jeudi 11 avril 2019

La France se disloque-t-elle?


CAROLE BARJON, RÉMI NOYON, MAËL THIERRY ET TIMOTHÉE VILARS (Obs)

Déclin du catholicisme, montée de l'individualisme, panne d'intégration et déconnexion des élites... Le politologue Jérôme Fourquet et le sociologue Jean Viard analysent les fractures françaises
JÉRÔME FOURQUET, VOUS DRESSEZ DANS VOTRE DERNIER LIVRE UN CONSTAT SOMBRE DE LA FRANCE D'AUJOURD'HUI, QUE VOUS VOYEZ COMME UN « ARCHIPEL ». QU'EST-CE QUI VOUS CONDUIT À PARLER DE LA « NAISSANCE D'UNE NATION MULTIPLE ET DIVISÉE »?
Jérôme Fourquet Depuis cinquante ans, les principaux ciments qui assuraient la cohésion de la société française se sont désintégrés. C'est le cas de la matrice catholique, qui a été déterminante dans la constitution de notre pays. A l'horizon d'une génération il n'y aura peut-être plus de prêtres catholiques en France : c'est le signe d'une profonde métamorphose. Le déclin de la pratique religieuse a commencé il y a bien longtemps, mais il restait jusque récemment un substrat culturel imprégné de christianisme, qu'Emmanuel Todd et Hervé Le Bras avaient qualifié de « catholicisme zombie ». Aujourd'hui, ce soubassement philosophique est atteint. On le voit dans un nouveau rapport au corps, à la mort, au couple ou à la nature. De son côté, la matrice républicaine et laïque a été sapée par la montée en puissance de l'individualisme. Et la contre-culture communiste a totalement disparu. Enfin, l'influence des médias de masse a considérablement reculé. En vingt ans, TF1 est passée de 40% de part d'audience à 20%. Le fameux « film du dimanche soir » ne rassemble plus comme autrefois. Pendant que cette ossature disparaissait, des fractures se sont élargies : entre diplômés et non-diplômés, entre métropoles et périphéries... Enfin, la France a connu une immigration de masse et un repli des élites sur elles-mêmes. Donc, oui, notre pays est désormais un « archipel » constitué de groupes ayant leur propre mode de vie, leurs propres moeurs et leur propre vision du monde.
JÉRÔME FOURQUET , 46 ans, est directeur du département Opinion de l’Ifop. Expert en géographie électorale, il a publié de nombreuses études sur les comportements électoraux. Son dernier livre, « l’Archipel français » (Seuil), vient de lui valoir le Prix du livre politique 2019.

DONC, LA FRANCE EST DÉSORMAIS UN PAYS COMMUNAUTARISTE OU COMMUNAUTARISÉ...
J. F. Pas encore, car il demeure des liens entre les îlots. Pour reprendre la formule de Gérard Collomb, on vit aujourd'hui côte à côte, mais pas encore face à face. Le « face-à-face » existe dans certains territoires, mais ce n'est pas la réalité majoritaire de la société française. Dans notre histoire, le brassage a fonctionné. Mais aujourd'hui, nous sommes moins bien armés que l'Espagne ou l'Italie, pays régionalistes, pour gérer la diversité.

JEAN VIARD, PARTAGEZ-VOUS CE CONSTAT?
Jean Viard Voilà vingt-cinq ans que je me sers de la métaphore de l'archipel pour décrire la société : je ne peux donc qu'être d'accord! Mais ce que vous décrivez comme une « dislocation » me semble être une formidable émancipation de l'individu, une libération des cadres imposés comme l'Eglise, les partis, les médias de masse... Nous n'avons jamais été aussi heureux, autant voyagé, autant fait l'amour, autant lu, autant changé de métier. L'individu a pris le pouvoir! Cela dit, nous vivons un étrange paradoxe que j'appelle la société du bonheur privé et du malheur public : 73% des Français se déclarent heureux dans leur vie privée mais 70% sont très inquiets de l'avenir de la France et du monde. Cette société d'individus n'a pas trouvé son cadre politique, et les plus fragiles en paient le prix.

J. F. Oui, nous vivons un basculement anthropologique porteur d'énormes défis. Certes, les « cadres imposés » enserraient l'individu, mais ils lui fournissaient aussi des repères et faisaient tenir tout l'édifice. Tout cela a volé en éclats, d'où la désorientation des politiques et celle des individus privés de boussole.

A CE SUJET, QUE PENSEZ-VOUS DES PROPOS DU PRÉSIDENT DU COMITÉ CONSULTATIF NATIONAL D'ETHIQUE, JEAN-FRANÇOIS DELFRAISSY, QUI DIT, CONCERNANT LA PMA, SE GARDER DE TOUT JUGEMENT MORAL ET NE PAS SAVOIR CE QUE SONT « LE BIEN ET LE MAL »?
J. V. Chacun a aujourd'hui son libre arbitre. Avant, les droits de l'homme agissaient comme une valeur qui nous rapprochait. Aujourd'hui, on parle moins des droits de l'homme, on est dans le rapport de force brutal. Cela dit, la PMA est un beau sujet de référendum.

Vous insistez tous deux sur la montée de l'individualisme, le choix de la différenciation. Jérôme Fourquet, vous l'analysez à travers le choix des prénoms.
J. F. L'évolution des prénoms sur plusieurs générations montre d'abord un processus de désaffiliation au sens premier du terme : ne plus s'appeler comme ses ascendants. C'est aussi la réaffirmation ou la création de collectivités ou de groupes particuliers. Les logiques peuvent être régionales (regain des prénoms bretons ou corses), ou bien propres aux classes populaires qui s'affranchissent de la culture des élites en choisissant des prénoms comme Kevin ou Jordan, sous l'influence de la culture de masse anglo-saxonne... Ou bien, enfin, une logique propre à l'immigration du sud de la Méditerranée qui persiste dans le choix de prénoms qui la rattachent à ses origines. Dans tous les cas, il y a une volonté de créer des groupes affinitaires.

J. V. Les migrants ex-colonisés marquent leurs racines par leur nom, en prenant celui de leur grand-père. C'est bien compréhensible puisque nous continuons à refuser leur place symbolique dans l'espace public par des mosquées visibles, des rues qui évoquent leur histoire...

EST-CE UNE VOLONTÉ DE DISTINCTION OU UN RETOUR DU RELIGIEUX?
J. F. S'il n'est pas religieux, il y a au moins un retour identitaire. Ce qui est frappant, par exemple, c'est le coup d'arrêt dans le nombre de mariages mixtes, le développement du marché du halal et la stabilisation ¬ après une baisse ¬ de l'attribution du prénom Mohamed, tout cela intervenant au début des années 2000.

J. V. 70% des Français pensent qu'on vivait mieux avant, les Français musulmans comme les autres. Sans oublier les pressions archaïsantes qui viennent du Moyen-Orient. Nous sommes emportés par une immense vague réactionnaire. Ce retour à l'archaïque peut prendre des formes politiques traditionnelles ou religieuses, mais l'idée est la même : retrouver, dans le passé, la pureté et le sens. Chacun le fait à sa manière. Pour moi, l'islamisme et le nationalo-populisme, c'est la même dynamique mortifère.

QUEL RÔLE A JOUÉ L'IMMIGRATION DANS L'ÉVOLUTION DE LA SOCIÉTÉ DEPUIS CINQUANTE ANS?
J. F. La question de l'immigration n'est pas la principale dans le processus de fragmentation de la société, mais elle est majeure, et on ne peut pas l'escamoter. La France de demain sera composée, a minima, de 18% de personnes issues de l'immigration (1) : c'est un basculement fondamental. D'autant que le processus d'assimilation, sur lequel la société française a fonctionné, n'est plus le même.

J. V. Il y a toujours eu des immigrés en France, ce n'est pas nouveau! Ils ne viennent pas du même endroit, certes, n'ont pas la même religion. Mais depuis la IIIe République notre pays valorise le monde paysan et l'administration, nos enfants devaient devenir fonctionnaires ou agriculteurs. Aussi ce sont les étrangers qui sont allés travailler dans les usines. Ils étaient socialisés par la CGT, mais le travail s'est émietté et les syndicats sont très affaiblis. De ce fait, la socialisation par le travail est moins forte. Mais attention, aux Etats-Unis les immigrés sont catholiques et les problèmes sont les mêmes. Ne nous focalisons pas sur l'islam.

C'EST UN ÉCHEC DE L'INTÉGRATION?
J. V. LA RÉPUBLIQUE A REFUSÉ UNE PLACE SYMBOLIQUE AUX IMMIGRÉS. NOUS SOMMES RESTÉS DES ASSIMILATIONNISTES. ON DEMANDE AUX ARABO-MUSULMANS, QUAND ILS SORTENT DE « LEURS QUARTIERS », D'ARRÊTER D'ÊTRE BRONZÉS, DE TAIRE LEUR RELIGION... QUE SIGNIFIE POUR EUX LE MOT « RÉPUBLIQUE »?
La drogue est le premier employeur des jeunes de ces quartiers : 230000 emplois, c'est plus que La Poste, plus que la SNCF... Il est temps de légaliser le cannabis.

J. F. Il est plus difficile d'intégrer dans un contexte de crise persistante qu'en période de plein-emploi. Par ailleurs, la distance culturelle entre les immigrés et la population d'accueil est plus grande qu'elle ne l'était lorsqu'il s'agissait de Polonais et d'Italiens. Enfin, le nombre d'immigrés venant de pays majoritairement musulmans et le flux constant dans le temps de cette immigration réactive les phénomènes identitaires. Cela change la donne.

J. V. Pour autant, 50% des enfants d'immigrés sont propriétaires. Et beaucoup d'immigrés ou de leurs descendants s'intègrent professionnellement malgré toutes les barrières.

J. F. C'est vrai, notamment dans l'Education nationale, les hôpitaux et l'armée. Tout est une question de temps. Il faut trois générations aux familles françaises « de souche » pour prendre l'ascenseur social. Pour les populations issues de l'immigration, c'est plus lent. Et on assiste désormais à des processus de renfermement, à commencer par la pression mise sur les jeunes filles. Leur émancipation est aujourd'hui plus difficile qu'il y a vingt ou trente ans.

VOUS DÉNONCEZ TOUS DEUX LA SÉCESSION DES ÉLITES. COMMENT SE MANIFESTE-T-ELLE?
J. F. Autrefois, l'élite d'une ville de province devait sortir de son quartier pour faire son marché. Elle côtoyait les autres. Aujourd'hui, l'élite, concentrée dans les grandes métropoles, pèse 15% de la population et a le sentiment que le reste de la société est à son image. L'Américain Thomas Frank parle des élites qui « vivent comme des touristes dans leur propre pays ».

J. V. Cet entre-soi est d'autant plus inquiétant qu'il imprime sa marque aux imaginaires culturels.

J. F. Oui, le traitement médiatique des vacances à la montagne en dit long : on a l'impression que tout le monde va aux sports d'hiver!

CETTE DÉCONNEXION EST APPARUE CLAIREMENT AU MOMENT DES « GILETS JAUNES »...
J. V. Un exemple : à la campagne, tout le monde a un véhicule utilitaire pour transporter des charges. J'ai tenté d'obtenir de la ministre chargée de l'aménagement du territoire qu'elle classe les C15 en outils de travail, pour qu'on n'ait plus besoin des contrôles techniques. Son cabinet demandait : « C'est quoi, une C15? »

COMMENT REFAIRE SOCIÉTÉ OU « REFAIRE PEUPLE »?
J. V. C'est la question centrale : comment faire de la politique dans une société de l'individu? 0,1% des gens, tout en haut, ont fait sécession. Mais la société dans son ensemble ne se défait pas, ce n'est pas vrai. Pour l'instant, la réponse dominante c'est le nationalo-populisme emmené par un leader puissant. « Je suis le peuple », « je suis la République »... La politique, c'est du récit et du désir. En ce moment, il n'y a pas de désir mais de la peur. Les hommes politiques doivent cesser leurs discours d'effondrement. Il faut redonner un horizon, affirmer que l'humanité s'en sortira. Qu'on maîtrisera les effets du réchauffement climatique. Il faut croire en la science et en encadrer les effets. Ceux qui veulent taxer les robots, alors que ces derniers diminuent les travaux épuisants pour le corps des ouvriers, n'ont jamais travaillé sur un chantier! Imposons six mois de travail sur les chantiers à tout le monde, énarques compris, et la France ira déjà mieux...

J. F. On ne reviendra pas au monde d'avant, on ne va pas refonder des Eglises. L'enjeu est de bâtir les coalitions sociologiques du xxie siècle, autrement dit de nouveaux blocs dans le paysage politique. Comment?
Peut-être par un récit rassembleur sur la transition écologique qui agrégerait différentes catégories sociales en leur faisant prendre conscience de leur intérêt commun? Mais rappelons qu'historiquement, ce qui marche bien, en politique, c'est le clivage entre deux pôles structurés.

J. V. On voit bien que les grandes villes ¬ Paris, New York... ¬ sont le coeur de la lutte écolo. Mais comment faire entrer dans l'histoire ceux qui ne vivent pas en métropole?

J. F. C'EST LA QUESTION MAJEURE! COMMENT EMBARQUE-T-ON LES BREXITERS, LES ÉLECTEURS DE TRUMP OU LES « GILETS JAUNES »?
Certainement pas en leur parlant des premiers de cordée...
J. V. Il faut un projet pour la majorité du peuple et pas seulement pour les habitants des métropoles. Reconstituer des corps politiques, en tenant compte des fractures territoriales, et imaginer un nouveau système électoral avec quatre collèges élus à la proportionnelle dans chaque région : un pour les métropoles, un pour les banlieues, un pour les terres agricoles sanctuarisées et un pour le périurbain. Chaque citoyen doit se sentir représenté par des leaders puissants.

J. F. Cela aurait au moins un avantage : au lieu d'avoir cinquante îles dans l'archipel français, il n'y en aurait que quatre ou cinq. Sur les ronds-points des « gilets jaunes », le plus frappant est qu'il y avait des caristes d'Auchan, des artisans et des aides-soignantes d'Ehpad. Dans la vieille sociologie électorale, ces gens-là ne se seraient jamais retrouvés ensemble. Là, ils ont la voiture, un territoire et un mode de vie en commun, et quelque chose commence à se souder. Il faut en prendre acte.(1) Voir l'enquête « TeO » de l'Ined et de l'Insee.

 
COMMENTAIRE DE DIVERCITY
UNE CONTESTATION GÉNÉRALE PLUS INSIDIEUSE QUE CELLE DE MAI 68.
Il faut absolument lire ce bouquin que tout le monde s'arrache. Problème, il n'est déjà plus disponible en librairie  et serait en réimpression! C'est dire combien cette analyse fine interpelle les Français et tout les observateurs attentifs de la vie politique française que compte notamment la Belgique.
Il ne saurait s'appliquer à une lecture de la sociologie belge car la Belgique  contrairement à la France centralisatrice et jacobine est depuis la fédéralisation divisée déjà en trois entités clairement circonscrite: Une Région urbaine nommée Bruxelles capitale qui se métamorphose en une zone cosmopolite où écolo se prépare à imposer sa voix face à une Flandre péri urbaine, sorte de vaste banlieue relativement homogène acquise à la NVA et au Belang et une Wallonie post industrielle en déshérence sociale où le travail se fait rare et le chômage est rampant où les partis de gauche (PS/PTB/écolo) se préparent à engranger une solide victoire électorale.
Nous avons déjà consacré un commentaire à cet ouvrage clé qui interpelle la classe politique et tous les observateurs de la vie politique française. Tout semble indiquer que la société française a cessé précisément de faire société. Les ciments, les mortiers (catholicisme, partis, école, culture) se délitent sous nos yeux au bénéfice d'un sursaut identitaire dangereux: gilets jaunes, islamisme radical, communautarisme, arrogance des élites, inégalités sociales de plus en plus criantes.  Le sommet de la République qui réunit et focalise  tous les pouvoirs est l'objet de toutes les haines et revendication. On est en droit de douter que les gesticulations macronienne si impressionnantes soient elles (plus de cent heures de débats en bras de chemise avec les Français) seront de nature à apaiser durablement les esprits déchaînés contre son arrogance jupitérienne.




RÉINVENTONS DEMAIN !

RÉINVENTONS DEMAIN !
DOMINIQUE NORA (L'Obs)

En 2049, mangerons-nous des insectes?
La température aura-t-elle augmenté de 4 °C?
Nous déplacerons-nous dans des taxis volants sans chauffeur, des trains supersoniques ?
Habiteronsnous des logements en écomatériaux à énergie positive?
Porterons-nous des habits intelligents ?
Editerons nous l'ADN des foetus pour le rendre parfait?
Les bébés seront-ils couvés dans des utérus artificiels?
Fera-t-on l'amour avec des robots... et la guerre à coups de virus informatiques et
de drones autonomes?
Nos enfants iront-ils encore à l'école?
Tout le monde aura-t-il un travail ?
Les films seront-ils tous en réalité virtuelle immersive?
Quid de l'information et des médias? A quoi ressemblera la démocratie?

La planète connaît une triple crise socio-économique, politique et écologique.
En même temps, jamais la science et les technologies n'ont progressé plus rapidement. Les NBIC nanotechnologies, biotechnologies, infotechnologies et
sciences cognitives ¬, qui se fertilisent les unes les autres, sont déjà en train de bouleverser nos vies. Et cela va s'accélérant. D'ici à trois décennies, ces
innovations auront changé la face du monde. Equilibres géostratégiques,
démographie, climat, procréation, santé, éducation, apprentissage, travail,
information, relations familiales et sociales, loisirs, culture, villes, mobilité... seront profondément bouleversés. Pour le meilleur ou pour le pire.

« Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, nous n'avons pas la moindre
idée de ce que sera le monde dans vingt ou trente ans.
Qu'il s'agisse du marché du travail, des structures familiales ou des corps des êtres humains », constate le penseur à succès Yuval Noah Harari (« Sapiens »,
« Homo Deus », « 21 leçons pour le xxie siècle »). Cette perte de repères nourrit l'inquiétude des citoyens des pays développés, constituant même l'un des
ingrédients de la montée des populismes. Pourtant, ces innovations sont aussi porteuses de promesses inouïes; elles peuvent être mises au service de la lutte
contre les maladies chroniques, le handicap, les inégalités. Elles peuvent faciliter l'
apprentissage, et l'émancipation de chacun.
Les refuser n'est d'ailleurs pas une option : si la France et l'Europe n'investissent
pas dans ces domaines, ce sont les Etats-Unis et la Chine qui décideront de
leurs usages et de leur régulation, selon des valeurs qui ne sont pas les nôtres.

Parce que toute avancée technologique n'est pas forcément un progrès, parce que
des incertitudes vertigineuses planent sur le sort de notre civilisation, « l'Obs »
lance une opération journalistique ambitieuse. « 2049 » se déclinera à la fois,
d'avril à décembre, en une collection d'articles dans votre magazine, une rubrique dédiée sur notre site Web, et une série de soirées-rencontres à Paris et en
région à Rouen, Metz, Dijon... Ce vaste chantier de réflexion donnera lieu par
la suite à un numéro spécial.

L'Objectif? Explorer les tendances et les scénarios du futur à travers des
regards croisés d'experts, prévisionnistes, chercheurs, entrepreneurs, ingénieurs, philosophes ou sociologues.
Et surtout penser un progressisme à visage humain, pour un monde ouvert, tolérant, créatif, prospère, dans lequel science, technique et économie sont réellement au service du citoyen et de l'intérêt général pour résoudre les grands problèmes de l'humanité. Utopique ? Peut-être...
Mais pourquoi devrait-on se résigner à ce que l'avenir ressemble à l'une de ces dystopies qui font le miel des séries audiovisuelles à la « Black Mirror »?

2049 peut sembler une date trop lointaine, relevant presque de la science-fiction. Nous ne pouvons certes pas prédire notre avenir, encore moins le planifier dans les moindres détails. Mais nous pouvons imaginer comment le rendre désirable, en
tentant dès à présent d'éclairer les choix politiques, économiques, sociaux et
éthiques susceptibles de façonner une société conforme à nos valeurs.
Alors, chers lecteurs, nous comptons sur vous pour nous suivre dans cette
aventure. Ensemble, réinventons demain! D. N. 



COMMENTAIRE DE DIVERCITY
PROGRESSISME A VISAGE HUMAIN?

C'est à l'évidence une très séduisante stratégie qui ralliera à l'Obs une belle moisson d'abonnés supplémentaires. Mais au delà de cet aspect de pur marketing, cette initiative est franchement séduisante vis à vis d'un électorat en plein désarroi. La France, l'Europe et carrément le monde est à l'aube d'un tournant décisif dont pourrait fort bien dépendre sa survie. On n'avait rien vu de pareil depuis le siècle des malheurs dépeint magistralement par le grand Pierre Bruegel
« Quelque chose d'effroyable avait eu lieu là. Partout à l'horizon s'élevaient des
flammes dans un grand effort d'arrachement pourpre, ainsi que des cris.
Nous avons atteint les premières fermes, dont les murs calcinés étaient méconnaissables. Dans les cours gisaient pêle-mêle des cadavres de moutons, porcs, vaches, ainsi que d'étranges flaques de chair dont on devinait vaguement l'origine humaine: ici et là subsistaient un pied, un bras, une tête écrasée, une purée de cervelle. (…) La fumée des incendies, rabattue par le vent du nord, m'étouffait à demi, m'empêchait de voir que le soleil brillait déjà haut.
Une telle fumée portait un nom précis : l'Espagnol, l'Ennemi, le Dominateur exécré
d'un pays innocent dont il me faudrait dorénavant découvrir les trésors, s'il en
restait du moins. »
Dominique Rolin, L'Enragé, Espace Nord, Labor, 1986, p. 47,
Vous me direz qu'on en est franchement pas là aujourd'hui quand nous nageons dans
un délire consumériste. Certes, mais le moral des Européens est carrément en
berne  Il se pourrait que nous nous réveillions le lundi 27 mai dans une Europe
déchirée non seulement par le doute mais en proie à un véritable délire populiste et
mortifère.


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