dimanche 14 avril 2019

L’arrestation d’Assange est une mise en garde de l’histoire


PAR LE GRAND SOIR (journal militant d'information alternative)

L’image de Julian Assange traîné hors de l’ambassade de l’Equateur à Londres est emblématique de notre époque. La force contre le droit. La brutalité contre la loi. L’indécence contre le courage. Que cet outrage se soit produit au cœur de Londres, dans le pays de Magna Carta, devrait faire honte et mettre en colère tous ceux qui se soucient pour les sociétés « démocratiques ».  Assange est un réfugié politique protégé par le droit international, le bénéficiaire de l’asile  en vertu  d’un pacte strict dont la Grande-Bretagne est signataire.
L’Organisation des Nations Unies l’a clairement indiqué dans la décision juridique de son Groupe de travail sur les détentions arbitraires.Mais au diable tout ça. Dirigé par les quasi-fascistes de l’administration Trump, en collaboration avec l’Équatorien Lenin Moreno, qui cherche à camoufler l’état moribond de son régime, l’élite britannique a abandonné son dernier mythe impérial : celui d’équité et de justice.
(...)Le crime d’Assange est le journalisme : demander des comptes aux rapaces, dénoncer leurs mensonges et donner aux gens du monde entier les moyens d’agir avec la vérité. L’avertissement est explicite à l’égard des journalistes.  Ce qui est arrivé au fondateur et rédacteur en chef de WikiLeaks peut vous arriver dans un journal, ou à vous dans un studio de télévision, ou vous à la radio, ou vous qui diffusez un podcast.
Le principal bourreau médiatique d’Assange, The Guardian, collaborateur de l’État secret, a montré sa nervosité cette semaine avec un éditorial qui a atteint de nouveaux sommets en termes d’hypocrisie. The Guardian a exploité le travail d’Assange et de WikiLeaks dans ce que son précédent éditeur appelait « le plus grand scoop des 30 dernières années« . Le journal s’inspira des révélations de WikiLeaks et s’attira louanges et fortune.
Sans verser un sou pour Julian Assange ou WikiLeaks, un livre largement promu du Guardian
donna lieu à un film hollywoodien lucratif. Les auteurs du livre, Luke Harding et David Leigh,
se retournèrent contre leur source, le maltraitèrent et divulguèrent le mot de passe qu’Assange
avait confié au journal en toute confidentialité, conçu pour protéger un fichier numérique
contenant des câbles des ambassades des États-Unis.
Alors qu’Assange était piégé à l’ambassade de l’Équateur, Harding se joignit à la police à
l’extérieur et se réjouit sur son blog que « Scotland Yard aura le dernier mot ».
The Guardian a depuis publié une série de mensonges à propos d’Assange, notamment une
affirmation discréditée selon laquelle un groupe de Russes et l’homme de Trump, Paul Manafort,
avaient rendu visite à Assange à l’ambassade.
(...)
David McCraw, avocat principal du New York Times, a écrit : « Je pense que la
poursuite [d’Assange] constituerait un très, très mauvais précédent pour les éditeurs… d’après ce  que je sais, il est en quelque sorte dans la position classique d’un éditeur et la loi aurait beaucoup de mal à distinguer le New York Times de WilLeaks. »
(...) Le vrai journalisme est l’ennemi de ces scandales. Il y a dix ans, le ministère de la Défense de Londres a publié un document secret qui décrivait les « principales menaces » à l’ordre public, au nombre de trois : les terroristes, les espions russes et les journalistes d’investigation. Ces sont ces derniers qui étaient désignés comme la principale menace.
Le document fut dûment divulgué à WikiLeaks, qui l’a publié. "Nous n’avions pas le choix" , m’a dit Assange. « C’est très simple. Les gens ont le droit de savoir et le droit de remettre en question et de contester le pouvoir. C’est ça la vraie démocratie. » (...)
John Pilger


7 ANNÉES DE MENSONGES SUR ASSANGE ET CE N’EST PAS FINI.
Jonathan COOK
Depuis sept ans, depuis le moment où Julian Assange s’est réfugié à l’ambassade équatorienne à Londres, ils nous disent que nous avions tort, que nous étions des théoriciens du complot paranoïaques. On nous a dit qu’il n’y avait aucune menace réelle d’extradition d’Assange vers les États-Unis, que tout cela était dans notre imagination fiévreuse.
(...) Dès qu’il a demandé l’asile, Assange fut présenté comme un hors-la-loi. Son travail en tant que fondateur de Wikileaks - une plate-forme numérique qui, pour la première fois dans l’histoire, donnait aux gens ordinaires un aperçu des recoins les plus sombres des secrets les mieux gardés dans les profondeurs de l’État profond - a été effacé de l’histoire.
Assange est passé de l’une des quelques figures dominantes de notre époque - un homme qui occupera une place centrale dans les livres d’histoire, si notre espèce vit assez longtemps pour écrire ces livres - à rien de plus qu’un délinquant sexuel malpropre qui a violé les conditions de sa liberté provisoire. (...)
A présent, le simulacre est terminé. La police britannique a envahi le territoire diplomatique de l’Équateur - invité par l’Équateur après avoir jeté par dessus bord le statut d’asile d’Assange - pour le mettre en prison. Deux États vassaux ont coopéré pour obéir aux ordres de l’empire américain. L’arrestation n’avait pas pour but d’aider deux femmes en Suède ou de réprimer une infraction mineure à la liberté sous caution.(...) Les médias et la classe politique ferment les yeux. Où est l’indignation devant les mensonges qu’on nous sert depuis sept ans ? Où est la contrition d’avoir été dupé si longtemps ? Où est la fureur contre la liberté de la presse la plus élémentaire - le droit de publier - piétinée pour faire taire Assange ? Où est la volonté de prendre enfin la parole pour défendre Assange ?
Il n’y a rien. Il n’y aura pas d’indignation à la BBC, ni au Guardian, ni à CNN. Rien de plus que des reportages - curieux, impassibles, voire gentiment moqueurs du sort d’Assange.
(...) Maintenant, ils vont nous submerger avec une nouvelle vague de mensonges et de distractions à propos d’Assange pour nous maintenir anesthésiés, pour nous empêcher d’être en colère alors que nos droits sont réduits à néant, et pour nous empêcher de réaliser que les droits d’Assange et les nôtres sont indivisibles.
Nous résisterons ensemble, ou nous tomberons ensemble.
Jonathan Cook


JUAN BRANCO : "LA FRANCE DOIT ACCUEILLIR JULIAN ASSANGE"
Propos recueillis par Kévin Boucaud-Victoire (Marianne)
Juan Branco, auteur du livre "Crépuscule", phénomène du moment en librairies, est conseiller juridique de WikiLeaks et de Julian Assange en France. Il revient pour Marianne sur l’arrestation à Londres de l’Australien naturalisé Equatorien.
Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, a été arrêté par la police britannique ce jeudi 11 avril au sein de l'ambassade d’Équateur à Londres, où il était réfugié depuis 2012, après que Quito eut révoqué son asile. Le motif officiel est sa non-présentation devant le tribunal en 2012. Il avait alors été convoqué à cause de deux affaires pour viols et agression sexuelle, qui sont aujourd’hui closes. Scotland Yard a néanmoins précisé agir aussi "au nom des autorités américaines", qui ont déposé une demande d’extradition. Accusé d’espionnage, le lanceur d’alerte a été inculpé pour piratage informatique, selon le ministère de la Justice américaine. Juan Branco revient avec nous sur cette affaire.
MARIANNE : JULIAN ASSANGE A ÉTÉ ARRÊTÉ. QUE RISQUE-T-IL DEVANT LA JUSTICE AMÉRICAINE ?
Juan Branco : Formellement, il risque cinq ans de prison maximum pour piraterie informatique. Mais j’en doute fort. Faire croire qu’il ne risque pas grand-chose et que ses droits seront respectés est une manière d’obtenir des tribunaux britanniques son extradition. En prenant ce prétexte, les États-Unis laissent entendre qu’il n’y a aucune atteinte au droit des journalistes. Dans la foulée, une fois qu’il sera sur le territoire américain, l’administration lancera les autres poursuites. Une enquête est ouverte pour espionnage et il risque la prison à vie.
JUSTEMENT, OFFICIELLEMENT, IL EST ARRÊTÉ POUR AVOIR PIRATÉ L’ADMINISTRATION AMÉRICAINE ET PAS POUR LES WIKILEAKS….
C’est juste une argutie. La question est juridiquement très complexe. Ils doivent poursuivre Julian Assange sans violer le premier amendement de la Constitution américaine sur la liberté d’expression. Cela risquerait d’ouvrir une brèche et tous les journalistes qui ont travaillé sur WikiLeaks pourraient être poursuivis. C’est pour cela que les États-Unis ont trouvé un prétexte assez alambiqué pour demander l’extradition. Il est accusé d'avoir aidé l'ex-analyste du renseignement américain Chelsea Manning à obtenir un mot de passe pour accéder à des milliers de documents classés secret-défense. Ce n’est qu’une façon de le poursuivre sur son travail de journaliste, sans en donner l’impression.
C’est une trahison complète, qui est le fruit de l'évolution de la politique étrangère et nationale de l’Équateur depuis l’arrivée au pouvoir de Lenín Moreno.
ET QUE PENSER DU RETRAIT DU DROIT D’ASILE ? LE PRÉSIDENT ÉQUATORIEN A EXPLIQUÉ QU’IL N’A JAMAIS DÉFENDU LES WIKILEAKS. LE MÊME JOUR, LE PAYS REÇOIT UN PRÊT DU FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL (FMI). LES DEUX SONT-ILS LIÉS ?
C’est une trahison complète, qui est le fruit de l'évolution de la politique étrangère et nationale de l’Équateur depuis l’arrivée au pouvoir de Lenín Moreno, en 2017. Il est normal que selon les votes démocratiques, il y ait des évolutions politiques. Sauf qu’il existe des conventions internationales qui stipulent qu’un asile international ne peut être retiré pour les mêmes raisons que celles qui ont permis son attribution. Assange a obtenu l’asile en Équateur parce qu’il était poursuivi par les États-Unis. Sauf que le gouvernement le lui a retiré pour le remettre aux mains de ce même pays. C’est invraisemblable. C’est pour cela que Moreno invente des excuses qui ne tiennent pas une seule seconde. Il prétend qu’il ne savait pas qu’il y avait un mandat d’extradition états-unien à son encontre. Tout a été négocié depuis la visite de Mike Pence, le vice-président américain, en Équateur, il y a un an et demi. Ils ont ensuite signé des accords militaires. Le prêt du FMI s’inscrit dans un contexte plus large.
ASSANGE EST MALGRÉ TOUT CONTROVERSÉ. IL FAIT L’OBJET D’UN MANDAT D’ARRÊT DE LA SUÈDE DANS UNE AFFAIRE D’AGRESSION SEXUELLE. DANS CES CONDITIONS POUVAIT-IL CONTINUER DE BÉNÉFICIER D’UNE PROTECTION DE L’ÉQUATEUR ?
Il faut être plus précis. Assange fait bien l’objet d’un mandat d’arrêt européen. Mais parce qu’il est convoqué en tant que témoin dans le cadre d’une enquête, pour laquelle il n’est pour le moment pas accusé. Après six ans, cette affaire a été classée sans suite. Je doute qu’elle puisse se rouvrir. Mais surtout, cette histoire existait au moment où l’Équateur a donné l’asile à Assange. A ce moment, le pays considérait qu’il était persécuté par les États-Unis. C'est pour cela que l’asile lui a été donné.
Si nous avons encore un minimum de dignité, nous devons l’accueillir.
CERTAINS ACCUSENT ASSANGE D’ÊTRE RESPONSABLE DE LA VICTOIRE DE TRUMP, À CAUSE DE SES RÉVÉLATIONS SUR HILLARY CLINTON. QU’EN PENSEZ-VOUS?
C’est le fruit d’une panique morale du camp progressiste américain, qui refuse d’assumer sa défaite inédite et inconcevable contre un "bouffon". Ils ont essayé de trouver des boucs émissaires pour justifier cet échec. Mais même Barack Obama, dans sa dernière déclaration avant de partir de la Maison-Blanche, a expliqué que le problème n’est pas WikiLeaks mais l’hystérisation des informations révélées par WikiLeaks par l’espace médiatique américain. Wikileaks n’a fait que son travail, en publiant des informations sourcées. D’ailleurs, nous voyons bien aujourd’hui que Trump n’apprécie pas plus WikiLeaks.
LA FRANCE DEVRAIT-ELLE PRENDRE POSITION DANS CETTE AFFAIRE ?
La France doit accueillir Julian Assange. Il a un enfant en France, pays où il a créé WikiLeaks. Il nous a aussi rendu des services immenses, en révélant l’espionnage du président de la République et des grandes entreprises françaises. Il a risqué sa vie pour le faire. Si nous avons encore un minimum de dignité, nous devons l’accueillir.
COMMENT LA FRANCE PEUT-ELLE L’ACCUEILLIR ?
Elle doit intervenir auprès du Royaume-Uni afin de donner l’asile à Julian Assange.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
SANS LES LANCEURS D'ALERTE, LA DÉMOCRATIE EST À LA MERCI DE L'ARBITRAIRE.

"La France doit accueillir Julian Assange. Il a un enfant en France, pays où il a créé WikiLeaks. Il nous a aussi rendu des services immenses, en révélant l’espionnage du président de la République et des grandes entreprises françaises. Il a risqué sa vie pour le faire. Si nous avons encore un minimum de dignité, nous devons l’accueillir." Juan Branco
Comme c'est étrange: on offre l'asile à des milliers d'inconnus sans conditions ou presque mais on le refuserait au prince des donneurs d'alarme.  J'ai franchement  du mal à comprendre.
"Quand les gens ne posent plus de questions sérieuses, ils sont soumis et malléables. Tout peut arriver. » Assange: « C’est très simple. Les gens ont le droit de savoir et le droit de remettre en question et de contester le pouvoir. C’est ça la vraie démocratie. »
"L’image de Julian Assange traîné hors de l’ambassade de l’Equateur à Londres est emblématique de notre époque. La force contre le droit. La brutalité contre la loi. L’indécence contre le courage." (Le Grand Soir)
Sans les lanceurs d'alerte, la démocratie est à la merci de l'arbitraire.
MG

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