vendredi 1 mars 2019

Le MR menacé d'explosion


Olivier Mouton le Vif 

La coalition avec la N-VA, la guerre froide entre Michel et Reynders et l'air du temps écologique coûtent cher aux libéraux francophones. Le départ d'Alain Destexhe n'est qu'un révélateur.
Charles Michel savait, en 2014, qu'il prenait un fameux risque en mettant la suédoise en selle avec la N-VA. Seul parti francophone, ultra-minoritaire dans son groupe linguistique, le MR espérait capitaliser sur une politique de centre-droit correspondant parfaitement à son programme, tant sur le plan socio-économique que sécuritaire, tout en se prévalant d'avoir obtenu que le maintien du communautaire au frigo par les nationalistes flamands. Quatre ans plus tard, l'aventure tourne au vinaigre pour Charles Michel, qui vient de reprendre la présidence. L'annonce par le franc-tireur Alain Destexhe de la création d'un nouveau parti est, en effet, révélateur d'un malaise plus large.
Que se passe-t-il au MR ? Le parti se craquèle en raison de forces centrifuges générées à la fois par les incidents de cette législature hors norme, par les effets pervers de la "paix des braves" entre clans Michel et Reynders, ainsi que par un air du temps dominé par les marches climatiques et les sondages favorables aux écologistes. Tiraillé de toutes parts, le parti est menacé d'explosion.
C'est à gauche que cela a d'abord chaviré. Pendant toute la législature, les provocations à répétition de la N-VA et de Theo Francken ont mis à rude épreuve l'aile centriste du parti, forcée d'avaler bien des couleuvres - du moins en terme de communication. Le tout sous les quolibets d'une opposition francophone hypertrophiée (PS, CDH, DéFi, Ecolo, PTB !). Christine Defraigne, ex-présidente du Sénat, ou Richard Miller, patron du centre d'études, ont fait le gros dos. En se ralliant à la "ligne" : jamais le MR n'a concrétisé autant de points de son programme. Mais dans les coulisses, certains ne cachaient pas leur mal-être. Finalement, le Premier ministre a choisi le "bon côté de l'Histoire", en permettant à la Belgique d'approuver le Pacte des migrations de l'ONU. Exit la N-VA. Soulagement.
Résultat ? Ce sont les partisans d'une ligne plus "droitière" qui expriment désormais leur malaise au sein du MR. Ou en dehors. Alain Destexhe veut créer une "N-VA francophone" en raison de divergences au sujet de la question migratoire, du nucléaire ou de la gouvernance. Certains diront - sans avoir tout à fait tort - qu'Alain Destexhe n'a jamais été un parlementaire très actif et qu'il penche dangereusement vers l'extrémisme. Sa liste risque de se muer en "groupuscule". Mais avant lui, mardi, deux autres jeunes libéraux bruxellois, Aymeric De Lamotte et Victoria de Vignera, avaient exprimé leur rejet de la ligne migratoire et climatique du parti. C'est un signal d'alarme.
Ces expressions cachent un autre malaise, étouffé depuis quatre ans : la "paix des braves" entre Charles Michel et son vice-Premier ministre Didier Reynders, scellée après la lutte des clans de 2010/11, s'est transformée en "guerre froide". Préjudiciable pour le parti. La stratégie de pourrissement menée par Reynders, qui n'a souvent soutenu Michel que du bout des lèvres, son obsession maladive pour le pouvoir et son absence de présence sur le terrain ont généré une fronde au sein de la fédération bruxelloise du MR. Après les mauvais résultats des communales, où le MR a perdu quatre maïorats sur six dans la capitale, le vice-président régional, Boris Dilliès, avait dénoncé son "manque d'implication" durant la campagne. Deux jeunes pousses, Nicolas Vanderstappen et Quentin Van den Eyden (du cabinet du ministre-président wallon Willy Borsus !) ont ensuite, en novembre, décidé de quitter le MR pour former un nouveau parti régionaliste, Jump for Brussels. Une initiative audacieuse et marginale, certes, mais qui montre combien le parti se morcèle.
Dans ce contexte houleux, Charles Michel cumule désormais les fonctions de Premier ministre et de président de parti. Un risque : n'avait-il pas, en son temps, reproché à Didier Reynders de cumuler la présidence avec la fonction de vice-Premier ? Le locataire du Seize n'avait pourtant pas le choix : il doit montrer qui est le vrai patron, mettant fin à la parenthèse Chastel. Le moment est d'autant plus délicat que l'air du temps est très écologique. Les marches climatiques ont marqué l'opinion et les verts francophones s'envolent dans les sondages, Ecolo étant même pointé premier à Bruxelles. Il s'agit d'un thème sur lequel sa formation est divisée - là aussi - entre environnementalistes et climato-sceptiques. Michel, serein, dit que le MR peut retourner les tendances ces trois prochains mois. Ce sera difficile. Et au fil des jours qui passent, sans forcer le trait du départ d'Alain Destexhe, on est quand même en droit de se demander s'il ne risque pas de vivre une crise existentielle. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
CRISE EXISTENTIELLE 

On ne voit pas comment le MR pourrait se régénérer d'ici au 26 mai.
Bien au contraire, une implosion de ce parti volontiers  "centriste" semble inévitable. Le courant droitier qu'incarne Alain Destexhe entend voler de ses propres ailes en quittant le parti et l'aile gauche qui a fait le gros dos semble complètement démotivée. C'est dire si le score du MR sera médiocre aux élections de 2019. A Bruxelles on peut prédire sans gros risque d'erreur un alliance écolo (qui a le vent en poupe) PS (qui reprend du poil de la bête). En Wallonie une alliance des gauches (PS/ecolo/voire PTB) semble se dessiner.
Dans ce cas de figure un reconduction de la suédoise paraît totalement inconcevable. Quelle sera la prochaine coalition fédérale? Personne ne peut le dire ni surtout le prédire.
Quo vadis Belgica?
MG 

 
L'ÉTAT ACTUEL DU MR ÉVOQUÉ EN FILIGRANE, AU COURS DE SON CONGRÈS PROGRAMMATIQUE PARTICIPATIF
Le Vif
Le MR a lancé jeudi soir le processus de participation de ses militants à la définition de son programme à Bruxelles. Comme en Wallonie, les propositions du parti sont ouvertes à des amendements jusqu'à l'arrêt du programme définitif de la formation libérale, fin mars. L'actualité interne du parti a été abordée au détour d'une question

Comme il l'avait fait dimanche lors du congrès wallon, le Premier ministre et président du parti, Charles Michel a mis en exergue les trois engagements fondateurs de la campagne du MR: la "stabilité" du pays, face à la menace séparatiste, la prospérité via la poursuite de réformes économiques et sociales, et le recul de la menace climatique.
Le congrès programmatique de jeudi soir a permis aux participants de poser de nombreuses questions à leurs principaux chefs de file pour Bruxelles et la périphérie: le président régional, Didier Reynders, la future tête de liste régionale Françoise Schepmans, le chef du groupe au parlement bruxellois, Vincent De Wolf, futur deuxième, et la ministre fédérale Sophie Wilmès, présidente du MR en périphérie.
On a remarqué la présence, dans l'Auditorium du Musée des Beaux Arts où était organisé le rassemblement, d'Ameyric de Lamotte et de Victoria de Vigneral, deux jeunes mandataires communaux qui ont critiqué ouvertement, sur le plan éthique, la passation de pouvoir à sa tête entre Olivier Chastel et Charles Michel.
Certains y ont vu les prémisses de l'annonce d'un passage sur la liste dissidente qu'emmènera Alain Destexhe, mais celui-ci a assuré mercredi que cette prise de position n'avait pas été concertée. Au détour de deux questions de la salle, il fut question de la "situation politique du parti". Vincent De Wolf et Didier Reynders n'ont émis aucun jugement sur les intentions d'Alain Destexhe. Ils ont mis en avant les valeurs portées par le MR. "Un libéralisme à visage humain, ouvert, dans le respect des règles et responsable à l'image des valeurs défendues par notre Premier ministre à l'occasion du Pacte de Marrakech, a dit le premier. "Un parti d'expérience fondé sur des valeurs autour de l'état de droit et des droits de l'homme, créatif, innovant, proposant des projets concrets répondant aux préoccupations des populations plus âgées mais aussi plus jeunes qui se mobilisent pour les grandes causes", a souligné le second. 


COMENTAIRE DE DIVERCITY
LIBÉRALISME À VISAGE HUMAIN? 

Charles Michel a mis en exergue les trois engagements fondateurs de la campagne du MR: la "stabilité" du pays, face à la menace séparatiste, la prospérité via la poursuite de réformes économiques et sociales, et le recul de la menace climatique.
La menace séparatiste? Mais c'est le premier ministre-président Charles Michel qui l'induit. La prospérité via la poursuite de réformes économiques et sociales? Jobs, jobs, jobs hurle Michel mais les syndicats ne cesse de décréter la mobilisation de leurs adhérents contre le détricotage social. Le recul de la menace climatique? Il sera difficile de convaincre l'opinion, en particulier les jeunes de l'efficacité du gouvernement sortant dans cette matière.
A supposer que Charles Michel prenne la mesure de sa gouvernance calamiteuse et démissionne: qui pour prendre la barre du parti? Reynders? Deborsu? Ducarme? Louis Michel père peut être...
MG


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