mercredi 20 mars 2019

Koen Geens veut une répression plus sévère de la diffusion de messages de haine


Le Vif
Source: Belga 

Koen Geens se concertera le 25 mars prochain à Bruxelles avec d'autres ministres de la Justice d'Europe occidentale pour une approche répressive commune et plus sévère de la diffusion de messages haineux sur internet, a-t-il indiqué vendredi soir dans l'émission "Terzake" de la VRT.

L'auteur du massacre islamophobe de Christchurch a diffusé en direct sur internet les fusillades qu'il a perpétrées dans deux mosquées de cette ville néo-zélandaise.
Déjà à l'heure actuelle, la diffusion sur le net de messages de haine est suivie de près par les services de police. L'Union européenne a convenu d'un code de conduite avec les grands fournisseurs d'accès pour qu'ils suppriment ce genre de contenu.
LA PROPAGATION DE LA VIDÉO DU MASSACRE DE CHRISTCHURCH, DÉFI POUR LES PLATEFORMES INTERNET
"Mais en ce qui concerne la répression, nous n'allons pas encore assez loin, par crainte d'empiéter sur la liberté d'expression, ce que la Cour constitutionnelle m'a d'ailleurs confirmé", a expliqué M. Geens, en référence à un arrêt de l'an dernier qui a annulé une disposition légale visant à criminaliser la diffusion de messages qui incitent au terrorisme.
M. Geens (CD&V) constate que l'Allemagne a déjà décidé de renforcer sa législation, en contraignant les fournisseurs d'accès à supprimer ces contenus sur signalement d'un citoyen, sous peine de lourdes sanctions. La France élabore aussi des projets en ce sens. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
CRIMINALISER LA DIFFUSION DE MESSAGES QUI INCITENT AU TERRORISME?
Une excellente idée évidemment. Mais pourquoi M. Geens (CD&V) qui fut à la tête de la justice pendant cinq ans se décide-t-il de la lancer maintenant, en pleine campagne électorale européenne tandis que son gouvernement gère les affaire courantes. Effet d'annonce avec espérance de return électoral?
MG 

DE LA VANITÉ DES RÉSEAUX SOCIAUX, PAR ALAIN BENTOLILA
Alain Bentolila(Figaro)
Linguiste, spécialiste de l'apprentissage de la lecture et du langage chez l'enfant.

J’ai eu la faiblesse ces dernières années d’offrir sur certains réseaux sociaux quelques textes de fond en espérant ainsi ouvrir des échanges utiles. Mal m’en a pris ! La plupart du temps, ils n’ont servi, sans même avoir été lus, qu’à alimenter des lieux communs et à déclencher les pires syllogismes.
La multiplication des dérapages antisémites, islamophobes, sexistes, considérés par la majorité des internautes comme anodins, voire légitimes,
déversement d’aberrations, de calomnies et d’insultes de tous ceux qui partagent les mêmes goûts du paraître, la même soif de l’affichage, la même peur ne n’être rien ou de n’être pas... et le même dégoût de l’intelligence.
Cette décision sera ma contribution au combat contre l’imbécilité ambiante
LA SPÉCIFICITÉ HUMAINE
Ce qui nous distingue des grands singes Bonobos, c’est notre conscience d’exister chacun de façon singulière et une conscience, tout aussi précise, qu’une fin définitive nous est à chacun promise. C’est le propre de notre humanité que de tenter d’accepter cette absurdité. Cet "écartèlement lucide" est ce qui nous définit ; il nous appelle à l’élévation spirituelle. C’est cette même douloureuse lucidité qui nous a conduits il y a quelques milliers d’années à la construction de l’écriture, marquant ainsi notre refus de voir notre esprit subir le sort inéluctable de notre corps. Car si l’Homme décida par l’écriture de défier l’espace et le temps, c’était justement parce qu’il était Homme : à la fois pour se sentir vivant et pour avoir moins peur de ne plus l’être un jour. Il a donc, par le génie de l’écriture, confié à un autre qui était loin de lui - loin dans l’espace, encore plus dans le temps- une trace de sa propre intelligence. Un autre dont il ignorait tout, sauf qu’il était le frère à qui il adressait l’espoir désespéré que cette trace serait reçue et interprétée quand lui-même ne sera plus. Tel est le défi de l’écriture. Si l’homme traça des signes sur des tablettes d’argile ou des papyrus, sur du parchemin ou du vélin s’il parvint enfin à dématérialiser les signes pour mieux les matérialiser à l’instant même ailleurs c’est pour que sa pensée fût envoyée là où il n’était pas, pour la transmettre alors même qu’il ne serait plus de ce monde. Stabilité des signes, puissance de leur évocation et fidélité de la communication, telles furent les exigences qui animèrent la construction de l écriture afin qu’elle permette à une intelligence humaine d’interpréter librement la pensée d’une autre intelligence humaine sans jamais la trahir.
Ainsi le papotage l’emporte-t-il sur l’argumentation, la rumeur sur la construction prudente de la vérité et - chose plus inquiétante - la communion artificielle sur le dialogue exigeant.
Qu’en est-il aujourd’hui de ce pacte de transmission sur ces forums qui n’ont de sociaux que le nom ?
Alors même que je mets tout mon espoir dans chacune des intelligences singulières de mes lecteurs inconnus, alors que j'offre à leur compréhension et, bien sûr, à leurs critiques, une pensée qu’ont ciselée mes mots, ils s'en servent comme d'un prétexte à s'invectiver les uns les autres, d’une occasion à accumuler préjugés, amalgames, soupçons et insultes.
Sans doute jettent-ils un œil sur le titre de mon article afin d’orienter quelque peu leurs diatribes bouillonnantes; peut-être s’emparent-ils d’un ou deux de mes mots afin de satisfaire l’irrépressible envie de se soulager de leurs exaspérations. De mes phrases, de mes énoncés ils n'ont que faire; ils s'en moquent. Ce ne sont que des paillassons sur lesquels ils essuient la glaise épaisse de la haine et des préjugés, qu'ils ont accumulée dans un entre soi délétère.
Ils lisent souvent fort mal, mais surtout ils ne savent pas ce que lire veut dire, parce que ni l’école ni la famille ne le leur ont appris. Ainsi le papotage l’emporte-t-il sur l’argumentation, la rumeur sur la construction prudente de la vérité et - chose plus inquiétante - la communion artificielle sur le dialogue exigeant.
Facebook, par sa nature même, s’est montré incapable de forger une intelligence collective.
Mais, me direz-vous, ce sont les réseaux sociaux qui ont permis le succès de bien des soulèvements populaires ! C’est Facebook qui a mis à bas les dictatures en rassemblant les peuples en lutte pour la démocratie ! Sans doute, sans doute… Mais si ce réseau social a contribué fort efficacement à lancer des mots d’ordre et à appeler à des rassemblements, il n’a été en aucune façon un instrument de réflexion collective et de construction de propositions ; Facebook, par sa nature même, s’est montré incapable de forger une intelligence collective. Et une fois les dictateurs chassés, se sont vite profilés des dangers tout aussi menaçants d’obscurantisme et de totalitarisme.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
COMBATTRE L’IMBÉCILITÉ AMBIANTE
QUAND LE  PAPOTAGE RÂLEUR  L’EMPORTE-T-IL SUR L’ARGUMENTATION, LA RUMEUR SUR LA CONSTRUCTION PRUDENTE DE LA VÉRITÉ ?

La plupart du temps,  les messages publiés sur les réseaux sociaux ne font qu'"alimenter des lieux communs età multiplier " les dérapages antisémites, islamophobes, sexistes, considérés par la majorité des internautes comme anodins, voire légitimes"
Il s'agit bien souvent de "déversement d’aberrations, de calomnies et d’insultes de tous ceux qui partagent les mêmes goûts du paraître, la même soif de l’affichage, la même peur ne n’être rien ou de n’être pas... et le même dégoût de l’intelligence."
"Ce qui nous distingue des grands singes Bonobos, c’est notre conscience d’exister chacun de façon singulière"
Trop souvent " le papotage l’emporte sur l’argumentation, la rumeur sur la construction prudente de la vérité et - chose plus inquiétante - la communion artificielle sur le dialogue exigeant."
Or ce qui intéresse DiverCity et ses lecteurs, me semble-t-il, c'est précisément une démarche critique susceptible d'éveiller le discernement en stimulant la fibre éthique de chacun.
Qu’en est-il aujourd’hui du pacte de transmission sur ces forums qui n’ont de sociaux que le nom ?
Appelons en donc à "chacune des intelligences singulières de nos lecteurs inconnus, offrons leur une  compréhension de l'événement à l'aide d' une pensée  qui se veut ciselée. Puissent ils ne pas "s'en servir  comme d'un prétexte à s'invectiver les uns les autres, d’une occasion à accumuler préjugés, amalgames, soupçons et insultes."
A défaut, nous serons envahis par "la glaise épaisse de la haine et des préjugés accumulés dans un entre soi délétère."
Observons que beaucoup de forumeurs frustrés " lisent souvent fort mal, mais surtout ils ne savent pas ce que lire veut dire, parce que ni l’école ni la famille ne le leur ont appris. "
Le  papotage l’emporte-t-il sur l’argumentation, la rumeur sur la construction prudente de la vérité et - chose plus inquiétante - la communion artificielle sur le dialogue exigeant.
Et concluons avec l'auteur de cette carte blanche que "Facebook, par sa nature même, s’est montré incapable de forger une intelligence collective."
Or c'est précisément cette intelligence collective qu'il convient de solliciter pour provoquer un contre feux critique.
Le réseaux sociaux ne sont" en aucune façon un instrument de réflexion collective et de construction de propositions "
Facebook, par sa nature même, s’est montré incapable de forger cette intelligence collective que nous appelons de nos voeux pour faire face aux "dangers menaçants d’obscurantisme et de totalitarisme." On ne saurait  mieux le dire. Geens a raison de vouloir réagir mais il a le grand tort de le faire un mois avant les élections européennes, fédérales et régionales.
MG


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