mardi 2 avril 2019

Au Maroc, le pape François soutient les migrants africains en marche vers l'Europe

Par  Jean-Marie Guénois (Figaro)

Le souverain pontife appelle à mettre en œuvre «avec rapidité» les engagements du pacte de Marrakech notamment par «l'élargissement de canaux migratoires réguliers».
La première journée du voyage du pape au Maroc aura été marquée par l'appel surprise commun lancé, avec le roi Mohammed VI, pour protéger le «caractère spécifique multireligieux» de Jérusalem, la «ville Sainte». Mais encore plus par un discours presque sans précédent de François, directement adressé «aux migrants», où il a une nouvelle fois tempêté contre «l'indifférence et le silence» car «personne ne peut être indifférent devant cette souffrance». Il ne faut pas «se laisser conditionner par les peurs et par l'ignorance», a-t-il recommandé, et devenir de «vrais compagnons de voyage» des migrants.
Ils sont nombreux, Africains, en transit au Maroc pour l'Europe. Il leur a parlé, samedi soir, dans un centre de la Caritas (nom international du Secours catholique) à Rabat. Un discours non retransmis par les canaux officiels du pays, alors même qu'il devait l'être, en forme d'encouragement à une «immigration sûre, ordonnée et régulière», dans l'esprit du «pacte de Marrakech» de l'Onu, signé le 10 décembre dernier au Maroc. Cette initiative a toujours été appuyée par le Vatican: le cardinal Pietro Parolin, premier ministre du Saint-Siège, était venu en personne signer ce texte au nom du Pape.

«CONSIDÉRER LES MIGRANTS COMME DES PERSONNES»
(...) «Vous savez combien j'ai à cœur le sort, souvent terrible, de ces personnes, qui, en grande partie, ne laisseraient pas leurs pays s'ils n'y étaient pas contraints», avait-il confié au roi du Maroc. Il avait alors appelé «à passer des engagements pris» à des «actions concrètes» pour considérer les «migrants comme des personnes et non comme des numéros». Il avait alors critiqué le repli occidental sur ce thème: «Ce phénomène ne trouvera jamais de solutions dans la construction de barrières» ou «dans la diffusion de la peur de l'autre».
Dans la simple salle blanche de ce centre, et devant 60 réfugiés, essentiellement de l'Afrique subsaharienne, dont des petits enfants vêtus en rouge qui ont interprété une danse, François a assuré: «Vous n'êtes pas des marginaux, vous êtes au centre du cœur de l'Église.» Car «pour le chrétien» un «migrant» est «le Christ lui-même qui frappe à nos portes». Il a donc chaleureusement félicité les responsables du centre pour leur action dont une jeune française, Fanny Curet, responsable du département migration de Caritas Rabat.
«ACCUEILLIR»
Commentant le pacte de Marrakech, François a donc estimé qu'il était un «pas en avant» notamment pour «prendre conscience» que ces réfugiés ne sont «pas seulement des migrants, comme si leurs vies étaient une réalité étrangère ou marginale qui n'aurait rien à voir avec le reste de la société». Il faut donc «se laisser remuer et toucher par celui qui frappe à la porte». Sans quoi, la société perd sa capacité de compassion» et devient une «société sans cœur… une mère stérile».
Le Pape a alors repris ses «quatre verbe» favoris pour expliciter sa position sur l'immigration. «Accueillir» en premier lieu.

1 ACCUEILLIR
Ce qui «signifie offrir avant tout aux migrants et aux réfugiés de plus grandes possibilités d'entrée sûre et légale dans les pays de destination». Il a alors proposé «un élargissement des canaux migratoires réguliers» pour contrer «les marchands de chairs humaines qui spéculent sur les migrants».
2 «PROTÉGER»
Mais il a aussi fortement attaqué «les formes d'expulsion collective» qui ne «doivent pas être acceptées». Sans la désigner publiquement, le souverain pontife faisait notamment référence au blocage actuel de ce que l'on appelle «la route marocaine» en raison de la politique européenne d'externalisation des frontières qui interdit tout passage, notamment par les enclaves espagnoles au Maroc de Ceuta et Melilla, désormais protégées par des murs infranchissables.
Deux cents candidats par jour sont repoussés en moyenne. Ce sont donc par bus entiers que les migrants sont reconduits sans ménagements, du nord au sud du Maroc, où ils demeurent toutefois dans des conditions humanitaires déplorables quand ils ne se cachent pas dans les forêts du nord, près de Tanger. Cette situation provoque aussi de nouvelles prises de risques par les migrants: les victimes ont été multipliées par deux. D'où la demande explicite du pape pour «encourager» des «régularisations extraordinaires» notamment pour les «familles et les mineurs». «Protéger» a été le second verbe utilisé par le pape, en particulier pour cette «route marocaine» réputée très violente.
3«PROMOUVOIR»
«Promouvoir» les migrants fut son troisième axe de réflexion car «personne n'est un déchet humain». Et que «les sociétés d'accueil seront enrichies si elles savent valoriser au mieux la contribution des migrants en prévenant tout type de discrimination et tout sentiment xénophobe». Ce qui aurait le mérite de créer «une forme positive de responsabilisation des migrants» notamment par «l'apprentissage de la langue locale», a-t-il souligné.
Promouvoir a-t-il ajouté - avec une insistance nouvelle sur ce point - suppose aussi que «la promotion humaine des migrants et de leurs familles commence aussi par les communautés d'origine, là où doit être garanti, avec le droit d'émigrer, celui de ne pas être contraints à émigrer, c'est-à-dire le droit de trouver dans sa patrie des conditions qui permettent une vie digne».
4«INTÉGRER»
Dernier cap: «Intégrer». L'idée de François est de «construire une société interculturelle et ouverte» avec «des villes accueillantes, plurielles et attentives aux processus interculturels, des villes capables de valoriser la richesse des différences dans la rencontre de l'autre».
Pas question donc pour François dans ce discours central du voyage - et récurent de son pontificat - de considérer l'Europe comme un bastion chrétien à défendre. Au Maroc, pays symbolique de la frontière entre l'Afrique et le Vieux Continent, il voit une porte ouverte vers une société multiculturelle et non des murs de protection. Plusieurs, dans son entourage estiment que ce message est l'objet central de ce voyage. De fait, le Pape avait regretté ne pas avoir pu venir lui-même signer le pacte de Marrakech, en décembre 2018.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
ACCUEILLIR, PROTÉGER, PROMOUVOIR, INTÉGRER: «CONSTRUIRE UNE SOCIÉTÉ INTERCULTURELLE ET OUVERTE»
Les cloches sonnent à toute volée. Mon chien se met à hurler au loup, il a horreur de ce bruit, chien de mécréant. Un prêtre africain en chasuble accueille ses ouailles aux cheveux blancs et quelques familles à la peau sombre habillés de couleurs vives. C'est l'image tristounette d'un dimanche matin dans un village sécularisé de Wallonie ou même de Flandre. Le pape argentin, un jésuite fils de l'église latino américaine, a compris que l'avenir du catholicisme romain se jouait bien plus dans son Amérique latine natale et surtout en Afrique en plein boom démographique. Les Africains seront deux milliards et demi dans les années trente de ce siècle tandis que la population européenne n'atteindra alors  plus les 500 millions. François parie sur l'avenir, il devine qu'après le pape polonais, le pape allemand, son successeur à lui sera un pape de couleur: Obama au Vatican.
Son discours renoue avec un christianisme authentique et radical qui remonte à la racine évangélique : Matthieu XXV et le bon Samaritain. Nous avons si souvent commenté ces deux piliers du christianisme "décanté" que pour ne pas y revenir. Le  pape argentin, premier des pontifex à avoir l'audace de revendiquer l'héritage de François d'Assise, le poverello a de la suite dans les idées.  
On se souviendra qu'à peine choisi  par le conclave, l'élu du Saint esprit avait refusé  d'occuper les luxueux appartements de fonction du Vatican qui lui sont réservés.
Ces simagrées à la Don Camillo ont le don d'exaspérer la curie conservatrice qui depuis  lui rend la vie dure. A lire les 439 commentaires des lecteurs du Figaro on ne dira pas que son discours radical fait l'unanimité en France, fille ainée de l'Eglise. Voyez plutôt:
"Pour quand son examen psychiatrique."  "Il est bon pour la camisole" "Nouvelle bouffée délirante du Pape...Décidément, ce n'est pas le mien." "Il cherche à recruter de nouveaux adeptes...je ne vois que ça ou alors ce type est d'une inconscience totale !"
"L'Histoire retiendra que ce Judas fut l'un des fossoyeurs de la chrétienté." "Si les papes précédents avaient été comme lui, la chrétienté aurait disparu." "Il a perdu la raison, et devrait être remplacé car le catholicisme va perdre beaucoup de fidèles avec ce pape anarchiste" Effarant! "
"Il met de l’huile sur le feu à la veille des Européennes...."
"Voila pourquoi les anglais veulent le Brexit. Pour se protéger de lubies qui peuvent avoir des conséquences culturelles profondes et irréversibles. Seuls les régimes forts comme la Chine ou la Russie vont pouvoir devenir des super puissances. Les autres groupe de nations, empêtrés dans leur lois et leur faiblesse vont se faire submerger."
"Pourquoi le Pape veut-il à tout prix que l'Europe devienne musulmane, pourquoi ?" "Le Pape François est un religieux sans obligations matérielles ou administratives. Il peut distribuer la bonne parole sans aucune conséquence pour lui ou le Vatican. Il lui aurait suffi de comparer la surface de l'Europe à la surface de l'Afrique pour comprendre qu'un bateau trop plein coule tout simplement."
"Le moins qu'on puisse dire est que les cardinaux n'ont guère été inspirés quand ils ont élu ce pape sud-américain qui ne comprend visiblement rien à la situation de l'Europe et dont il accompagne, en y apportant toute sa contribution naïve, la déchristianisation au profit de l'islam."

Mais tous les avis ne sont pas aussi  négatifs et tranchés:
"Les Français sont Chrétiens quand ça les arrange..." "Le christianisme c'est aussi savoir vivre sa foi."
"Pour moi il est cohérent, c'est d’ailleurs pour ça que je me suis éloigné de l’Église, le Pape gère la chrétienté à travers le globe ( pour rappel il est Argentin pas européen ).
Pour lui l'équation est simple d'un côté vous avez un continent qui se meurt, ou les églises sont vides mais ou les mosquées poussent comme des champignons, et de l'autre un continent qui est en passe de devenir (ou qui est déjà) le premier réservoir à chrétien et qui déborde."
"Beaucoup de commentateurs devraient être excommuniés vu qu'ils ne respectent aucune valeur chrétienne." 

La surnatalité est la cause principale des migrations et ne pas la combattre est un crime moral contre l'humanité. Voila la vraie faute du pape.
Que conclure de cette cacophonie sinon que le pape est fort contesté par la fille ainée de l'église.
La solution? Il se pourrait qu'il y en ait deux.
La première serait de consacrer  au moins 2 % du PIB des nations européennes au développement de l'Afrique avec les Africains. Ils faut bien voir que l'immigration actuelle n'est pas une immigration de pauvres  en recherche de travail comme dans les années soixante et sepante. Il s'agit au contraire  d'une véritable diaspora des classes moyennes africaines, souvent diplômées  qui cherchent à fuir des pays lamentablement gérés (songeons au Congo)où règne la corruption, la misère et l'arbitraire 
C'est en Afrique qu'il faut résoudre les problèmes des Africains. Tout comme c'est au sein de l'église qu'il faut résoudre ses problèmes : transparence, mariage des prêtres, reconnaissance et lutte contre les abus sexuels, ouverture vers les fidèles etc.
La démographie africaine prévoit le doublement de sa population à 2,5 milliards d’habitants entre 2018 et 2050.
On comprend bien que la croissance démographique actuelle de l’Afrique est économiquement insoutenable, même avec le renfort partiel de l’immigration en Europe.
L'une des réponses  aux problèmes économiques de l’Afrique, c’est donc d’abord la réduction drastique de la croissance démographique : cela passe nécessairement par la limitation des naissances.
La seconde solution pourrait/devrait être d'investir en Europe dans le dialogue interculturel afin de remplacer le modèle multiculturel et /ou communautariste par un modèle interculturel intégrateur.
Mais cela passe, à tout le moins,  par une réforme radicale de l'enseignement qui partout en Europe est en  faillite à l'exception peut être de quelques ilots tels que la Finlande.


CHRÉTIENS ET MIGRANTS : «LE MESSAGE DU CHRIST N'EST PAS NÉGOCIABLE»
• PAR  FRANÇOIS HUGUENIN
FIGAROVOX/TRIBUNE - En soutenant publiquement, le Pacte de Marrakech sur les migrants, le Pape François a relancé le vif débat au sein de l'Église sur cette question épineuse. Selon François Huguenin, les chrétiens sont tenus à un principe de charité. Mais le message du Christ n'est pas d'abord politique, et il est légitime que son application soit sujette à discussion.

François Huguenin, historien des idées et essayiste, a publié en janvier Le Pari chrétien(éd. Tallandier, 2018), livre dans lequel il appelle les chrétiens à adopter une autre vision du monde, en cohérence avec leur foi et néanmoins consciente de l'autonomie du politique à l'égard du religieux.

Le débat sur les migrants divise la société française et particulièrement les chrétiens, au sein desquels on trouve à la fois des personnes parmi les plus engagées dans leur accueil et certains tenants d'une ligne de fermeture absolue. La signature du Pacte de Marrakech vient faire resurgir la question. Il ne s'agit pas ici de faire l'exégèse d'un texte abondamment commenté. Disons qu'à la fois il n'est pas a priori contraignant pour les États et leur laisse l'entière souveraineté sur la question, mais qu'il ouvre aussi sur un inconnu juridique d'autant plus troublant qu'il s'accompagne d'un mélange de registres peu heureux quand il s'agit d'exhorter de manière lyrique les médias à promouvoir une vision positive de l'immigration. Au fond, rien de bien neuf à ce stade, mais de quoi faire rebondir la polémique.

UN CHRÉTIEN NE CHOISIT PAS PLUS SON PLUS FAIBLE QUE LE BON SAMARITAIN A CHOISI LE SIEN. C'EST CELUI QUI EST AU BORD DE SON CHEMIN.
Un chrétien peut-il passer par pertes et profits le principe de l'accueil de l'étranger? J'aimerais développer ici l'idée que ce principe n'est pas négociable, pour reprendre une expression chère à Benoît XVI, mais que son application, dépendant d'un contexte non maîtrisé par les chrétiens eux-mêmes, ne peut être, par définition, qu'incertaine et soumise à des contingences exogènes.
Le principe est clair. Le discours du Christ dans le chapitre 25 de l'Évangile de Matthieu n'est certes pas un code normatif, mais il énonce une série de principes qui sont d'autant plus importants que Jésus précise que nous serons chacun jugés sur notre manière de les mettre en œuvre. On peut condenser tout ce passage dans ce qui constitue l'essence du discours chrétien sur la politique et que je nommerais volontiers l'option prioritaire pour le plus faible. Un chrétien ne choisit pas plus son plus faible que le Bon Samaritain a choisi le sien. C'est celui qui est au bord de son chemin. C'est aujourd'hui à la fois le SDF ou la personne seule sans ressource, l'enfant dans le ventre de sa mère ou la personne en fin de vie, et l'étranger déraciné. On entend parfois que le discours du Christ ne concerne pas la politique mais la charité individuelle, mais c'est une conception très moderne et très étriquée de la politique. La politique n'est pas que l'art du gouvernement ni celui de faire les lois. C'est aussi ma manière de vivre, de me comporter avec mon semblable, de consommer, d'agir en société. Quand le Christ exhorte à soulager les pauvres et à accueillir l'étranger, il énonce un principe qui n'est pas strictement individuel, mais qui me concerne en tant que personne naturellement reliée à ses semblables, donc animal politique.

Ainsi quand le pape appelle à l'accueil plus généreux des migrants, il prononce une parole politique. Ce qui ne veut pas dire qu'il ne respecte pas la souveraineté des États dans la définition de leur politique migratoire. Ni qu'il ne reconnaît pas la nécessité d'une certaine prudence. Mais il énonce un principe que les chrétiens doivent prendre en compte dans leur réflexion politique et qui peut inciter les États à agir autrement: celui de l'inviolable dignité de toute personne humaine que le bien commun doit toujours intégrer.
LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE VIT DANS UN CONTEXTE D'INSÉCURITÉ SOCIALE ET CULTURELLE QUI REND DIFFICILE LA PERSPECTIVE DE L'ACCUEIL.
Le principe ainsi exprimé, il reste à appliquer. Et le chrétien sait bien que, du fait du péché d'origine, le mal est entré dans le monde et que tout angélisme serait hors de propos. Cela veut-il dire qu'il faille renvoyer les principes aux oubliettes? Bien sûr que non. Mais cela veut dire que leur application est nécessairement souple et imparfaite. Ainsi, dans une société comme la nôtre qui, très clairement, ne veut pas des migrants, il est impossible à la minorité chrétienne de convaincre complètement de cette nécessité de l'accueil. La société française vit en effet très largement dans un contexte d'insécurité sociale et culturelle qui rend difficile la perspective de l'accueil. Très prosaïquement le gâteau de plus en plus maigre est de plus en plus difficile à partager et la cohabitation avec des cultures différentes est d'autant plus délicate que la France ne propose plus un modèle fort et attrayant face à la menace d'un islamisme radical auquel la République laïque ne sait donner aucune réponse forte au-delà des mots et que la faiblesse du christianisme ne sait enrayer. Dans ces conditions, le chrétien ne peut que prendre acte de cet état de fait de la société dans laquelle il vit. Il en est de même pour d'autres sujets: les chrétiens peuvent clamer leur refus de l'avortement ou de la peine de mort, ils risquent de n'être pas entendus. Et ils pèsent peu de choses quand ils protestent contre les injustices sociales que le système renforce à chaque minute. Pour autant, s'affranchir de porter une parole qui est celle du Christ serait de leur part une faute.
Dans ces conditions, le chrétien ne peut qu'espérer ce que Benoît XVI appelait de ses vœux, dans l'encyclique Caritas in veritate, à savoir l'action commune, au niveau planétaire, sur des questions qui ne peuvent être résolues au niveau national ou même européen et qui sont étroitement liées: les flux migratoires, mais aussi la répartition des richesses, la protection de l'environnement, le maintien de la paix, le dialogue entre les religions. N'en déplaise à ceux qui sont nostalgiques du château fort, aucune de ces questions ne peut se résoudre sans une coopération mondiale. Ce qui ne veut évidemment pas dire, au contraire à mon sens, l'abandon de l'échelon des vieilles nations qui seules peuvent porter une parole qui puisse légitimement nourrir un processus commun.
LE CHRÉTIEN NE PEUT IDOLÂTRER LA POLITIQUE AU POINT DE LUI FAIRE ABDIQUER L'ENSEIGNEMENT DU CHRIST.
Sur le plan des migrations, il est évident que ce n'est pas en dressant des miradors et en implantant des barbelés qu'on empêchera des mouvements migratoires que les inégalités mises en lumière par la mondialisation rendent aujourd'hui difficilement évitables et dont la diminution demande un effort structurel concerté de long terme. Il ne s'agit donc pas pour les chrétiens de promouvoir une «idéologie immigrationniste», mais de contribuer à faire cesser ce qui conduit à une immigration de masse et d'accueillir au mieux les personnes qui arrivent sur notre sol.
Celles-ci devant impérativement respecter nos lois et, si elles demeurent en France, s'intégrer à notre culture.
Le chrétien ne peut idolâtrer la politique au point de lui faire abdiquer l'enseignement du Christ. Il ne peut idolâtrer la nation au point de confondre le souci de l'intérêt de celle-ci avec le déni du respect des personnes humaines quelle que soient leur race, religion ou nationalité. Si au nom des contingences que nous avons vues et auxquelles ils ne peuvent se soustraire, les chrétiens renient leurs principes, ils prennent acte de leur disparition dans la société comme éveilleurs publics et donnent raison à leurs adversaires qui leur renvoient que leur parole n'est que billevesée à cantonner dans leur espace intime. Ils oublient ce faisant l'essentiel: ils sont dans le monde mais pas du monde et donc signe de contradiction.
Plus fondamentalement encore, l'écart entre le bien que nous n'arrivons pas à faire et la réalité de nos actions est une marque essentielle de notre condition humaine et en cela, les chrétiens - qui en ont une conscience aiguë - peuvent porter au monde un message universel. De fait, réduire l'écart entre ce qui est et ce qui devrait être à l'échelon de la société est la mission du politique. Mais renoncer à un principe parce qu'on ne sait s'y conformer qu'imparfaitement serait une démission de l'esprit.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
En somme le pape François ne demande rien d'autre -mais rien moins-  que les catholiques retournent à l'éthique évangélique, celle du bon Samaritain, ce manant, ce galleux qui est plus proche de la rectitude  éthique, que le prêtre ou le lévite ces religieux de professionnels qui dans la parabole passent devant l'homme blessé et détroussé en refusant de voir sa détresse.
"J'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire; j'étais étranger, et vous m'avez recueilli; nu, et vous m'avez vêtu; j'ai été malade, et vous m'avez visité; j'étais en prison, et vous êtes venus à moi. "
Alors les justes lui répondirent: " Seigneur, quand vous avons-nous vu avoir faim, et vous avons-nous donné à manger; avoir soif, et vous avons-nous donné à boire? Quand vous avons-nous vu étranger, et vous avons-nous recueilli; nu, et vous avons-nous vêtu? Quand vous avons-nous vu malade ou en prison, et sommes-nous venus à vous? "Et Jésus de leur répondre: " En vérité, je vous le dis, chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait.
Il serait souhaitable que les musulmans eux aussi renouent avec l'éthique coranique qui n'est à tout prendre qu'une guidance qui prône la voie de rectitude plutôt que l'égarement,  qui invite à pratiquer le bel Agir et surtout de ne point faire dégât sur terre. 
Le célèbre soufi Ibn Arabi synthétise cela en deux poèmes sublimes qui résument l'éthique radicale du monothéisme.
"De l'Amour nous sommes issus,
Selon l'Amour nous sommes faits,
C'est vers l'Amour que nous tendons,
A l'Amour nous nous adonnons."

"Mon coeur est devenu capable
D'accueillir toute forme.
Il est pâturage pour gazelles
Et abbaye pour moines !
Il est un temple pour idoles
et la Kaaba pour qui en fait le tour,
Il est les Tables de la Thora
Et aussi les feuillets du Coran !
Je crois en la religion de l'amour
Où que se dirige ses caravanes
Car l'amour est ma religion et ma foi"
(Ibn Arabi traité de l'amour)

Il est bon de méditer ces paroles et mieux encore de les mettre en pratique. Voilà qui n'est pas à la portée du premier fanatique venu mais qui exige un formidable travail sur soi.
C'est le moment de relire Lévinas pour qui l'injonction morale impérative est dans le visage de l'autre.
MG


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