lundi 18 mars 2019

Kenza Isnasni: "L'attaque islamophobe de Christchurch n'est pas un acte isolé"


RTBF info 

Ils sont venus en nombre à l'ambassade de Nouvelle-Zélande. Ils se sont déplacés pour déposer des gerbes de fleur ou laisser une note en hommage aux victimes de l'attentat raciste contre deux mosquées perpétré à Christchurch. Kenza Isnasni, toujours sous le choc, est venue témoigner son soutient. Si l'attaque l'a particulièrement bouleversée, c'est parce qu'elle fait écho à sa propre histoire. Le 7 mai 2002, à Bruxelles, ses parents ont été assassinés par Hendrik Vyt, un voisin ouvertement raciste, sympathisant des partis d'extrême droite. Kenza avait 18 ans.
J'ai compris qu'il fallait que je fasse entendre ma voix et témoigner. J'en ai fait ma mission.
Depuis ce jour, elle mène une lutte quotidienne contre le racisme. Elle se fait violence pour continuer à témoigner et à raconter son histoire. Chaque acte islamophobe est une blessure qui s'inscrit dans sa chair. Elle souhaite que chacun prenne ses responsabilités et dénonce l'islamophobie, personnalités politiques comme citoyens. Elle tient enfin à rappeler que racisme et discrimination sont des maux qu'il ne faut pas traiter qu'épisodiquement, à mesure des crimes xénophobes.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
"QUI SAUVE UNE VIE HUMAINE SAUVE L'HUMANITÉ TOUT ENTIÈRE QUI TUE UNE VUE TUE L'HUMANITÉ ENTIÈRE"
Ce que ne dit pas Kenza Isnasni et dont je puis témoigner, c'est qu'elle fut sauvée par le courage exceptionnel de son autre voisin, un homme de caractère dont j'ai été témoin de l'exploit comme je le relate dans l'hommage que j'ai rédigé quand il décéda il y a quelque mois. 
MG

"AHMED SARAHOUI, AVATAR DE ZORBA LE GREC?"

C'est l'homme le plus fort que j'aie jamais rencontré.
Fort physiquement, il soulevait cent kilos sans effort mais il était  surtout supérieurement fort par le caractère qu'il avait bien trempé. Il n'hésita pas à affronter les coups de feu d'un forcené anversois tenant sous la menace de son revolver des otages marocaines.
Gamin, il suivait son père qui coupait du bois de chauffage, pas loin des frontières sahariennes de l'Algérie toute proche qui lui donna son patronyme. Ahmed ramenait les branchages à dos d'âne. Il n'avait pas sept ans. Il avait appris de son père l'art du jardinage et la pratique quotidienne du Coran qu'il savait par coeur et le comprenait à sa façon bien à lui. Devenu citadin schaerbeekois il a gardé de son enfance un léger accent et la nostalgie de la nature. Vers l'âge de quatorze ans, il arriva en Belgique dans les bagages de l'immigration marocaine. Il se disait descendant des esclaves Sarahouis. C'était sa théorie.
Orphelin de père, il accompagne ses oncles en exil. Il fut inscrit d'office dans une école professionnelle. "Bois ou fer ?" Il demanda bois et fut inscrit au fer. Il fera le bois ensuite. Il était capable de fabriquer seul et sans beaucoup d'outils des châssis, des portes de garage et que sais-je encore. Il quitta l'école en qualité de carrossier et se retrouva chez Mercedes ou on ne le garda pas, malgré son formidable savoir faire.  On lui reprochait de ne jamais arriver à l'atelier avant onze heures le matin. C'était un homme du soir et de la nuit. Il aimait traîner du côté de la gare du midi, dans les salon de thé marocains où il refaisait le monde, comme Zorba. Il aimait prier dans les mosquées arabes, turques, albanaises et même dans certaines églises chrétiennes qui lui ouvraient leurs portes. Il lisait beaucoup et il s'était fait une religion coranique bien à lui, mâtinée d'hindhouïsme, de soufisme et même de mystique chrétienne. C'était ce qu'au sens fort, le Coran appelle un Bel Agissant. Un Mensch, diraient les juifs, un juste parmi les justes, bref un type bien. Il aimait les femmes qui le lui rendaient bien. Il avait un fils né d'une femme flamande. Il en parlait peu mais toujours avec émotion.  Il ne détestait pas la Chimay bleue sauf en période de ramadan qu'il respectait scrupuleusement. Il priait cinq fois par jour,  fumait comme un sapeur et travaillait d'arrache- pied, comme un stakhanoviste russe. 
Monsieur Thonon qui dirigeait un atelier de restauration de voitures anciennes lui confia un jour la confection d'une aile et d'un garde boue pour une antique Bentley exposée à l'Auto Center. Il en parlait avec orgueil. Il vous aurait fait une bagnole de musée d'une carcasse lourdement endommagée, de ses mains calleuses comme des râpes, abîmées par les produits de carrosserie.
Directeur de la Promotion sociale de Schaerbeek, je l'ai connu sur les chantiers de restauration de l'école industrielle de la rue de La Ruche dans les années nonante. Il était à l'époque article 60 et monsieur Immy, assistant social, me le présenta comme un cas compliqué, un mec à peu près ingérable. Que nenni: nous nous sommes compris au premier regard et il en fut toujours ainsi, nonobstant quelques querelles homériques. Mais ni lui ni moi ne nous montrions rancuniers.
Un matin, en buvant mon café à la cafétéria de la Ruche je le vois arriver en nage, les cheveux défaits, complètement perturbé et à court d'haleine. Il venait de quitter la maison où tirait le forcené. Il avait entendu des coups de feu et des cris de détresse dans une maison voisine. N'écoutant que son courage, il avait franchi le cordon de police qui lui barrait le passage et était entré, malgré l'interdiction mains nues dans la maison menacée. Désarma-il le forcené, je ne l'ai jamais su mais il mit fin au siège. Il sauva deux vies humaines au péril de la sienne.
J'en informai le bourgmestre Clerfayt qui le reçut mais ne lui attribua pas, comme je le lui avais suggéré, le titre de Schaerbeekois d'honneur. Dommage il le méritait vraiment.
Ahmed qui deviendra Mustapha pour des raisons qui m'échappent n'en avait cure car il savait que, selon le Coran "qui sauve une vie humaine sauve l'humanité tout entière".
Il me faisait penser à Zorba avec ce mélange de joie de vivre paillarde et de haute spiritualité.
Un cancer malin a eu raison de sa puissante constitution. Puisse-il reposer en paix dans les sables sahariens de ses ancêtres.
Il me donna un immense leçon en me montrant que les gens issus de l'immigration sont pour la plupart d'entre eux des gens de caractère et d'une franche droiture.
C'est qu'il en faut du caractère pour laisser derrière soi la terre de ses ancêtres où il repose désormais.
J'ai perdu un ami, un vrai. Mais le souvenir de sa forte personnalité sera plus fort que la mort.
Marc Guiot   

Je citerai en mémoire de lui le beau quatrain  du soufi Ibn Arabi:
De l'Amour nous sommes issus,
Selon l'Amour nous sommes faits,
C'est vers l'Amour que nous tendons,
A l'Amour nous nous adonnons."

Et puisque que j'y suis , encore ceci du même qui invite à la méditation de tous croyans ou non croyants: :
"Mon coeur est devenu capable
D'accueillir toute forme.
Il est pâturage pour gazelles
Et abbaye pour moines !
Il est un temple pour idoles
et la Kaaba pour qui en fait le tour,
Il est les Tables de la Thora
Et aussi les feuillets du Coran !
Je crois en la religion de l'amour
Où que se dirige ses caravanes
Car l'amour est ma religion et ma foi"
Ibn Arabi
(traité de l'amour)
Puissent les caciques du MR qui veulent interdire des minarets qui n'existent nulle part à Bruxelles en prendre de la graine.

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