pensent.
Enquête réalisée en ligne par Opinionway du 13 au 24 décembre 2018 auprès de 2.116 personnes de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas. Marge d'erreur de 1 à 2,2 points.
AFP 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
"LASSITUDE" (32%, +7 PAR RAPPORT À L'AN DERNIER), "MOROSITÉ" (31%, +8) ET "MÉFIANCE" (29%, +4). 

La France donc souffrirait d'une grosse fatigue démocratique.
C'est que la démocratie et son corolaire, l'Etat providence ou si on préfère l'Etat social ne sont viables que dans l'euphorie de la prospérité montante autrement de la croissance et de la richesse relative. Après les trente glorieuses la France a connu les trente calamiteuses  suivies de la décennie désastreuse  dont le macronisme a hérité. Quel est le point commun entre Sarkozy, Hollande et Macron? Tous les trois ont été élus démocratiquement avec des majorités confortables, tous les trois n'ont pas tardé à atteindre un seuil de popularité minimum en un temps record, surtout Macron, le plus flamboyant des trois qui ne comprend absolument pas ce qui lui arrive. Michel Onfray est formel: «la manifestation de la colère du peuple était inéluctable»
Dans un nouvel essai qui fera date, le philosophe revisite l'antiquité romaine pour y puiser une morale face au nihilisme contemporain. Ce livre est l'occasion d'évoquer l'impossibilité de débattre en France.
Le nihilisme nietzschéen a selon lui fait main basse sur la France et d'une manière générale sur l'Europe entière en plein déclin.
Pour Emmanuel Macron, "beaucoup trop de Français oublient le sens de l'effort". Dans le cadre de la traditionnelle dégustation de la galette des rois à l'Elysée vendredi après-midi, le président de la république a insisté sur la cohésion sociale.
«L'apprentissage est au cœur de cette philosophie», a insisté le chef de l'état vendredi, à l'Elysée, devant un parterre d'artisans boulangers et de jeunes apprentis. «par l'apprentissage, chaque jeune trouve sa place dans la société. l'apprentissage permet la transmission entre les générations."
Ne vivons nous pas, en effet une crise aigue et généralisée de la transmission? Transmission des valeurs et des savoirs par une école républicaine en crise, transmission des savoir-faire par les corporations des métiers, transmission des idées et des infos par la presse accusée de promouvoir les "fake news" par des réseaux sociaux manipulateurs de plus en plus puissants et surtout de moins en moins nuancés.

«Il est important que chaque citoyen apporte sa pierre à l'édifice par son travail et par son engagement au travail. notre pays ne pourra jamais retrouver pleinement sa force et sa cohésion sans cela. notre jeunesse a besoin qu'on lui enseigne un métier. on n'a rien dans la vie s'il n'y a pas ces efforts. Beaucoup trop de nos concitoyens pensent qu'on peut obtenir sans que cet effort soit apporté. Parfois on a trop souvent oublié qu'à côté des droits de chacun dans la république - et notre république n'a rien à envier à beaucoup d'autres - il y a des devoirs», constate-t-il . «et s'il n'y a pas ce sens de l'effort, le fait que chaque citoyen apporte sa pierre à l'édifice par son engagement au travail, notre pays ne pourra jamais pleinement recouvrer sa force, sa cohésion, ce qui fait son histoire, son présent et son avenir.»
Décidément Emmanuel Macron n'en rate pas une. Quid en effet des devoirs des premiers de cordée et des multinationales dont le sport favori consiste à éluder l'impôt par optimisation, voire évasion fiscale?
Le député Insoumis Alexis Corbière n'a pas tardé à tacler le Président en évoquant la "boulette du roi", sous-entendant  " que les gens qui sont dans la rue, qui soutiennent les ‘gilets jaunes', ne font pas assez d'efforts». "Défendre l'effort oui, défendre les forts non!"
Reste le joker du Président Macron: le grand débat national dont il attend le salut pour dynamiser la campagne pour les européennes.

Il y a trois ans, Michel Houellebecq et Emmanuel Macron alors ministre de l'économie débattaient ensemble  sur la démocratie directe paru dans Les Inrocks.
«Il y a une crise de la représentation politique», lui avait affirmé Michel Houellebecq. Il la jugeait prometteuse, car susceptible d'ouvrir la voie à une démocratie plus directe. «Je suis pour le référendum d'initiative populaire comme unique moyen de changer les lois. Mais cela ne s'arrête pas là: la population devrait également voter le budget», expliquait le prix Goncourt.
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«Je ne crois pas au référendum permanent, lequel empêcherait d'agir», lui avait répondu Emmanuel Macron. «Il faut de l'horizontalité dans l'élaboration des décisions, mais je crois aussi à la verticalité des formes de prise de décision.» Le ministre préférait envisager «des conférences de consensus qui permettent aux meilleurs experts de former des citoyens». Car il avait foi, ajoutait-il, en la «conscience éclairée».
Très vieux débat… Au risque de simplifier un peu: d'un côté Emmanuel Macron, enfant des Lumières et serviteur de la Raison, héritier de Voltaire et d'une vision aristocratique de la démocratie, où le despote éclairé veille au bon usage de la liberté ; de l'autre Michel Houellebecq, contempteur des Lumières, continuateur de Rousseau, cet annonciateur du romantisme que chérit tant l'écrivain, Rousseau qui affirmait que «le peuple soumis aux lois doit en être l'auteur».
Michel Houellebecq a depuis publié un nouveau livre, Sérotonine (Flammarion). Il y raconte une jacquerie sanglante contre la fin des quotas laitiers. Le dialogue apparaît impossible entre ces agriculteurs poussés à la ruine et les pouvoirs européens, animés par «d'étranges superstitions de caste» qu'ils nomment «liberté du commerce». La seule issue serait donc la violence, approuve le narrateur deSérotonine, dont l'amour de son 4X4 diesel et la révolte contre «l'oppression légale» des fumeurs font irrésistiblement penser aux Gilets jaunes.
C'est aujourd'hui au président Emmanuel Macron, qu'il est revenu de lancer un «Grand débat». Contraint et forcé par les Gilets jaunes, sans remettre en cause la verticalité du pouvoir. «Je le coordonnerai moi-même», a prévenu le président. Ses proches en écrivent déjà la conclusion, sous la forme d'un référendum à questions multiples

Nul ne sait ce qu'il adviendra du Grand débat.
Selon nous, seul des Etats Généraux sur la fiscalité et les services publics sont de nature à calmer les esprits et à restaurer la confiance. Il s'agit d'un exercice difficile, voire périlleux mais absolument indispensable. Idéalement, on souhaiterait qu'une telle initiative se prenne au niveau européen. C'est en effet le plus grand défi qui attend l'Europe à la veille et surtout au lendemain des élections di 19 mai qui seront les plus incertaines et les plus périlleuse de l'histoire de la création européenne.
Lassitude , morosité et méfiance sont en effet les maux qui accablent l'ensemble des nations d'Europe y compris la Suisse et le Royaume Uni brexité. 
MG

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