dimanche 10 mars 2019

Emmanuel Macron au secours de l’Europe


Le chef de l’Etat vient de lancer une véritable croisade pour une «renaissance européenne». Au-delà du coup d’éclat personnel, c’est une nécessité, une urgence même.

Emmanuel Macron au secours de l’Europe 

S’il y a deux caractéristiques que l’on peut difficilement contester à Emmanuel Macron, c’est l’audace et l’imagination. Le Président a beau s’être sottement enlisé dans l’affaire Benalla, n’avoir pris que très tardivement en compte l’ampleur et la signification du mouvement des gilets jaunes, il a beau avoir fait l’objet d’un rejet personnel d’une violence sans précédent, avoir accumulé les maladresses par juvénile arrogance, il reprend l’initiative, il repart vigoureusement à l’offensive, il invente, il expérimente, il casse les codes et double sans cesse la mise. On l’a vu avec ce grand débat d’une ambition et d’une hardiesse sans équivalent sous la Ve République : Emmanuel Macron teste les formes d’une nouvelle démocratie.
On le constate de nouveau avec son adresse aux peuples européens, publiée sous la forme d’une tribune parue simultanément dans les 28 pays de l’Union européenne. Jamais, à l’orée d’une campagne pour l’élection du Parlement européen (et pour le renouvellement de l’exécutif de Bruxelles), jamais un chef d’Etat n’avait interpellé ainsi l’ensemble des citoyens du Vieux Continent, n’avait formulé aussi clairement un projet personnel pour l’Europe, n’avait aussi délibérément lancé un débat forcément périlleux, n’avait aussi ostensiblement choisi de se présenter en recours de l’Europe. Emmanuel Macron s’écrie en somme «ralliez-vous à mon panache tricolore».
On dira, bien entendu, qu’il s’agit aussi du déclenchement de sa propre campagne à l’échelle hexagonale, et on aura raison.

La République en marche (LREM) dispose désormais de sa feuille de route, d’ailleurs fort bien tournée, en termes clairs et vifs, sans pompe inutile et sans clichés traditionnels. Elle trouve aussi - qui en doutait ? - son véritable chef de file pour la bataille électorale. La tête de liste officielle ne sera que le héraut d’armes, que le gonfalonier du chef de l’Etat. Il est vrai que cela s’est toujours produit en de telles circonstances pour le parti du président en exercice, mais c’est bien la première fois que celui-ci abat aussi clairement, aussi ostensiblement ses cartes, non seulement à l’échelle française mais aussi à l’échelle de l’Europe des Vingt-Huit.
Dans les vingt-sept autres capitales, on ricanera, on ricane déjà devant l’éternelle prétention de la «Grande Nation» qui, se croyant toujours au XVIIIe siècle, imagine pouvoir donner le ton à l’Europe entière. Et on ironisera sur l’étrange situation de ce jeune président, si critiqué et contesté dans son propre pays, si entreprenant, si déterminé, si glorieux et si vulnérable, téméraire dans l’Hexagone, téméraire au sein de l’Europe.
Cela étant, qui peut contester le cri d’alarme lancé par Emmanuel Macron ? Lorsqu’il s’écrie, d’entrée de jeu, «jamais l’Europe n’a été autant en danger», c’est l’évidence. L’imminence du Brexit dont il fait le contre-modèle absolu avec son cortège de mensonges, de menaces, d’irresponsabilité mais aussi l’ascension des nationalismes qui traversent tout le Vieux Continent, la mollesse, l’attentisme des Vingt-Huit face aux Gafa, face aux géants industriels et financiers américains ou chinois, cette défense à armes inégales, c’est bien la réalité. L’Europe est en danger, et il est grand temps de bousculer les frilosités et d’affronter les divisions.
On critiquera inévitablement les propositions d’Emmanuel Macron, on doutera des chances de mettre en œuvre son «bouclier social», on sera sceptique face à sa croisade «zéro carbone» (même si elle s’impose), on s’interrogera sur la possibilité de réaliser effectivement une politique commune des frontières, de l’immigration et de l’asile. Reste que l’ensemble de ces propositions (y compris l’établissement d’une forme de préférence européenne et de lutte contre les ingérences politiques étrangères comme celles, répétées, de la Russie) correspondent bel et bien aux problèmes qui se posent.
La croisade que lance Emmanuel Macron pour une «renaissance européenne» tient, certes, du coup d’éclat personnel mais ressemble beaucoup plus, sur le fond, à une nécessité, à une urgence même, plutôt qu’à une utopie. C’est une manœuvre mais ce n’est pas une chimère. C’est une initiative typiquement macronienne (il suggère d’ailleurs l’expérimentation d’une sorte de grand débat à l’échelle européenne) dont nos partenaires avaient été avertis mais cela sonne surtout comme le refus de l’enlisement européen qui nous guette. On remarquera que pour élargir ses chances, Emmanuel Macron abandonne sa stratégie de la confrontation des «progressistes» contre les «nationalistes» pour adopter, ce qui est bien plus rassembleur, un duel des réformateurs contre les souverainistes, c’est-à-dire de tous ceux qui veulent transformer l’Europe contre ceux qui veulent la détruire. L’Europe étant, à l’échelle continentale et pour pasticher Churchill, le pire des modes de gouvernement à l’exception de tous les autres. 

Alain Duhamel 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
SA TÉMÉRITÉ ET SA PUISSANTE IMAGINATION 

Ce texte, comme si souvent chez le grand Alain, va à l'essentiel. C'est une caractéristique des vieux journalistes, éditorialistes et penseurs de talent. Ils résulte d'un effort de décantation que font naturellement les vieux briscards. C'est ce qui manque à Macron mais il compense par sa témérité et sa puissante imagination.
Emmanuel Macron est le prototype d'un type de dirigeants politiques d'un typer nouveau.. Ce n'est pas un De Gaulle sans la vareuse militaire et la casquette à deux étoiles comme je l'ai imprudemment écrit. C'est un éternel premier de classe, un hardi premier de cordée.
Comme Tintin à qui il me fait penser il est sans rival; j'emprunte cette métaphore ptrécisament à  De Gaulle. Certains l'ont comparé au jeune Bonaparte: Jupiter au pont d'Arcole.
C'est qu'il joue très serré et qu'il gaffe allègrement, assurément plus que son modèle corse. Le départ de Collomb, roué et rusé comme un loup est sans doute, plus encore que la perte de Hulot, le dommage collatéral le plus sérieux. Tintin sans Hadock ce serait comme Don Quichote sans son Sancho terre à terre.
Mais voici que  Raffarin rapplique et se range derrière sa bannière bleues étoilée. On aurait tort d'y voir une hirondelle annonçant un triomphe aux européennes. C'est toutefois un signe qui pourrait entraîner d'autres ralliements. Enfourcher le destrier de l'Europe est certes téméraire et fort  peu dans l'air du temps mais j'adore et j'adhère.
J'appréhende toutefois le 29 juin qui pourrait annoncer le triomphe des nationaux populistes hostiles à l'Europe. Croisons les doigts souhaitons bonne chance à dame Europe qui en a manqué beaucoup ces dernières années.
MG

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