samedi 23 février 2019

Greta Thunberg aux hommes politiques : “On nettoie tout le bazar que vous avez mis”


SABINE VERHEST  La Libre Belgique 

Puisque le temps qui nous est imparti diminue, on a décidé d’agir. On a décidé de nettoyer tout le bazar que vous avez mis et on ne s’arrêtera pas avant d’avoir fini !" Greta Thunberg parle d’une voix fluette, mais elle a l’art de la formule et cette manière toute particulière de dire les choses avec franchise. L’adolescente suédoise, "plus que ravie d’être ici", dira-t-elle plus tard, a été invitée à se faire entendre, à Bruxelles, par le Comité économique et social européen. Dans son dos, à la tribune, le président de la Commission Jean-Claude Juncker écoute religieusement la jeune fille venue dire aux hommes politiques qu’ils n’étaient pas à la hauteur. Et qu’on n’avait "pas le temps d’attendre" que la jeune génération "grandisse pour que quelqu’un prenne les choses en main".
"Ce qu’elle dit, c’est très fort, réagit Adélaïde Charlier, initiatrice du mouvement en Belgique francophone. Elle n’a pas besoin de crier. Elle communique calmement pour faire passer le message et dire qu’on a peur." Calmement, donc, Greta Thunberg enfile les punchlines. "La plupart des dirigeants politiques ne veulent pas s’adresser à nous. Très bien. On ne veut pas non plus leur parler. Nous voulons qu’ils parlent aux scientifiques, qu’ils se conforment à l’accord de Paris et au rapport du Giec. Nous n’avons pas d’autres exigences." Ce n’est pas le climatologue Jean-Pascal van Ypersele, toujours là où cela se passe, qui la démentira.
Or, ajoute la Suédoise, impassible, "quand les politiques parlent de la grève de l’école pour le climat, ils parlent de tout et n’importe quoi, sauf de la crise climatique. Beaucoup de personnes se demandent ce qu’on promeut, si l’on ne devrait pas retourner dans nos classes. Ils imaginent des conspirations, ils pensent que nous sommes des marionnettes incapables de penser par nous-mêmes. Ils changent de sujet, parce qu’ils savent qu’ils n’ont pas fait leur travail et que, nous, si". Autour de la Suédoise, les Belges Anuna De Wever, Adélaïde Charlier et d’autres, opinent.
"Si vous continuez à nous dire que nous gâchons le temps que nous devrions passer en classe, permettez-moi de répondre que nos dirigeants ont gaspillé des décennies dans le déni et l’inaction." Et "si vous pensez que nous devrions rester dans nos classes, nous vous suggérons de prendre notre place dans les rues. Faites grève. Ou rejoignez-nous, cela accélérera ainsi le processus, lance l’adolescente aux adultes qui l’écoutent. Nous dire que tout ira bien en continuant à ne rien faire du tout, ce n’est pas correct vis-à-vis de nous."
"J’espère que vous agirez", ajoutera-t-elle au président du Comité économique et social, Luca Jahier, lors d’une conférence de presse où l’on croisera même la princesse Esmeralda de Belgique. "Je sais que vous ne voulez pas laisser tomber les gens. Parler, c’est bien, mais si cela ne mène nulle part, ce n’est pas nécessaire", poursuit la Suédoise. L’Union européenne doit réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 80 % d’ici à 2030 si elle veut vraiment "protéger l’avenir des enfants qui grandissent aujourd’hui".
Mais Greta Thunberg va plus loin dans sa réflexion. Car les politiques climatiques ne suffiront pas : "Il faut une nouvelle façon de penser, il faut réfléchir au système politique que vous avez mis sur pied, où tout ce qui importe, c’est d’arriver au pouvoir. Cela doit cesser, on doit arrêter d’entrer en concurrence les uns avec les autres, on doit coopérer, partager les ressources dont est dotée la planète de façon équitable." Sans cela, les dirigeants actuels resteront dans les mémoires comme responsables de "l’échec le plus retentissant de l’histoire". 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
RADICALISME BON ENFANT
"CETTE MANIÈRE TOUTE PARTICULIÈRE DE DIRE LES CHOSES AVEC FRANCHISE" 

On n'avait rarement entendu discours plus déterminé depuis le mahatma Gandhi. A quand les grèves de la faim de Greta? Cette jeune fille qui s'exprime dans un anglais d'une belle limpidité est d'une sidérante maturité. Elle parle peu mais ses paroles sobres et mesurées font mouche et parlent au coeur de la foule des jeunes  qui les ponctuent de. "Greta, Greta, Greta!"  Impressionnant!
A-t-on assez souligné que les égéries du climat sont des filles et qu'elles ont moins de vingt ans. La réaction de Juncker était tout simplement pathétique et parfaitement inadéquate.
C'est la première fois, je pense, dans l'histoire de l'humanité que des enfants font collectivement la leçon à nos dirigeants politiques en les déstabilisant. Macron a eu du nez en l'invitant àl'Elysée.
Il se passe qu'une gamine suédoise est en train de faire perdre la face à une classe politique usée jusqu'à la corde qui perd à vue d'oeil la confiance sinon des peuples du moins de la jeunesse. 
C'est de nature à souder un vaste mouvement dans l'Europe entière et peut être partout sur la planète. La preuve est faite que quand les ados parlent aux ados, leur message est au moins aussi efficace que celui de leurs enseignants et bien plus tonique que celui des hommes et des femmes politiques. Ce n'est pas forcément une mauvaise nouvelle n'en déplaise aux grincheux. Nous verrons le 15 mars si la jeunesse d'Europe et du monde répondra à l'appel de Greta.
MG 


GRÈVE MONDIALE POUR LE CLIMAT: ANUNA DE WEVER DÉPLORE LA POSITION DES SYNDICATS 

La FGTB et la CSC ont choisi de ne pas déposer de préavis de grève pour le 15 mars.
La figure de proue du mouvement Youth For Climate, Anuna De Wever, a regretté vendredi la décision des syndicats FGTB et CSC de ne pas déposer de préavis de grève pour le 15 mars, journée de mobilisation mondiale en faveur du climat.
«  Je trouve ça vraiment dommage. Cela n’a rien à voir avec les syndicats, mais avec le climat », a-t-elle souligné. Selon la jeune femme, les personnes qui ne participent pas à la mobilisation «  n’ont pas compris l’essence même du problème. Il s’agit de l’avenir de l’humanité ». Anuna De Wever n’entend pas prendre contact avec les syndicats. «  J’ai déjà fait connaître mon point de vue », a-t-elle dit.
Des milliers de jeunes sont à nouveau descendus dans les rues de Bruxelles ce jeudi pour exhorter les dirigeants à prendre des mesures climatiques ambitieuses. Au terme de la manifestation, Youth For Climate et d’autres collectifs ont appelé les syndicats à soutenir la grève du 15 mars en déposant un préavis qui permette au plus grand nombre de rejoindre les rangs des manifestants.
Si la CSC et la FGTB affirment soutenir la mobilisation, les syndicats n’ont toutefois pas l’intention d’accéder à la demande des jeunes. Les centrales professionnelles de la FGTB doivent, elles, se positionner dans les prochains jours. A ce stade, seule la centrale générale a annoncé qu’elle déposerait un préavis de grève. La CGSLB se dit également solidaire du mouvement, mais se range du côté de la CSC et de la FGTB.


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