samedi 16 mars 2019

L'auteur du carnage de Christchurch, un "homme blanc ordinaire" conquis par le fascisme


Le Vif
Ancien instructeur de fitness dans l'Australie rurale, Brenton Tarrant se présente comme un "homme blanc ordinaire" issu de la classe ouvrière et semble avoir été gagné par l'idéologie néo-fasciste à l'occasion de voyages en Europe.

Cet Australien de 28 ans a été inculpé samedi après l'un des pires crimes les plus jamais perpétrés en Nouvelle-Zélande: le massacre de 49 fidèles dans des mosquées de Christchurch.
Lors de sa brève comparution devant le tribunal de cette ville de l'Île du Sud, il a rapidement fait de la main un des signes de reconnaissance des suprémacistes blancs. Il n'avait vraisemblablement pas de casier judiciaire et n'était sur les radars d'aucun service de renseignement néo-zélandais.
Brenton Tarrant a grandi dans la petite ville de Grafton, dans le nord de l'Etat australien de Nouvelle-Galles du Sud, où il a suivi des formations d'instructeur de fitness après sa sortie du lycée. Il travaillera un temps à partir de 2009 dans une salle de gym de la ville.
La patronne de cette salle, Tracey Gray, se souvient d'un employé qui travaillait dur mais qui aurait été transformé par ses voyages en Europe et en Asie. Des posts sur les réseaux sociaux laissent penser qu'il serait allé jusqu'au Pakistan et en Corée du Nord.
- JEUNESSE SANS HISTOIRE? -
"Je pense qu'il a changé pendant les années où il a voyagé à l'étranger", a déclaré Mme Gray à la chaîne publique australienne ABC. "Ce sont sans doute des expériences vécues, ou un groupe rencontré, qui l'ont fait évoluer à un moment donné."
Une hypothèse étayée par le manifeste de 74 pages truffé de références haineuses publié par le tireur juste avant le début du carnage.
Dans ce texte, il raconte avoir pour la première fois envisagé de commettre une attaque en avril ou mai 2017 alors qu'il voyageait en France et en Europe de l'Ouest.
Il affirme avoir été frappé par "l'invasion" de villes françaises par des immigrés et parle du "désespoir" qu'a suscité chez lui la victoire au second tour de la présidentielle française d'Emmanuel Macron face à la candidate d'extrême droite Marine Le Pen.
Intitulé "Le grand remplacement", ce texte indique que le tireur voulait s'en prendre à des musulmans. Le titre semble être une référence à une thèse de l'écrivain français Renaud Camus sur la disparition des "peuples européens", "remplacés" selon lui par des populations non européennes immigrées, qui connaît une popularité grandissante dans les milieux d'extrême droite.
Dans une très courte notice autobiographique accompagnant son manifeste, Brenton Tarrant se présente comme "un homme blanc ordinaire (...) né en Australie dans une famille de la classe ouvrière aux faibles revenus".
Il décrit sa jeunesse comme étant "normale" et, insiste-t-il, sans histoire. Il obtient de justesse son diplôme au lycée mais n'a aucune envie de poursuivre des études plus en avant.
- BREIVIK ET MOSLEY -
Des médias ont rapporté que son père était décédé d'un cancer en 2010 et Mme Gray croit savoir que sa mère et sa soeur vivent toujours à Grafton.
Brenton Tarrant quittera la salle de gym en 2011. Ses voyages, raconte-t-il, ont été financés en investissant son argent sur Bitconnect, une cryptomonnaie qui s'est effondrée début 2018 et qui est accusée d'avoir en fait été une pyramide de Ponzi.
Cinq armes, dont deux armes semi-automatiques modifiées -vraisemblablement des AR-15- et deux fusils ont servi au carnage de vendredi.
Sur des photos de cet arsenal mises en ligne, apparaissent clairement sur les armes des inscriptions en anglais et dans diverses langues d'Europe de l'Est.
On peut y lire des références à de grandes figures militaires historiques, parmi lesquelles de nombreux Européens ayant combattu les forces ottomanes aux XVe et XVIe siècles. Mais aussi des références aux Croisades.
Dans son manifeste, Brenton Tarrant cite dans le texte différents auteurs d'attaques racistes ou d'ultra-droite, en particulier le Norvégien Anders Behring Breivik qui a tué 77 personnes en juillet 2011. Il affirme avoir eu "un bref contact" avec lui.
Au fil du document, il se proclame "raciste", "fasciste" et affirme qu'Oswald Mosley, fondateur en 1932 de l'Union britannique des fascistes, est "dans l'Histoire la personne la plus proche de mes propres croyances".

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
RADICALISME DE LA RADICALITÉ:  LES PASSSIONS TRISTES DES ENFANTS DU NIHILISME OU DE L'ILLUMINATION
"Brenton Tarrant se présente comme un "homme blanc ordinaire" issu de la classe ouvrière et semble avoir été gagné par l'idéologie néo-fasciste à l'occasion de voyages en Europe.
Il  affirme avoir été frappé par "l'invasion" de villes françaises par des immigrés et parle du "désespoir" qu'a suscité chez lui la victoire au second tour de la présidentielle française d'Emmanuel Macron face à la candidate d'extrême droite Marine Le Pen.
"un homme blanc ordinaire (...) né en Australie dans une famille de la classe ouvrière aux faibles revenus".
Il affirme avoir eu "un bref contact" avec  le Norvégien Anders Behring Breivik qui a tué 77 personnes en juillet 2011.
Il se proclame "raciste", "fasciste" et affirme qu'Oswald Mosley, fondateur en 1932 de l'Union britannique des fascistes, est "dans l'Histoire la personne la plus proche de mes propres croyances".
Il ne frappe pas par hasard en un lieu nommé Christchurch: l'église du Christ.
Tout cela est limpide bien que trouble au plus haut point.
Tous ces radicalisés qu'ils soient islamistes ou fascisants sont des enragés de la radicalisation. Ce sont les enfants du nihilisme et du fanatisme qu'ils se déclarent fous d'Allah ou adeptes d'Hitler.
Le sommeil de la raison engendre des monstres disait le grand peintre Goya. Ce genre de profils pullulent sur les réseaux sociaux. Danger!
MG 


Acte XVIII: les «gilets jaunes» espèrent un coup d'éclat
De nombreux appels à rejoindre la capitale ont été relayés sur les réseaux sociaux. (Figaro)

DE LA VANITÉ DES RÉSEAUX SOCIAUX, PAR ALAIN BENTOLILA
Alain Bentolila
Linguiste, spécialiste de l'apprentissage de la lecture et du langage chez l'enfant.
MARIANNE
J’ai eu la faiblesse ces dernières années d’offrir sur certains réseaux sociaux quelques textes de fond en espérant ainsi ouvrir des échanges utiles. Mal m’en a pris ! La plupart du temps, ils n’ont servi, sans même avoir été lus, qu’à alimenter des lieux communs et à déclencher les pires syllogismes. La multiplication des dérapages antisémites, islamophobes, sexistes, considérés par la majorité des internautes comme anodins, voire légitimes, m’ont convaincu de refuser dorénavant d’être le prétexte et presque le complice du déversement d’aberrations, de calomnies et d’insultes de tous ceux qui partagent les mêmes goûts du paraître, la même soif de l’affichage, la même peur ne n’être rien ou de n’être pas... et le même dégoût de l’intelligence. Cette décision sera ma contribution au combat contre l’imbécilité ambiante : "Vous ne passerez plus par moi."
LA SPÉCIFICITÉ HUMAINE
Ce qui nous distingue des grands singes Bonobos, c’est notre conscience d’exister chacun de façon singulière et une conscience, tout aussi précise, qu’une fin définitive nous est à chacun promise. C’est le propre de notre humanité que de tenter d’accepter cette absurdité. Cet "écartèlement lucide" est ce qui nous définit ; il nous appelle à l’élévation spirituelle. C’est cette même douloureuse lucidité qui nous a conduits il y a quelques milliers d’années à la construction de l’écriture, marquant ainsi notre refus de voir notre esprit subir le sort inéluctable de notre corps. Car si l’Homme décida par l’écriture de défier l’espace et le temps, c’était justement parce qu’il était Homme : à la fois pour se sentir vivant et pour avoir moins peur de ne plus l’être un jour. Il a donc, par le génie de l’écriture, confié à un autre qui était loin de lui - loin dans l’espace, encore plus dans le temps- une trace de sa propre intelligence. Un autre dont il ignorait tout, sauf qu’il était le frère à qui il adressait l’espoir désespéré que cette trace serait reçue et interprétée quand lui-même ne sera plus. Tel est le défi de l’écriture. Si l’homme traça des signes sur des tablettes d’argile ou des papyrus, sur du parchemin ou du vélin s’il parvint enfin à dématérialiser les signes pour mieux les matérialiser à l’instant même ailleurs c’est pour que sa pensée fût envoyée là où il n’était pas, pour la transmettre alors même qu’il ne serait plus de ce monde. Stabilité des signes, puissance de leur évocation et fidélité de la communication, telles furent les exigences qui animèrent la construction de l 'écriture afin qu’elle permette à une intelligence humaine d’interpréter librement la pensée d’une autre intelligence humaine sans jamais la trahir.
AINSI LE PAPOTAGE L’EMPORTE-T-IL SUR L’ARGUMENTATION, LA RUMEUR SUR LA CONSTRUCTION PRUDENTE DE LA VÉRITÉ ET - CHOSE PLUS INQUIÉTANTE - LA COMMUNION ARTIFICIELLE SUR LE DIALOGUE EXIGEANT.
Qu’en est-il aujourd’hui de ce pacte de transmission sur ces forums qui n’ont de sociaux que le nom ? Alors même que je mets tout mon espoir dans chacune des intelligences singulières de mes lecteurs inconnus, alors que j'offre à leur compréhension et, bien sûr, à leurs critiques, une pensée qu’ont ciselée mes mots, ils s'en servent comme d'un prétexte à s'invectiver les uns les autres, d’une occasion à accumuler préjugés, amalgames, soupçons et insultes. Sans doute jettent-ils un œil sur le titre de mon article afin d’orienter quelque peu leurs diatribes bouillonnantes; peut-être s’emparent-ils d’un ou deux de mes mots afin de satisfaire l’irrépressible envie de se soulager de leurs exaspérations. De mes phrases, de mes énoncés ils n'ont que faire; ils s'en moquent. Ce ne sont que des paillassons sur lesquels ils essuient la glaise épaisse de la haine et des préjugés, qu'ils ont accumulée dans un entre soi délétère. A mon appel muet : "Serai-je compris comme j’espère l’être ?" lancé non par attente de servilité ou de complaisance mais par l’espoir d’une "rencontre" ; à cet appel, par incompétence ou défiance, non seulement ils ne répondent pas, mais ils ne l’entendent même pas. Ils lisent souvent fort mal, mais surtout ils ne savent pas ce que lire veut dire, parce que ni l’école ni la famille ne le leur ont appris. Ainsi le papotage l’emporte-t-il sur l’argumentation, la rumeur sur la construction prudente de la vérité et - chose plus inquiétante - la communion artificielle sur le dialogue exigeant.
FACEBOOK, PAR SA NATURE MÊME, S’EST MONTRÉ INCAPABLE DE FORGER UNE INTELLIGENCE COLLECTIVE.
Mais, me direz-vous, ce sont les réseaux sociaux qui ont permis le succès de bien des soulèvements populaires ! C’est Facebook qui a mis à bas les dictatures en rassemblant les peuples en lutte pour la démocratie ! Sans doute, sans doute… Mais si ce réseau social a contribué fort efficacement à lancer des mots d’ordre et à appeler à des rassemblements, il n’a été en aucune façon un instrument de réflexion collective et de construction de propositions ; Facebook, par sa nature même, s’est montré incapable de forger une intelligence collective. Et une fois les dictateurs chassés, se sont vite profilés des dangers tout aussi menaçants d’obscurantisme et de totalitarisme. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
UNE AGORA VIRTUELLE  NOMMEE CAFE DU COMMERCE 

"Le café du commerce" qui véhicule les passions tristes est omniprésent sur les réseaux sociaux.
" Il n’est en aucune façon un instrument de réflexion collective et de construction de propositions ; Facebook, par sa nature même, s’est montré incapable de forger une intelligence collective. Et une fois les dictateurs chassés, se sont vite profilés des dangers tout aussi menaçants d’obscurantisme et de totalitarisme."
Il faut se demander si c'est une fatalité et s'interroger sur le potentiel pédagogique sous-utilisé de la toile comme instrument pour lutter contre la radicalisation de la connerie. Un magnifique chantier.
MG

 

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