lundi 22 avril 2019

Ukraine: la folle victoire de l’humoriste Volodymyr Zelensky


Par  Stéphane Siohan
Le Figaro 

Avec sa campagne digitale et antipolitique, le comédien a terrassé dimanche le président sortant Petro Porochenko.
À Kiev
Jusqu’à la dernière minute, Petro Porochenko aura tenté de laisser croire qu’il avait en face de lui, lors de cette élection postmoderne, le cheval de Troie de Vladimir Poutine en Russie et le pantin de son ennemi juré, le milliardaire Ihor Kolomoisky.
En réalité, le président sortant faisait face aux 73 % de ses concitoyens qui lui ont désigné la porte de sortie (selon un sondage de sortie des urnes), lors d’un exercice de démocratie distinguant l’Ukraine de ses voisines russe et biélorusse. Il est de bon ton de railler ses mœurs politiques, baroques et parfois sauvages. Mais force est de constater qu’en 28 ans, l’ex-République soviétique a réussi à inscrire dans ses institutions le principe de transition démocratique à travers les urnes.
«Je ne suis pas un politicien mais un type normal, qui est juste venu pour détruire le système»
Volodymyr Zelensky
Difficile à cerner dans son projet politique, la vague Zelensky, propulsée par un très fort vote anti-Porochenko, révèle la culture démocratique des Ukrainiens. Élu en 2014 au premier tour avec 55 %, Petro Porochenko, qui a rapidement concédé sa défaite dimanche soir et félicité son adversaire, offre le bilan d’une présidence à contretemps. Élu sur un mandat populaire, impératif, porté par une demande de changement radical de la société et de justice sociale, il s’est trop souvent appuyé sur la guerre pour gouverner comme un «hetman», ces chefs cosaques d’autrefois, en oubliant qu’historiquement le peuple ukrainien s’est toujours octroyé le droit de sanctionner ceux qu’il avait nommés pour les diriger.
C’est peut-être vendredi lors du débat au Stade olympique de Kiev que Zelensky a atteint son adversaire. «Je ne suis pas un politicien mais un type normal, qui est juste venu pour détruire le système. Je suis le résultat, Petro Olekseievitch, de vos erreurs et de vos promesses (non tenues)», a-t-il lancé confirmant qu’il ne s’engageait que cinq ans et que sa première mesure, une fois élu, serait d’instaurer une loi sur l’impeachment du président. La journée électorale de dimanche aura offert un contraste marquant entre, d’un côté, Petro Porochenko, 53 ans, vestige de la culture politique des années 1990, marchant le menton relevé dans la Maison des officiers de Kiev, au milieu de ses gardes de sécurité ; et, de l’autre, Volodymyr Zelensky, des lunettes noires sur la tête, glissant aux reporters que sa femme Elena lui a passé des morceaux du rappeur américain Eminem pour le booster au petit déjeuner.
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La guerre de l’image, Zelensky l’a depuis longtemps remportée. Dimanche matin, à son bureau de vote de Kiev, le redoutable producteur audiovisuel répète les mots magiques. Au milieu d’une marée de journalistes, il se borne à dire que ses priorités seront de «lutter contre la corruption et mettre fin à la guerre». À la question, «pour qui avez-vous voté?», Volodymyr Zelensky répond hilare: «Pour l’Ukraine!»
Mais comme ici il faut toujours un peu de drame: la police a débarqué dimanche au QG de l’humoriste. Ce dernier avait montré aux caméras son bulletin de vote, ce qui est contraire à la loi. Le favori de l’élection a dû régler une amende de 5 100 hryvnias (environ 170 euros). En parallèle, les associés de Kvartal 95, sa société audiovisuelle, ont annoncé qu’il serait absent des prochains projets d’émissions.
PLÉBISCITÉ PAR LES JEUNES
La télévision 1+1, deuxième chaîne du pays, et Instagram, 4 millions de followers, auront été les armes de destruction massive du candidat Zelensky, qui a dynamité les codes des campagnes politiques, en Ukraine, mais peut-être aussi en Europe. Pour quiconque a observé ces dernières semaines, les analogies avec la série télévisée qu’a écrite Zelensky avec ses scénaristes sont frappantes. Au petit écran, il incarne Vasyl Holodborodko, un prof d’histoire de Kiev, propulsé candidat après avoir hurlé sa colère contre le système oligarchique. Ses élèves le filment en cachette et postent la vidéo sur YouTube. Les lycéens montent sa candidature aux élections et lancent un financement participatif pour sa campagne. Le lendemain d’une élection triomphale, les services de la présidence viennent chercher le prof dans son appart de banlieue pour l’emmener vers sa nouvelle destinée.
Trois ans après l’écriture de ce scénario visionnaire, qui n’a peut-être rien laissé au hasard, la réalité prend des libertés avec la fiction. La campagne de Zelensky a été en partie pilotée par l’avocat personnel d’Ihor Kolomoisky, le grand rival de Porochenko. Mais Volodymyr Zelensky a scellé sa victoire chez les jeunes, ceux-là mêmes qui ont porté son hologramme dans la série. Au premier tour, 45 % des moins de 25 ans ont voté pour lui. Une période de recomposition politique s’est ouverte à Kiev dimanche soir. L’intelligentsia portée au pinacle après la révolution de Maïdan est sous le choc de l’arrivée d’un impétrant aux codes culturels populaires. Le prochain épisode de la saga Zelensky est déjà haletant: va-t-il comme dans Serviteur du peuple nommer ses copains ministres, ou bien faire des compromis avec l’establishment et les oligarques? Pour sa première conférence de presse en tant que président élu, il a annoncé dimanche soir vouloir «relancer» le processus de paix avec Moscou au sujet de la guerre dans l’est séparatiste prorusse. L’Ukraine est de nouveau devant une grande page blanche.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
«JE NE SUIS PAS UN POLITICIEN MAIS UN TYPE NORMAL, QUI EST JUSTE VENU POUR DÉTRUIRE LE SYSTÈME»
(Volodymyr Zelensky)

Lorsque l'opinion publique, expression sacrée et légitime de la volonté générale plébiscite les clowns Trump, Pepe Grillo, Francken ou autres Farage, Baudet ou Volodymyr Zelensky, on est légitimement en droit de se demander ce que veut vraiment le peuple, ce "peuple de types normaux"  qui autrefois plébiscita Mussolini, Hitler, Pétain... La France a échappé de justesse au bouffon Poujade, voire au clown  Coluche qui se présenta aux élections présidentielles. Aujourd'hui il ferait sûrement des tonnes de voix! 
On se souvient de la boutade de Brecht qui disait la même chose mais à l'envers: "Puisque le peuple vote contre le Gouvernement, il faut dissoudre le peuple."
Emmanuel Macron ne rêve-t-il pas, lui aussi, de dissoudre le peuple encombrant des gilets jaunes? Sans aucun doute mais il y met les formes car, sauf preuve du contraire, c'est un "bon" démocrate et non point un bouffon, même s'il lui arrive de  déraper "grave", par exemple quand il promet de réparer Notre Dame dans les cinq ans c'est à dire pour les Jeux Olympiques de Paris de 2024. Car de bien entendu il se voit réélu pour un second mandant d'ici là.
Plus le temps passe et plus j'en doute.
MG

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DIE LÖSUNG  LA SOLUTION
Nach dem Aufstand des 17. Juni
Ließ der Sekretär des Schriftstellerverbands
In der Stalinallee Flugblätter verteilen
Auf denen zu lesen war, daß das Volk
Das Vertrauen der Regierung verscherzt habe
Und es nur durch verdoppelte Arbeit
zurückerobern könne. Wäre es da
Nicht doch einfacher, die Regierung
Löste das Volk auf und
Wählte ein anderes?
Après l'insurrection du 17 juin,
Le secrétaire de l'Union des écrivains
Fit distribuer des tracts dans la Stalinallée.
Le peuple, y lisait-on, a par sa faute
Perdu la confiance du gouvernement
Et ce n'est qu'en redoublant d'efforts
Qu'il peut la regagner.
Ne serait-il pas
Plus simple alors pour le gouvernement
De dissoudre le peuple
Et d'en élire un autre ?

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