jeudi 4 avril 2019

En Algérie, "la démocratie se fera avec les femmes ou elle ne se fera pas"Sofiane Zaizoune avec AFP (Figaro)


Après l'annonce de la démission du président Abdelaziz Bouteflika, tout reste à jouer pour les féministes algériennes. Ces dernières espèrent que la transition politique à venir, dont les contours sont encore flous, leur permettra de gagner plus de droits.

«Il n'y a pas de peuple libre si les femmes ne sont pas libres.» C'est par ces mots qu'a réagi l'écrivaine et militante féministe algérienneWassyla Tamzali à l'agression, vendredi 29 mars, de militantes féministes à Alger. Un groupe de femmes réunies au sein d'un «carré féministe» a été pris à partie par des hommes. «Nous avons été agressées verbalement, physiquement, nos banderoles ont été déchirées», raconte la militante Amina Izarouken sur Facebook. Une attaque qui vient ternir l'image d'un mouvement de contestation salué pour son pacifisme et son ouverture, notamment aux femmes, depuis la première manifestation du 22 février.
Leurs agresseurs leur ont reproché de diviser le mouvement, écrit Amina Izarouken. «Les féministes, (...) qui ont été bousculées et insultées aujourd’hui, l’ont été parce qu’elles sont des femmes, rétorque la journaliste Daïkha Dridi, elle aussi sur Facebook. Si c’étaient des hommes qui étaient en train de placarder des affiches contre le code de la famille personne ne les aurait attaqués. (...) À tous ceux qui nous demandent de nous taire et d’attendre, je réponds : la démocratie se fera avec les femmes, l’égalité entière et totale, ou elle ne se fera pas.»
LES CONTOURS DE LA TRANSITION ENCORE FLOUS
Après la démission d'Abdelaziz Bouteflika, annoncée le 2 avril au soir, les contours de la transition politique à venir sont encore imprécis. C'est le président de la haute chambre du Parlement, Adelkader Bensalah, qui assurera la présidence par intérim. Il a 90 jours pour organiser une nouvelle élection présidentielle.
(...)
Pour les féministes algériennes, les modalités de la transition politique à venir seront décisives. En tête de leurs revendications, le Code de la famille de 1984. Malgré une révision en 2005, le texte, dont les traditionnalistes revendiquent qu'il s'inspire de la charia, grave dans le marbre des inégalités de genre pourtant contraires à la Constitution. Si les Algériennes jouissent du droit de vote et d'éligibilité à toutes les fonctions, leurs droits juridiques dans des domaines comme le mariage, le divorce ou les successions sont inférieurs à ceux des hommes. Sur le marché du travail aussi, leur place est moindre : sur 11 millions de travailleurs, moins de 20% sont des femmes alors qu'elles représentent deux tiers des diplômés du pays.
"PAS LÀ QUE POUR LES YOUYOUS"
L'ampleur du mouvement de contestation contre le régime, ainsi que la large participation de femmes de tous les milieux, y compris conservateurs, a donc fait naître l'espoir de réformes sociales profondes. La chute du régime ouvrira-t-elle la voie à une plus grande reconnaissance des droits des femmes ? «Même si le système s'en va, le plus gros du travail restera à faire, tempère Meriem Belaala, responsable de l'association SOS Femmes en détresse, citée par l'AFP. On ne change pas comme ça deux ou trois décennies d'une espèce de dictature, et les mentalités ne changent pas du jour au lendemain non plus. C'est un travail de longue haleine, ce n'est pas gagné.»
Le changement de régime est le premier dénominateur commun des manifestants, issus de milieux très divers. Mais les Algériennes, qui ont soif d'égalité, doivent faire entendre leur voix. «On veut bien participer aux collectifs politiques, mais il faut pouvoir y injecter nos revendications», explique la professeure de médecine et figure engagée Fadéla Chitour à l'AFP. «La femme algérienne est présente dans tous les domaines professionnels, mais elle doit avoir davantage sa place dans la société, ajoute Myriam Lakhdari, une avocate. Elle n'est pas là que pour les youyous.» 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LES ALGÉRIENNES ONT SOIF D'ÉGALITÉ 

"Le changement de régime est le premier dénominateur commun des manifestants, issus de milieux très divers. Mais les Algériennes, qui ont soif d'égalité, doivent faire entendre leur voix. «On veut bien participer aux collectifs politiques, mais il faut pouvoir y injecter nos revendications"
Puissent ces femmes courageuses et lucides être entendues et leur message pris au sérieux. "On ne change pas comme ça deux ou trois décennies d'une espèce de dictature, et les mentalités ne changent pas du jour au lendemain non plus. C'est un travail de longue haleine, ce n'est pas gagné."
Il est temps que les femmes algériennes lèvent la tête avec ou sans voile et prennent leur destin en main en toute égalité.
MG

ENCORE UNE HISTOIRE DE VOILE !
Ces dernières années, chaque saison est l’occasion d’un nouvel épisode. Rien que ce dernier mois, une affiche du parlement jeunesse Wallonie met en avant-plan l’image d’une jeune fille voilée. Decathlon met en vente un running hijab et nous avons certainement raté d’autres intrusions du voile dans le quotidien. Bientôt, dès le début de l’été, ce sera encore le tour du burkini ou d’un autre épisode inédit. Il y a le voile à l’école, le voile au travail, le voile en politique, le voile et les fonctionnaires... C’est une histoire sans fin.
C’est devenu banal, habituel de voir des femmes et des filles voilées dans la rue, les magasins, les publicités, les magazines... En Belgique nous avons même eu droit à des femmes voilées sur les listes électorales et même à une élue au parlement.
Des suprématistes blancs, des assassins sèment la mort en Nouvelle-Zélande, et hop, on sort le voile. La première ministre néo-zélandaise se couvre les cheveux. Le voile serait donc devenu un symbole de paix, un symbole de soutien aux musulmans ?
On voit le voile partout et pourtant, dès que la signification du voile est abordée, chaque fois que quelqu’un ose aborder le fond du problème, on le somme immédiatement de se taire, parfois avec une violence extrême.
« Raciste ! », « islamophobe ! » : les mots sont lâchés et il n’est plus possible de se parler.
Sous couvert d’ouverture d’esprit, de tolérance, certains imposent l’omerta.
Pourtant, ce n’est pas un hasard si le voile se développe au même rythme que l’islamisme, que l’islamisation. Ce n’est pas un hasard s’il crée autant de violence. Ce n’est certainement pas une simple histoire de cheveux !
Quelle est en réalité la signification du hijab ?
Le hijab, ce n’est pas la tenue traditionnelle de certaines régions du Moyen Orient ou d’Afrique, comme certains tentent de le faire croire pour le légitimer. Les tenues traditionnelles laissent dépasser les cheveux, sont colorées, ajourées...
Le hijab, ne se retire pas, à aucun moment, ni pour aller au travail ni pour nager ni pour courir...
Le hijab, le « voile », est un tissu qui couvre les cheveux, le cou et les oreilles. Il pose l’impureté du corps de la femme et ne concerne pas que les cheveux, mais aussi les bras, les jambes, les pieds, le corps entier.
Le hijab sert à éviter que les hommes soient excités par le corps des femmes. Il permet de protéger les hommes, qui seraient incapables de se maîtriser. Appelons un chat un chat : dans cette logique, les femmes sont des tentatrices, des salopes, les hommes sont des faibles et des libidineux.
Le voilement des petites filles, de plus en plus jeunes, parfois même bébés, sert à les habituer à avoir honte de son corps tout entier, à se maintenir dans le statut d’objet sexué, et ce dès la naissance.
Le hijab est une prison, sexiste, mortifère, aliénante. Et son développement est directement lié à l’islamisation des sociétés.
Avant la vague islamiste, avant les projets d’islamisation, les musulmanes, majoritairement, ne portaient pas le voile, sauf bien sûr dans les pays où il était déjà imposé. Peut-être avez-vous déjà vu la vidéo de Nasser se gaussant quand il évoque le voilement des femmes. Alors, vous avez entendu ses rires et ceux de la salle. Si vous ne l’avez pas encore vue, regardez-la, c’est très instructif.
L’islamisation a débuté avec l’Iran, puis ce fut le tour de l’Algérie, de la Tunisie....
La lutte de pouvoir entre l’Arabie Saoudite et l’Iran, entre des islamistes chiites et sunnites, a fait a minima des centaines milliers de morts.
Depuis ces sombres décennies, des femmes son soumises au voile.
Depuis des décennies, des femmes ET des hommes se battent, au péril de leur vie. Et sont fouetté(e)s, enfermé(e)s, assassiné(e)s pour avoir refusé le voilement des femmes !
Oui des hommes aussi se battent, car le voile, ce n’est pas qu’une histoire de femmes : c’est une question politique.
Avez-vous remarqué que dès que les islamistes arrivent quelque part, leur première action, la toute première, c’est d’imposer le voile ? Partout dans le monde, même ici en Belgique ! Arrêtez-vous sur le programme politique du parti Islam et demandez-vous s’il n’y a rien de plus important dans un projet sociétal que de séparer les hommes et les femmes. De voiler ces dernières.
Avez-vous remarqué, aussi que le premier acte, le tout premier des femmes libérées de Daesh, libérées de l’esclavagisme sexuel, c’est de brûler leur hijab ?
Vous êtes-vous demandé pourquoi ?
Bahareh Dibadj

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
CHOISIR LA VOIE DE RECTITUDE PLUTÔT QUE L'ÉGAREMENT 
 
Il est exaspérant de constater combien les islamistes imposent à l'occident et à toutes leurs communautés une conception réductionniste et rétrograde de l'islam le réduisant à n'être qu'une orthopraxie exigeant par priorité et de manière très autoritaire un comportement vestimentaire et alimentaire ( le hallal) conformiste et conservateur.
Il est insupportable que toute la dimension éthique (Bel Agir, voie de rectitude, guidance pour éviter l'égarement;, miséricorde, pardon) soit passée systématiquement sous silence.
Quand les musulmans  admettront-il que la morale abrahamique qu'incarne un Joseph est directement inspirée du Joseph de la Thora et que le message d'amour de Jésus est présent dans les beaux livres d'Ibn Arabi.
Un ami m'écrit:  "Il est temps pour toi de lire le Traité de l'Amour d'Ibn Arabi car tu connais le Coran. On comprend mieux Ibn Arabi quand on connait le Coran et l'on comprend mieux le Coran lorsqu'on connait Ibn Arabi."
Il serait souhaitable, répétons-le, que les musulmans renouent avec leur éthique coranique qui n'est à tout prendre qu'une guidance qui prône la rectitude plutôt que l'égarement,  qui invite à pratiquer le bel Agir, la clairvoyance et surtout de ne point faire dégât sur terre. 
Le célèbre soufi Ibn Arabi synthétise cela en deux poèmes sublimes qui résument l'éthique radicale du monothéisme.
Je ne me lasse pas de les citer et de réciter encore et encore.

"De l'Amour nous sommes issus,
Selon l'Amour nous sommes faits,
C'est vers l'Amour que nous tendons,
A l'Amour nous nous adonnons."

"Mon coeur est devenu capable
D'accueillir toute forme.
Il est pâturage pour gazelles
Et abbaye pour moines !
Il est un temple pour idoles
et la Kaaba pour qui en fait le tour,
Il est les Tables de la Thora
Et aussi les feuillets du Coran !
Je crois en la religion de l'amour
Où que se dirige ses caravanes
Car l'amour est ma religion et ma foi"
(Ibn Arabi traité de l'amour)

Il est bon de méditer ces paroles et mieux encore de les mettre en mémoire et en pratique. Voilà qui n'est pas à la portée du premier fanatique venu mais qui exige un formidable travail sur soi.
C'est le moment de relire Lévinas pour qui l'injonction morale impérative est dans le visage de l'autre.
MG



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