jeudi 25 avril 2019

Les sondages VRT, La Libre et De Standaard montrent que la formation du prochain gouvernement fédéral est complètement ouverte.

Les sondages VRT, La Libre et De Standaard
montrent que la formation du prochain gouvernement fédéral est complètement ouverte. Les partis de la suédoise perdent, les écologistes, le Vlaams Belang et le PTB/PVDA gagnent. "Pour la N-VA, l'enjeu est un choix fondamental entre le modèle suédois et le 'gouvernement du Front populaire'", déclare le politologue Carl Devos (Université de Gand) à notre confrère de Knack. (le Vif)


ET SI ECOLO GOUVERNAIT AVEC LE MR

Claude Demelenne, essayiste, auteur de plusieurs ouvrages sur la gauche.  (Le Vif)

C'est un vieux fantasme chez certains écologistes : gouverner sans le PS. Donc avec le MR. Le scénario vert-bleu pourrait être la surprise de l'après 26 mai.
Ce n'est sans doute pas le scénario le plus crédible. Mais il est tout sauf farfelu. Au lendemain du triple scrutin fédéral, régional et européen du 26 mai, les verts pourraient soutenir une coalition inédite, sans les socialistes et avec les libéraux.
Dans les assemblées écologistes, l'alliance avec le MR ne passera pas comme une lettre à la poste. Beaucoup de militants verts n'envisagent pas de s'embarquer dans un attelage orienté à droite. Souvent accusés par les libéraux de ressembler à des pastèques, verts à l'extérieur, rouges à l'intérieur, les écologistes réfléchiront à deux fois avant de tenter l'aventure avec le MR et sans doute le CDH, pour faire l'appoint. Il n'empêche que ce scénario ne doit pas être rangé au rayon science fiction. Il représente un cas de figure susceptible d'intéresser plus d'un écologiste, pour au moins cinq raisons.
1.Complexés par le PS. Les expériences passées avec le PS n'ont guère été concluantes pour ECOLO. Que ce soit sous le gouvernement arc-en-ciel de Guy Verhofstadt, au fédéral, sous le gouvernement Demotte, au régional, sans parler des fameuses "convergences à gauche" au début des années 2000, ce fut chaque fois un fiasco. ECOLO n'a pas fait le poids face à la grosse machine socialiste. Le PS a les meilleurs experts, le meilleur centre d'études. ECOLO a développé un complexe face à l'ogre socialiste. L'écarter du pouvoir ne serait pas pour déplaire aux verts.
2.Le MR affaibli, partenaire idéal. Il serait plus confortable pour ECOLO de gouverner avec un MR en recul, sous la barre des 20%, qu'avec un PS stabilisé autour de 30%. Quant au CDH, à la dérive, il devrait se contenter de miettes. Si ECOLO talonne le MR en Wallonie et le devance à Bruxelles, le parti de Charles Michel sera groggy. A la table de négociations, en Wallonie et à Bruxelles, il fera profil bas. Les verts seront dans les conditions pour frapper un grand coup.
3.La carte Javaux. Pour rester au pouvoir et écarter la gauche socialiste, le MR sera prêt à faire beaucoup de concessions à ECOLO. Par exemple, le MR proposera un mega-portefeuille de l'Economie wallonne à Jean-Michel Javaux, sans doute l'écologiste à la fois le plus brillant et le plus MR-compatible. Javaux n'obtiendra jamais un tel portefeuille dans une coalition avec le PS, présidée par le liégeois Jean-Claude Marcourt. Deux liégeois aux principaux postes du gouvernement wallon, ce n'est pas envisageable.
4.Un ticket d'entrée pour le fédéral. En s'alliant avec le MR en Wallonie et à Bruxelles, ECOLO sera en position d'intégrer un gouvernement fédéral davantage francophone, embarquant outre le MR, le CDH et ECOLO. Les verts ont de l'appétit et ne se contenteront pas de faire de la figuration. Deux décennies après "l'arc-en-ciel", ils rêvent d'un nouveau voyage au fédéral. Un retour gagnant, cette fois.
5.L'exemple allemand. Chez nos voisins, les verts ont aussi le vent en poupe. Ils n'ont pas de tabou. Ainsi gouvernent-ils plusieurs Länders avec la droite chrétienne-démocrate. Et cela fonctionne bien. Alors, pourquoi pas chez nous ? Convertis à l'économie de marché, les écologistes incarneront sans trop d'effort, l'aile centriste d'un gouvernement de droite.
Sans vague verte, rien n'est possible
Pour que le scénario bleu-vert se concrétise, plusieurs conditions sont requises. Elles ne sont pas minces. Mais elles ne sont pas abracadabrantesques.
Il faut bien sûr que la vague verte qu'annoncent les sondages soit au rendez-vous. ECOLO ne sera en mesure de redistribuer les cartes en Belgique francophone que s'il devient le premier parti en région bruxelloise et intègre le trio de tête en Wallonie.
Les beaux plans avec le MR ne se réaliseront pas si ce parti s'effondre le 26 mai. Le MR n'est pas à l'abri d'un dimanche noir. Battu par le PS et ECOLO en Wallonie et à Bruxelles, il se retirera sous sa tente. La voie sera ouverte pour un mariage de raison entre verts et rouges.
Pour qu' Ecolo soit en mesure de s'associer avec un MR affaibli, il faut également que le CDH ne soit pas quasiment rayé de la carte. Car en Wallonie, un duo ECOLO-MR n'aura pas de majorité au parlement. Le petit CDH sera indispensable. Encore faut-il qu'il ne devienne pas trop microscopique.
Pas de rapprochement MR-ECOLO, si le PS reste le premier parti, en Wallonie et à Bruxelles. Les socialistes auront la main : ils feront tout pour convaincre ECOLO de participer à un gouvernement "le plus progressiste possible".
LE GRAND SOIR VERT
Ne sous-estimons pas, enfin, la réticence des militants verts à s'associer avec la droite libérale. Ce sera aux dirigeants des verts de se montrer convaincants devant leurs troupes. Sans doute vanteront-ils "l'occasion historique" qui s'offre à eux : changer le centre de gravité politique en Belgique francophone. Mettre sur la touche le PS. Jouer les troubles-fêtes au fédéral, de concert avec Groen. Le Grand Soir vert, en quelque sorte.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
MUTATION CITOYENNE? 

Le "jeu" politique est devenu, on le constate au fil des ans, un jeu d'une complexité inouïe auquel seuls quelques stratèges éclairés entendent encore quelque chose. Je comprends de mieux en mieux ceux qui disent que voter ne sert à rien car la volonté de l'électeur n'est qu'un élément secondaire au vu des grandes manoeuvres  et négociations diverses qui suivent les élections. Nous sommes de plus en plus nombreux à être conscients que ne vivons pas en démocratie mais en particratie. Ce sont les chefs de parti qui confisquent à leur avantage l'ensemble des pouvoirs. L'imbroglio belge est particulièrement rébarbatif et fichtrement compliqué à cet égard.
La conséquence: une désaffection massive pour la politique décrédibilisée de toutes les façons  comme le montre l'analyse brillante d' Albert Ogen qui observe une mutation citoyenne radicale  sous forme  d'une véritable métamorphose de l’ordre politique " de la société civile aux pratiques politiques autonomes."
L'analyse parue dans AOC  d'Albert Ogien Sociologue, Directeur de recherche au CNRS – CEMS  est d'une belle  pertinence et d'une grande précision. Je n'ai lu cela formulé aussi élégamment et avec une telle  pertinence absolument nulle part -un peu chez Jérôme Fourquet dans son archipel français - et pourtant je suis l'actualité politique d'assez près.
Selon  Ogen:"La métamorphose de l’ordre politique" serait  en train de générer autre chose", à savoir une "société civile aux pratiques politiques autonomes?"
Le sociologue  constate après Jérôme Fourquet un inquiétant  désengagement des citoyens de la vie politique, et d'autre part une  multiplication des initiatives spontanées  . Il y voit à l'évidence une mutation citoyenne.
Mais de quelles « pratiques politiques autonomes » est il question désormais? Et de citer les insurrection civile en Algérie ;les  grèves lycéennes pour le changement climatique en Europe ; énième acte des Gilets Jaunes en France ; élections de Zuzana Caputova à la Présidence de la Slovaquie et de Volodymir Zelenski à celle de l’Ukraine ; blocage du centre de Londres et occupations des tours de la Défense à Paris par les activistes de l’environnement. Les semaines passent et confortent l’idée qu’un changement d’attitude s’enracine : les citoyen.ne.s se gênent de moins en moins pour faire irruption dans la vie politique d’un pays afin d’imposer, à leur propre initiative, une orientation nouvelle à la manière dont les affaires publiques y sont prises en charge par leur gouvernement et les partis qui le soutiennent.
Autrement dit, LA « SOUVERAINETÉ DU PEUPLE » NE SE CONSTRUIRAIT PLUS UNIQUEMENT DANS LES URNES.
Il arrive de plus en plus que des novices en politique soient portés à la tête d’un État contre les candidats de l’establishment.
En dépit de ses indiscutables succès, cet activisme « sauvage » continue à être envisagé comme dénué de toute valeur politique au motif qu’il se situe aux marges du cadre convenu des institutions de la représentation. Et lorsqu’elle est qualifiée de « populiste » ou d’ « anti-système », cette façon d’agir en politique est décrite comme une menace pour la stabilité de la société ou la démocratie, au motif que le seul régime qui permet de gouverner de façon efficace, de prendre des décisions respectueuses de la majorité des opinions et de garantir les libertés individuelles est la démocratie représentative.
Et Ogien de rappeler que "la responsabilité de la chose publique ne saurait être abandonnée à la masse mais doit être confiée à des personnes qui savent comment l’assumer de façon rationnelle."
Ce qui, en creux, conforte l’idée selon laquelle les gens ordinaires sont incompétents en matière d’administration de l’État, inaptes à saisir les complexités du bien commun et ignorants des enjeux de la politique.
Or cette idée est en contradiction avec un fait que les médias diffusent, à savoir que les citoyen.ne.s savent s’organiser collectivement et déployer des formes d’action politique ajustées à une revendication fondée sur une analyse informée.
Le gens du peuple ne sont ils pas désormais persuadés que "la politique est devenue la chasse gardée d’un cercle restreint de professionnels qui, de droite comme de gauche?"
Par conséquent comment s’étonner qu'en France par exemple,  le suffrage universel ait perdu une grande partie de sa légitimité et que le consentement de la population ait cessé d’être accordé aveuglément à ceux et celles qui ont remporté un scrutin ?
Constatons  que "l’espace public à l’intérieur duquel l’activité politique se déploie dans les régimes démocratiques contemporains est passé d’un ordre bipolaire articulé autour du jeu entre une « société politique » (le monde de la prise en charge de l’administration de l’État) et une « société partisane » (le monde des opérations et stratégies politiques organisées afin d’accéder au pouvoir) à un ordre tripolaire dans lequel le monde des « pratiques politiques autonomes » des citoyen.ne.s entre en concurrence directe avec les deux autres."
C’est de ce troisième monde qu’on parle lorsqu’on évoque le rôle que joue aujourd’hui la « société civile ».
L’ordre tripolaire en gestation est marqué par l’affaiblissement de deux des piliers de l’ordre bipolaire : le suffrage universel et les partis et syndicats.
"L’effritement des affiliations partisanes, qui se traduit souvent par un rejet ou un dégoût de la politique, est un phénomène qu’il faut analyser de près."
"Si les adhérents et militants ont décidé de les quitter, c’est que ces organisations (syndicats et partis) ont cessé d’être le lieu où s’élaborent les idées, se forgent les identités politiques, se décident les projets et se remportent des combats.
". Des formes nouvelles d’engagement ont alors été découvertes: associations, ONG, collectifs,  plates-formes,  réseaux transnationaux ou de mouvements de protestation divers. (marches climats, gilets jaunes etc)"
De façon très étrange, les analystes, commentateurs et professionnels de la politique tiennent cette reconfiguration de l’ordre du politique et des formes d’action pour marginale ou auxiliaire.
"De quelle légitimité peuvent alors se prévaloir ces pratiques alors qu’elles se déploient délibérément hors des règles du jeu instituées par les régimes de gouvernement représentatif ?"
Résumons: le pouvoir est de moins en moins au mains de la sphère politique à l'avantage de la sphère financière qui tire les ficelles et pratique le  "lobbyisme" à outrance. La presse ne sait plus où donner de la voix.
Mais c'est le troisième pôle  qui doit retenir toute notre attention la vox populi qui s'exprime via les réseaux sociaux, le forums de lecteur, les tribunes des journaux, les marches de protestation (climat, gilets jaunes). Un gigantesque chamboulement est en cours. Difficile de prédire à quoi il aboutira. On verra sans doute un peu plus clair après le 26 mai qui bousculera, c'est une évidence le paysage belge et aussi européen.
MG
MG
 


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