dimanche 24 mars 2019

Les soldats français peuvent ouvrir le feu contre les gilets jaunes : "Cette mesure donne l'impression d'une dictature", selon un militaire belge


LUDOVIC JIMENEZ   La libre Belgique

Interviewé ce vendredi sur Franceinfo, le gouverneur militaire de Paris indique que les soldats pourront "aller jusqu'à l'ouverture du feu" en marge des manifestations de gilets jaunes, si leur vie est menacée. Pour Boris Morenville du syndicat SLFP Défense, "l'ennemi ne peut pas être la population".
Davantage de soldats seront en renfort samedi pour assurer la sécurité publique lors de la manifestation des "gilets jaunes" à Paris. Objectif : éviter les débordements de la semaine dernière.
Le chef de l'État a annoncé mercredi en conseil des ministres une "mobilisation renforcée" de la mission renforcée Sentinelle pour sécuriser certains sites. Le but est de "permettre aux forces de l'ordre" de se concentrer sur le maintien et le rétablissement de l'ordre. Avec leur seul fusil d'assaut comme équipement, ces soldats ne seront jamais en première ligne. Il faudrait qu'on leur tire dessus pour qu'ils ripostent ou qu'on les agresse avec des armes blanches ou qu'on leur fonce dessus avec un véhicule... Ce qui est d'ailleurs déjà arrivé.
Dans les faits, comme le 8 décembre dernier, les unités Sentinelle seront plus nombreuses que d'habitude sur le terrain pour patrouiller dans des quartiers où se trouvent des bâtiments officiels, et pas seulement à Paris.
"ALLER JUSQU'À L'OUVERTURE DU FEU"
Mais quelle sera la marge de manoeuvre des soldats de la mission Sentinelle ? Le général Bruno Leray, gouverneur militaire de Paris Des "consignes extrêmement rigoureuses" ont été données aux militaires, qui "sont soumis au même cadre légal que les forces de sécurité intérieure". Il n'exclut en revanche pas de tirer à balles réelles le cas échéant, "si leur vie est menacée ou celle des personnes qu'ils défendent", a-t-il précisé.
Et cette déclaration n'a pas tardé à faire réagir. Tout d'abord, la Ligue des droits de l'Homme (LDH) qui a réagi via un communiqué "En confiant à l'armée des missions, même limitées, de maintien de l'ordre, le gouvernement prend un risque majeur et porte gravement atteinte aux libertés publiques".
"Confier à des militaires la charge de s'opposer éventuellement à des manifestants revient à transformer ces derniers en ennemis. C'est la paix civile que le gouvernement met en péril", a-t-elle ajouté.
Un point de vue partagé par des spécialistes des questions de défense et de sécurité comme Alain Bauer, pour qui "il faut faire attention avec les symboles" a-t-il dit dans le cadre de l'émission "C dans l'air" sur La Cinq :
"PAS LA PLACE DES MILITAIRES"
Sur Franceinfo, des soldats ont accepté de témoigner, sous couvert d'anonymat, à propos de leur mobilisation dans le cadre des prochaines manifestations des "gilets jaunes". Une mauvaise idée qui pourrait se révéler dangereuse, selon eux.
"On n'a rien à faire dans ces histoires de 'gilets jaunes'", dénonce ce soldat, qui totalise 14 mois de missions en patrouille Sentinelle. Il témoigne sur franceinfo de manière anonyme, vendredi 23 mars. À la veille d'une nouvelle manifestation des "gilets jaunes", l'annonce du gouvernement d'impliquer les soldats de l'opération Sentinelle continue de faire des remous.
"Les mecs de Sentinelle, ce sont tous des militaires, on ne sait pas faire du maintien de l'ordre", explique le militaire. Lui et ses collègues seront appelés à renforcer la sécurité de certains monuments, mais aussi du quartier de l'Élysée, en garde statique. Hors de question en revanche d'intervenir dans le maintien de l'ordre, comme les policiers et les gendarmes. Mais dans les régiments, ils sont beaucoup à se poser la même question : comment réagir si des émeutiers les attaquent ?
"On a en permanence le gilet pare-balles sur nous et le fusil d'assaut. On n'a pas le matériel de protection que vont avoir les CRS, on n'a pas les protège-jambes, on n'a pas toute l'espèce de carapace qu'ils ont sur eux", explique le soldat.
"LE RÔLE DE LA POLICE, PAS DES MILITAIRES"
La mesure du gouvernement inquiète et provoque beaucoup d'interrogations et d'incompréhension. "Si on se fait caillasser, soit on rentre dans le bâtiment pour se mettre à l'abri, soit on ne peut pas se mettre à l'abri pour X raison. La seule réponse qu'on pourra avoir à ce moment-là, c'est peut-être un coup de gazeuse au début ou un coup de matraque télescopique, mais après s'il y a trop de monde, oui, malheureusement il risque d'y avoir des morts", conclut-il.
Un dérapage dramatique, c'est ce qui inquiète aussi cet autre soldat, qui refuse de pointer son arme sur le peuple français : "C'est absurde, c'est du n'importe quoi. On n'est pas préparé à ça. Nous, en termes techniques, on lutte contre un ennemi. Et l'ennemi ne peut pas être la population, ce n'est pas possible. C'est la situation dans laquelle on essaie de mettre les militaires aujourd'hui."
Pour Boris Morenville du syndicat SLFP Défense, "l'ennemi ne peut pas être la population". "Si on travaille en analogie avec la situation belge et la mission Homeland avec le déploiement des militaires en rue, ils doivent aussi assurer la sécurité mais sans avoir à tirer sauf en cas d'attaque. Ce qui est difficile à comprendre, c'est qu'ici on leur demande de se déployer face à la population et pas face à de potentiels terroristes, cette mesure donne l'impression d'une dictature", détaille-t-il.
Et selon lui, le fait d'assurer l'ordre public ne relève pas de la Défense mais bien de la Police. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
UNE MAUVAISE IDÉE QUI POURRAIT SE RÉVÉLER DANGEREUSE, 

Les soldats français peuvent ouvrir le feu contre les gilets jaunes : "Cette mesure donne l'impression d'une dictature", selon un militaire belge;
Mais en fait que veut l'exécutif républicain? Il veut mater les casseurs, juguler la violence radicale des ultras et rétablir l'ordre une fois pour toute pour en finir avec les gilets jaunes avec l'assentiment de la majorité silencieuse qui déteste le désordre.
"Un dérapage dramatique", c'est ce qui inquiète aussi cet autre soldat, qui refuse de pointer son arme sur le peuple français : "C'est absurde, c'est du n'importe quoi. On n'est pas préparé à ça. Nous, en termes techniques, on lutte contre un ennemi. Et l'ennemi ne peut pas être la population, ce n'est pas possible. C'est la situation dans laquelle on essaie de mettre les militaires aujourd'hui."
"Doit-on entendre que quelques milliers de gilets Jaunes peuvent être assimilés à un ennemi intérieur ? " se damnde Jean-Marc Todeschini,  "Doit-on comprendre qu’un millier de Black Bloc bien identifiés par les forces de police sont désormais assimilés à de potentiels terroristes ?"
Collomb reviens, ils ne savent pas ce qu'ils font!
MG 


QUI EST L’ENNEMI ?
Par Jean-Marc Todeschini, Sénateur de la Moselle, ancien Secrétaire d'Etat à la Défense (2014-2017) — Libération

L'ancien Secrétaire d'Etat à la Défense Jean-Marc Todeschini s’interroge sur le sens qu'il faut donner à la mobilisation de la Force Sentinelle dans le cadre du maintien de l'ordre face aux gilets jaunes.
J’ai emprunté le titre de l’ouvrage que Jean-Yves Le Drian, avait rédigé quand il était ministre de la Défense, sous le quinquennat du président de la République François Hollande, pour débuter cette tribune. Son livre, paru en 2016, juste après les attentats du 13 novembre 2015 à Paris, avait le mérite de poser une question fondamentale pour notre démocratie confrontée au phénomène du terrorisme. Contre qui et pour quelles finalités nos forces armées sont-elles engagées, en particulier sur le territoire national ?
La réponse était claire : pour protéger nos compatriotes contre le terrorisme. L’opération Sentinelle en est la traduction la plus visible et nos concitoyens se sont habitués à voir circuler dans nos rues, gares et aéroports les patrouilles de nos soldats.
Le samedi 23 mars, Emmanuel Macron a décidé d’employer la «Force Sentinelle» à une tout autre finalité en impliquant nos forces armées dans les opérations de maintien de l’ordre dans la capitale, pour sécuriser certains bâtiments publics.
C’est une première sur le territoire national depuis la guerre d’Algérie, comme l’ont rappelé plusieurs officiers généraux, retraités des armées et libres de s’exprimer dans les médias, ce que ne peuvent faire leurs camarades encore en activité.
Mais tous ont en commun la même vision républicaine du rôle des armées. Le métier de militaire, c’est de garantir la paix, préserver nos intérêts stratégiques et protéger nos concitoyens contre les ennemis de la France. Cette mission, ils la remplissent avec abnégation, faisant preuve d’une réactivité et d’un professionnalisme remarquables sur les théâtres d’opérations extérieures et, depuis 2015, sur le territoire national.
J’en reviens donc à cette question de fond : qui est l’ennemi aujourd’hui ?
Doit-on entendre que quelques milliers de gilets Jaunes peuvent être assimilés à un ennemi intérieur ? Doit-on comprendre qu’un millier de Black Bloc bien identifiés par les forces de police sont désormais assimilés à de potentiels terroristes ?
Point d’angélisme dans ma question : je sais que ces groupuscules très violents cherchent la confrontation systématique avec les forces de l’ordre, qu’ils veulent «casser du flic» et mettre à mal notre République et ses valeurs par l’insurrection. Cependant ces Français, car ils le sont très majoritairement, sont-ils au sens militaire «l’ennemi» ? Déjà en 2005, le Front national réclamait l’emploi de l’armée contre d’autres Français à l’occasion des émeutes des banlieues.
Enfermés depuis quatre mois dans leurs certitudes, le président Macron et son gouvernement n’ont toujours pas trouvé les réponses pour sortir de la crise. En laissant pourrir la situation, en jouant sur l’affaiblissement progressif de la contestation, ils ont offert aux casseurs un terrain propice pour leur violence et une image détestable de l’état de notre pays dans tous les médias internationaux.
Les destructions de biens sur les Champs-Elysées du week-end dernier les obligent à réagir. Et une nouvelle fois, comme depuis le 17 novembre, le président de la République le fait dans une improvisation absolue en décidant de faire appel aux militaires. Il prend là une très lourde responsabilité. Il affaiblit la sécurité des Français garantie par les soldats de Sentinelle en même temps qu’il adresse un message de défiance aux professionnels du maintien de l’ordre que sont les CRS et les gendarmes mobiles : «Vous n’arrivez pas à assurer la sécurité des biens et des personnes face à un millier de casseurs, j’en tire les conséquences en appelant l’armée pour vous seconder.»
Malheureusement, en cherchant à préserver son image, il poursuit sa lente dérive autoritaire. Il répond, ce faisant, aux attentes les plus populistes et les moins républicaines. La communication du gouvernement, comme de sa majorité, est bien rodée… Elle permet de masquer les difficultés et les incohérences des directives gouvernementales comme du commandement lors des actes précédents, révélées par de nombreux médias et des syndicalistes policiers.
Je m’interroge sur les instructions données à nos soldats. Qui est l’ennemi ? Quelles consignes leur ont été données en cas de débordement ? Seront-ils autorisés à faire usage de leurs armes ?
Les militaires redoutent tous d’être confrontés à une foule de civils hostiles et violents. Ils le reconnaissent, et avec eux leurs chefs, ils n’ont ni la formation ni l’équipement appropriés pour répondre de manière adaptée. On imagine tous l’effet désastreux de l’image renvoyée par la France au monde d’un militaire faisant face, arme à la main au cœur de Paris, à des manifestants, fussent-ils des Black Bloc.
On peut redouter les conséquences de blessures ou de dérapages, qu’ils surviennent d’un côté ou de l’autre. N’est-on pas en droit de s’interroger sur la portée que ces événements pourraient avoir sur l’équilibre de nos institutions ? Je pense en particulier à l’institution militaire qui serait, sans aucun doute, profondément et durablement ébranlée.
REPOSONS-NOUS ALORS LA QUESTION : QUI EST L’ENNEMI ?
Face à ces risques graves, le Président, chef des armées et seul responsable de cette décision, aurait été bien inspiré de faire sienne la déclaration de sa secrétaire d’Etat aux Armées : «Les armées n’interviennent pas dans des missions de sécurité publique intérieure. Les armées, actuellement, leur ennemi, ce sont les terroristes.»
Jean-Marc Todeschini est sénateur de la Moselle, vice-président de la commission des Affaires étrangères, de la défense et des forces armées. Il a été de 2014 à 2017 secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian.

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