dimanche 31 mars 2019

Vous ne les connaissez pas… ces technos qui gouvernent vraiment la France


Par Étienne Girard et Louis Hausalter  (Figaro)

Ils ne sont pas élus, pourtant ils sont omniprésents dans la prise de décision publique. Avec Emmanuel Macron au pouvoir, les technocrates vivent un âge d'or, au point d'éclipser des politiques de plus en plus marginalisés.
Le grand public ne connaît pas Nathalie Loiseau. Mais, dans le petit milieu des hauts fonctionnaires français, celle qui vient d'être propulsée à la tête de la liste macroniste pour les élections européennes du 26 mai est une rock star. Diplômée de Sciences-Po et diplomate de profession, la désormais ex-ministre des Affaires européennes a navigué pendant vingt-cinq ans de postes en ambassade en postes de direction au Quai d'Orsay, en passant par le cabinet d'Alain Juppé en 1993. Elle a aussi dirigé l'ENA sous le quinquennat Hollande, ce qui faisait d'elle « la mère supérieure des technocrates », a rappelé sur France Inter son ancien collègue Jean-Christophe Rufin. Au passage, l'ex-diplomate et écrivain n'a pas manqué de dézinguer sa désignation : « C'est vraiment tout ce qu'on reproche à l'Europe : la technocratie à l'état pur ! »
De fait, la désignation de « Loiseau la techno » agit comme un révélateur : en Macronie, ce sont eux qui ont le pouvoir. Les hauts fonctionnaires vivent un âge d'or. « Macron était leur candidat. Ils se retrouvaient parfaitement en lui », glisse un énarque sorti récemment dans la « botte », ces meilleures places qui assurent de belles carrières à de jeunes ambitieux comptant à leur actif plus de dissertations que d'expériences de terrain.
Chaque lundi, c'est d'ailleurs un quatuor issu de cette fine fleur technocratique qui se réunit pour décider de la conduite du pays. Emmanuel Macron, énarque et inspecteur des finances, accompagné du secrétaire général de l'Elysée Alexis Kohler, énarque sorti à la Direction du Trésor, reçoit le duo qui a la main sur Matignon : le Premier ministre Edouard Philippe, énarque sorti au Conseil d'Etat, et son directeur de cabinet Benoît Ribadeau-Dumas, qui fut… son camarade à l'ENA ...


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LA REPUBLIQUE DES ENARQUES

Ils sont tous issus du même sérail sauf Collomb et Hulot, évidemment,  mais voilà, ceux-là ont quitté le navire déjà. Quand les dégoûtés s'en vont il reste seulement...les énarques et l'ex directrice de l'ENA  en tête, Nathalie Loiseau, « la mère supérieure des technocrates »,  l'oiseau  rare, l'oiseau bleu, l'oiseau de proie  qui tirera la liste européenne. Tous des premiers de cordées dont les sans culottes en gilets jaunes verraient volontiers les jolies têtes d'oeuf fichées sur les pointes des grilles de l'Elysée.  Trop d'ENA tue l'ENA, trop de premiers de cordée finiront par  avoir raison de la corde qui les aide à escalader la montagne abrupte.  La Macronie est une République de premiers de classe, de forts en thèmes peu aguerris aux rudesses du paysage politique français qu'ils découvrent tout badigeonné de jaune et très hostile à la potion amère  qu'ils entendent lui administrer.
L'exécutif gaullien à rêvé de fonder l'école nationale d'administration; désormais l'Eunarquie rêve de dominer les Français qui se rebiffent avec violence et détermination. Et la démocratie dans tout ça?
MG

vendredi 29 mars 2019

Les 3 questions qui déterminent notre destin.


Jacques Attali, sur son blog 

Que puis-je faire pour les autres ? Que puis-je faire pour moi-même ? Qu’est-ce que les autres peuvent faire pour moi ?
Suivant l’ordre dans lequel un individu, une entreprise, une nation se posent ces trois questions, quel que soit son environnement ou sa situation sociale, on peut à peu près tout deviner de son destin :
Ceux qui prennent en main d’abord leur propre futur sont ceux qui réussiront le mieux leur vie, quelles que soient leurs prédispositions et leur environnement social. Ceux qui aident le plus les autres sont ceux qui auront le meilleur impact sur le monde. Enfin, ceux qui ne font que demander ce que les autres peuvent faire pour eux, qui passent leur vie à réclamer, auront renoncé à avoir un impact sur leur propre vie et sur celle des autres.
Qu’on ne me dise pas que la hiérarchie de ces questions est déterminée par le milieu social ; qu’on n’affirme pas que la pauvreté condamne à se contenter de réclamer, à attendre tout de la société et des autres. C’est faux. Je rencontre tous les jours des jeunes gens venus de milieux sans espoir, de familles brisées, de logements exigus, de lointains pays, qui se sont pris en main, parfois avec l’aide de professeurs ou de soutiens particulièrement bienveillants, et qui ont réussi des études de très haut niveau, rendues plus difficiles encore par les conditions dans lesquelles ils ont dû étudier. Je rencontre aussi tous les jours des gens venus des milieux sociaux les plus favorisés qui ne font que réclamer ce qu’ils n’ont jamais cherché à obtenir par leur travail. Et qui finissent leur vie dans la déchéance et l’amertume.
Même si le milieu socioculturel augmente massivement les chances de réussir, c’est la volonté de se prendre en main qui détermine le destin de chacun.
Et quand j’entends expliquer que le QI serait le déterminant essentiel de la réussite individuelle, que de cette mesure dépendrait le destin de chacun dans le monde à venir, je ne peux m’empêcher de penser qu’il est quelque chose de beaucoup plus important encore que cette mesure, qui est la volonté de s’occuper de soi-même, de se donner les moyens de réussir, malgré toutes les difficultés.
La volonté est le principal des dons. C’est elle qui permet de réussir, pas de soi-disant dons physiques ou intellectuels.
Cette volonté, cette « gnaque » (qu’on trouve chez les artistes, chez tous les gens ayant une vocation, quelle qu’elle soit, et chez tous ceux ayant la volonté d’échapper à leur condition), est bien plus importante que tout. Elle peut s’acquérir. Et c’est cela surtout qu’on peut apporter aux autres, en répondant à la deuxième question : leur faire prendre conscience qu’ils sont uniques, et leur donner la confiance nécessaire pour se prendre en main.
C’est même la seule chose qu’on peut réclamer d’une société : non qu’elle vous assure un revenu décent quoi qu’on fasse, mais qu’elle crée les conditions pour que vous puissiez former un projet de vie et le réaliser. C’est la fonction essentielle du politique, que de donner à chacun l’envie et les moyens de se réaliser.
Ceux qui ne veulent pas admettre qu’ils tiennent entre leurs mains les clés de leur propre destin, et qui ne font rien pour aider les autres à réussir, se condamnent à échouer et, accessoirement, à détester ceux qui réussissent : il n’est rien de plus intolérable que de voir les autres faire ce qu’on aurait pu faire soi-même si on en avait eu l’énergie, si on avait pris conscience de sa solitude, si on avait compris que la vie est magnifique, à condition de la prendre comme elle vient, et de se révolter pour en tirer le meilleur, pour soi et pour les générations à venir. 

 
COMMENTAIRE DE DIVERCITY
C’EST LA VOLONTÉ DE SE PRENDRE EN MAIN QUI DÉTERMINE LE DESTIN DE CHACUN." 

"C’est la fonction essentielle du politique, que de donner à chacun l’envie et les moyens de se réaliser.
Ceux qui ne veulent pas admettre qu’ils tiennent entre leurs mains les clés de leur propre destin, et qui ne font rien pour aider les autres à réussir, se condamnent à échouer et, accessoirement, à détester ceux qui réussissent"
La volonté de vouloir n'est pas donnée à tout le monde.
" L'oiseau n'est pas un docteur es sciences qui puisse expliquer pour ses confrères le secret du vol. Pendant qu'on discute sur son cas, l'hirondelle, sans autres explications, s'envole devant les docteurs ébahis... Et de même il n'y a pas de volonté savante qui puisse expliquer à l'Académie le mécanisme de la décision : mais, en moins de temps qu'il n'en faut pour dire le monosyllabe Fiat, l'oiseau Volonté a déjà accompli le saut périlleux, le pas aventureux, le vol héroïque du vouloir ; la volonté quittant le ferme appui de l'être, s'est déjà élancée dans le vide. "  Ainsi s'exprimait le philosophe  Jankélévitch dans la "volonté de vouloir", troisième tome de son célèbre "le je-ne-sais quoi et le presque rien."
Rien ne semble plus facile que vouloir mais certains n'y parviennent qu'à grande difficulté, voire pas du tout et c'est dramatique.
Je me souviens avoir entendu  Jacques Attali raconter l'anecdote suivante. La famille Attali habitait à Alger. Le père de Jacques, Simon Attali, un juif autodidacte   qui faisait de bonnes affaires en sa qualité de parfumeur, décida de quitter l'Algérie au début de la guerre d'indépendance en 1956: la valise plutôt que le cercueil. Arrivé à Paris, il choisit de s'installer rue de la Pompe, pour y développe la distribution de parfums.  dans un quartier choisi pour sa proximité avec un  lycée d'excellence pour y inscrire ses fils jumeaux âgés alors de douze ans. Le proviseur refuse d'inscrire les deux garçons prétextant que  les délais d'inscription sont largement dépassés. Qu'à cela ne tienne, Simon entre dans la première bonne librairie et achète "un mètre de Pléiades" qu'il offre à ses fils. "Vous lirez ça avant de rejoindre l'école l'an prochain." Cette pédagogie hardie et rude  d'un père auto didacte volontariste  portera ses fruits.
Les jumeaux Jacques et Bernard suivront des études au lycée Janson-de-Sailly, En juillet 1963, Jacques Attali se classe 43e ex æquo au concours d'entrée de l'École polytechnique (1963) . Il en sortira  major en 1965 ce qui lui permet de devenir ingénieur du Corps des mines (1965-1968).  Il suit en parallèle la formation de l'Institut d'études politiques de Paris dont il est diplômé en 1967 (section service public)  Puis il intègre l'ENA et termine classé 3e de la promotion Robespierre (1968-1970) En 1970, à sa sortie de l'ENA, âgé de 27 ans, il devient auditeur au Conseil d’État.
Il soutient en 1972 un doctorat d'État en sciences économiques de l'Université Paris-Dauphine
En 1972, à vingt-neuf ans, il publie ses premiers livres. La suite est connue. Sa botte  secrète? Il le révèle dans cet article: c'est tout simplement  sa formidable  volonté de vouloir.
Assurément, Simon a réussi "à faire  prendre conscience à ses fils  qu’ils sont uniques, et leur donner la confiance nécessaire pour se prendre en main."
"La volonté est le principal des dons. C’est elle qui permet de réussir, pas de soi-disant dons physiques ou intellectuels."
Que puis-je faire pour les autres ? Que puis-je faire pour moi-même ? Qu’est-ce que les autres peuvent faire pour moi ?
Pas un mot de tout ceci dans le pacte d'excellence. La réussite scolaire et la réussite tout court est d'abord et avant tout subordonnée à la force de caractère. Celle ci se forge en famille et dans les salles de sport, sur les terrains de foot, de hockey ou de tennis ou encore en apprenant très jeune la maîtrise d'un instrument. L'échec scolaire résulte toujours  d'un déficit de volonté. Qu'on se le dise.
MG

jeudi 28 mars 2019

Large soutien aux écoles multilingues à Bruxelles


Le Soir

L’ULB et la VUB veulent ouvrir en 2020 une école secondaire où les cours se donneraient en français, néerlandais et anglais.
Un signal très fort » (Ecolo/Groen). « Nous voulons être commune pilote » (Ville de Bruxelles, PS, Ecolo, Défi). « Nous avons toujours soutenu cette idée » (SP.A). C’est peu dire que l’idée d’école multilingue lancée par les recteurs de l’ULB et de la VUB suscite un certain enthousiasme dans les milieux politiques. 

UNE ÉCOLE MULTILINGUE À BRUXELLES: UNE ÉVIDENCE DANS UNE VILLE COSMOPOLITE?
Bruxelles a apporté son soutien au projet développé par Yvon Englert et Caroline Pauwels. Puis a proposé que la Ville de Bruxelles soit commune pilote. En clair, de mettre des moyens dans la création de l’établissement, sur le territoire (et dans le giron ?) communal. Dans la foulée, Ixelles a également fait offre de service.« Nous sommes l’une des communes les plus représentatives du caractère international de notre Région. Le collège est dès lors particulièrement enthousiaste à l’égard de ce projet », explique Christos Doulkeridis (Ecolo).
Pascal Smet, lui, rappelle que les écoles bilingues figurent dans le programme de one.brussels, adopté dimanche dernier ; les libéraux, francophones et néerlandophones, y sont également favorables. « Nous espérons que la présence d’universitaires issus des deux communautés permettra de dépasser les clivages communautaires », précise le MR.
CONTOURNER LES CONTRAINTES INSTITUTIONNELLES
Même ligne chez les verts, qui insistent plutôt sur l’ambition bilingue. « Le récent baromètre linguistique a montré que 90 % des Bruxellois sont en faveur d’écoles bilingues. Elles sont, du reste, le reflet de la réalité de la ville », insistent les têtes de liste Alain Maron (Ecolo) et Elke Van den Brandt (Groen). Lesquels pointent toutefois, comme le CDH, les difficultés constitutionnelles et légales, le fédéral étant pour l’heure compétent pour l’enseignement bilingue. « Raison pour laquelle une voie plus rapide pour arriver au concept, auquel nous sommes clairement favorables, est l’enseignement en immersion, qui permet de mettre en œuvre des écoles bilingues ou trilingues », explique Antoine de Borman, directeur du Cepess (et candidat).
En filigrane, ce constat que l’organisation actuelle de Bruxelles est pour le moins dépassée. Fracturer la ville selon le clivage linguistique ne résiste ni à la réalité – 184 nationalités, une vraie tour de Babel – ni aux besoins (parler plusieurs langues pour trouver une place dans la société, notamment sur le marché de l’emploi). Le sujet n’est plus tabou qu’auprès de celles et ceux qui refusent de voir l’évolution de la capitale. Chez les autres, la réflexion est en cours sur les moyens (détournés) de contourner les contraintes institutionnelles, à défaut de lancer un grand débat sur l’architecture bruxelloise. Parmi les idées, l’école multilingue. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
UNE  TRÈS BONNE IDÉE DIFFICILE À METTRE EN OEUVRE 

Une école multilingue à Bruxelles: une évidence dans une ville cosmopolite? Assurément, l'idée est fabuleuse. Elle figure déjà dans le livre mémorandum de Georges Verzin qui ne fit réagir personne alors qu'il était truffé de propositions intéressantes. Mais voici que  Philippe Close qui a le talent de surfer sur les médias, surtout en période préélectorale,  lance cette même proposition en synergie avec deux recteurs complices  (VUB:ULB) et soudain l'idée fait le buzz et des titres: un vrai un tabac.
Bravo! Mais concrètement?  Où vont-ils trouver les merles blancs capables de dispenser cet enseignement:  des profs d'histoire maîtrisant parfaitement le néerlandais, des profs de math sachant enseigner en anglais? Déjà qu'il y a pénurie de germanistes dans les écoles et que les cours de deuxième langue sont de moins en moins souvent dispensés. Et comment les petits Bruxellois issus de la diversité-ils constituent le gros de la population scolaire des école de Bruxelles -  feront-ils pour suivre et pour comprendre quand déjà ils ont du mal à intégrer des consignes dispensées en français? Il est vrai que ce type d'enseignement se pratique déjà dans nos écoles européennes qui refusent du monde. Mais voilà précisément la différence: ces écoles réservées aux fils et aux filles des eurocrates pratiquent une véritable discrimination à l'inscription: les élèves de nationalité belge y sont admis au compte goute. Il serait grand temps de mettre fin à ce type de d'apartheid criante qui ne dit pas son nom.

MG 

L’ULB ET LA VUB VEULENT CRÉER UNE ÉCOLE MULTILINGUE À BRUXELLES
PAR MARIE THIEFFRY ET VÉRONIQUE LAMQUIN (Le Soir)
Les deux recteurs lancent un appel aux politiques. Pour eux, c’est une évidence dans une société ouverte, une ville cosmopolite. Et un bienfait attesté par la recherche académique.

Yvon Englert et Caroline Pauwels ciblent d’abord la création d’une école secondaire, pour laquelle ils pensent avoir plus de chances d’obtenir un financement. - Sylvain Piraux.
C’est une école où l’on apprend, en français, le sens, l’art, le poids d’une langue. Les maths et les sciences en anglais. La géographie et l’histoire en néerlandais. C’est l’école multilingue que les recteurs de l’ULB et de la VUB veulent créer. Des mois qu’ils mûrissent, avec leurs experts, ce projet… A la veille du scrutin, Yvon Englert et Caroline Pauwels, bousculant les lois et la Constitution, lancent un appel aux politiques : « Faisons-le, on est prêts ! »
« LE MULTILINGUISME, UNE ÉVIDENCE »
Leur plaidoyer – qu’ils déroulent dans les langues de Molière et Vondel après avoir proposé celle de Shakespeare –, les deux recteurs le fondent d’abord sur une conviction forte : la force du multilinguisme, dans une société ouverte, une ville cosmopolite. « L’apprentissage des langues est un paramètre clé pour le vivre-ensemble, l’accès à la culture, l’accès à l’autre, insiste Yvon Englert. Une langue, c’est un élément important pour apprendre à mieux se comprendre. »
Les deux académiques balaient au passage les craintes, si vives voici quelques années encore, de voir l’enseignement multilingue nuire à la maîtrise de la langue maternelle… « Certains psys prédisaient même des retards aux jeunes scolarisés dans une autre langue, se souvient Yvon Englert. Alors qu’aujourd’hui, l’intérêt du multilinguisme est bien documenté par les pédagogues et les psychologues du développement. Clairement, c’est positif. Oui, il y a des discussions sur le fait de savoir à quel point ça l’est. Mais il y a un très large consensus pour dire que ça ne comporte pas de risques, que les capacités langagières des jeunes ne seront pas moins bonnes s’ils sont élevés de manière trilingue, que leur faculté d’acquérir une autre langue sera améliorée de manière substantielle. »
Caroline Pauwels en est tout aussi convaincue, insistant par ailleurs « sur l’effet égalisateur de cette forme d’enseignement. Toutes les langues sont sur le même pied, il n’y en a pas une dominante, puis une deuxième et une troisième ». Dans une ville cosmopolite comme Bruxelles (184 nationalités), l’idée fait d’autant plus sens, plaident, en chœur, les deux universités. Une réalité sociétale, une nécessité pour le marché de l’emploi. Pourtant, à l’heure actuelle, seules les écoles européennes sont multilingues. « Mais tout le monde n’y accède pas. Et le coût est très élevé, relève encore la rectrice de la VUB. Il faut normaliser le multilinguisme dans notre ville. »
« UNE ÉCOLE SECONDAIRE, PAR PRAGMATISME »
D’où leur projet d’école secondaire, pour commencer – au nom du pragmatisme, pas de la pédagogie – « non confessionnelle, pluraliste », sourit Caroline Pauwels. « A Bruxelles, il y a un besoin important de nouvelles places d’écoles, rappelle Yvon Englert. Or, les manques sont surtout dans le secondaire. Comme nous devrons trouver des financements pour notre projet, nous inscrire là où les besoins sont indiscutables et où les financements devront de toute façon être dégagés nous paraissait une bonne idée. Mais on préférerait commencer au jardin d’enfants. »
Une école secondaire, où les cours sont donnés en trois langues, avec une langue attribuée, pour de bon, à chaque matière. Et la même quantité d’heures de cours dans chaque langue. Si on a le français comme langue maternelle, on peut ainsi choisir d’apprendre les maths en version francophone, mais prendre histoire et géo en néerlandais, les sciences en anglais… « Les études montrent que non seulement la langue maternelle n’est pas impactée mais aussi que l’apprentissage des matières se déroule très bien dans une autre langue », expliquent les experts. Qui insistent : aucune langue n’est prépondérante ni supérieure, les enfants se les approprient toutes. « Pour que cela fonctionne, il y a certaines conditions à respecter, précise Caroline Pauwels. Comme le nombre d’heures ou la composition des classes. » Quid du choix : anglais, néerlandais, français ? « Sur ce point, notre idée n’est pas mûre, elle doit progresser, reconnaît Yvon Englert. Les écoles européennes offrent un faisceau de langues maternelles et plein de combinaisons possibles. Nous, on va être contraints par les réalités. »
« DES UNIVERSITÉS IMPLIQUÉES DANS LA VILLE »
Depuis leur entrée en fonction, les deux recteurs n’ont eu de cesse de travailler ensemble – avec ce projet, mais aussi la création d’un pôle universitaire sur le site des anciennes casernes à Ixelles – et d’inscrire leurs universités dans la ville. « Cela nous conduit naturellement à nous poser des questions, à nous demander si nous ne sommes pas les bonnes personnes pour créer certains déclics. » Et puis il y a ce constat, qui voit une grande partie des générations de jeunes s’inscrire à l’université. « Nous développons donc une attention particulière pour l’enseignement obligatoire et des actions de soutien aux jeunes, parce qu’il y a un continuum qui s’est accentué entre le secondaire et le supérieur, poursuit Yvon Englert. Se connecter à l’enseignement obligatoire, c’est préparer ceux qui vont arriver chez nous. On veut participer au développement de la ville, de la citoyenneté des générations futures… »
Voilà pour la responsabilité sociétale, mais il en est aussi une académique. « On veut accompagner cette école multilingue, poursuivre nos recherches sur ce projet pilote », souligne Caroline Pauwels. L’ULB a déjà tenté pareille expérience, en s’impliquant dans deux écoles plurielles (deux établissements à pédagogie active inaugurés en 2017, à Molenbeek). « L’enrichissement est extraordinaire, tant pour eux que pour nous, insiste le recteur. Cela nous conforte dans l’idée que nous impliquer dans un projet comme l’école multilingue a beaucoup de sens. Le fait de pouvoir s’arc-bouter sur les universités, c’est un avantage. C’est un apport considérable pour nos départements de pédagogie, de linguistique, de suivre une expérience comme ça. » Les deux universités veulent donc « être parties prenantes » au projet qu’elles lancent. « La volonté de s’impliquer est mieux rencontrée si on est dans le pouvoir organisateur, estime Yvon Englert. On le voit avec les écoles plurielles, à qui on donne un support, une implication de la communauté universitaire, pas d’argent. »
« FAISONS-LE »
Reste, pour ouvrir cette école en 2020 comme en rêvent les deux recteurs, à convaincre les politiques (puis à changer les lois, lire ci-dessous). « A partir du moment où on a une conviction forte qu’il faut le faire, s’il y a des obstacles, il faut voir comment on les surmonte, pas se dire que ça ne va pas parce qu’ils existent. C’est absurde si on prend un pas de recul et qu’on regarde le monde autour de nous », lance Yvon Englert. « Ce serait bien si on pouvait avancer, embraie Caroline Pauwels. Notre projet est fondé sur des éléments objectifs. Nous mettons tous les arguments sur la table, nous espérons qu’une série d’acteurs seront prêts à en discuter avec nous. » Le recteur de l’ULB relance : « Notre message à destination du monde politique, c’est une vision académique et de développement humain, qui n’a pas réellement de raison d’être instrumentalisée politiquement mais plutôt d’être soutenue. Ce qu’on espère c’est un soutien du monde politique. » Et le tandem de lancer, le regard un brin cynique : « Dans notre projet, les langues ne sont pas hiérarchisées, on espère donc que ce ne sera vécu par personne comme une menace pour sa langue. »
Bref ? « On est prêts, on veut participer, accompagner, être à la table, faisons-le ! », s’enthousiasme Caroline Pauwels.« Plus que ça, soutenez-nous », conclut Yvon Englert.
Des obstacles juridiques... Et politiques?
V.LA. ET M. TH.
L’école multilingue verra-t-elle le jour à Bruxelles ? C’est une équation à deux inconnues (majeures). D’une part, l’arsenal législatif qui, pour l’heure, est synonyme d’obstacle. Et, de l’autre, la volonté politique. « On sait que tout ce qui relève des langues est compliqué », pointent les deux recteurs. Lesquels veulent croire que le projet est assez fort pour vaincre les réticences communautaires. Ou suffisamment en phase avec les réalités (et nécessités) bruxelloises pour s’imposer. Ils ont du reste déjà commencé leur lobby, en coulisses. Et peuvent se targuer du soutien de Beci (les patrons bruxellois)… Mais aussi, selon nos informations, de Rudi Vervoort (PS) et Guy Vanhengel (Open VLD). Lesquels nous confirment par ailleurs avoir déjà commandé une étude sur la faisabilité juridique, dont les résultats devraient être connus avant les élections.
Reste, toutefois, à surmonter le droit. Qui, pour l’heure, prévoit qu’une école doit être considérée comme appartenant exclusivement à une Communauté ; des sections francophone et néerlandophone d’une école (mais aussi d’une crèche) ne peuvent d’ailleurs être placées sous la même direction. Seule issue : l’immersion, autorisée jusqu’à 75 % du temps scolaire. A l’heure actuelle, Bruxelles compte 18 écoles primaires et 15 écoles secondaires francophones en immersion néerlandophone. Côté flamand, l’immersion n’est autorisée qu’en secondaire, pour un maximum de 20 % des cours. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« L’APPRENTISSAGE DES LANGUES EST UN PARAMÈTRE CLÉ POUR LE VIVRE-ENSEMBLE" 

"Les deux académiques balaient au passage les craintes, si vives voici quelques années encore, de voir l’enseignement multilingue nuire à la maîtrise de la langue maternelle…"
On ne peut sur ce point que leur donner raison. Il faut savoir que la bosse des langues est un mythe. Il suffit d'avoir entendu autre chose que sa langue maternelle avant douze ans pour être capable d'assimiler ensuite diverses autres langues. C'est le cas de presque tous les enfants issus de l'immigration qui n'entendent pas parler français à la maison mais seulement à l'école. Le français est pour ces enfants un langue étrangère. En mesure-ton bien les conséquences pédagogique? Franchement j'en doute. Ils ont parfaitement compris ce problème dans le écoles flamandes où le néerlandais est carrément enseigné comme un langue étrangère.
« L’apprentissage des langues est un paramètre clé pour le vivre-ensemble, l’accès à la culture, l’accès à l’autre, insiste Yvon Englert. Une langue, c’est un élément important pour apprendre à mieux se comprendre. »
Se comprendra-ton mieux à Bruxelles entre allochtones et autochtones parce que tout le monde se met à baragouiner un mauvais anglais?  J'ai vraiment des doutes là-dessus. Ma petite fille francophone de trois ans est inscrite dans une école flamande depuis six mois. Elle ne dit pas un mot, pas une phrase en néerlandais et sa "juf" s'en inquiète D2J0. Mais bon sang que l'on fasse preuve de patience. 
l'immersion est une méthode efficace mais plus lente qu'on imagine lente. Elle ne fonctionne vraiment bien que si non seulement l'enseignante est native speaker mais aussi la majorité des élèves avec qui s'éclater à la récréation.
De tout cela pas un mot dans la bouche des recteurs bavards et du bourgmestre ravi de pouvoir montrer sa bouille ronde dans les média.
Il ne faudrait pas oublier qu'on est en campagne électorale et que les trois protagonistes ont un point commun: ils sont socialistes tous les trois.
MG





mardi 26 mars 2019

Manneken Pis no longer peeing water down the drain


Famed Belgian statue wasted 1,000 to 2,500 litres of fresh clean drinking water each day
Daniel Boffey in Brussels (The Guardian)

Brussels’ Manneken Pis statue now has a special channel installed to reuse the water it discharges.
For four centuries the celebrated Manneken Pis – the “peeing boy” in the local Dutch dialect – has embodied the laissez-faire culture of the Belgians.
But, to the surprise of officials in the city of Brussels, it has emerged that the bronze statue had been weeing fresh clean drinking water – 1,000 to 2,500 litres of it a day, sufficient for the use of 10 households – directly into the city’s sewers.
The discovery was made by Régis Callens, an energy technician, after a meter was installed in the 61cm (24in) statue.
“We thought it was a closed circuit and that he wasn’t consuming anything,” Callens told La Dernière Heure. “Since the counter for Manneken Pis is just one out of 350 or 400, nobody paid much attention.”
This week, a channel was constructed to gather the water being discharged by the Manneken Pis to redirect it back to the statue.
At a later date, a permanent circuit will be fitted in keeping with the fountain’s location on a cobbled street close to the Grand Place in the medieval centre of the Belgian capital. The Manneken Pis is the work of the renowned baroque sculptor Jérôme Duquesnoy.
Brussels city commune’s first alderman, Benoît Hellings, said: “We can be proud to say that, for the first time in 400 years, Manneken Pis is not peeing out fresh drinking water. The municipality is now intent on inspecting all the centrally located fountains to avoid similar waste.”
He added: “We will also be improving the monitoring of installations in schools and sports centres. We should be setting an example, and encouraging everyone in Brussels to pay attention to their water consumption.”
The Manneken Pis, which attracts tourists in their thousands, is a copy of the 1619 original, which is in the nearby city museum.
The cherubic statue’s provenance is disputed. One school of thought is that it refers to the legend that troops loyal to Duke Godfrey III of Leuven put the then two-year-old nobleman in a basket in a tree, from where he urinated on enemy soldiers.
A 14th-century story suggests it was a tribute to a local boy named Julianske who had saved the city by urinating on a burning fuse lit by enemies trying to blow up its defensive walls.
The diminutive statue is dressed in clothes 130 times a year, and has more than 1,000 costumes. An American guidebook recently caused some raised eyebrows in Brussels when it named the Mannekin Pis as one of the world’s 45 most overrated tourist attractions.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
PUT THAT IN YOUR PIPE AND SMOKE IT

Si vous n'avez pas compris à la  première lecture, retenez que Manneken Pis urine plus de deux mille litre de bonne eau potable par jour qui part au caniveau. Non; s'il pisse dru en effet, il n'urine pas en boucle. Mais ça va changer. Il faut lire le Guardian pour enfin prendre conscience de ce gaspillage idiot.
MG

Xi Jinping a commencé sa tournée européenne vendredi à Rome.


"La Chine a une emprise sur plusieurs pays européens"
Par Franck Dedieu (Marianne)

Emmanuel Macron accueille son homologue chinois Xi Jinping. Vont se joindre la chancelière allemande Angela Merkel et le président de la Commission Jean-Claude Juncker, histoire de montrer une Europe unie et décidée. Décryptage d’Antoine Brunet, économiste.
MARIANNE : AU FOND, QU’ESPÈRENT LES EUROPÉENS FACE À LA CHINE ?
Antoine Brunet* : Emmanuel Macron est sans doute le chef d’Etat européen le plus lucide et le plus résolu sur les visées économiques chinoises. Il a besoin de donner l’image d’un continent aligné sur des positions communes, capable de faire bloc. En vérité, cette union s’avère difficile car la Chine a désormais pris une emprise sur plusieurs pays européens. Par exemple, Pékin, déjà actionnaire principal de la Compagnie d’électricité portugaise avec 23,3% de son capital, cherche désormais à prendre la majorité du capital quand le gouvernement portugais déclare par ailleurs qu’il entend s’opposer à un dispositif européen qui limiterait les prises de contrôle par la Chine. Quant au gouvernement italien, il semble vouloir négocier unilatéralement avec Pékin au sujet du port de Trieste, sans doute contre des concessions quant à l’énorme dette qu’il doit à la Chine.
Le couple franco-allemand aura sans doute bien du mal à réunir la majorité qualifiée de l'UE pour réformer le code de la concurrence, au nom duquel la Commission a refusé la fusion entre Siemens et Alstom. Une fusion qui aurait pourtant permis à l’Europe de survivre face au géant chinois du rail CRRC. Au fond, Macron tente de résister mais il est un peu seul et j’ai peur que les Européens aient pris beaucoup de retard.
"Trump devrait s’associer aux Européens pour faire contrepoids à Pékin au lieu de les malmener"
LES EUROPÉENS EN RETARD ? EST-CE À DIRE QUE NOUS ENTRONS DANS L’ÈRE DU G2 : ETATS-UNIS-CHINE ?
A.B : Du G2 ? Le risque désormais, c’est le G1 : la Chine seule. Cette idée de co-dépendance entre Amérique et Empire du Milieu qui prévalait dans les années 2000 a été démentie par la crise de 2008. La Chine a alors momentanément évoqué la menace de vendre son portefeuille de bons du Trésor américains. Cela a alors obligé la banque centrale américaine à se porter elle-même acheteuse de ces bons pour contrecarrer la menace. Depuis lors, la Chine n’achète plus de bons et a même réduit son portefeuille. Quant au déficit commercial des Etats-Unis avec la Chine, il a continué à se creuser en dépit des droits de douane de 10% exercés sur la moitié des importations américaines de produits « made in China ». Il est vrai que face aux airs martiaux que se donne Donald Trump, la Chine s’est permise de dévaluer de 10% le yuan contre le dollar, si bien que le déficit commercial américain avec la Chine continue de se creuser. En fait, Trump devrait s’associer aux Européens pour faire contrepoids à Pékin au lieu de les malmener (avec des menaces de droits de douanes par exemple).
EN QUOI LA ROUTE DE LA SOIE PAR LA CHINE CONSTITUE-T-ELLE UN DANGER ?
Un coup d’œil historique suffit à répondre. La Chine ambitionne de se constituer un réseau mondial de ports dans le monde, à l’instar de ce qu’avait réalisé l’Empire britannique du XIXe siècle. Un collier de ports commerciaux contrôlés par la Chine émerge déjà : au Cambodge, en Birmanie, au Bangladesh, au Sri Lanka, au Pakistan, à Djibouti, au Pirée… Mais elle le fait par la voie financière. Souvent selon une tactique éprouvée : elle démarche un pays en difficulté, en lui proposant qu’une grande entreprise chinoise lui construise des grandes infrastructures pendant qu’une grande banque chinoise lui consent le financement correspondant. Lorsque le pays, devenu surendetté, ne peut plus faire face, la Chine vient lui proposer de lui alléger sa dette en lui rachetant (souvent bon marché d’ailleurs) cette infrastructure. Cela permet à Pékin de se constituer des enclaves dans de nombreux pays. Ce fut le cas au Sri Lanka et en Grèce. Sans compter qu’un port commercial peut se transformer carrément en base militaire, à l’image de ce que la Chine a fait récemment à Djibouti. A Paris, il y aura vraiment matière à discussion avec les interlocuteurs chinois…


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
SUITE RESEVEE AUX ABONNES

Tant pis pour la suite. A chacun d'entre nous de l'imaginer par devers soi. Sans doute n'est il pas inutile, pour mieux comprendre ce pays en pleine métamorphose de relire le livre d'Alain Peyrefitte...
"QUAND LA CHINE S'EVEILLERA… LE MONDE TREMBLERA"
Le titre de l'ouvrage d'Alain Peyrefitte vient d'une phrase prophétique attribuée à Napoléon Ier: « Laissez donc la Chine dormir, car lorsque la Chine s'éveillera le monde entier tremblera ». Selon l'historien Jean Tulard, cette citation apocryphe aurait été inventée pour le film Les 55 Jours de Pékin sorti en 1963. Pour d'autres, il aurait prononcé cette phrase en 1816 à Sainte-Hélène après avoir lu La Relation du voyage en Chine et en Tartarie de Lord Macartney, premier ambassadeur du roi d'Angleterre en Chine à l'époque15.
"Quand la Chine s'éveillera… le monde tremblera" est un essai d'Alain Peyrefitte paru en 1973 chez Fayard. Il s'est vendu à plus de 885 000 exemplaires en comptant uniquement l'édition française2. Il a été republié en deux tomes en livre de poche, sous-titrés respectivement Regards sur la voie chinoise et La Médaille et son revers.
Alain Peyrefitte, écrivain et homme politique français, effectue en 1971, il ya près de cinquante ans  une visite en Chine à la tête d'une délégation parlementaire, alors qu'il est président de la Commission des Affaires culturelles et sociales de l'Assemblée nationale. Il réalise à cette occasion un rapport d'enquête sur l'état de la Chine alors au milieu de la Révolution culturelle.
Sa thèse principale est que compte tenu de la taille et la croissance de la population chinoise, elle finira inexorablement par s'imposer au reste du monde dès qu'elle maîtrisera une technologie suffisante. Il explique aussi que « La Chine d'aujourd'hui ne prend son sens que si on la met en perspective avec la Chine d'hier ».
En 1996, Peyrefitte publie, comme un écho à cet ouvrage, une suite en forme de constat : La Chine s'est éveillée. Il garde cependant une distance avec la Chine quotidienne, mais reste fasciné par « l'extraordinaire concentration du pouvoir qui sévit en Chine ».
Pour l'universitaire François Joyaux, l'ouvrage d'Alain Peyrefitte sur les potentialités de la Chine s'impose par sa profondeur. René Etiemble qualifie l’ouvrage de « bilan intelligent et alerte », mais conseille pour comprendre les luttes politiques de l'époque de la Révolution culturelle, de lire Les Habits neufs du président Mao de Simon Leys. (wikipédia)

lundi 25 mars 2019

De overwinning van Baudet in Nederland legt een fundamenteel probleem van de democratie bloot'


Othman El Hammouchi
Filosoof en opiniemaker, auteur van 'Lastige waarheden' (Polis)
OPINIE

'De overwinning van Baudet in Nederland legt een fundamenteel probleem van de democratie bloot'
'Retoriek en beleid die appeleren aan de lage impulsen en emoties van de mens lonen electoraal enorm, en gezien partijen in een democratie als enig doel hebben om stemmen te halen, worden ze systematisch gestimuleerd zich daarvan te bedienen', schrijft Othman El Hammouchi over de verkiezingsuitslag in Nederland.
In de Provinciale Statenverkiezingen van 20 maart heeft het Forum voor Democratie, de extreemrechtse identitaire partij van Thierry Baudet, een monsterscore neergelegd. De partij haalde 13 zetels binnen en wordt de grootste fractie in de Eerste Kamer. De verkiezing illustreert de gevaarlijke trend die we momenteel overal in het Westen waarnemen: een flink deel van de kiezers is bereid te stemmen op illiberale partijen die een groot segment van de bevolking op basis van herkomst, ras of geloof uitsluiten uit de nationale gemeenschap, en niet geloven in door de mens veroorzaakte klimaatopwarming. En dat is een endemisch gebrek van het democratische proces.
POPULISME
De benaming 'populisme', die men pleegt te geven een bepaald soort discours dat in hoofdzaak gekenmerkt wordt door haat tegenover minderheden en ongeloof in wetenschappelijke feiten omtrent klimaatopwarming, is eigenlijk misleidend. Het impliceert namelijk dat dit een fenomeen is dat op een of andere manier 'buiten' de democratie staat, dat het een 'extern virus' zou zijn dat de democratie besmet. In realiteit is het eigenlijk een product van het democratische bestel.
De overwinning van Baudet in Nederland legt een fundamenteel probleem van de democratie bloot.
Een democratie wordt namelijk gekenmerkt door het principe dat niet de goedheid of morele aanvaardbaarheid van ideeën hun bestuurlijke impact moet bepalen, maar hun populariteit. Deze categorieën vallen echter niet noodzakelijk samen, wel integendeel. Retoriek en beleid die appeleren aan de lage impulsen en emoties van de mens lonen electoraal enorm, en gezien partijen in een democratie als enig doel hebben om stemmen te halen, worden ze systematisch gestimuleerd zich daarvan te bedienen. Partijen die daar principieel van afzien, worden weggeconcureerd door politieke formaties met minder morele scrupules.
ERKENNING
Hoe kunnen we dit inherente probleem van de democratie aanpakken? Eerst en vooral door het als zodanig te erkennen. Radicaal-rechts identitarisme zal niet verdwijnen als we elkaar maar genoeg knuffels geven en kumbaya zingen rond een kampvuur: er moeten concrete maatregelen tegen genomen worden.
Democratie is een politiek systeem dat gebouwd is rond een ordentelijke en vreedzame uitdrukking van politieke diversiteit. De ruimte afbakenen waarbinnen zo'n diversiteit mag bestaan, is daarom van cruciaal belang. Als maatschappij moeten we beslissen dat er bepaalde zaken zijn waarover we geen meningsverschillen willen toestaan. Eén daarvan is haat. Haat is geen mening, het is een morele ziekte. Meestal erkennen we dat ook: als een partij uitsluitende en haatdragende retoriek zou hanteren tegenover vrouwen, homoseksuelen of Joden, zou dat op universele veroordeling kunnen rekenen. Voor moslims, maar ook steeds vaker transgenders, wordt er echter een - onterechte - uitzondering gemaakt op deze regel.
Waarover ook geen verschil mag bestaan, is de aard van de realiteit. De wetenschappelijke consensus moet altijd het startpunt vormen voor politieke standpunten en beleid. Er mag nooit een situatie ontstaan waarin elke strekking zijn 'eigen' werkelijkheid heeft. Verschillen tussen partijen en politieke ideologieën moeten dus niet gefundeerd zijn op welke groep(en) men haat, of welke wetenschappelijke feiten men gelooft, maar op waarden, beleid en belangenvertegenwoordiging.
OPLOSSING
Een belangrijke stap in de strijd tegen populisme is het invoeren van een cordon sanitaire. Dit hoeft niet op formele wijze te gebeuren: het volstaat dat fatsoenlijke partijen ruggengraat tonen en principieel weigeren samen te werken met partijen die een haatdragend of anti-wetenschappelijk discours aan de dag leggen. Radicaal-rechtse partijen halen vooralsnog geen absolute meerderheden in de meeste Europese landen, zeker daar waar het kiesstelsel proportioneler is. Het is perfect mogelijk om zonder hen te besturen.
Een andere mogelijke maatregel wordt o.m. bepleit door Afrikaanse topeconome Dambisa Moyo in haar recente boek Edge of Chaos: het invoeren van stemtests. Dit kan eventueel per thema, en op basis van de uitslag zou men dan 'stempunten' kunnen uitreiken aan de burger. Op die manier zou men zich er tenminste van kunnen verzekeren dat de kiezer enig benul heeft van het onderwerp waarover hij moet stemmen. Wie niet weet van welke grootorde jaarlijkse migratie naar ons land is, of welk aandeel daarvan afkomstig is van verplaatsingsvrijheid binnen de EU, zou misschien best geen invloed hebben op ons migratiebeleid.
Ten slotte is ook vergrondrechtelijking een essentieel werktuig om populisme te bestrijden. In een liberaal land zijn er nu eenmaal zaken die niet moeten openstaan voor stemming, met name de individuele vrijheid van eenieder om binnen grenzen van openbare orde en gelijke rechten te doen wat hij of zij wil. Zulke rechten moeten goed verankerd zijn in de grondwet en internationale verdragen, met name Europese. Ten dele zijn ze dat al, maar dat proces moet doorgetrokken en gecementeerd worden.
Voor het eerst in 70 jaar speelt Europa wederom met iets zeer gevaarlijks. Laten we het deze keer op tijd in de kiem smoren voor het uit de hand loopt. 


LA VICTOIRE DE BAUDET AUX PAYS-BAS POSE UN PROBLÈME FONDAMENTAL À DÉMOCRATIE.

"La rhétorique et le discours  politiques qui font appel aux basses pulsions humaines se révèlent souvent payantes sur le plan électoral. En démocratie, les partis ont pour seul et unique  but d'obtenir des suffrages, aussi ont-ils  recours systématiquement aux émotions et aux passions tristes des électeurs. ", écrit Othman El Hammouchi à propos des derniers  résultats des élections aux Pays-Bas.
Aux élections provinciales du 20 mars, le "Forum pour la démocratie", le parti identitaire d'extrême droite de Thierry Baudet, a obtenu un score monstre . Le parti a remporté 13 sièges et devient ainsi le groupe le plus important au Sénat. L'élection illustre une tendance dangereuse que nous observons actuellement partout en Occident : une proportion croissante d'électeurs sont désormais disposés à voter pour des partis "illibéraux" qui veulent exclure de la communauté nationale une partie non négligeable  de la population pour des  raison d' origine, de  race ou de  religion, et ils refusent de  croire aux conséquences du réchauffement planétaire provoqué par l'homme.
"J'y vois une faille endémique dans le processus démocratique".
POPULISME
Le terme " populisme ", caractérisé par un type de discours qui prône la haine  envers les minorités et prêche l'incrédulité à l'égard  des faits scientifiques concernant  le réchauffement climatique, est en vérite trompeur. Tout semble insinuer que ce phénomène se situerait " en dehors " du processus  démocratique, ce serait une sorte de " virus externe " qui contaminerait  la démocratie. En réalité, le populisme est un pur produit du système démocratique.
La victoire de Baudet aux Pays-Bas pose un problème fondamental de démocratie.aux Pays-Bas.
Toute démocratie se fonde sur le principe selon lequel ce n'est pas la bonté ou le crédit  moral des idées qui détermine leur impact mais leur popularité auprès des masses, c'est à dire du grand public. Cependant, ces catégories ne coïncident pas nécessairement, bien au contraire. En démocratie tout se passe comme si les partis avaient pour seul dessein de gagner  des voix. Ils sont de plus en plus nombreux à être  enclins à recourir aux grosses ficelles de la  rhétorique populiste pour damer le pion à la concurrence de formations politiques ayant moins de scrupules moraux.
DIABOLISATION
Comment faire face à ce problème intrinsèque à  la démocratie ? D'abord en ne se voilant pas la face et regardant la chose comme un véritable défi. L'"identitarisme" d'extrême droite ne disparaîtra pas par enchantement: des mesures concrètes doivent être prises pour lui faire pièce.
La démocratie est fondée sur l'expression libre, organisée et pacifique de la diversité politique. Il est donc essentiel de définir l'espace dans lequel cette diversité peut s'exprimer. En tant que société, nous devons décider qu'il y a certaines choses que nous ne saurions permettre. La haine par exemple. La haine n'est pas une opinion, c'est une tare morale. Ainsi, sommes nous convenus que si un parti a recours à une rhétorique haineuse et discriminatoire  contre les femmes, les homosexuels ou les juifs, il doit être  universellement condamné. Cependant curieusement ,, une exception - injustifiée - est faite à cette règle singulièrement pour les musulmans, mais aussi de plus en plus de personnes transgenres."
(...)Les différences entre partis et idéologies politiques ne sauraient être fondées sur une diabolisation de groupes que certains honnissent. mais plutôt sur les valeurs, des projets  politiques et la défense d'intérêts intérêts.
LA SOLUTION
Une étape importante la lutte contre le populisme est le recours à un cordon sanitaire. Cela ne doit pas forcément se faire de manière formelle : ll suffit que des partis soucieux de leur éthique  fassent preuve de courage en refusant de coopérer, par principe, avec des formations politiques  qui tiennent des  discours haineux ou anti-scientifique. Dans la plupart des pays européens, les partis d'extrême droite n'obtiennent pas la majorité absolue, surtout là où le système électoral est plus proportionnel. Il est parfaitement possible de gouverner sans faire appel à eux.
(...) Enfin, la "constitutionnalisation" est également un outil essentiel pour lutter contre le populisme. Dans un pays libéral, il y a des choses qui ne devraient pas être soumises  au vote, notamment la liberté individuelle de chacun de faire ce qu'il veut dans les limites de l'ordre public et le respect de l'égalité des droits. Ces droits doivent être bétonnés dans la Constitution et dans les traités internationaux, notamment européens.
Pour la première fois en 70 ans, l'Europe est confrontée à nouveau des enjeux extrêmement dangereux. Cette fois, tuons les velléités "illibérales " dans l'œuf bien   à temps de peur qu'elles ne  deviennent rapidement incontrôlables.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
CE BAUDET EST LOIN D'ÊTRE UN ÂNE 

Ce qui en effet rend ce Baudet redoutable c'est précisément son profil d'universitaire bardé de diplômes et son allure  de dandy propre sur lui qui rappelle le charme puissant de Pim Fortuyn. "Certains le décrivent comme le visage européen télégénique de la politique populiste menée par le président américain Donald Trump."
"A 36 ans, cet adepte de discours lyriques truffés de références classiques est le dernier d'une série de populistes flamboyants ayant déboulé avec panache au premier plan politique aux Pays-Bas."
On est loin du bouffon Wilders ou de la dégaine négligée d'un histrion à la Pépé Grillo.  Ce Baudet nous rappellerait plutôt le profil du bellâtre  autruchien Sebastian Kurz, du président de Vlaams Belang Tom Van Grieken,  de Dries Van Langenhove fondateur de Schild en Vrienden,   ou carrément la gouaille et charisme d'un Léon Degrelle. Tous ces démagogues en costume cravate se ressemblent et ce n'est guère rassurant

PAYS-BAS: THIERRY BAUDET, "DANDY POLITIQUE" AUX ACCENTS POPULISTES
LE VIF
Ancien universitaire passé à la politique, Thierry Baudet a bouleversé le paysage politique néerlandais en remportant mercredi une victoire bluffante aux élections provinciales, faisant de son parti le plus important du Sénat.

A 36 ans, cet adepte de discours lyriques truffés de références classiques est le dernier d'une série de populistes flamboyants ayant déboulé avec panache au premier plan politique aux Pays-Bas.
Sa formation, le Forum pour la démocratie (FvD), est devenue un véritable parti politique en 2016, avant de faire son entrée à la Chambre basse du Parlement lors des dernières législatives en mars 2017.
M. Baudet, d'origine franco-indonésienne, s'est appuyé sur un physique élégant et une forte présence sur les réseaux sociaux pour arrondir les angles d'une vision politique sans équivoque: le FvD est hostile à l'immigration, euro-sceptique et climato-sceptique, comme d'autres partis de la droite populiste européenne.
M. Baudet, docteur en droit, né le 28 janvier 1983 à Heemstede, près d'Amsterdam, a démontré toute l'étendue de ses références classiques dans son discours de victoire mercredi en évoquant "la chouette de Minerve" (Minerve, l'équivalent romain d'Athéna, déesse grecque de la sagesse et de la science, était souvent représentée avec une chouette représentant la philosophie).
S'il ne cache pas ses positions anti-immigration, Thierry Baudet n'utilise pas la rhétorique anti-islamiste de son rival politique, le député extrémiste Geert Wilders, leader du Parti pour la liberté (PVV), qui a perdu des sièges au Sénat.
Le message de M. Wilders ne "résonne tout simplement pas autant qu'avant", estime Pepijn Bergsen, responsable de la société de conseil Flint Global.
"Baudet a très bien réussi à élargir ce message pour en faire un récit plus large, populiste", et a également réussi à grapiller des électeurs du parti de centre-droit du Premier ministre, le VVD, et des progressistes de D66 à gauche, analyse M. Bergsen.
Thierry Baudet a explosé en 2017 lorsque son Forum pour la démocratie a remporté deux sièges à la chambre basse du parlement. Il était auparavant connu pour avoir écrit plusieurs livres, dont l'un intitulé "Oikophobie: la peur de soi", un thème clé du populisme faisant référence à la restauration de l'État-nation.
Sur ses comptes Instagram et Twitter, Baudet se montre adepte d'activités culturelles telles que le piano ou les échecs. Une photo a récemment fait le buzz, sur laquelle il pose nu au bord d'une piscine, la main droite recouvrant son sexe. Depuis, il a gagné le surnom de "dandy politique".
Mais il s'est aussi attiré des critiques en s'affichant avec des personnages controversés. Certains le décrivent comme le visage européen télégénique de la politique populiste menée par le président américain Donald Trump.
Baudet s'est notamment affiché avec le polémiste ultra-conservateur britannique Milo Yiannopoulos, chantre du nationalisme blanc aux Etats-Unis, récemment honni pour ses commentaires sur les tueries dans des mosquées à Christchurch, en Nouvelle-Zélande.
Sur d'autres photos, Baudet pose avec le Britannique pro Brexit Boris Johnson ou encore avec son "mentor" Roger Scruton, philosophe britannique aux positions ouvertement anti-islamistes et soutien du Premier ministre populiste de Hongrie, Viktor Orban.
Baudet a également appelé à des relations plus étroites avec la Russie et tenus par le passé des commentaires controversés sur l'égalité entre hommes et femmes.
Mais il a touché un nerf au sein de la société néerlandaise, connue pour sa tolérance mais divisée sur le modèle d'intégration des étrangers. "Je vote pour Baudet parce qu'il est moins agressif que Wilders envers les musulmans", déclare cette habitante âgée d'Utrecht, théâtre lundi d'une tuerie potentiellement "terroriste".
Bert Wagendorp, éditorialiste du quotidien de référence De Volkskrant, a placé Baudet dans une tradition politique initiée par Pim Fortuyn, assassiné il y a 17 ans.
"Baudet est le troisième étage de la fusée populiste néerlandaise lancée par Pim Fortuyn en 2002, boostée par Geert Wilders et actuellement envoyée sur la lune par Baudet", écrit-il.

dimanche 24 mars 2019

Les soldats français peuvent ouvrir le feu contre les gilets jaunes : "Cette mesure donne l'impression d'une dictature", selon un militaire belge


LUDOVIC JIMENEZ   La libre Belgique

Interviewé ce vendredi sur Franceinfo, le gouverneur militaire de Paris indique que les soldats pourront "aller jusqu'à l'ouverture du feu" en marge des manifestations de gilets jaunes, si leur vie est menacée. Pour Boris Morenville du syndicat SLFP Défense, "l'ennemi ne peut pas être la population".
Davantage de soldats seront en renfort samedi pour assurer la sécurité publique lors de la manifestation des "gilets jaunes" à Paris. Objectif : éviter les débordements de la semaine dernière.
Le chef de l'État a annoncé mercredi en conseil des ministres une "mobilisation renforcée" de la mission renforcée Sentinelle pour sécuriser certains sites. Le but est de "permettre aux forces de l'ordre" de se concentrer sur le maintien et le rétablissement de l'ordre. Avec leur seul fusil d'assaut comme équipement, ces soldats ne seront jamais en première ligne. Il faudrait qu'on leur tire dessus pour qu'ils ripostent ou qu'on les agresse avec des armes blanches ou qu'on leur fonce dessus avec un véhicule... Ce qui est d'ailleurs déjà arrivé.
Dans les faits, comme le 8 décembre dernier, les unités Sentinelle seront plus nombreuses que d'habitude sur le terrain pour patrouiller dans des quartiers où se trouvent des bâtiments officiels, et pas seulement à Paris.
"ALLER JUSQU'À L'OUVERTURE DU FEU"
Mais quelle sera la marge de manoeuvre des soldats de la mission Sentinelle ? Le général Bruno Leray, gouverneur militaire de Paris Des "consignes extrêmement rigoureuses" ont été données aux militaires, qui "sont soumis au même cadre légal que les forces de sécurité intérieure". Il n'exclut en revanche pas de tirer à balles réelles le cas échéant, "si leur vie est menacée ou celle des personnes qu'ils défendent", a-t-il précisé.
Et cette déclaration n'a pas tardé à faire réagir. Tout d'abord, la Ligue des droits de l'Homme (LDH) qui a réagi via un communiqué "En confiant à l'armée des missions, même limitées, de maintien de l'ordre, le gouvernement prend un risque majeur et porte gravement atteinte aux libertés publiques".
"Confier à des militaires la charge de s'opposer éventuellement à des manifestants revient à transformer ces derniers en ennemis. C'est la paix civile que le gouvernement met en péril", a-t-elle ajouté.
Un point de vue partagé par des spécialistes des questions de défense et de sécurité comme Alain Bauer, pour qui "il faut faire attention avec les symboles" a-t-il dit dans le cadre de l'émission "C dans l'air" sur La Cinq :
"PAS LA PLACE DES MILITAIRES"
Sur Franceinfo, des soldats ont accepté de témoigner, sous couvert d'anonymat, à propos de leur mobilisation dans le cadre des prochaines manifestations des "gilets jaunes". Une mauvaise idée qui pourrait se révéler dangereuse, selon eux.
"On n'a rien à faire dans ces histoires de 'gilets jaunes'", dénonce ce soldat, qui totalise 14 mois de missions en patrouille Sentinelle. Il témoigne sur franceinfo de manière anonyme, vendredi 23 mars. À la veille d'une nouvelle manifestation des "gilets jaunes", l'annonce du gouvernement d'impliquer les soldats de l'opération Sentinelle continue de faire des remous.
"Les mecs de Sentinelle, ce sont tous des militaires, on ne sait pas faire du maintien de l'ordre", explique le militaire. Lui et ses collègues seront appelés à renforcer la sécurité de certains monuments, mais aussi du quartier de l'Élysée, en garde statique. Hors de question en revanche d'intervenir dans le maintien de l'ordre, comme les policiers et les gendarmes. Mais dans les régiments, ils sont beaucoup à se poser la même question : comment réagir si des émeutiers les attaquent ?
"On a en permanence le gilet pare-balles sur nous et le fusil d'assaut. On n'a pas le matériel de protection que vont avoir les CRS, on n'a pas les protège-jambes, on n'a pas toute l'espèce de carapace qu'ils ont sur eux", explique le soldat.
"LE RÔLE DE LA POLICE, PAS DES MILITAIRES"
La mesure du gouvernement inquiète et provoque beaucoup d'interrogations et d'incompréhension. "Si on se fait caillasser, soit on rentre dans le bâtiment pour se mettre à l'abri, soit on ne peut pas se mettre à l'abri pour X raison. La seule réponse qu'on pourra avoir à ce moment-là, c'est peut-être un coup de gazeuse au début ou un coup de matraque télescopique, mais après s'il y a trop de monde, oui, malheureusement il risque d'y avoir des morts", conclut-il.
Un dérapage dramatique, c'est ce qui inquiète aussi cet autre soldat, qui refuse de pointer son arme sur le peuple français : "C'est absurde, c'est du n'importe quoi. On n'est pas préparé à ça. Nous, en termes techniques, on lutte contre un ennemi. Et l'ennemi ne peut pas être la population, ce n'est pas possible. C'est la situation dans laquelle on essaie de mettre les militaires aujourd'hui."
Pour Boris Morenville du syndicat SLFP Défense, "l'ennemi ne peut pas être la population". "Si on travaille en analogie avec la situation belge et la mission Homeland avec le déploiement des militaires en rue, ils doivent aussi assurer la sécurité mais sans avoir à tirer sauf en cas d'attaque. Ce qui est difficile à comprendre, c'est qu'ici on leur demande de se déployer face à la population et pas face à de potentiels terroristes, cette mesure donne l'impression d'une dictature", détaille-t-il.
Et selon lui, le fait d'assurer l'ordre public ne relève pas de la Défense mais bien de la Police. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
UNE MAUVAISE IDÉE QUI POURRAIT SE RÉVÉLER DANGEREUSE, 

Les soldats français peuvent ouvrir le feu contre les gilets jaunes : "Cette mesure donne l'impression d'une dictature", selon un militaire belge;
Mais en fait que veut l'exécutif républicain? Il veut mater les casseurs, juguler la violence radicale des ultras et rétablir l'ordre une fois pour toute pour en finir avec les gilets jaunes avec l'assentiment de la majorité silencieuse qui déteste le désordre.
"Un dérapage dramatique", c'est ce qui inquiète aussi cet autre soldat, qui refuse de pointer son arme sur le peuple français : "C'est absurde, c'est du n'importe quoi. On n'est pas préparé à ça. Nous, en termes techniques, on lutte contre un ennemi. Et l'ennemi ne peut pas être la population, ce n'est pas possible. C'est la situation dans laquelle on essaie de mettre les militaires aujourd'hui."
"Doit-on entendre que quelques milliers de gilets Jaunes peuvent être assimilés à un ennemi intérieur ? " se damnde Jean-Marc Todeschini,  "Doit-on comprendre qu’un millier de Black Bloc bien identifiés par les forces de police sont désormais assimilés à de potentiels terroristes ?"
Collomb reviens, ils ne savent pas ce qu'ils font!
MG 


QUI EST L’ENNEMI ?
Par Jean-Marc Todeschini, Sénateur de la Moselle, ancien Secrétaire d'Etat à la Défense (2014-2017) — Libération

L'ancien Secrétaire d'Etat à la Défense Jean-Marc Todeschini s’interroge sur le sens qu'il faut donner à la mobilisation de la Force Sentinelle dans le cadre du maintien de l'ordre face aux gilets jaunes.
J’ai emprunté le titre de l’ouvrage que Jean-Yves Le Drian, avait rédigé quand il était ministre de la Défense, sous le quinquennat du président de la République François Hollande, pour débuter cette tribune. Son livre, paru en 2016, juste après les attentats du 13 novembre 2015 à Paris, avait le mérite de poser une question fondamentale pour notre démocratie confrontée au phénomène du terrorisme. Contre qui et pour quelles finalités nos forces armées sont-elles engagées, en particulier sur le territoire national ?
La réponse était claire : pour protéger nos compatriotes contre le terrorisme. L’opération Sentinelle en est la traduction la plus visible et nos concitoyens se sont habitués à voir circuler dans nos rues, gares et aéroports les patrouilles de nos soldats.
Le samedi 23 mars, Emmanuel Macron a décidé d’employer la «Force Sentinelle» à une tout autre finalité en impliquant nos forces armées dans les opérations de maintien de l’ordre dans la capitale, pour sécuriser certains bâtiments publics.
C’est une première sur le territoire national depuis la guerre d’Algérie, comme l’ont rappelé plusieurs officiers généraux, retraités des armées et libres de s’exprimer dans les médias, ce que ne peuvent faire leurs camarades encore en activité.
Mais tous ont en commun la même vision républicaine du rôle des armées. Le métier de militaire, c’est de garantir la paix, préserver nos intérêts stratégiques et protéger nos concitoyens contre les ennemis de la France. Cette mission, ils la remplissent avec abnégation, faisant preuve d’une réactivité et d’un professionnalisme remarquables sur les théâtres d’opérations extérieures et, depuis 2015, sur le territoire national.
J’en reviens donc à cette question de fond : qui est l’ennemi aujourd’hui ?
Doit-on entendre que quelques milliers de gilets Jaunes peuvent être assimilés à un ennemi intérieur ? Doit-on comprendre qu’un millier de Black Bloc bien identifiés par les forces de police sont désormais assimilés à de potentiels terroristes ?
Point d’angélisme dans ma question : je sais que ces groupuscules très violents cherchent la confrontation systématique avec les forces de l’ordre, qu’ils veulent «casser du flic» et mettre à mal notre République et ses valeurs par l’insurrection. Cependant ces Français, car ils le sont très majoritairement, sont-ils au sens militaire «l’ennemi» ? Déjà en 2005, le Front national réclamait l’emploi de l’armée contre d’autres Français à l’occasion des émeutes des banlieues.
Enfermés depuis quatre mois dans leurs certitudes, le président Macron et son gouvernement n’ont toujours pas trouvé les réponses pour sortir de la crise. En laissant pourrir la situation, en jouant sur l’affaiblissement progressif de la contestation, ils ont offert aux casseurs un terrain propice pour leur violence et une image détestable de l’état de notre pays dans tous les médias internationaux.
Les destructions de biens sur les Champs-Elysées du week-end dernier les obligent à réagir. Et une nouvelle fois, comme depuis le 17 novembre, le président de la République le fait dans une improvisation absolue en décidant de faire appel aux militaires. Il prend là une très lourde responsabilité. Il affaiblit la sécurité des Français garantie par les soldats de Sentinelle en même temps qu’il adresse un message de défiance aux professionnels du maintien de l’ordre que sont les CRS et les gendarmes mobiles : «Vous n’arrivez pas à assurer la sécurité des biens et des personnes face à un millier de casseurs, j’en tire les conséquences en appelant l’armée pour vous seconder.»
Malheureusement, en cherchant à préserver son image, il poursuit sa lente dérive autoritaire. Il répond, ce faisant, aux attentes les plus populistes et les moins républicaines. La communication du gouvernement, comme de sa majorité, est bien rodée… Elle permet de masquer les difficultés et les incohérences des directives gouvernementales comme du commandement lors des actes précédents, révélées par de nombreux médias et des syndicalistes policiers.
Je m’interroge sur les instructions données à nos soldats. Qui est l’ennemi ? Quelles consignes leur ont été données en cas de débordement ? Seront-ils autorisés à faire usage de leurs armes ?
Les militaires redoutent tous d’être confrontés à une foule de civils hostiles et violents. Ils le reconnaissent, et avec eux leurs chefs, ils n’ont ni la formation ni l’équipement appropriés pour répondre de manière adaptée. On imagine tous l’effet désastreux de l’image renvoyée par la France au monde d’un militaire faisant face, arme à la main au cœur de Paris, à des manifestants, fussent-ils des Black Bloc.
On peut redouter les conséquences de blessures ou de dérapages, qu’ils surviennent d’un côté ou de l’autre. N’est-on pas en droit de s’interroger sur la portée que ces événements pourraient avoir sur l’équilibre de nos institutions ? Je pense en particulier à l’institution militaire qui serait, sans aucun doute, profondément et durablement ébranlée.
REPOSONS-NOUS ALORS LA QUESTION : QUI EST L’ENNEMI ?
Face à ces risques graves, le Président, chef des armées et seul responsable de cette décision, aurait été bien inspiré de faire sienne la déclaration de sa secrétaire d’Etat aux Armées : «Les armées n’interviennent pas dans des missions de sécurité publique intérieure. Les armées, actuellement, leur ennemi, ce sont les terroristes.»
Jean-Marc Todeschini est sénateur de la Moselle, vice-président de la commission des Affaires étrangères, de la défense et des forces armées. Il a été de 2014 à 2017 secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian.

vendredi 22 mars 2019

Les libéraux européens présentent leur "Team Europe"


Le Vif 

Les libéraux européens ont lancé jeudi au palais d'Egmont leur campagne en vue des élections européennes prévues à la fin du mois de mai. Ils seront emmenés par une équipe de sept membres, baptisée "Team Europe", dans laquelle figurent l'ancien Premier ministre belge Guy Verhofstadt et la commissaire danoise Margrethe Vestager.
Alors que le S&D et le PPE ont présenté chacun un candidat phare ("spitzenkandidaat"), respectivement Frans Timmermans et Manfred Weber, pour succéder à Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission, la famille libérale (ADLE) a quant à elle avancé une équipe de sept membres pour la campagne à venir. Margrethe Vestager, que Copenhague ne soutient pour l'instant pas pour rempiler à la Commission, est bien présente dans cette "Team Europe". Elle entend jouer un rôle actif dans les prochains mois et ne désespère pas d'obtenir le soutien du gouvernement danois. "Tant que l'on n'obtient pas un non rapide, on peut espérer un oui lent", a-t-elle déclaré dans la presse de son pays. En tant que commissaire à la Concurrence, Mme Vestager est devenue l'une des personnalités les plus en vue des institutions européennes. Durant son mandat, elle a entre autres sanctionné Google, Apple ou encore refusé la fusion entre les géants ferroviaires Alstom et Siemens. Pour mener les libéraux vers le meilleur résultat possible, leur chef de groupe au Parlement européen, Guy Verhofstadt, se lance lui aussi dans la bataille afin de faire front face à ceux qui "veulent détruire l'Union européenne". L'Allemande Nicola Beer, l'Italienne Emma Bonino, la commissaire slovène Violeta Bulc, la Hongroise Katalin Cseh et l'Espagnol Luis Garicano complètent l'équipe libérale.
LOISEAU CRITIQUE LE CHOIX DE WEBER PAR LE PPE
La ministre française chargée des Affaires européennes, Nathalie Loiseau  a critiqué l'élection jeudi de Manfred Weber comme candidat du Parti populaire européen (PPE) à la présidence de la Commission européenne.
A en croire les sondages, ce disciple de la chancelière allemande, Angela Merkel, a une chance significative d’obtenir ce poste après les élections européennes de mai 2019, lors desquelles le PPE arriverait en tête.
Ses espoirs de succéder à Jean-Claude Juncker, autre membre du PPE, pourraient cependant être contrariés par la volonté du président français, Emmanuel Macron, de constituer une force centriste capable de déjouer la manoeuvre.
“Le PPE choisit donc un candidat qui faisait il y a quelques mois encore campagne pour Viktor Orban. Malgré les risques de violation des valeurs fondatrices de l’Union par la Hongrie, par exemple : réduction du pluralisme de la presse, menaces sur l’indépendance de la justice”, a dénoncé Nathalie Loiseau sur Twitter, en référence au Premier ministre hongrois.
MANFRED WEBER (PPE) VEUT PROCHAINEMENT RENCONTRER VIKTOR ORBAN
Par AFP —
Manfred Weber (PPE) veut prochainement rencontrer Viktor Orban
veut rencontrer dans les prochains jours Viktor Orban, dont le parti Fidesz est menacé d’exclusion du Parti populaire européen (PPE), a-t-il indiqué samedi dans la presse.
«je veux essayer de bien lui faire comprendre qu’il est actuellement en voie de sortir du PPE», a déclaré M. Weber au journal Welt am Sonntag"

Manfred Weber, membre du parti conservateur bavarois CSU et candidat à la présidence de la Commission européenne, un ultimatum à l’homme fort de la Hongrie, le sommant d’amender ses positions nationalistes s’il veut éviter une exclusion du PPE.
Il a notamment appelé Budapest à mettre fin «immédiatement» à «une campagne de fake news contre Jean-Claude Juncker», président de la Commission européenne et membre du PPE comme M. Orban.
Dans cette campagne lancée le mois dernier à grand renfort de panneaux d’affichage, le Fidesz accuse notamment Bruxelles et le milliardaire américain George Soros de soutenir l’immigration, dont M. Orban se veut le plus grand pourfendeur dans l’UE.
„Weber muss klarmachen, wo er steht“


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
CE WEBER NE PAYE PAS DE MINE 

Le hasard d'un rendez vous au Palais des Académies avec le secrétaire perpétuel m'a fait voir Manfred Weber de très près: il ne paye vraiment pas de mine. Charisme zéro, facies de Micky Messer dans l'opéra de quat sous,   Un bavarois de la très réac CSU à la Commission? Cela n'annonce rien de bon. Il a pris la parole à l'occasion de la présentation de sa candidature devant les pontes de European People Party.   Mâtiné d'une pointe d'accent bavarois  qu'il revendique comme sa marque de fabrique, son anglais rocailleux ne passe pas la rampe. Angela Merkel, en tailleur rouge sang,  maternelle le prend dans ses bras pour la  photo, -rührend, émouvant- Juncker à la démarche hésitante prend ses distances, ils ne s'aiment guère , on sent que le Président de la Commission  se prépare à descendre du podium,
Marianne Thyssen, Chris Peeters, Wauquiez, Sebastian Kurz  et une vingtaine d'autres  personnages en quête d'un nouveau drame européen posèrent ensemble pour la photo. "Gruppenbild mit Dame" la femme la plus puissante du monde me glissa le perpétuel doucement dans l'oreille avec le souffle frais de l'ironie: "Er schafft das  nicht" 
MG

COMMENTAIRE DU FAZ 

EVP-Spitzenkandidat Manfred Weber (CSU) verliere als Kandidat für die Präsidentschaft der EU-Kommission „weiter an Glaubwürdigkeit, solange er Fidesz weiterhin schützt“. Die Kommission und insbesondere ihr Präsident seien „die Hüter der Europäischen Verträge und wachen über die demokratischen Grundprinzipien“ der EU. „Manfred Weber muss klarmachen, wo er steht. Wenn er gegen Orbán nicht endlich klare Kante zeigt, kann ihm das auf die Füße fallen.“
Die EVP hatte kurz zuvor beschlossen, die Mitgliedschaft der Fidesz-Partei vorerst auf Eis zu legen. Hintergrund war Kritik an Orbáns Weg zu einer „illiberalen Demokratie“ sowie aktuell eine Plakatkampagne gegen EU-Kommissionschef Jean-Claude Juncker, der ebenfalls der EVP angehört.
Manfred Weber a été investi jeudi à Helsinki chef de file de la droite européenne pour les élections du parlement européen de mai 2019, mais sa désignation a immédiatement suscité des critiques acerbes de la part de personnalités d'autres familles politiques.
Au terme d'un scrutin sans suspense, le Bavarois âgé de 46 ans a obtenu 492 des 619 voix des délégués du Parti Populaire européen (PPE), appelés à voter, selon les résultats proclamés officiellement au congrès.
Si le PPE reste la première force au Parlement européen à l'issue du scrutin de mai prochain, M. Weber pourrait prétendre à la succession du Luxembourgeois Jean-Claude Juncker à la présidence de la Commission européenne.
Cet homme discret et sans grand charisme, grand connaisseur des arcanes européennes mais sans aucune expérience gouvernementale en Allemagne,
M. Weber, qui dirige le groupe du PPE au Parlement européen, s'est présenté comme un modéré capable de surmonter les divisions de cette formation en perte de vitesse face aux montées des extrêmes sur fond de crise migratoire dans l'UE.
LE GRAND MERCATO EUROPÉEN
Le poste de président de la Commission européenne --occupé depuis 2004 sans discontinuité par un membre du PPE-- fait partie du grand mercato qui suivra les européennes organisées dans l'UE du 23 au 26 mai prochain, avec ceux de la présidence du Conseil européen, du Parlement européen, de la BCE et du haut représentant de l'UE pour la politique étrangère. Un marchandage où le PPE devrait jouer un rôle clé.
Le congrès d'Helsinki a été une démonstration d'unité de cette formation, pourtant fortement tiraillée par la place en son sein de Viktor Orban et de son parti le Fidesz, accusés de bafouer les valeurs européennes, en particulier sur l'accueil des migrants.
Lors de son discours jeudi, le dirigeant hongrois a été chaleureusement applaudi par un nombre important de délégués après avoir martelé que sans les nations, l’Europe perdrait ses identités "culturelles" et condamné "l’Europe sans racines" des libéraux, des socialistes et des Verts.
M. Weber n'est pas assuré de devenir automatiquement le président de la Commission européenne si le PPE reste la première force après les Européennes. Il devra être capable de rassembler sur son nom les suffrages de plusieurs familles politiques pour être investi par le Parlement européen.
Le PPE et les sociaux-démocrates européens totalisent actuellement une majorité de 55% au Parlement européen, mais les sondages prédisent la fin de cette domination après les Européennes.
De nouvelles alliances vont devoir être constituées pour légiférer et elles pourraient donc ouvrir la voie à une autre personnalité susceptible de réunir une majorité dans l'hémicycle.
Les noms de la Commissaire européenne à la Concurrence, la Danoise Margrethe Vestager, membre de l'Alliance des Libéraux et Démocrates Européens (ALDE), et du Français Michel Barnier, vice-président du PPE et négociateur en chef de l'UE pour le Brexit, sont cités.
WEBER CULTIVE SES RACINES BAVAROISES Figaro

MANFRED WEBER, CE DISCRET BAVAROIS QUI A FAIT CARRIÈRE À BRUXELLES
Le Vif
Le discret Bavarois Manfred Weber, élu jeudi chef de file de la droite pour les élections européennes en mai prochain, est un grand connaisseur des institutions de l'UE, mais n'a aucune expérience gouvernementale en Allemagne.
Cela fait maintenant 16 ans que Manfred Weber, 46 ans, membre de la CSU depuis l'âge de 16 ans, siège comme député au Parlement européen au sein du Parti Populaire Européen (PPE). Il en a gravi les échelons et est devenu en 2014 le chef du premier groupe politique de l'Assemblée dont il est aujourd'hui un des poids lourds.
A ce poste, cet homme de réseaux a pu cultiver ses relations avec une bonne partie des chefs d'Etat et de gouvernements européens, membres de cette formation, comme la chancelière allemande Angela Merkel.
- MANQUE DE CHARISME -
Certains critiquent cependant le manque de charisme et d'éloquence de cet homme d'allure fragile, avec sa stature peu imposante et son crâne légèrement dégarni.
Ses détracteurs lui reprochent aussi de n'avoir jamais occupé de hautes fonctions dans son pays, alors que jusqu'ici les présidents de Commission européenne ont tous été chef de gouvernement ou ministre.
Européen convaincu, Weber, de nature plutôt souriante et à l'écoute de ses interlocuteurs, croit pourtant en ses chances et veut se battre pour une UE qui ne soit pas seulement un projet des élites et des bureaucrates.
Il sait qu'il aura fort à faire avec les populistes qui ont commencé à menacer l'unité du PPE, comme l'illustre le cas du Premier ministre hongrois Victor Orban, accusé de bafouer les valeurs de l'UE en portant atteinte notamment à l'indépendance de la justice, à la liberté d'expression ou aux droits des migrants.
- Attaché à sa Bavière -
S'il travaille depuis 16 ans au parlement européen à Bruxelles et Strasbourg, il affiche son fort attachement à sa Bavière natale, une très riche région qui mélange ruralité et industrie et dont les habitants sont réputés en Allemagne pour être des plus traditionnels et conservateurs.
M. Weber a adhéré à l'âge de 16 ans à la CSU, le parti frère bavarois de la CDU de Merkel, mais il fait figure de modéré dans cette formation qui est sur une ligne plus dure que la dirigeante allemande en matière d'immigration.
Comme nombre d'habitants de Bavière - dont est aussi issu l'ancien pape Benoît XVI -, Manfred Weber affiche sa foi de catholique pratiquant. Ancien enfant de choeur, il va à la messe tous les dimanches et reste très engagé dans l'Eglise.

Marié, il n'a pas d'enfants.
Avant de se consacrer entièrement à la politique, cet ingénieur de formation a été le cofondateur avec des associés, au tout début de sa vie professionnelle, de deux petites entreprises, l'une spécialisée dans les techniques environnementales et l'autre dans le paramédical.
Pendant ses loisirs, il fait du jogging et joue encore de la guitare après avoir été vingt ans actif dans un groupe de rock baptisé "Peanuts", qui se produisait essentiellement dans les mariages et les fêtes d'associations en Bavière.
Mais l'homme qui ambitionne de succéder à Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission maitrise mal les langues étrangère. Contrairement au Luxembourgeois, capable de passer aisément du français à l'allemand puis à l'anglais - sans oublier le luxembourgeois -,il se plaît à souligner qu'il parle aussi... le bavarois.


mercredi 20 mars 2019

Karadzic, le psychiatre devenu chantre de la purification ethnique


Le Vif

L'ancien chef politique des Serbes de Bosnie pendant la guerre intercommunautaire (1992-95) a été condamné en mars 2016 à 40 ans de prison pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité.
Il avait alors qualifié de "monstrueux" ce verdict du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY). Il semblait à ce point convaincu de son innocence qu'il avait fait sa valise, pensant repartir en homme libre.
Aujourd'hui âgé de 73 ans, il est depuis 2009 derrière les barreaux du quartier pénitentiaire des Nations unies, à La Haye.
Après 13 ans de cavale, Karadzic a été arrêté en juillet 2008 dans un bus de la banlieue de Belgrade, trois ans avant l'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie, Ratko Mladic, condamné en 2017 à la perpétuité.
Karadzic est alors méconnaissable: barbe blanche fournie et cheveux longs, il se fait appeler Dragan Dabic et se présente comme un spécialiste en médecine alternative.
Monstre mégalomaniaque pour les Croates et les Bosniaques musulmans qui le rendent responsable de la mort de dizaines de milliers de personnes, Karadzic reste en revanche pour de nombreux Serbes un "héros".
- "UN BON NAZI" -
Richard Holbrooke, défunt architecte des accords de Dayton (États-Unis) qui ont mis fin à la guerre en Bosnie, le décrivait comme "un des pires" hommes qui puisse être. "Il croyait vraiment aux théories racistes (...) Il aurait fait un bon nazi", avait déclaré le diplomate américain.
Pour le général britannique Michael Rose, commandant des forces de l'ONU en Bosnie en 1994, Karadzic était "un menteur accompli, intrinsèquement paranoïaque, un buveur invétéré".
Né le 19 juin 1945 à Petnjica, village pauvre du Monténégro, Karadzic avait cinq ans lorsqu'il rencontre pour la première fois son père: celui-ci avait été emprisonné par le pouvoir communiste yougoslave pour avoir été membre des Tchetniks, mouvement royaliste serbe, qui s'est rendu coupable d'atrocités pendant la Seconde Guerre mondiale.
À 15 ans, il arrive à Sarajevo où il entame des études de médecine en 1964, puis se spécialise en psychiatrie. Poète à ses heures, il écrit des pièces de théâtre et joue de la musique folklorique serbe.
Son mentor, le psychiatre Ismet Ceric, le décrit comme un homme possédant "mille visages" et souffrant vraisemblablement d'un trouble de la personnalité.
"En témoignant contre lui (devant le TPIY, ndlr), j'ai remarqué que cet homme n'avait aucun remords", avait dit à l'AFP Mirsada Malagic, dont deux fils et le mari ont péri dans le massacre de Srebrenica (est).
Il déclarait aux juges fin 2012: "J'ai fait tout ce qui était humainement possible pour éviter la guerre et réduire la souffrance humaine".
Selon les chiffres du Mémorial de Potocari, les forces serbes de Bosnie ont tué en juillet 1995 dans l'enclave de Srebrenica, plus de 8.000 hommes et adolescents musulmans, un crime considéré par la justice internationale comme un acte de génocide. Avec le siège de Sarajevo, c'est l'une des atrocités dont a dû répondre Karadzic.
- CLANDESTINITÉ -
Au début des années 1990, il fonde son Parti démocratique serbe (SDS) de Bosnie, aujourd'hui encore une des principales formations du pays.
Son projet de partition de la Bosnie s'accélère quand les Serbes de Bosnie boycottent le référendum sur l'indépendance de mars 1992. Après ce scrutin, les forces serbes de Bosnie lancent leurs opérations militaires et se livrent alors à une campagne de nettoyage ethnique effrénée.
Président de la République des Serbes de Bosnie (Republika Srpska) dont il est un des fondateurs, Karadzic est accusé d'avoir orchestré cette campagne. Plus d'un million de non-Serbes sont expulsés de leurs maisons. Le conflit fait au total près de 100.000 morts, dont deux-tiers de Bosniaques musulmans et un quart de Serbes, selon le "livre bosnien des morts", élaboré par un centre de recherches indépendant à Sarajevo. Plus de 20.000 femmes ont été violées.
Fin 1995, Karadzic est écarté des négociations de paix à Dayton par son ancien allié, l'homme fort de Belgrade Slobodan Milosevic. En juillet 1996, sous la pression de la communauté internationale, il quitte ses fonctions de président de la Republika Srpska.
Il entre vite en clandestinité. Les rumeurs le disent caché dans des monastères orthodoxes de la région. Personne ne s'attendait à ce qu'un des fugitifs les plus recherchés de la planète, vive au coeur de la capitale serbe où il travaillait comme guérisseur . 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
"LE SOMMEIL DE LA RAISON ENGENDRE DES MONSTRES" (Goya) 

Les nouveaux médias sont devenus en quelque sorte la nouvelle mémoire collective de l'humanité. Tout s'y mêle, théories du complot, fake news, insultes invectives. Le pire y côtoie le meilleur.
Les jeunes sont les premiers, et ils ont raison, à critiquer
la politique et les médias qui font caisse de résonance. 
Les têtes politiques  de l'ancienne Europe sont vides - de nouvelles têtes sont nécessaires, c'est le message de Greta Thunberg.
La différence entre Karadzic et Hitler c'est qu'Hitler avait l'excuse d'être un médiocre penseur, un ignare total mais charismatique nourri de théorie tordues.  Karadzic " menteur accompli, intrinsèquement paranoïaque et buveur invétéré" est quant à lui passé par l'enseignement universitaire.
On lira avec l'esprit critique et le discernement nécessaire l'article du Monde qui nous explique sous quel avatar se présente désormais le grand fantasme du mouvement suprématiste blanc. C'est absolument terrifiant.
MG

LE FANTASME DU « GRAND REMPLACEMENT » DÉMOGRAPHIQUE
Le Monde
Selon cette théorie qui circule dans les milieux d'extrême droite, les Français pourraient bientôt être évincés démographiquement par des peuples non européens.
Par Frédéric Joignot Publié le 23 janvier 2014 à 17h43 - Mis à jour le 12 août 2014 à 17h07
Le "grand remplacement", fantasme politique. Beb deum
« Le Grand Remplacement est le choc le plus grave qu’ait connu notre patrie depuis le début de son histoire puisque, si le changement de peuple et de civilisation, déjà tellement avancé, est mené jusqu’à son terme, l’histoire qui continuera ne sera plus la sienne, ni la nôtre. »C’est en ces termes alarmistes que l’écrivain Renaud Camus, proche du Front national, a lancé en septembre 2013 un manifeste intitulé : « Non au changement de peuple et de civilisation ».
Depuis deux ans, cette « théorie du remplacement » du peuple français « de souche » par d’autres peuples, principalement venus du Maghreb et d’Afrique, connaît une popularité grandissante dans les milieux d’extrême droite, voire de droite. Cet écho mérite qu’on s’y arrête car cette théorie cristallise des peurs profondes et des discours de plus en plus radicaux.
PEURS PROFONDES
Les groupes identitaires l’exaltent, le Front national la reprend, la blogosphère d’extrême droite la soutient, des magazines comme Valeurs actuelles et Causeur la relaient. Elle est évoquée avec chaleur par des intellectuels ou des journalistes qui dénoncent la dissolution de l’« identité française », comme Eric Zemmour.
Charles Beigbeder, ancien secrétaire national de l’UMP, l’associe à l’inquiétude identitaire des marcheurs de La Manif pour tous. « Cette mobilisation [contre le mariage homosexuel] est née de la prise de conscience de l’impérieuse nécessité de conserver notre identité de civilisation. (…) En toile de fond, on ne peut être insensible au “grand remplacement” théorisé par Renaud Camus, qui voit la culture occidentale s’effacer au profit des “cultures d’origine” des populations allogènes », expliquait-il dans le mensuel Causeur en août 2013.
Dans son livre autoédité Le Changement de peuple, paru en 2013, Renaud Camus détaille cette « théorie du remplacement ». Attristé par la mondialisation, l’écrivain affiche une grande mélancolie pour le passé : il affirme que les « maîtres du commerce international » et les « chevaliers de l’industrie globalisée » ont transformé chaque Français en un « pion désoriginé échangeable à merci, sans aspérités d’appartenance, délocalisable ». Ce faisant, ajoute-t-il, ils ont façonné un « homme remplaçable, débarrassé de toute spécificité nationale, ethnique et culturelle ».
NOURRISSONS « VOLONTIERS MUSULMANS »
Selon Renaud Camus, cet « économisme pur », relayé par le patronat français et par des hommes politiques inconscients, nous a fait perdre le sens de la patrie et de « l’épaisseur des siècles » : il a dissous la mémoire de notre histoire et de notre littérature, diluant les individus dans une « Grande Déculturation ». C’est cette « hébétude »généralisée qui a permis aux élites corrompues d’orchestrer sans résistance une véritable « colonisation de peuplement » du pays par l’immigration maghrébo-africaine. A la fin du texte, Renaud Camus affirme qu’en France « la proportion d’indigènes est encore assez haute parmi les personnes les plus âgées, mais elle va s’amenuisant spectaculairement à mesure qu’on descend dans l’échelle des âges. Tendanciellement (…), les nourrissons sont arabes ou noirs, et volontiers musulmans ».
Pour l’écrivain, il est impossible que le peuple français cohabite avec des peuples « allogènes » non européens sans perdre son identité. Il affirme qu’aux Etats-Unis, le pays du « melting-pot », « où le changement de peuple est en cours comme chez nous », la situation est telle que « les descendants des bâtisseurs de cette nation s’y trouvent désormais minoritaires ».
Les études de l’Insee disent pourtant tout autre chose que les livres de Renaud Camus. Publiée en octobre 2012, « Insee Référence – Immigrés et descendants d’immigrés en France » décompte ainsi 5,3 millions de personnes « nées étrangères dans un pays étranger », soit 8 % de la population. Parmi ces immigrés qui ont contribué à reconstruire la France d’après-guerre, 1,8 million viennent de l’Union européenne. Restent donc 3,5 millions de personnes, dont 3,3 millions sont originaires du Maghreb, d’Afrique subsaharienne et d’Asie. Ces immigrés venus du Sud qui font si peur aux théoriciens du « grand remplacement » représentent donc 5 % de la population française. Difficile de parler, comme le fait Renaud Camus, d’une « contre-colonisation » par les étrangers non européens…
MOINS DE 5 % DE LA POPULATION
Si on élargit la notion d’immigré et que l’on prend en compte l’ensemble des descendants de ces migrants – bien qu’ils soient tous nés en France –, on trouve le chiffre de 6,7 millions. Parmi eux, 3,1 millions descendent de migrants venus du Maghreb francophone, d’Afrique et d’Asie – soit moins de 5 % de la population française. Comment pourraient-ils la remplacer tout entière ?
Malgré ces statistiques, les défenseurs de la théorie du « changement de peuple » n’en démordent pas. Un texte circule ainsi sur la blogosphère de droite. Intitulé « Le grand remplacement par A + B », il additionne les immigrés venus du Maghreb, d’Afrique subsaharienne et d’Asie et leurs descendants, soit plus de 6 millions de personnes. Il y ajoute « 3 à 4 millions » de descendants appartenant à la troisième génération d’immigrés, sans préciser la source de cette information. Il y adjoint enfin, pêle-mêle, des Français et des étrangers qu’il considère comme des « allochtones extra-européens » : 800 000 Roms, 500 000 harkis, 800 000 Antillais, entre 400 000 et 800 000 « immigrés clandestins », 80 000 « migrants illégaux » et 160 000 à 195 000 naturalisés annuels… Nous voilà, selon ce texte, avec 12 à 14 millions de « non-Blancs » – soit environ 20 % de la population.
Une projection alarmiste conclut ce manifeste : puisque l’on « sait », affirme-t-il, que la « vieille population blanche meurt plus et se reproduit trop peu pour se renouveler », qu’elle s’exile « par millions » et que la fécondité « afro-maghrébine » est plus élevée que la fécondité des « Français de souche », nul besoin « d’être un sombre pessimiste paranoïaque pour y voir un remplacement rapide de la population ».
La plupart des chiffres cités par ce texte sont totalement fantaisistes. La population des Roms n’approche pas du million : elle est estimée à 20 000 par le ministère du logement. Il n’y a pas 160 000 à 195 000 naturalisés annuels : il y en a eu 94 000 en 2010, 66 000 en 2011 et 46 000 en 2012, soit environ moitié moins. Quant aux clandestins, ils sont évidemment très difficiles à recenser.
QU'EST-CE QU'UN « FRANÇAIS D'ORIGINE » ?
Mais plus que les chiffres, c’est la démarche intellectuelle des partisans du « grand remplacement » qui pose problème. Pour Pascale Breuil, chef d’unité des études démographiques et sociales de l’Insee, opposer les « allogènes » aux « indigènes » semble difficile. « Chez les descendants d’immigrés, la moitié ont un seul parent immigré : ils sont donc issus de couples mixtes, explique-t-elle. Devenus parents, ils parlent français avec leurs enfants à 99 %, et 64 % de ceux qui vivent en couple ont un conjoint qui n’est ni immigré ni descendant d’immigré. Comment définir une population “allogène” ? »
Pascale Breuil s’interroge surtout sur la notion même de « substitution de peuple ». « Jusqu’où faut-il remonter pour être considéré faisant partie du peuple français ? demande-t-elle. Doit-on écarter l’immigration de travail remontant à la fin du XIXe siècle, avec l’arrivée de nombreux Italiens, Belges, Suisses et Allemands, qui ne se sont pas tous mariés entre eux et qui ont eu des enfants ? Ou encore les migrations venues d’Europe du Sud et d’Afrique depuis le début du XXe siècle, sans oublier les naturalisés et les réfugiés ? Il est finalement très difficile de définir qui est ou non d’origine française. » En fait, comme l’ont bien montré les historiens de l’immigration comme Patrick Weil ou Gérard Noiriel, il existe un « creuset français » : depuis la fin du XIXe siècle, les différentes vagues d’immigration se sont mêlées à la population française, même quand elles ont d’abord été ostracisées.
Découvrant le texte « Le grand remplacement par A + B », François Héran, directeur de recherche à l’Institut national d’études démographiques (INED), constate qu’il s’agit, dans l’esprit des rédacteurs, de « convertir les origines nationales en données raciales ». « La cible devient les “non-Blancs” », explique-t-il. Quant aux extrapolations de Renaud Camus, il les décrit comme des « billevesées » : le démographe rappelle que la croissance de la population française depuis la guerre (20 millions d’habitants) n’est évidemment pas entièrement due à l’immigration. « Le baby-boom de l’après-guerre, avec 2,6 à 3 enfants par femme, a joué pour un bon tiers et continue à exercer des effets à long terme. Le deuxième tiers provient de l’allongement de l’espérance de vie, qui fait coexister plus de générations. Le troisième tiers vient de l’immigration qui, n’oublions pas, n’est pas entièrement extra-européenne. »
« SINISTRE FARCE »
Le démographe Hervé Le Bras, auteur du Démon des origines (L’Aube, 1998), voit dans le « grand remplacement » une « sinistre farce » qui dure depuis des dizaines d’années. « Parler d’immigré de seconde ou troisième génération, explique-t-il, est une contradiction dans les termes. Ils ne migrent plus, ils sont français. On les désigne comme une espèce de “cinquième colonne”, comme s’il s’agissait d’ennemis intérieurs. »
Pour Hervé Le Bras, le fait de considérer les descendants d’immigrés nés de mariages mixtes comme des « allogènes extra-européens »relève d’une « théorie raciste ». « Les rédacteurs de ce texte pensent que si une personne a un ancêtre arabe, elle reste arabe. C’était le principe de la “one drop rule” américaine pendant la période de la Ségrégation : une seule goutte de sang noir vous définissait comme noir et donc comme inférieur. C’était pareil pour les juifs pendant l’Occupation. Ajoutons qu’aux Etats-Unis les Arabes sont considérés comme “Blancs” ! »
Comment réagissent les historiens de l’immigration au « grand remplacement » ? Pour Gérard Noiriel, auteur du Creuset français(Seuil, 1988), ces textes alarmistes prophétisant la destruction de la« race » et de la « civilisation » françaises existent depuis la fin du XIXe siècle. Avant-guerre, en France comme en Allemagne, les nationalistes qui ont mené l’Europe au désastre affirmaient que les juifs, les Arméniens et les « Levantins » menaçaient l’intégrité de la patrie. Après-guerre, ce furent les Maghrébins. « A partir des années 1960, constate Gérard Noiriel, les arguments culturels et religieux ont remplacé les arguments biologiques, mais le discours du déclin national par leur faute demeure. Pourtant, dans aucun pays d’immigration les prédictions catastrophistes ne se sont concrétisées. »
UN « VIEIL IMAGINAIRE DE PURIFICATION »
Nicolas Bancel, historien de la colonisation, se dit lui aussi inquiet face à « ce vieil imaginaire de purification de la société de ses éléments allogènes », qui oublie les artistes, les acteurs, les sportifs, les écrivains, les musiciens, les patrons, les ministres, les étudiants, les présentateurs, les cadres issus de l’immigration afro-maghrébine.
Lire aussi l'entretien avec Nicolas Bancel : « Un inquiétant imaginaire de purification ethnique et culturelle »
Pour le sociodémographe Patrick Simon, la question n’est pas tant celle du métissage que celle de la ségrégation urbaine : si l’idée du « grand remplacement » est agitée à l’extrême droite, voire à droite, c’est parce que les immigrés se retrouvent cantonnés, malgré eux, dans des ghettos où les Français ne veulent pas vivre, mais où les plus défavorisés d’entre eux restent.
Depuis cent cinquante ans, rappelle-t-il, il y a des quartiers immigrés en France : italiens dans le Sud, polonais dans le Nord, arabes en Ile-de-France et dans le Midi, chinois à Paris. « Parfois, la cohabitation est difficile. Ces mouvements de population suivent la loi du marché immobilier, note-t-il. C’est un classique de l’histoire urbaine. » Selon Patrick Simon, seule une politique de la ville ambitieuse dans les quartiers en déshérence évitera de faire naître un sentiment d’abandon chez ceux qui y vivent.
Mais le plus grand danger vient de l’instrumentalisation politique de ces discours. « En associant immigrés et “remplacement”, on désigne les Français de l’immigration comme des envahisseurs,poursuit Patrick Simon. Cela fait que, partout où ils vivent, même quand ils sont minoritaires, on en fait un danger potentiel. C’est la responsabilité des hommes politiques de dire qu’ils sont français, et de leur permettre de s’intégrer. »
Frédéric Joignot