vendredi 5 avril 2019

«De Standaard» quitte ses quartiers de Grand-Bigard pour s’installer, non pas à Anvers mais à Bruxelles. Une sacrée chance pour la capitale et un pied de nez fait à l’idée flamanded’une Belgique moribonde.

Le Soir

C’est quand même évident que De Standaard soit dans le centre et le cœur du pays et de Bruxelles, non?» Eh bien non, cher interlocuteur flamand, c’est tout sauf évident. La décision de venir s’installer au cœur de la capitale, prise par l’influent journal flamand, est un événement, un message envoyé à la Flandre et une sacrée chance pour Bruxelles. C’est aussi un acte de foi au moins momentané dans une Belgique qu’on croyait condamnée par injection de confédéralisme, ou en tout cas considérée comme telle par des Flamands pour lesquels, «il n’y avait plus de bon bec qu’à»… Anvers.
Que nenni! De Standaard, institution autrefois du pilier catholique et désormais du journalisme de qualité indépendant, a décidé d’installer son QG et sa rédaction au «Campus Central», dans le bâtiment Shell, entre la Gare Centrale et Bozar. Plus «Bruxsel» que ça, tu meurs… Il y a dans ce choix, l’effet de la nécessité et de la volonté. La nécessité? Le journal devait quitter le bâtiment qu’il louait dans un sinistre zoning de Grand-Bigard déjà déserté par des imprimeries installées à Beringen. La logique de groupe, mais aussi pensait-on la logique politique, aurait voulu que la rédaction suive Mediahuis, sa maison mère et les autres journaux du groupe à Anvers, sur la Linkeroever.
A CONTRESENS DU DESTIN FLAMAND?
Le sens de l’histoire médiatique au nord du pays indiquait en effet plutôt la direction de la métropole de Bart De Wever. Plusieurs journaux (De Morgen, Het Laatste Nieuws, Het Nieuwsblad) ont en effet déserté ces derniers mois Bruxelles ou sa périphérie. Et le fait que le patron du Persgroep, le très emblématique Christian Van Thillo, ait succombé aux sirènes de Bart De Wever, quittant Vilvorde pour un terrain proche de la gare d’Anvers, laissait penser que le président de la N-VA avait réussi, dans les faits, à faire d’Anvers la capitale de la Flandre.
Alors quoi, De Standaard à contresens du destin flamand? Comment un journal né flamingant pose-t-il un geste presque belgicain, s’installant qui plus est, dans une ville détestée, vilipendée, caricaturée et en fait très peu connue des Flamands? Bruxelles est en effet accablée régulièrement de tous les maux au nord du pays, et plus seulement pour l’unilinguisme francophone qui régnerait dans les cafés ou les magasins mais parce qu’aux yeux de la presse et donc de ses lecteurs, cette ville est sale, dangereuse et très mal gérée. Des tirs à la kalachnikov il y a 10 ans à Anderlecht faisaient de Bruxelles un «Chicago», à la une des journaux et des discours politiques du nord du pays. L’an dernier, des émeutes près de la Monnaie suscitaient la même rage et les tirs à vue sur une gouvernance jugée inopérante en raison de l’existence suspecte de 19 communes et de 6 zones de police. Un jugement sans appel pour une ville qui n’est pas sans défaut, et que la chute de panneaux dans les tunnels ou les errements du Samusocial n’avaient fait que graver un peu plus dans le béton flamand.
Bruxelles, ma belle? Dick Annegarn repassera. La tendance au nord était à diaboliser, ou même à ignorer la région capitale. En Flandre, lorsqu’on fait des sondages, on ne prend quasi jamais en compte la spécificité bruxelloise, selon l’adage implicite «Sire, il n’y a pas de Bruxellois, il n’y a que des Flamands ou des francophones».
VIVRE LA VILLE DE L’INTÉRIEUR
Tout ça, de plus en plus, sans connaître vraiment la région et ses enjeux.
Peu nombreux sont les Flamands qui les maîtrisent faute d’y habiter ou d’y travailler. Considérant par ailleurs que leurs «compatriotes» de Bruxelles, très fans de leur ville, ne sont plus de vrais Flamands. C’est dire si dans ce contexte, la venue d’un média d’influence au cœur de «BX», aux côtés de la VRT à Reyers, du Tijd à Tour & Taxis et de Bruzz à Flagey, est cruciale pour une meilleure connaissance de la région et de là, pour une meilleure façon de lui être utile. L’exigence viendra ainsi d’observateurs qui vivent au quotidien la mobilité de la ville/région, sa multiculturalité, son urbanisme, son multilinguisme. Et cela ne peut que faire du bien à une communauté cosmopolite et à la classe politique locale tirées vers le haut, au lieu d’être piétinées de loin. Ajoutons, et c’est crucial, que ces observateurs pratiqueront aussi l’interconnexion des différentes régions du pays très concrètement et non pas théoriquement en étant confinés dans une ville unilingue au nord de la Flandre.
UNE DEMANDE DES JOURNALISTES EUX-MÊMES
Ah oui, au fond, qui a eu cette idée folle? Les journalistes du Standaard. Interrogés par leur direction sur la meilleure localisation de leur journal, ils ont majoritairement répondu «le centre de Bruxelles». Motif? Un journal qui suit les questions politiques et économiques nationales et européennes, doit se situer près des centres de décision. Exit Anvers. Un journal qui se profile sur les grands thèmes écologiques et vient d’être couronné pour son enquête « Curieuzeneuzen » sur la qualité de l’air en Flandre, se doit d’opérer à partir d’une localisation proche des transports publics. Exit Grand-Bigard et la périphérie bruxelloise. On mesurera la force de la décision des journalistes à l’aune de leur volonté, pour favoriser ce choix professionnel, de troquer leurs voitures de société contre un plan mobilité alternatif.
Et voilà pourquoi, un journal fondé pour affirmer l’identité et la nation flamande, revient s’installer tout près de là où il est né, il y a 100 ans, boulevard Emile Jacqmain, au cœur de la capitale de la Belgique.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
TOUT EST DIT...

A quoi bon en remettre une couche....Mais observons quand même que l'immeuble Shell est situé à deux pas de la gare centrale ce qui permettra à ses futurs locataires flamands de rejoindre leurs pénates sans la moindre difficulté.
On ne saurait toutefois passer sous silence que "Mediahuis" qui édite de Standaard prévoit un plan de transformation passant par la suppression possible de 82 temps plein. D'après  Belga,  les autres activités de Mediahuis, actuellement hébergées à Grand-Bigard, seront assurément délocalisées à Anvers.
Mediahuis édite notamment De Standaard, la Gazet van Antwerpen, Het Nieuwsblad et Het Belang van Limburg.
La société veut relancer la rentabilité déclinante de ses activités d’information, affirme-t-elle. L’entreprise évoque également un marché publicitaire en berne et des coûts d’impression et de personnel pesant de plus en plus sur les chiffres. De plus, les ventes en hausse des journaux numériques ne compensent pas les pertes du marché imprimé.
Mediahuis veut donc mettre en œuvre une évolution accélérée vers une organisation “digital first”, orientée client et plus efficace.
Fin 2020, la rédaction de De Standaard déménagera de Grand-Bigard vers le centre de Bruxelles, à proximité de la gare Centrale.
Certes c'est un gros pied de nez à De Wever en pleine campagne électorale. La devise du Standaard était autrefois: "alles voor Vlaanderen; Vlaanderen voor Christus."
The times are achangin...
MG

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