mercredi 17 avril 2019

Notre-Dame, la légende noire d’une cathédrale


Par Didier Péron — Libération

De David à Dostoïevski, le monument parisien a été l’écrin des fantasmes des plus grands artistes.
Notre-Dame, la légende noire d’une cathédrale
«Il trouva dans l’église une obscurité et un silence de caverne. […] La grande croix d’argent scintillait au fond des ténèbres, saupoudrée de quelques points étincelants, comme la voie lactée de cette nuit de sépulcre.» La coloration funèbre qui se rattache, dans le grand roman de Victor Hugo, à la cathédrale Notre-Dame de Paris révèle sa dimension prophétique après l’incendie spectaculaire ayant dévoré l’édifice lundi en fin d’après midi. Publiée en mars 1831, la fresque de Hugo, alors chantre du romantisme contre le classicisme, souligne contre la lecture de la cathédrale comme arche de lumière les effets de disproportions, de démesures et de violence métaphysique travaillant l’édifice gothique(...)
Dostoïevski,  le romancier russe qui admirait Hugo donna une préface à Notre-Dame de Paris pour la traduction en russe en 1862, évoquant son souhait de rivaliser à son tour avec les plus grandes œuvres plongeant dans les tourments des fautes inexpiables et affrontant la hantise de la chute. C’est déjà le monolithe kubrickien et son silence obtus qui se dresse sur un socle d’imaginaire en fusion entre enfer dantesque et cosmos pascalien.


"APRÈS L’INCENDIE QUI A RAVAGÉ NOTRE-DAME DE PARIS, EMMANUEL MACRON A ANNONCÉ QUE LA CATHÉDRALE SERAIT REBÂTIE.
Une volonté qui ravive la question de l’authenticité des monuments anciens. Les reconstruire, est-ce respecter leur histoire ou la bafouer ?Asia Balluffier" (Le Monde)
« Cette cathédrale, nous la rebâtirons en cinq ans », a déclaré Emmanuel Macron.
Au-delà de la question des moyens alloués, faut-il reconstruire la cathédrale à l’identique ? Et si oui, selon quelles méthodes ?
De telles questions se sont déjà posées pour la Frauenkirche de Dresde, le pavillon d’or de Kyoto ou encore le temple du ciel de Pékin. Tous trois ont été entièrement rebâtis bien après leur construction initiale. Pour certains, ce manque « d’authenticité », c’est-à-dire de fidélité à l’histoire, les dévalorise en tant que monuments historiques. En France, et dans plusieurs pays d’Europe, la non-reconstruction des monuments disparus est même érigée au rang de doctrine depuis le début du XXe siècle.


RECONSTRUIRE NOTRE-DAME: «IL FAUDRA PROBABLEMENT COMPTER UNE VINGTAINE D’ANNÉES»
Le Soir
Emmanuel Macron pense que la cathédrale peut être reconstruite en cinq années. Les experts ne sont pas de cet avis.
Sauvée des flammes, Notre-Dame de Paris devra être reconstruite d’ici à cinq ans, a martelé Emmanuel Macron. « Nous rebâtirons la cathédrale plus belle encore et je veux que ce soit achevé d’ici cinq années », a dit le chef de l’État au cours d’une allocution télévisée de moins de six minutes mardi soir à l’Elysée.
Emmanuel Macron se serait-il emballé en annonçant une reconstruction dans les 5 années à venir ?
« Il faudra probablement compter une vingtaine d’années de chantier », estime Bertrand Evrard, l’architecte belge qui suit depuis bientôt quinze ans le chantier de la restauration de la cathédrale de Tournai. « Paris va devoir commencer par démonter les échafaudages qui ont fondu sur la cathédrale, avant d’étayer les structures de l’édifice et, surtout, celle du chœur gothique.
REFAIRE À L’IDENTIQUE ?
L’architecte belge Francis Mezger qui a notamment travaillé sur la restauration de l’église royale de Laeken et du Palais de justice de Bruxelles va dans le même sens. Il rappelle l’importance de ne pas œuvrer dans la précipitation lorsqu’on entreprend la rénovation d’un monument sinistré. « On est toujours incompétent quand on commence un travail de restauration. La première partie consiste à comprendre l’édifice et à s’entourer des meilleurs artisans pour mettre en place des techniques de restauration. Pour Notre-Dame de Paris, il y a d’abord un travail de documentation à faire : trouver des photos anciennes, les documents laissés par Viollet-Le Duc, les plans existants. La deuxième étape consiste en des relevés dimensionnels. Puis à des fouilles archéologiques. Les éléments au sol qui ont chuté peuvent être de première importance. On cherche l’information dans ce qui s’est écroulé. Enfin on procède à un relevé de pathologie pour connaître l’état réel de l’édifice après le traumatisme qu’il a connu. Certaines pierres qui ont l’air saines ont probablement explosé en profondeur et fragilisé la structure. Il faut voir aussi les dégâts causés par le feu et l’eau aux décors. Une fois ce diagnostic fait, on doit mettre en place une philosophie de restauration.
On ne va pas redétruire une forêt pour trouver des chênes et les laisser sécher pendant des années. Il faut accepter qu’il y ait de toute façon une perte. Des éléments sont impossibles à reconstituer, les copier n’a pas d’intérêt. La question va se poser notamment pour la flèche de Viollet-le-Duc : est-ce qu’on va restaurer une flèche qui n’est pas gothique et date de la restauration du bâtiment ? »
AUTRE SOUCI : LE MANQUE D’ARTISANS
Le manque d’artisans qualifiés et le débat sur les modalités de la reconstruction de Notre-Dame de Paris devraient être les principaux écueils de ce chantier colossal, estime un architecte ayant participé à la restauration du château de Windsor.
« Trouver suffisamment d’artisans capables de travailler la pierre, le bois, le plomb, le verre (…) est un défi pour le secteur dans toute l’Europe », déclare de son côté Francis Maude, directeur du cabinet d’architectes Donald Insall Associates, basé à Londres.
« D’autres très grands projets sont confrontés aux mêmes difficultés, comme le Palais de Westminster, sur lequel nous travaillons ici à Londres », souligne-t-il.
Cette pénurie « pourrait être l’élément clé qui déterminera le rythme et peut-être certaines des décisions qui seront prises au cours du processus de restauration » de Notre-Dame, ajoute l’architecte, dont le cabinet avait été sollicité pour travailler sur la restauration du château de Windsor.
Datant du XIe siècle, la résidence favorite de la reine Elizabeth II avait été dévastée par un incendie en 1992, avant de retrouver une nouvelle jeunesse, moyennant une facture de 36,5 millions de livres et deux ans de travaux, achevés en 1997.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE VOLONTARISME DÉBRIDÉ D'EMAMNUEL MACRON EST EXASPÉRANT. 

Il agit partout et tout le temps en Jupiter Duracel qui multiplie les effets  d'annonce.   Et s'il dit ce qu'il pense, à n'en pas douter,  il ne pense pas tout ce qu'il dit. Affirmer avec aplomb  que Notre Dame retrouvera son "pristine" état dans cinq ans est une contre vérité que n'importe quel architecte averti ou simple citoyen doué d'un peu de jugeote déconstruira en quelques instants. Il n'est pas bon de mentir ainsi aux Français: "un président ne dit pas cela impunément". Car la confiance est le seul ciment capable de le ressouder au peuple colérique. 
Personne ne semble vouloir rappeler que le temple de Jérusalem rasé par les Romains ne fut jamais reconstruit, ni que Jésus affirma avec aplomb :  "Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai. " (Jean 2:19)
Il est bon de s'en souvenir, quelques jours avant la passion christique  que la tradition célèbre au moment de l'équinoxe du printemps, quand précisément la lumière triomphe des ténèbres.
On n'a pas reconstruit non plus les ruines de Palmyre en Syrie détruites par la furia islamiste , ni le phare d'Alexandrie, ni restauré le Parthénon qui transformé par les Turcs en poudrière explosa avec force dégâts. 
En revanche on a reconstruit, après la réunification  le Bundestag, le célèbre parlement allemand qui fut incendié par les nazis de la façon la plus moderne et le plus radicale car les Allemands le regardent comme le symbole de leur toute nouvelle démocratie.
On parle de réunir près d'un milliard d'euros pour financer la reconstruction de Notre Dame, une vraie folie. Est ce bien raisonnable Emmnuel Macron? Vous qui peinez à réunir les milliards nécessaires à calmer la colère des Français avec ou sans gilets jaunes?  Et que fait-on pour financer l'épuration des océans cette immense cathédrale liquide polluée par les millions de tonnes  de plastic  que l'homme y déverse impunément?
Certes la cathédrale est ce qui résiste aux temps, elle demeure à travers les aléas de l’histoire humaine, les changements de régimes et les passions individuelles.
Mais c'est surtout dans l'imaginaire collectif français voire même , dans l'inconscient européen, mondial peut être qu'elle survit à même  le Taj Mahal, la mosquée de Cordoue, le Parthénon, les pyramides...
Je me suis posé une question iconoclaste. L'impact psychologique eut-il été le même si la tour Eifel s'était effondrée?
MG


PAS GRAVE, L'INCENDIE DE NOTRE-DAME ? SI... MAIS SUR LE FOND, OPALINE MEUNIER N'A PAS TORT

Sous le feu des critiques, Opaline Meunier a retiré son tweet polémique concernant l'incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Mais sur le fond, elle n'avait pas tout à fait tort. Une opinion de Paul Löwenthal, professeur (é) à l'UCLouvain.
L’incendie de Notre-Dame de Paris a suscité une polémique qui pourrait se révéler salutaire. En 1966, à partir du livre de Larry Collins et Dominique Lapierre, le film de René Clément « Paris brûle-t-il ? » narrait l’épisode d’août 1944, quand Hitler ordonna à son commandant à Paris, Dietrich von Choltitz, d’incendier Paris avant de capituler face aux troupes alliées. Le film montre le sacrifice de résistants, choisissant de s’opposer à la Wehrmacht plutôt que de laisser détruire le monument qu’est Paris. À l’époque, je fus désagréablement frappé par la préséance qui était ainsi donnée aux pierres sur les hommes, y compris les résistants eux-mêmes.
Cette fois-ci, la candidate CDH Opaline Meunier a émis, dans le feu de l’incendie de Notre-Dame, un tweet qui fut baptisé successivement de polémique puis – politiquement correct oblige – de maladroit. Et rapidement retiré en raison de la violence des réactions qu’il suscita. Que disait-elle ? "C'est des briques les copains. Une charpente. Ça se reconstruit. Y a pas de blessés. Bern qui pleure au JT, c'est du délire de l'émocratie. Y a tellement de drames dans le monde pour lesquels je voudrais parfois voir quelqu'un pleurer au JT."  Sur le coup de l’émotion – car c’en est une – et en maximum 280 signes, qui ferait mieux ? Polémique ? J’espère bien. Maladroit ? Si peu...
Dans le sens des indignés, je noterai que les monuments qui font débat – statues bouddhistes d’Afghanistan face aux talibans, Paris face aux nazis, Notre-Dame de Paris face à l’incendie – ne relèvent pas seulement du patrimoine matériel, mais font partie du patrimoine humain. Il est donc juste de s’indigner quand on les détruit. Mais si ce n’est qu’un accident, pour dramatique qu’il fût, il y a clairement matière à regret, mais pas à scandale.
IL N'Y A QUE LA VÉRITÉ QUI BLESSE
Je fais un pas de plus. Deux familles fortunées françaises ont promis 100 et 200 millions d’euros pour contribuer à la reconstruction et lancer un mouvement financement citoyen. Merci ! Et merci à tous ceux qui s’associeront dans la mesure de leurs moyens. Mais, dans la ligne d’Opaline Meunier, je ne peux m’empêcher de constater qu’ils semblent plus prompts à donner pour le patrimoine artistique et historique que pour les personnes en difficulté : concitoyens ou générations futures.
J’ajoute donc un autre critère de discernement : le caractère éventuellement irréversible du mal causé. Et là, beaucoup jugeront que le patrimoine hérité de nos ancêtres est irremplaçable. Alors que la succession des générations opère le remplacement des retraités et décédés. Les morts que nous déplorons (ne) sont (que) des morts prématurées, puisque nous sommes tous mortels.
Rassurez-vous, je ne suis pas d’accord. Je le suis avec l’argument, mais pas avec sa conclusion. Parce qu’on m’a appris que pour Dieu, tout humain est unique et irremplaçable. Et parce que les humanistes ont gardé cette vision. N’est-ce pas ce qui fonde la valeur que nous accordons à notre patrimoine historique – jusqu’aux frustes outils de la préhistoire ?
Discriminer est difficile et controversable, mais ne peut-on s’accorder pour suggérer que nous gardions notre capacité d’émotion pour les monuments de notre passé, mais qu’il serait cohérent de la (re)trouver pour l’humain, victime pluri-millénaire de notre indifférence ou de notre égoïsme. Et l’humain, c’est chaque humain – pas seulement la trace statistique et impersonnelle d’un budget de "ressources humaines", d’un "taux d’emploi" ou d’une "capacité d’absorption" de migrants.
C’est là ce que nous rappelle opportunément Opaline Meunier – et c’est pourquoi les injures qui l’ont abreuvée devraient se retourner contre leurs auteurs.  Il n’y a que la vérité qui blesse.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
ET VOILA QU' OPALINE MEUNIER SE MET A EXISTER

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