vendredi 31 mai 2019

Brusselse moslims kiezen PS, joden MR

De Standaard

Bijna de helft van de gelovige moslims die zondag in Brussel hebben gestemd, kozen voor de PS. Van de gelovige joden stemde dan weer niemand op de socialisten. Dat blijkt uit een analyse van exit-polls, gemaakt door Cevipol, een studiecentrum van de Franstalige Brusselse universiteit ULB.
49,4 procent van de Brusselse kiezers die zich identificeren als gelovig moslim zeggen dat ze op de Franstalige socialisten hebben gestemd. Bijna een kwart (24,4 procent) stemde PTB. Atheïsten (21,4 procent) en agnosten (21,1 procent) kiezen het vaakst voor de groenen van Ecolo. Katholieken kiezen dan weer twee keer zo vaak (23,7 procent) voor de MR dan voor CDH (11,2 procent).
Gelovige joden blijken in Brussel een overweldigende voorkeur (44,2 procent) te hebben voor de MR. Het percentage dat voor de PS stemt, is volgens de studie nul. Het is niet zo dat Brusselse joden niet links zouden zijn, want 7 procent stemt voor de PTB en 3,2 procent voor Ecolo. Moslims stemmen dan weer bijna nooit (2,2 procent) voor de MR.
De cijfers zijn afkomstig van het studiecentrum Cevipol ondervroeg een steekproef van 1.800 Brusselse kiezers bij het stemlokaal in 15 gemeenten in het Brussels gewest. De volledige studie wordt pas bekendgemaakt op 15 juni, maar enkele tabellen zijn nu al vrijgegeven.
Pascal Delwit, politicoloog bij Cevipol, benadrukt dat het gaat om beschrijvende cijfers, niet om een analyse. ‘We kunnen uit deze cijfers niet afleiden waarom bijna de helft van de moslims op de socialisten stemt.’
Het kan zelfs zijn dat het verschil in stemgedrag tussen gelovige moslims en gelovige joden weinig met godsdienst te maken heeft. Moslims wonen vaker in de armere volksbuurten in het noorden en westen van Brussel. Dat kan ook de verklaring zijn dat ze niet stemmen voor de MR, die een rijker kiespubliek heeft.
Voor sommige bevolkingsgroepen zijn de cijfers relevanter dan voor andere. Omdat er in Brussel veel meer gelovige moslims zijn dan gelovige joden, maken ze ook een groter deel uit van de steekproef. Moslims zijn goed voor meer dan een derde van de respondenten, joden voor enkele tientallen. Met enkele tientallen respondenten is het moeilijk om statistisch relevante conclusies te trekken. De grootste groepen in Brussel zijn moslims, atheïsten en agnosten.
Delwit wijst er ook op dat een relatief groot deel van de Brusselse joden ongelovig is. ‘Traditioneel stemmen ongelovige Brusselse joden gemiddeld linkser dan gelovige joden, maar omdat zij verspreid zijn over de atheïsten en de agnosten, komt dat niet naar voor uit ons onderzoek.’


Seul un aveugle peut nier à quel point ce pays est au bord de l'abîme
Bert Bultinck
Rédacteur en chef de Knack

Les deux partis séparatistes n'ont pas obtenu de majorité, et aucun autre parti ne veut aider ces deux partis à obtenir une majorité. Seul un aveugle peut nier à quel point ce pays est au bord de l'abîme.
Bart De Wever sait gagner une élection. Dimanche dernier, on a découvert qu'il savait également perdre une élection. Après avoir "clairement" établi que son parti avait perdu, le président de la N-VA a immédiatement félicité le grand vainqueur, le Vlaams Belang. Dans les derniers jours qui ont précédé le 26 mai, De Wever a qualifié Groen de "parti à la noix" et a même laissé tomber le mot "merde" dans l'attaque contre le Vlaams Belang. Mais dimanche, il s'est soudain montré tout aussi élégant dans la défaite que Tom Van Grieken, président du VB, l'a été dans la victoire. Le président de la N-VA est maître dans l'art d'attirer et de repousser, en parfaite harmonie avec les résultats bipolaires flamands : les extrêmes ont gagné, le centre a perdu.
La victoire écrasante du Vlaams Belang, la courtoisie retrouvée à l'extrême droite du paysage politique et l'annonce de Bart De Wever qu'il allait parler à tout le monde de la formation de la coalition flamande : tout cela a embrasé les spéculations sur la rupture du cordon. Les deux partis séparatistes n'ont pas obtenu de majorité, et aucun autre parti ne veut les aider à obtenir une majorité. Seul un aveugle peut nier à quel point ce pays est au bord de l'abîme
(...)Lors du débat sur la migration de Knack il y a quelques semaines, Theo Francken a continué à répéter une question à Tom Van Grieken : "Quelles sont vos solutions ? Quelles sont vos solutions ?" C'est la question posée par un parti qui a eu le courage de participer à cette politique, adressée à un parti qui peut continuer à bâtir des châteaux en Espagne.. En attendant, le pays est en piteux état. Telle est l'amère leçon du 26 mai.


LA FORMATION DU PROCHAIN GOUVERNEMENT FÉDÉRAL SERA TRÈS SERRÉE

Jules Gheude 
Essayiste politique 25/08/18  in Le VIF
En guise de commentaire nous proposons de reproduire l'analyse indépassable  pleine de bon sens que proposait Jules Gheude la veille du scrutin.
La formation du prochain gouvernement fédéral sera très serrée. Ce n'est pas nous qui le disons, mais Luc Van der Kelen, l'ancien éditorialiste de " Het Laatste Nieuws ", dans une opinion publiée sur Knack.
Luc Van der Kelen est conscient que la situation belge est extrêmement précaire : "Le problème en Belgique est en effet que la stabilité semble exister, mais qu'à chaque moment elle peut disparaître. En général, nous réglons cela avec une réforme de l'Etat, mais même cette merveilleuse méthode belge a ses limites. À un moment donné, il n'y aura en effet plus rien à réformer, parce que tout paraîtra avoir déjà été réformé. Nous approchons de ce stade à grands pas."
Le 28 avril 2016, Jean Quatremer, le correspondant à Bruxelles du journal "Libération", constatait que "cinquante ans de lutte communautaire entre Flamands et Wallons et le détricotage de l'Etat central au profit des régions (six réformes constitutionnelles depuis 1970) ont conduit le royaume dans une voie sans issue : impotence, incompétence, irresponsabilité."
Luc Van der Kelen est formel : "Aujourd'hui, la chance est faible pour de grandes réformes administratives. Même pour la refédéralisation de certaines compétences, comme le commerce extérieur, ou pour l'introduction d'une circonscription électorale fédérale, ce qu'une organisation comme B-Plus continue de défendre. En Flandre, les partis flamingants, du Vlaams Belang à la N-VA en passant par le CD&V, n'y sont pas favorables. On trouve juste quelques voix positives chez les Jeunes CD&V."
Luc Van der Kelen parle des partis flamingants. Il n'ignore pas que ceux-ci éprouvent une aversion profonde pour Bruxelles, région à part entière.
Luc Van der Kelen souligne aussi la position forte de la N-VA. Pour son président, Bart de Wever, Flamands et Wallons vivent sur deux planètes et constituent deux démocraties. Aussi veut-il que cet état de fait se reflète dans un projet confédéral : un niveau belge réduit à sa plus simple expression, avec deux Etats - la Flandre et la Wallonie - entre lesquels chaque Bruxellois devra choisir pour ce qui concerne les matières dites communautaires: impôt des personnes, système de sécurité sociale,... Bref, une Belgique transformée en coquille vide et qui ne manquerait pas d'apparaître très vite comme superflue.
N'oublions jamais que l'idée confédéraliste a été lancée, au début des années 90, par le ministre-président flamand Luc Van den Brande (un démocrate-chrétien) et qu'elle a été approuvée par le Parlement flamand en 1999. Comment le président du CD&V, Wouter Beke, pourrait-il aujourd'hui ne pas appuyer cette réforme, lui qui, le 22 septembre 2007, avait déclaré au journal québécois "Le Devoir" : "Nous voulons une véritable confédération où chacun pourra agir comme il l'entend. (...) Si les francophones n'acceptent pas de lâcher du lest, nous n'aurons pas d'autre choix que l'indépendance."Voilà qui a le mérite de la clarté !
Luc Van der Kelen aborde alors le point crucial. Si les négociations aboutissent à une impasse, s'il y a peu d'alternatives, Bart De Wever peut mettre le confédéralisme sur la table. Le PS bloquera-t-il à nouveau ?
Luc Van der Kelen : Si le MR (...) ne parvient pas à capitaliser sur sa position exceptionnelle, alors la coalition fédérale ne pourra conserver sa majorité et le gouvernement wallon risque de prendre la forme d'une coalition de gauche. (...) Pour Magnette, Di Rupo et consorts (...) le niveau fédéral arrive à une place secondaire. Gouverner dans sa propre région est primordial.
Mais Elio Di Rupo sait aussi que la Wallonie devra tirer son plan toute seule. L'extinction progressive des transferts financiers en provenance de Flandre - quelque 7 milliards d'euros - est, en effet, programmée. Une situation qui deviendra vite intenable pour la Wallonie et qui l'amènera à se serrer la ceinture.
En 1981, François Perin avait prédit cette évolution : Les Wallons pourraient se retrouver indépendants à leur corps défendant, contraints à une discipline dont ils n'ont aucune idée.
Dans l'esprit de la N-VA, le confédéralisme devrait être la dernière étape avant le séparatisme. L'article 1er de ses statuts évoque clairement l'émergence d'une République flamande souveraine.
Tenter de maintenir la Belgique par de nouvelles discussions interminables, serait donc insensé. Puisque la mort du royaume est programmée, passons directement à la phase finale! François Perin se plaisait à répéter : Le mort est mort et bien mort, mais on ne veut pas voir qu'il est mort !


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
ET SI LES NÉGOCIATIONS ABOUTISSENT À UNE IMPASSE?
O
J'aimerais méditer cette petite phrase: "si les négociations aboutissent à une impasse."
Demandons nous en ce cinquième jour de crise ce qui risque de se passer si le duo d'informateurs Reynders Vande Lanotte- les meilleurs explorateurs possibles- devait échouer dans sa mission visant à désigner un formateur possible pour diriger une confédération fédérale. Ou, autre cas de figure, si celui ci ne parvenait pas à ses fins...En bonne logique, seule une coalitions des vainqueurs NVA, PS et éventuellement écolo est envisageable. Et si la NVA s'obstinait à n'en pas en vouloir?
Sans doute faudrait-il alors, dans plusieurs semaines voire plusieurs mois organiser de nouvelles élections au niveau fédéral. Avec quel résultat et surtout  avec le risque de voir monter encore le poids du Belang en Flandre... Dangereux! Très dangereux! "Le mort est mort et bien mort, mais on ne veut pas voir qu'il est mort !" (François Perin.

jeudi 30 mai 2019

Le Roi envisagerait plusieurs candidats au poste d'informateur


F.C. ET M.R.
La Libre Belgique

Après les consultations de ces derniers jours, le Roi va désigner un informateur. Ce dernier aura pour tâche de mener les premiers contacts politiques en vue de la mise en place d'une nouvelle majorité fédérale. Si les spéculations vont bon train quant à la personne choisie, certains noms semblent plus cités que d'autres. Parmi ceux-ci, Bart De Wever et Elio Di Rupo constituent de sérieux candidats. On retrouve également le nom de l'actuel vice-Premier ministre MR, Didier Reynders. Fort de sa longue expérience politique au premier plan au fédéral, ce dernier a en effet de nombreux atouts qui pourraient jouer en sa faveur. Au fil du temps, il a notamment acquis un statut de "sage'" de la politique belge. Il a par ailleurs déjà joué ce rôle en 2007 après une grande victoire des libéraux francophones aux élections. Didier Reynders avait tenté, à l'époque, de mettre sur pied une coalition "orange bleue" qui aurait réuni la famille sociale-chrétienne et la famille libérale. Mais les négociations n'avaient pas pu aboutir, entre autres en raison du refus de Joëlle Milquet, alors présidente du CDH, de laisser tomber le PS d'Elio Di Rupo.
Les politiciens, à pied d'oeuvre depuis l'annonce des résultats dans la soirée de dimanche, sont au repos ce jeudi, jour de l'Ascension. Mais ce n'est pas pour autant que le Roi ne nommera pas dès aujourd'hui un informateur. Le Souverain enverrait ainsi un message positif quant à l'évolution des négociations, après les tensions de ces derniers jours.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
UN RITUEL DESUET POUR DEUX POIDS LOURDS DE LA POLITIQUE BELGE

Ce rituel désuet date semble-t-il de l'époque où fut rédigée une première version de la Constitution qui passa alors pour l'une des plus audacieuses d'Europe et de l'époque. Le roi doit s'informer dans le dessein de s'éclairer l'esprit pour désigner un formateur capable de constituer une coalition majoritaire au niveau fédéral. La Constitution, revue au XXième siècle, décharge le roi de la mission de consulter les partis au niveau régional. Un symbole lourd de sens. Respectivement Elio Di Rupo (région wallone), Bart De Wever (Flandre) et Laurette Onkelinx sont chargés de cette délicate mission. Elio et Bart sont suffisamment à la peine que pour devoir accepter, de surcroît, une mission d'explorateur.  Alors qui? Un Bruxellois? sûrement pas Laurette qui serait aussitôt récusée par la presse flamande. Un Francophone? éventuellement Didier
Reynders? Ces déclarations très sèches à l'égard du PTB semblent le disqualifier pour jouer ce rôle. Et pourquoi pas Jan Jambon? Honnête bilingue, l'homme sait se montrer nuancé et pragmatique. Il est vrai qu'il s'est déclaré candidat premier ministre, ce qui devrait l'inciter à s'auto désigner pour le job de formateur. Mais n'allons pas trop vite en besogne. Certes, il n'y a pas loin de l'antichambre du Palais Royal au 16 rue de la Loi.  A pied, il n'y a qu'une rue à traverser. Politiquement c'est une tout autre affaire.
Et bien voilà DiverCity a tout faux!
En effet il a plu à notre roi de désigner Didier Reynders et Johan Vande Lanotte comme informateurs royaux: leur rapport doit être remis pour le 6 juin. Ce sera un document essentiel pour les historiens de demain;  C'est un choix extrêmement judicieux qui plaide pour le discernement de la part de l'entourage royal. Chapeau. rappelons que Vande Lanotte brillant constitutionaliste a lui aussi une longue expérience ministérielle. Il fut même ministre de l'intérieur et démissionna quand Dutroux prit la fuite. Il fut longtemps bourgmestre d'Ostende. C'est un flamand pragmatique.  Le Roi assure ainsi un équilibre politique et linguistique de nature à déjouer les critiques qui auraient entouré la nomination d'un seul informateur. Ce duo présente l'image du nouveau confédéralisme bien qu'il soit incarné par deux vaillants représentants du fédéralisme d'Union. On a fait très fort au Palais.
Il fallait un démineur de la trempe de Dehaene pour dénouer le sac de noeuds que l'électeur à imposé aux présidents de parti. Le roi s'en offre deux dont le quotient intellectuel et l'expérience politique est de nature à faire pâlir Bart et Elio. C'est fichtrement finement joué.
Bravo sire! Décidément ce pays ne manque pas de résilience!
Que personne ne s’y méprenne, si le Roi a finalement reçu en audience le président du Vlaams Belang peu avant de clôturer son premier round de consultation, c’est que les intervenants précédents avaient majoritairement envoyé un tel signal au roi Philippe. Ce genre de décision ne se prend ni à la légère, ni sans avoir tâté le terrain auprès des ténors de la politique belge. S’informer, ce n’est pas forcément  rompre le cordon sanitaire commente la Libre.
MG 


ILS ONT ÉTÉ REÇUS EN AUDIENCE AU PALAIS. LE PALAIS A ANNONCÉ OFFICIELLEMENT SA DÉCISION ET LES MODALITÉS DE LEUR MISSION.

Voici le communiqué des services du Roi : "Sa Majesté le Roi a reçu en audience au Palais de Bruxelles Messieurs Didier Reynders et Johan Vande Lanotte et les a chargés d’une mission d’information visant à identifier les défis à relever par notre pays, et les possibilités ainsi que les conditions nécessaires en vue de former un gouvernement fédéral. Dans le cadre de cette mission, ils garderont le contact avec les responsables des négociations dans les régions et communautés. Messieurs Reynders et Vande Lanotte ont accepté cette mission. Ils feront un premier rapport au Roi sur l’avancement de leur mission le 6 juin."
Comme La Libre le révélait ce jeudi sur son site web, Didier Reynders faisait partie des personnalités retenues par le Palais. L'actuel vice-Premier ministre MR était bien placé car, fort de sa longue expérience politique au premier plan au fédéral, il a en effet de nombreux atouts qui plaidaient en sa faveur.
Au fil du temps, il a notamment acquis un statut de "sage'" de la politique belge. Il a par ailleurs déjà joué le rôle d'informateur en 2007 après une grande victoire des libéraux francophones aux élections. Didier Reynders avait tenté, à l'époque, de mettre sur pied une coalition "orange bleue" qui aurait réuni la famille sociale-chrétienne et la famille libérale. Mais les négociations n'avaient pas pu aboutir, entre autres en raison du refus de Joëlle Milquet, alors présidente du CDH, de laisser tomber le PS d'Elio Di Rupo.
Quant à Johan Vande Lanotte, surnommé "l'empereur d'Ostende", le choix du Roi n'est pas étonnant non plus : l'ancien vice-Premier ministre SP.A est également un fin connaisseur des rouages de la politique fédérale et des nécessaires compromis à accepter lorsqu'on veut gouverner. Il a la confiance du Palais : en 2010, durant la crise politique, il avait été désigné "conciliateur". En 2015, il avait quitté la vie politique nationale après un parcours de 28 ans au plus haut niveau.
Avec Didier Reynders et Johan Vande Lanotte le roi Philippe place au centre du jeu politique un duo de fins négociateurs. Ils auront du travail... La situation politique au fédéral est particulièrement complexe suite aux élections de dimanche. Par ailleurs, en désignant un duo composé d'un libéral francophone et d'un socialiste flamand, le Roi assure un équilibre politique et linguistique de nature à déjouer les critiques qui auraient entouré la nomination d'un seul informateur.
Les noms d'Elio Di Rupo et de Bart De Wever circulaient dans la presse aujourd'hui mais ces pistes n'étaient pas crédibles : vu le fossé électoral qui sépare la Flandre, qui vote à droite, de la Belgique francophone, qui vote à gauche, le Roi ne pouvait pas opter pour l'un de ces deux leaders sans risquer de fâcher l'une des grandes communautés du pays.
Frédéric Chardon

En recevant le Vlaams Belang, le roi n'a-t-il finalement pris la décision de rompre personnellement le cordon sanitaire ? Si le roi sait qu’il risque avec ce geste symbolique d’essuyer des critiques, il ne pouvait probablement pas faire autrement.

En recevant  le Vlaams Belang, le roi n'a-t-il finalement pris la décision de rompre personnellement le cordon sanitaire ?
Si le roi sait qu’il risque avec ce geste symbolique d’essuyer des critiques, il ne pouvait probablement pas faire autrement. 
Dans Matin Première, l’avocat constitutionnaliste Marc Uyttendaele  (cf RTBF info) rappelait l’omniprésence du Vlaams Belang dans le paysage flamand, et la fracture qu’il produisait dans le pays. "La culture intellectuelle et politique n’a plus rien à voir au Nord et au sud du pays. C’est clair qu’aujourd’hui, il y a une banalisation à la fois du VB et de ses idées : il y a une porosité, tout le monde le voit, entre le VB et la N-VA. Alors que du côté francophone, il y a une défense plus nette d’un certain nombre de principes et il n’y a pas d’extrême-droite pour le moment."
C’est ce qui risque de rendre les choses plus difficiles qu’en 2014. A l’époque, la formation du gouvernement avait été plutôt aisée, les partis politiques avaient pris leurs responsabilités, estime Marc Uyttendaele : "le roi n’a pas dû jouer de rôle, il n’était pas exposé." A l’inverse, Philippe est dans une situation délicate cinq ans plus tard : la situation entre les deux communautés est devenue "irréconciliable, ajoute l’avocat. Quelle que soit l’initiative que prend le roi, elle risque d’être vivement critiquée, mise en cause, et derrière cela, c’est une certaine forme d’intégrité du système institutionnel qui est menacée."
IL CONVIENT DE RÉFLÉCHIR TRÈS PROFONDÉMENT AU MODÈLE PROPORTIONNEL
Marc Uyttendaele va plus loin : pour lui, c’est "l’agonie du modèle belge". Certains responsables politiques ne veulent par exemple pas entendre parler d’exclusives. "C’est un discours qui est complètement contradictoire, c’est-à-dire que dès le moment où vous avez des partis qui vont aux élections avec des programmes politiques, et qui prennent des engagements auprès des électeurs, et qui se rendent compte que ces engagements ne pourront jamais être tenus avec un partenaire X, c’est assez normal de mettre une exclusive, rappelle le constitutionnaliste. C’est clair qu’aujourd’hui, avec une société flamande qui est à la droite et parfois à l’extrême-droite, et une société francophone qui est à gauche et parfois à l’extrême-gauche, on ne voit pas très bien comment gérer l’intersection."
MARC UYTTENDAELE : "IL FAUT RETOURNER AUX ÉLECTIONS ET OUVRIR LE DÉBAT INSTITUTIONNEL"
Autre problème, selon Marc Uyttendaele, l’arrivée au parlement de partis "qui n’ont pas vocation au pouvoir" (le VB, le PTB), et qui risquent de "geler" les hémicycles. "Ça force presque tous les autres à se mettre ensemble pour faire une politique qui deviendra une sorte de magma informe parce qu’ils ne pourront pas s’entendre sur la mise en œuvre réelle des engagements promis aux électeurs, note l’avocat. Je crois qu’aujourd’hui il convient de réfléchir très profondément au modèle proportionnel, qui se concilie très difficilement avec une société divisée en deux comme l’est la Belgique." Quitte à penser au confédéralisme ? Sur le sujet, Marc Uyttendaele est "presque d’accord avec Bart De Wever", s’amuse-t-il. "La seule certitude que j’ai aujourd’hui, c’est qu’il n’y a pas de solution."
Même avec une coalition dans laquelle les partis flamands sont minoritaires ? "Politiquement, ça me paraît hautement improbable, parce qu’inévitablement, les partis qui prendraient cette position-là se mettraient en porte à faux dans les négociations qu’ils doivent mener pour faire partie du gouvernement flamand, affirme le constitutionnaliste. Il est clair que ça fera donc partie de la mariée pour gouverner en Flandre."


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
"LA SEULE CERTITUDE QUE J’AI AUJOURD’HUI, C’EST QU’IL N’Y A PAS DE SOLUTION."
NOUVELLES ELECTION DANS LES SIX MOIS?

Tout indique qu'il sera quasiment impossible de former une coalition  au niveau fédéral. Il faudra sans doute retourner aux urnes dans moins de six mois... On peut imaginer que Di Rupo, selon son habitude, s'empressera de conclure des alliances avec les écolos à Bruxelles et en Wallonie. En Flandre, la partie sera plus compliquée. Tactiquement, Bart De Wever a tout intérêt à faire traîner les choses et, si rien ne se révèle possible , à conclure un alliance avec le Belang, maintenant que le cordon sanitaire est symboliquement et politiquement rompu.
"Le Roi a-t-il commis un acte politique en recevant le président du Vlaams Belang?"  me demande un ami. Et de répondre:  "probablement que oui !   Choquant dira une ancienne ministre dont le grand-père avait collaboré avec l'envahisseur nazi !
Froid dans le dos ajoutera le nouveau président du CD-H (anciennement PSC) oubliant peut-être que Léon Degrelle, autre grand catholique avait été reçu par Léopold III en 1936 !
Les autres présidents de partis ont eu la sagesse de ne pas s'exprimer sur ce sujet hormis Charles Michel qui a appelé à la sérénité!
En tout état de cause, le Roi a joué son rôle de chef de l'Etat en recevant tous les  présidents de partis ! C'est- Uytendaele le confirme- la mission qui lui est constitutionnellement dévolue au niveau fédéral ! Philippe sent-il venir le confédéralisme à grands pas et va-t-il essayer de se maintenir en place coûte que coûte en préservant l'avenir de la monarchie? Acceptera-t-il , le cas échéant, pour lui ou pour sa fille un rôle protocolaire  comme le  grand-duc Henri de Luxembourg?"
Parfaite bilingue, Elisabeth pourrait jouer ce rôle à la perfection.
A tort ou à raison, le roi a donc reçu le président d'un parti radical antisystème.  Ce qui est sûr , commente Knack, c'est que Tom Van Grieken (président du Belang) et son équipe savent s'y prendre pour créer l'émulation au sein de l'opinion publique. L'homme fort du Belang a étudié la science de la communication et travaillé dans le marketing. Il sait mieux que personne l'importance des symboles.
Le look BCBG des jeunes loups du Belang est comme un hiéroglyphe de leur volonté de s'afficher comme l'exact contraire des barbes hirsutes islamistes ou des voiles communautaristes. Un ami flamand dont la fille enseigne la morale dans un athénée gantois  m'explique que cette dernière doit faire face à des gamins aux cheveux courts et à la tenue impeccable  qui, de plus en plus nombreux,  contestent son enseignement. Il semblerait même que Van Grieken inciterait les élèves à mettre sur You Tube des vidéos tournées en classe dénonçant les propos de profs qui seraient ressentis par eux comme gauchisants. Ca promet!
Louis Tobback est catégorique : 'De kiezers van het Blok stemmen met hun darmen' Les électeurs du Belang ont voté avec leurs tripes. Et le vieux briscard de dénoncer la recul de la raison face à la dictature de l'émotionnel. Leur conviction est simple: "das schaffen wir nicht!" Ils s'inscrivent en faux par rapport à l'optimisme affiché en 2015 par Angela relativement à l'intégration des flux massifs d'immigrés.
Herman Matthijs (prof UGent, VUB) se montre plus nuancé dans son excellente analyse des chiffres parue dans Knack. En  examinant les résultats des élections fédérales et régionales côte à côte et les coalitions possibles, Herman Matthijs se demande si - de facto - nous n'avons pas déjà créé toutes les conditions  d'une confédération. Nous laisserons la conclusion à Olivier Mouton qui signe une lettre téméraire aux électeurs flamands dans le Vif. Il ne "pense pas que le vote de dimanche exprime un désir d'indépendance de la Flandre. Du moins pas explicitement."
C'est là un voeu pieux que caressent beaucoup de Francophones. Mais plus le temps passe, moins je suis pour ma part convaincu qu'ils aient raison de se montrer aussi optimistes. Il ets sans doute plus tard qu'ils n'imaginent sur l'horloge qui affiche le compte à rebours.
MG


CHERS ÉLECTEURS FLAMANDS, JE VOUS AI COMPRIS...
Olivier Mouton Journaliste politique au Vif/L'Express

Ce mercredi, le Roi a reçu le président du Vlaams Belang - une première depuis 1936 : l'heure est grave.
Comme Bart De Wever le suggérait, on évoque désormais ouvertement un chemin vers le confédéralisme. Que la crise politique soit aussi longue que celle de 2010/11 ou pas, que l'on finisse par retourner voter ou pas, elle marquera un nouveau tournant pour le pays.
Chers amis flamands, avant toute chose, pouvez-vous me dire si j'analyse bien le signal que vous avez envoyé dimanche, en votant massivement pour des partis indépendantistes et porteur d'une vision restrictive de l'immigration ? Tout d'abord, vous avez visiblement peur.
(...) Les enquêtes universitaires montent que ce sentiment d'inquiétude existe tout autant du côté francophone. A l'heure de la globalisation technologique, les communautarismes se renforcent, les tribus serrent les coudes et les identités cherchent à se défendre. Le lendemain du scrutin, j'ai directement commandé le dernier livre de Bart De Wever, Over Identiteit. Pour mieux comprendre. Depuis des années, il construit son discours sur l'importance de la communauté. Au fond, il cherche à vous rassurer comme le fait Elio Di Rupo avec le clientélisme socialiste chez nous. Seuls les tonalités changent et s'opposent. Mais nous cherchons, au fond, les mêmes réponses.
Chers amis flamands, je comprends votre peur, même si je me demande dans quelle mesure on ne l'instrumentalise pas à des fins politiques. Comme tous les francophones, je suis par ailleurs surpris que cette crainte-là dépasse celle, autrement existentielle pourtant, du risque de la fin de l'humanité et de la nécessité d'agir urgemment pour ralentir le réchauffement climatique. Le mouvement des Jeunes pour le climat n'a-t-il pourtant pas pris de l'ampleur chez vous, avec cette jeune femme dont le nom, Aruna De Wever, contraste ironiquement avec celui du leader nationaliste ? Votre Région n'est-elle pas en première ligne du futur combat contre la montée des eaux ? J'ai bien entendu, durant la campagne, qu'il y avait une foi plus grande, de votre côté, sur les perspectives offertes par les progrès de la science. Nos interprétations divergent peut-être sur le choix de sortir rapidement ou non du nucléaire. Ou sur la nécessité d'adapter plus ou moins fortement rapidement nos modes de vie. Mais franchement, ce combat-là ne nécessite-il pas une réponse commune, européenne même ?
Chers électeurs flamands, je comprends votre ras-le-bol. Vous en avez marre de ces francophones arrogants, moralisateurs et donneurs de leçons. Croyez-bien que cela me dépasse souvent, moi aussi. Je ne comprends pas pourquoi on ne respecte pas la majorité de ce pays et pourquoi l'on prétend aimer la Belgique sans chercher à vous comprendre. Cela m'énerve d'entendre le président du PS prôner à un moment à ce point délicat de faire un gouvernement sans majorité flamande - même si je trouve gonflé votre courroux après une législature avec le MR ultra-minoritaire. Et cela m'irrite de lire des opinions pour dire que l'on quittera le pays si l'extrême droite arrive au pouvoir en Flandre - c'est tellement facile, tellement réducteur. Je sais encore votre exaspération historique à l'égard de l'attitude hautaine des francophones - même si l'ère des 'fransquillons' est depuis longtemps révolue. Je sais aussi votre crainte de la tâche d'huile qui menace votre culture et votre langue minoritaire. Vous en avez, par ailleurs, marre de payer pour la Wallonie et tout autant marre d'avoir pour capitale une ville de Bruxelles gérée de façon chaotique. Puis-je être sincère ? Cela me rend fou, moi aussi, de voir que cela prend tant de temps pour reconvertir notre économie, pour remettre de l'ordre dans nos institutions et faire les choix audacieux qui s'imposent. Nous avons été écoeurés par les affaires des dernières années et nous sommes loin de la caricature de ces "Wallons dans leur hamac" lancée de façon provocatrice - je devrais dire "électoraliste" - par Jan Jambon. L'urgence absolue consiste à transformer l'essai d'une Wallonie prospère. Voulez-vous que je vous dise quelque chose ? Si vous cherchiez à comprendre, vous comprendriez que les votes très à gauche des électeurs francophones, dimanche dernier, sont tout autant l'expression de peurs que les vôtres. Elles disent un ras-le-bol de ne pas être entendu et d'être méprisé. Ce sont, comme dans votre cas, un appel à une autre politique. Et à un parler vrai. Car oui, on sait aussi reconnaître de notre côté le talent d'un Bart De Wever, son courage de reconnaître sa défaite au soir des élections et, quand ce n'est pas trop teinté de cynisme, sa capacité à appeler un chat un chat. A ne pas user de la langue de bois.
Chers amis flamands, je vous ai compris. Et je ne pense pas que votre vote de dimanche exprime un désir d'indépendance de la Flandre. Du moins pas explicitement. J'aimerais, au fond de moi, vous parler de la nécessité de reconstruire un dialogue entre nous et de faire pression pour la mise en place d'une circonscription fédérale permettant à nos politiques de reparler à nos deux opinions publiques. Mas au fond de moi, je pense qu'il est trop tard, que c'est inaudible et qu'il est temps de regarder les choses en face. Ne nous séparons pas, non, gardons un lien commun, un Etat que l'on peut appeler "confédéral" si l'on veut et préservons Bruxelles comme trait d'union, mais jetons les bases d'une autre cohabitation, plus simple, plus claire, plus compréhensible. Allons au bout du chemin vers l'autonomie, en réformant l'Etat sur base de critères et de valeurs simples : une plus grande démocratie, une plus grande lisibilité et une plus grande efficacité. Croyez-moi, en disant cela, je ne saute pas de joie à l'idée de construire un Etat wallon "éco-communiste", bien au contraire. Je pense qu'en prenant le temps de clarifier les choses, nous prendrons nos destins en mains. Et paradoxalement, nous réapprendrons à nous respecter. Et, qui sait, à trouver des réponses communes à ces maux qui ne sont pas si différents d'une Région à l'autre.

mercredi 29 mai 2019

La Belgique, ce pays où rien n'est simple... Du fédéral aux régions, les négociations sont un vrai sac de noeuds

La Libre
Frédéric Chardon

Le Roi consulte ; Bart De Wever reçoit ; Elio Di Rupo et Laurette Onkelinx tâtent le terrain… On est encore loin de la solution.
Prenez une grande respiration, on va résumer la situation. Les Belges ont voté dimanche et l’addition de leurs choix n’arrange pas le monde politique. C’est même la galère. L’extrême droite flamande et l’extrême gauche francophone ont fortement progressé, réduisant d’autant le poids des formations se situant de la droite démocratique à la gauche gestionnaire. Autrement dit, les partis dits "de gouvernement" sont moins grands (sauf les verts, qui progressent) et cela réduit les possibilités de coalitions à tous les étages de la maison Belgique. Voilà le problème de base. (La Libre)


“POURQUOI J’AI VOTÉ POUR LE VLAAMS BELANG” : QUATRE FLAMANDS EXPLIQUENT LEUR CHOIX
VRT NWS

Près d'un Flamand sur cinq a voté dimanche pour le Vlaams Belang. Et pour beaucoup de Flamands, c'était aussi la première fois qu'ils choisissaient le parti d'extrême droite de Tom Van Grieken. La VRT s'est entretenue avec un étudiant de Mortsel, un entrepreneur de Wevelgem, un étudiant de Courtrai et un retraité de Hasselt. Ils expliquent leurs motivations. Eric Steffens
TIM (21 ANS), ÉTUDIANT À MORTSEL (ANVERS)
Tim Van Leekwyck a 21 ans et est étudiant à la Haute école Artesis Plantijn d'Anvers. Il possède aussi sa propre entreprise. Il avait déjà voté pour le Vlaams Belang aux élections communales d'octobre de l'année dernière, et a fait la même chose pour la première fois dimanche au niveau flamand et européen.
"J'ai voté pour eux, comme beaucoup de jeunes, parce qu'ils ont dans leur programme des sujets qui me préoccupent. Ils ont aussi très bien défendu leurs positions et si vous regardez Tom Van Grieken (le président du Vlaams Belang), il est très différent de Filip Dewinter, beaucoup plus jeune et aussi moins radical. Et je pense que pour beaucoup de jeunes, c'est un facteur qui a joué dans le vote actuel pour le Vlaams Belang."
Tim Van Leekwyck note que parmi ses amis ils sont de plus en plus nombreux à opter pour des positions extrêmes "Vous avez l'extrême gauche et l'extrême droite. Dans le groupe d'extrême droite, ce que je vous dis est très courant, j'ai l’impression que c'est ce qui touche beaucoup de jeunes. Bref des points de vue très éloignés les uns des autres, il n'y a plus de position centrale."
Néanmoins, Tim Van Leekwyck n'est pas sûr qu'il votera encore pour le Vlaams Belang lors des prochaines élections. "Mon choix peut changer à tout moment. S'il y a d'autres partis avec des points de vue différents qui seront plus dans ma direction dans 5 ans, alors il est possible que je vote très à gauche. Je ne parle pas de la gauche ou de la droite, mais des positions qui, selon moi, sont importantes et qui le sont aussi pour la société actuelle et pour les Flamands."
GINO (60 ANS) INDÉPENDANT DÉVELOPPEUR DE PROGRAMMES INFORMATIQUES À WEVELGEM (FLANDRE OCCIDENTALE)
Gino Craeynest a 60 ans et votait pour la première fois pour le Vlaams Belang parce qu’il veut du changement. "J'ai tout de suite opté pour le Vlaams Belang sans réfléchir", explique Gino Craeynest. "J'ai d'abord passé le test électoral et par deux fois j’étais proche des idées du Vlaams Belang. Je votais avant pour l'Open VLD, mais je n'aime plus ce parti. Puis je suis passé à la N-VA et la différence entre le N-VA et le Vlaams Belang est minime pour moi. Je me suis dit : "Je vais essayer le Vlaams Belang et voir ce que ça donne."
La migration, les pensions et l’honnêteté sont des thèmes importants pour Gino Craeynest. “A mon avis, les partis traditionnels se résument au partage des postes, au profit personnel et au clientélisme. On voit toujours les mêmes visages partout, ce sont des figures médiatiques. S'ils ne passent pas à la télé tous les jours, ils se sentent mal. Pour moi, un politicien ne devrait pas être une figure médiatique."
"Je trouve dommage que la N-VA et le Vlaams Belang n'aient pas la majorité en Flandre. Ce sont, pour la plupart, des vases communicants. L’Open VLD, le SP.A et le CD&V, perdent tous des voix et elles vont au Vlaams Belang. La Flandre est à droite. La N-VA est et reste le meilleur parti pour moi, mais je suis quelque peu déçu après le terme “bouffon”, utilisé par le président de la N-VA Bart De Wever la semaine dernière pour désigner le président du Vlaams Belang Tom Van Grieken. Je n'ai pas entendu ses excuses hier matin, peut-être que ça aurait pu m'influencer mais je crains que non."
ALBERT (21 ANS) ÉTUDIANT ET DJ À COURTRAI (FLANDRE OCCIDENTALE)
Etudiant comme Tim Van Leekwyck, Albert Lafosse évoque également le succès du Vlaams Belang auprès des jeunes. "J'ai l'impression que chez les jeunes, il y a de plus en plus de sympathie pour le Vlaams Belang. Le parti était également très présent sur les médias sociaux. Les jeunes vont s'y informer davantage qu'ils ne lisent les journaux, par exemple, alors c'est une bonne idée pour le Vlaams Belang.
Albert Lafosse a voté pour le Vlaams Belang pour diverses raisons. Il veut que l'on s'attaque plus durement à la criminalité et que les pensions augmentent. Mais surtout, il pense que les partis traditionnels n'offrent pas d'alternative. "Le Vlaams Belang est vraiment proche du peuple. Ils écoutent les gens et cherchent des solutions constructives aux problèmes qui existent. Les partis traditionnels promettent beaucoup, mais n'ont apporté que peu de changements positifs. Les gens sont frustrés et le Vlaams Belang a obtenu beaucoup de votes de protestation."
En tant que DJ, il souligne qu'il n'est pas contre une société multiculturelle. "Mais seulement si chacun apporte sa contribution. Dans la vie nocturne, j'aime beaucoup le fait que différentes cultures se mélangent, mais cela doit être intégré dans notre société belge de la bonne manière".
Albert Lafosse qualifie les mesures climatiques des derniers mois de battage médiatique. "Parfois, c'était plus pour ne pas aller à l'école. Mais tant qu'un parti comme Groen ne sera pas capable de présenter un plan constructif et solide pour le climat, il ne gagnera aucune voix."
EDDY (72 ANS) RETRAITÉ DE HASSELT (LIMBOURG)
Eddy Devries a 72 ans, il est retraité et vit à Hasselt. Il vient d'une famille libérale. Il est l'aîné de 10 enfants, ses frères et sœurs sont socialistes. Il se décrit lui-même comme proche de la N-VA. Les événements récents de sa vie (il a été victime d’un mariage de complaisance) l'ont amené à voter pour le Vlaams Belang pour la toute première fois de sa vie.
Eddy Devries a été déçu par la N-VA après avoir frappé à la porte de certains hommes politiques de ce parti pour tenter de règler ses problèmes, il n'a pas obtenu de réponse. Pour lui, les questions telles que les pensions, la justice et la migration sont importantes.


ANECDOTE DI RUPO
Mathieu Colleyn L'écho

La minorisation d’une communauté
On ne devrait plus voir Elio Di Rupo sur les plateaux de télévision avant un moment. Le président du Parti socialiste a décrété le silence médiatique et se concentre sur sa tâche de "formateur" du futur gouvernement wallon. Il ne souhaite plus non plus être à l’origine de nouvelles polémiques. Sur le plateau de la RTBF lundi soir, le Montois a estimé que deux partis flamands défaits par l’électeur, le CD&V et l’Open Vld, devaient unir leurs forces avec Groen pour contourner la N-VA dans le prochain gouvernement fédéral. Il y voit LA solution au nœud politique national. Cette formule serait toutefois minoritaire dans le groupe linguistique flamand de la Chambre. Hérésie! Et volée de bois vert côté flamand où cela passe toujours mal. On l’accuse d’ignorer le signal envoyé par l’électeur dimanche.que de la modestie.
En coulisse, on estime surtout que, parlant de la sorte, le PS a surtout mis dans l’embarras le CD&V et l’Open Vld dont il réclame justement la collaboration. Toujours premier parti de Flandre, la N-VA a très vite déclaré qu’un minorisation flamande au Fédéral serait inacceptable. C’est dans ce contexte qu’Elio Di Rupo – dont le parti est un repoussoir en Flandre – fait de deux perdants des candidats au pouvoir alors que leurs scores électoraux les inviteraient plutôt à la modestie, selon les termes utilisés par le président du CD&V Wouter Beke dès dimanche.
BREF, LE TIMING EST MAUVAIS POUR CES PARTENAIRES POTENTIELS DES SOCIALISTES AU NIVEAU FÉDÉRAL. LA MALADRESSE EST BIEN LÀ. Car sur le fond, on ne voit pas très bien ce qu’on pourrait reprocher à Elio Di Rupo. En 2014, il était mis dans l’opposition par une minorité constituée par le seul MR et soutenue par trois partis flamands. La Belgique francophone vient de vivre près de 5 ans sous un gouvernement soutenu par 20 députés francophones sur 150.
Par ailleurs, les mêmes CD&V et Open Vld avaient accepté de participer au gouvernement Di Rupo (2010-2014) sans disposer de majorité au sein du groupe flamand à la Chambre. Aujourd’hui, la N-VA exclut PS, Ecolo et PTB – soit 43 des 64 sièges francophones du Parlement – à moins de démanteler le pays. Il n’est donc pas étonnant de voir le président du PS maintenir cette exclusive 24 heures après l’élection. Une communauté minorisée au niveau national n’est pas souhaitable mais n’a rien d’inédit. Ce qui est inédit par contre, c’est la situation politique issue des élections de dimanche
LE NATIONALISME POLITIQUE DÉPASSE EN EFFET LES 40% AU NORD DU PAYS. L’état de faiblesse des partis traditionnels, faciles à marier au Fédéral, rend la prudence d’autant plus primordiale pour un parti qui s’érige en défenseur de la maison Belgique. Fin de l’anecdote. Les négociations gouvernementales s’annoncent aussi longues que difficiles, n’ont même pas encore commencé.
Mathieu Colleyn,


POURQUOI LA NOUVELLE GARDE DU VLAAMS BELANG S'HABILLE À LA FAÇON DU GENDRE IDÉAL
MARIE RIGOT La Libre Belgique

(...)Presque aussi commentée que le score du parti, l'allure de nombre de ses membres - costume taillé sur mesure, pantalon retroussé, grosse montre, coupe de cheveux impeccable... - a fait réagir sur les réseaux sociaux. Tirée à quatre épingles, la nouvelle garde du Vlaams Belang - dont font partie son président, Tom van Grieken, et le fondateur du mouvement de "droite dure" Schild en Vrienden, Dries Van Langenhove - a adopté une allure de parfaits gentlemen. Mais ce qui apparaît presque comme un uniforme au sein du parti flamand a des échos dans les autres formations européennes d'extrême droite. Thierry Baudet aux Pays-Bas, Jordan Bardella en France et le controversé Sebastian Kurz en Autriche sont autant de personnalités extrémistes qui ont adopté ce style particulier.
Pour Nicolas Baygert, professeur de communication à l'ULB et à l'Ihecs, cela participe à un mouvement général de réédification de la communication non-verbale. "On constate de plus en plus d'éléments de communication non-verbale tels que des attributs vestimentaires adoptés par les politiques, comme le bleu des macronistes ou le look des écologistes, détaille Nicolas Baygert. Ces traits particuliers se rapportent à une certaine vision du monde".
Le spécialiste de la communication estime que Dries Van Langenhove a joué un rôle important dans ce changement d'image du Vlaams Belang. "Dans les injonctions propres à Schild en Vrienden, il existe un rapport à l'apparence soignée et tirée à quatre épingles du gendre nationaliste idéal", explique le professeur. Le groupe accorde en effet une importance toute particulière non seulement au style vestimentaire mais également au physique qui doit être "athlétique". "On ne peut pas être de droite et obèse", avait ainsi déclaré le leader de Schild en Vrienden dans un documentaire consacré à son mouvement.
Mais si l'arrivée du leader du mouvement de droite dur au Vlaams Belang a suscité ce changement d'apparence, il n'a pas réussi pour autant à convertir tout le monde. Les membres du parti d'extrême droite plus anciens n'ont pas forcément suivi le mouvement. Touchant principalement donc la nouvelle génération, ce souci d'une allure impeccable relève avant tout d'une "volonté d'incarner l'identité flamande et un retour à des valeurs conservatrices", souligne Nicolas Baygert. L'allure débraillée, quant à elle, illustrerait en quelque sorte le déclin actuel de la société que le parti cherche à combattre. "Mais il est également question de se démarquer des jeunes engagés à gauche ('les rats de gauche' comme l'a dit le VB). Il y a du politique dans la cosmétique du Vlaams Belang".
Pour Walter Weyns, professeur de sociologie à l'Université d'Anvers, au-delà de vouloir se différencier, le Vlaams Belang cherche aussi à être "reconnaissable" et à "plaire". "Le costard est parfait pour cela, explique-t-il dans une interview à De Morgen. Ils portent les habits que revêtirait un vendeur de voitures pour inspirer la confiance aux acheteurs". Selon le professeur, cette apparence très épurée a un autre avantage pour le Belang: celui d'adoucir le message qu'il souhaite passer. "Si vous avez un discours que vos opposants caractérisent souvent de sale ou d'obscur, il est important de le tenir en faisant bonne figure à la lumière du jour, détaille le professeur. Des propos extrêmes seront moins bien accueillis s'ils viennent d'une personne à l'allure débraillée".


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
ET SI DESORMAIS L'HABIT FAISAIT LE MOINE?


LOUIS MICHEL: "LE PAYS N'EST PAS INGOUVERNABLE"

"Le fait que la N-VA ait servi thématiquement le Vlaams Belang a joué", dit-il.
Louis  refuse "de parler de crise avant de voir comment se déroule la mission royale". Selon lui, il reste encore en Belgique des partis politiques qui veulent des solutions, comme le MR : "Mon parti veut des solutions et apportera son soutien à des solutions démocratiques." Il souhaite poursuivre une politique qui permet à la Wallonie et à Bruxelles de s'en sortir sur le plan socio-économique (emploi, formation...) : "Nous voulons une Wallonie prospère et pas une Wallonie qui voudrait compter en permanence sur les autres."
"Il faut arrêter de jouer sur la peur. Le pays n'est pas ingouvernable. (...) Je suis plutôt optimiste, on trouvera des solutions. Mais il ne faut pas croire que ça va être facile. Quand j'entends la FGTB plaider pour des choix radicalement à gauche en Wallonie, c'est inquiétant. La Wallonie a besoin de toutes les forces vives et pas de division", a-t-il souligné.
Pour lui, la montée du Vlaams Belang est "une claque pour ceux qui ont fait une grave faute stratégique". Il pointe notamment la N-VA, qui a écorné son image en quittant le gouvernement sur le Pacte de Marrakech, et la mort de Julie Van Espen qui a bouleversé la Flandre. "La sécurité et la migration (...) ont jeté le trouble dans l'opinion publique flamande.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
UN SAC DE NOEUDS

Très franchement je partage pas l'optimisme de façade du père Michel. Je ne vois pas en effet comment réussir une coalition fédérale avec le jeu de cartes tel que l'électeur l'a déployé sur la table des négociations.
Le roi n'en sortira pas, d'ailleurs même son cher oncle  Baudouin n'y serait pas parvenu... Des voix flamandes s'élèvent jusque dans son propre entourage pour l'inciter à recevoir Van Grieken (président du Belang) au Palais, c'est à dire à  donner  une légitimité démocratique à ces nazis  en costume Emmanuel Macron. Il faudra suivre cela de très près. Si ce rendez-vous devait effectivement avoir lieu, ce serait le signe que le cordon est en voie de disparition.
Je pense, en toute rigueur, que la question centrale des jours et des semaines qui viennent  tournera autour du problème du maintien ou non du cordon sanitaire et subsidiairement la problématique du confédéralisme... Les deux sont étroitement liés Je m'explique. J'ai été frappé par divers signes à propos de l'extrême droite: d'abord le look BCBG bon genre des jeunes trentenaires (voir l'article) ensuite et surtout j'ai été très intrigué par l'interview de Zuhal Demir, la passionaria turque (kurde en réalité, on lira son interview en annexe)  de la NVA qui explique toutes les bonnes raisons qu'elle a eues, en tant que fille d'immigrés, de vomir le Belang depuis sa tendre enfance mais qui pourtant conclut paradoxalement: "Je ne vais tout de même  pas me cacher derrière une signature de politiciens en dessous d' un "cordon sanitaire" vieux  de 28 ans qui ne nous a pas rapprochés d'un iota des solutions. Je ne crois plus en ça. (sic) Je n'ai pas à me réjouir de la victoire du Vlaams Belang pour les reconnaître comme une réalité politique. La peur est  mauvaise conseillère.  Croire en ses propres convictions et sa propre force est de bonne guerre." (Zuhal Demir)
C'est lumineux! La NVA fait dire à sa candidate turque alibi qu'elle se prépare clairement à abolir le cordon sanitaire. Qu'est ce à dire? Simplement qu'une alliance avec la Belang à la région flamande n'est pas à exclure mais doit être regardée comme une option possible, voire assez probable.
Bart De Wever a dit de la manière la plus claire qu'il ne voulait pas d'une coalition fédérale dans que le la Flandre serait minoritaire comme sous le gouvernement Di RupoI. Di Rupo lui en rêve et il l'a dit clairement.   Dont acte. Si cela devait se faire quand même, il est certain que Bart ferait alliance avec le Belang. Il a la main à la Vlaamse Gemeenschap, il ne va pas s'en priver. Mon hypothèse est qu'il ne va pas essayer de conclure rapidement une coalition au niveau flamand mais qu'il se donnera le temps de voir ce qui se trame sans lui au fédéral.  S'il ne parvient pas à négocier une suédois 2 dirigée par Jambon- à notre humble avis la mission est impossible - il signera avec le Belang une alliance à la Vlaamse Gemeenschap de peur d'être laminé par le Belang en complet chemise cravate et chaussettes jaunes à gueule de lion au prochain scrutin.
Il faut bien comprendre que le centre de gravité de ce pays ne se situe plus au niveau fédéral mais au niveau régional de ce qui est en train de devenir les deux nations que sont la Flandre et le... reste c'est à dire Wallobrux, la Belgique résiduaire .
Si notre hypothèse se vérifie,  Claude Demelenne aura de bonnes raisons de faire en effet ses valises. On en est pas encore là mais on semble y aller très vite.
MG


“IK WIL ME NIET MEER VERSCHUILEN ACHTER EEN CORDON SANITAIRE”
Zuhal Demir 

Ik was 12 toen het Vlaams Blok zijn 70 puntenplan opstelde. Ik was er me toen niet echt van bewust. Gelukkig maar. Uiteraard wist ik dat er mensen waren die het niet fijn vonden dat wij hier waren, maar anderzijds dacht ik altijd: waar zou ik anders zijn? Pas toen ik 16 was, besefte ik wat de plannen van het Vlaams Blok waren. Meisjes als ik moesten in een moslimschool voorbereid worden op de terugkeer naar Turkije. Ik kan u verzekeren dat zoiets aankomt als een slag in het gezicht. Waarom? Mijn ouders waren hier gevraagd om te werken. Ik ging hier naar school. Het was totaal niet de manier waarop ik Vlaanderen ervoer. Ik was omringd door Vlamingen die net zo trots waren als ikzelf op de goede punten op mijn rapport. Ik herkende Limburg niet in de overwinningen van het Vlaams Blok. ‘Ze’ moeten er wel geweest zijn en racisme bestond, zoals het vandaag bestaat. Maar mensen die me wilden deporteren naar een land dat niet het mijne was? Ik wil de generatie politici die dit soort waanzin blokkeerden, danken dat ze daar niet aan meegewerkt hebben. Het idee alleen al vervult me met afgrijzen.
Ik moet er aan terugdenken bij deze verkiezingsuitslag. Nu ben ik een politica die wordt uitgenodigd om met uitgerekend die partij te praten over bestuurszaken. Het Vlaams Belang is -alvast op papier- niet het Vlaams Blok. Nieuwe mensen hebben andere ideeën. Sommigen waardeer ik persoonlijk als mens en als politicus. Maar je kan er niet rond. Dezelfde mensen die mij -en duizenden kinderen als mij- wilden terugsturen naar waar ik niet thuis was, zijn nog steeds actief binnen de partij. Een politicus die  eergisteren massaal verkozen is, verklaarde recent nog dat het ‘70 puntenplan’ beter was uitgevoerd.
Kan je daar mee praten? Heb ik niet de plicht om zoals de generatie politici voor mij om die deur potdicht te houden? Die vraag houdt me bezig. Ik verplaats me bijna automatisch in dat 16-jarig meisje dat zo kwaad en bang was om het onrecht dat het Vlaams Blok mensen wilde aandoen.
Ik ben echter geen Koerdisch meisje van 16 meer. Ik ben geworden wat zij niet wilden dat ik werd: een Vlaamse vrouw. Eentje die ondanks haar vreemd klinkende naam de persoonlijke steun kreeg van meer dan 61.000 Limburgers*. Ik laat me niet meer intimideren of bang maken. Ik ben geëvolueerd en ik hoop van hen hetzelfde. Ik weet dat het kan. Mensen die meeschreven aan het 70 puntenplan, zweren het haatplan vandaag oprecht af.
Het Vlaams Belang kaart vandaag dezelfde problemen aan als wij. Problemen die vandaag ook de toekomst van kinderen bedreigen en waar andere partijen niets om geven. Integendeel, ze misbruiken het woord ‘racist’ om reële problemen monddood te maken. Net zoals ze honderdduizenden kiezers monddood maken. En het lost niks op. Als we dan niet bereid zijn om te praten, hoe ver de standpunten en oplossingen ook uit elkaar liggen? Dan neem je je verantwoordelijkheid niet op als politicus. Dan vlucht je.
Vergis u niet. Ik ga zonder enige twijfel weglopen van een gesprekstafel waar racisme en discriminatie aanvaardbaar wordt. Of waar kinderen zoals ik niet tot ‘onze mensen’ worden gerekend. Dat zweer ik op alles wat me lief is. Maar dan wil ik mensen ook recht in de ogen kunnen kijken en zeggen waarom het echt niet kan.
Ik ga me niet verschuilen achter een handtekening van politici onder een 28 jaar oud ‘cordon sanitaire’ dat ons geen stap dichter heeft gebracht bij oplossingen. Daar geloof ik nu niet meer in.
Ik hoef niet blij te zijn met de overwinning van het Vlaams Belang om ze te erkennen als politieke realiteit. Angst is een slechte raadgever. Geloof in je eigen overtuiging en sterkte is dat niet.
* waarvoor mijn grote dank. Jullie zijn mijn sterkte.


"SI L'EXTRÊME DROITE ARRIVE AU POUVOIR EN FLANDRE, JE FAIS MES VALISES"

•Source : Le Vif
Claude Demelenne
essayiste, auteur de plusieurs ouvrages sur la gauche
Les marchands de haine prospèrent au Nord du pays. Liégeois habitant en Flandre, je crains le pire. Si le Vlaams Belang et la NV-A se marient, c'est décidé : je fais mes valises.
La Flandre est malade. Une des régions les plus riches d'Europe est également une des régions les plus atteintes par la vague brune. L'extrême droite devient la seconde force politique, au Nord. Bart De Wever n'exclut pas de casser le cordon sanitaire autour du Vlaams Belang, un parti qu'il va recevoir au lendemain du scrutin de ce 26 mai. C'est tout sauf étonnant, car au cours de la législature écoulée, la NV-A s'est souvent comportée comme un Vlaams Belang à peine un peu plus light.
"Bye bye Vlaanderen !"
Si l'on additionne les scores de la NV-A et du Vlaams Belang, en Flandre, le constat est effarant : ensemble, ces deux partis rassemblent pas loin d'un électeur flamand sur deux. Pire encore, le Vlaams Belang, l'une des extrêmes droites les plus hideuses d'Europe, séduit particulièrement les jeunes. Comme wallon vivant de longue date en périphérie flamande de Bruxelles, je me sens de moins en moins en sécurité dans cette Flandre-là. Une Flandre qui déroule le tapis noir pour les marchands de haine. Une Flandre qui a perdu tous ses repères . Une Flandre où Bart De Wever banalise depuis des années le discours de l'extrême droite, en faisant de Théo Francken le premier porte-drapeau de son parti. Si le cordon sanitaire est rompu, c'est décidé, je fais mes valises, je quitte la Flandre pour une région plus tolérante, plus conviviale, plus fraternelle, la Wallonie ou Bruxelles.
Je dis "bye bye Vlaanderen", car je suis sans illusion. Le jour où le Vlaams Belang et la NV-A s'accoupleront, la haine montera encore d'un cran. Après la chasse aux migrants viendra la chasse aux chômeurs, aux pauvres, aux exclus. Puis la chasse aux francophones. Le scénario est toujours le même lorsque les nationalistes montent au front. Ils stigmatisent tous ceux qui sont "différents".
L'exception wallonne
Circonstance aggravante aux yeux des marchands de haine hyper-flamingants, je ne suis pas seulement francophone, je suis aussi Liégeois. J'ai habité plus de trente ans dans la Cité ardente. Comme Charleroi et le Hainaut en général, la région liégeoise réalise une performance démocratique qu'il convient de saluer. Malgré la crise, le chômage et parfois une réelle désespérance sociale, Charleroi, Liège et d'ailleurs l'ensemble de la Wallonie, restent totalement imperméables aux thèses de l'extrême droite et de ceux qui la banalisent. Bart De Wever aime diaboliser cette Wallonie trop rouge, trop accueillante, trop sociale à son goût.
Cette Wallonie sympathique, je suis fier qu'elle résiste aux discours intolérants qui montent un peu partout en Europe. Je me réjouis qu'elle soit une exception heureuse sur le vieux continent, l'un des trop rares pays - en fait, un demi-pays - où l'extrême droite ne perce pas. Ce n'est pas un hasard si la Wallonie est le punching-ball favori de Bart De Wever. Elle symbolise tout ce qu'il déteste : la chaleur humaine, l'ouverture aux autres, le refus des simplismes nationalistes et identitaires.
Bruxelles, ma belle
Il n'y a pas que la Wallonie qui sauve l'honneur des démocrates. Bruxelles est également un exemple, une ville-région où l'extrême droite n'a pas droit de cité. Une ville-région où ceux qui, à la droite de la droite francophone, comme le Parti populaire de Modrikamen, reprennent certains de ses slogans n'obtiennent aucun élu. Bruxelles-la-cosmopolite vote massivement pour les partisans d'une vision sociale et tolérante de la vie en société. Les Flamands de Bruxelles sont également remarquables. Dans la capitale, ils ont voté non pas pour le Vlaams Belang et la NV-A, mais plutôt pour Groen, qui devient le premier parti flamand, à Bruxelles.
Solidarité avec mes amis flamands
Si l'extrême droite arrive au pouvoir en association avec la NV-A, je quitterai donc la Flandre. Mais je resterai solidaire avec mes amis flamands qui résistent à la peste brune. La Flandre mérite mieux que ce rictus nationaliste qui défigure son visage, ces derniers temps. La Wallonie rouge restera accueillante pour tous les démocrates flamands. Peut-être des dissidents politiques, pourchassés par l'extrême droite, y trouveront-ils refuge.
Peut-être que le pire ne se produira pas. Peut-être la Flandre se réveillera-t-elle, ouvrant les yeux sur la catastrophe qui la guette : être placée sur la liste noire des régions européennes à la fois dégoulinantes de richesse et de haine. Finalement, j'espère ne pas devoir faire mes valises. Je me refuse à désespérer totalement de la Flandre, une belle région quand elle n'est pas le terrain de jeu de l'extrême droite et de la droite - très - radicale.

lundi 27 mai 2019

Anuna De Wever: "Cela ressemble à un retour en arrière"


Le Vif 

La percée du Vlaams Belang a aussi été une énorme surprise pour Anuna De Wever. "C'est comme si nous étions de retour en arrière", a déploré l'initiatrice des marches pour le climat qui ont eu lieu durant vingt semaines partout en Belgique, dans le but de donner un élan en faveur d'une politique climatique forte.
Anuna De Wever © belgaimage
"C'est comme si nous étions de retour en arrière et en tant que jeune, je dois recommencer à convaincre les adultes et les politiciens qu'une crise existentielle est à venir", explique-t-elle.
"C'est un problème, car le climat n'est pas la priorité de la N-VA et du Vlaams Belang, et ce sont maintenant les deux partis les plus importants de Flandre. Heureusement, la tendance n'est pas la même en Wallonie et à Bruxelles", remarque Anuna De Wever.
L'arrêt progressif de l'énergie nucléaire, la réduction des voitures de société sur les routes ou l'augmentation des prix des billets d'avion ne sont pas une priorité pour les partis de droite en Flandre. "Ce sont des partis où seule la migration est la priorité. C'est dommage, parce que la Flandre a choisi l'archaïque et c'est extrêmement dommageable pour la transition climatique dont nous avons besoin. Je suis en fait choquée, parce que j'avais senti qu'avec notre génération, nous avions donné un signal très fort", regrette encore la jeune femme. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
"LA FLANDRE A CHOISI L'ARCHAÏQUE" 

Mon vieux professeur de néerlandais d'athénée m'écrit:
"Si des citoyens de ce pays croient encore que le sentiment belgicain existe, ou même a jamais existé, qu’ils ouvrent les yeux, et qu’ils regardent.
Cordon sanitaire: je veux bien, mais le Vlaams Belang sera à 50% en Flandre aux prochaines élections, et les problèmes seront beaucoup plus graves.
Il vaudrait mieux construire un pays confédéral si on veut éviter des problèmes très lourds. On pourrait alors avoir un gouvernement fédéral léger et laisser les régions faire l’essentiel du travail.
Pas de cordon autour du PTB? Les 200 millions de morts seront heureux de l’apprendre..mais on n’en parle pas.
En fait, tant que la Belgique était francophone , lorsque mon père était jeune, tout allait bien: justice, enseignement, armée ...tout en francais.
Et ces connards de Flamands n’ont pas aimé. Ils sont bêtes ces gens, ou ignorants, enfin ils sont comme ca."
Difficile de lui donner tort!
Béatrice Delvaux commente: "En Flandre une alliance NVA/Belang pourrait désormais forcer au confédéralisme."
Ah oui, vraiment?
De fait, près de 50% des électeurs flamands partagent l'opinion de Ben Weyts: "Er is een ruk naar rechts en een ruk naar Vlaams. Dat moet zijn plaats krijgen in een toekomstig beleid. "
"Wij zijn verkozen  om onze Vlaamse identiteit en de Vlaamse welvaart te verdedigen. Ik roep alle Vlaamse volksvertegenwoordigers op om die opdracht voorop te stellen. Vlaanderen heeft een richting gekozen, daar moet respect voor opgebracht worden."  Bart De Wever.
"La France, l'Italie et surtout la Flandre ont glissé vers la droite extrême. Ca fait vraiment peur! Die mensen willen Europa kapot maken" commente une Anversoise d'origine italienne. "De Wever zal ons langzaam wurgen naar het confederalisme."
Tom Nagels propose une explication du succès du Belang dans le Standaard: "Migratie: de kiezers identificeren zich heel sterk  met dit onderwerp. Ze zien hun cultuur teloorgaan , bedreigd door een schier onophoudelijke stroom  migranten. Wat Greta Thunberg zei over het climaat dat zeggen zij over migratie: ik wil dat jullie panikeren, ik wil dat jullie handelen alsof het huis in brand staat want het huis staat in brand. Zij denken niet pragmatisch. En dat is precies wat een beleidspartij doet: pragmatisch denken en handelen. Volgens van Grieken  (VB) willen Vlaamse jongens in een diverse samenleving  steeds meer hun eigen identiteit affirmeren. Nu de spreidstand tussen Vlaanderen en Wallonie  groter wordt  zal de roep om een nieuwe communautaire ronde toenemen."
Attention, ceci est un séisme dont l'amplitude n'avait pas  n'avait pas été annoncée. Si, DiverCity l'avait largement anticipé!
La Belgique est fracturée comme jamais. Pourquoi un tel succès du Belang en Flandres?
Dans un excellent cahier consacré aux élections de dimanche, la Libre relève que le Belang a fait une campagne éclair (Blitzkrieg) sur les réseaux sociaux  en ciblant les jeunes et tout particulièrement les primo votants masculins.  La NVA est devenue en une législature un parti de l'establishment. Les déçus de la NVA ont rejoint le Belang qui capitalise  sur les frustrations sociales. Pas de vareuses jaunes en Flandre mais les chaussettes jaunes frappées du lion noir des Flandres sont très tendance.  S'y retrouvent les déçus de la politique, les anti système, les anti immigration, les anti européens et toutes celles et tous ceux qui prônent des visions simplifiées, voire simplistes de la société. Paradoxalement, le Belang est plus gauchisant que la NVA, plus sensible à la misère des gens. Comme le Rassemblement National, il  pêche volontiers dans le vivier des déçus de la gauche ce qu'on appelle en Flandre "de foertstemmen", les voix des "malcontenten".
Ce qui désormais est sûr c'est que pour faire fonctionner ce pays, les Flamands et les francophones  devront absolument trouver un point d'équilibre, un cadre institutionnel leur permettant d'avoir un projet politique commun pour mener à bien cette nouvelle législature. Les résultats du scrutin  ont rendu cette perspective vraiment très aléatoire.  Bart De Wever plaiderait plutôt pour une reconduction de la suédoise même si les quatre partis qui la composent (MR, NVA, CD&V et open VLD ) ont perdu les élections. Mais attention , il n'y a pas de majorité pour la suédoise et le CDH ne semble pas trépigner d'impatience pour la rejoindre.
La situation paraît donc totalement inextricable à moins d'une coalition de tous contre la NVA qui serait minoritaire en Flandres: pain bénit pour l'extrême droite!  Dave Sinardet n'est pas très optimiste: "la poussée de l'extrême droite risque de monter encore. "Regardez ce qui se passe en en Italie, en Hongrie en Pologne... Le peuple veut une politique migratoire et sécuritaire plus stricte. La Flandre ne fait pas exception. En votant traditionnellement à gauche, ce serait plutôt la Wallonie qui vote à contre courant. "
Au-delà de cette législature, les tickets belges ont cessé d'être valables. Le chemin qui va de l'indépendance  belge à l'Etat unitaire dans "l'invincible unité" et de celui-ci au fédéralisme d'union -ou de désunion-ne fut certes pas un long fleuve tranquille. Il semble bien que nous soyons arrivés à un embranchement ou pour le dire plus sèchement à la croisée des chemins. Le fédéralisme d'union est apparemment à bout de souffle. Le moment n'est-il pas venu de poser la question du vivre ensemble dans un pays composé de deux nations qui n'ont cessé de s'éloigner l'une de l'autre? En clair, demandons-nous ce que nous voulons partager encore: la politique étrangère? La défense? La sécurité... en sachant que la sécurité sociale devrait être l'objet désormais d'une gestion séparée au grand dam d'Elio di Rupo qui refusera d'en entendre parler. A l'avenir, la SNCB ne serait ni belge ni nationale...Qu'est ce qu'on appelle un confédération? C'est en réalité le contraire d'une fédération ou si on préfère d'un Etat fédéral  comme la RFA ou les Etats Unis et la Belgique d'aujourd'hui. Le confédéralisme est un modus vivendi et operandi adopté par deux ou plusieurs Etats souverains à l'instar de la Communauté européenne qui en regroupe 28, bientôt 27, because brexit. Les populistes , les nationalistes  souverainistes ne veulent pas entendre parler du "fédéralisme" européen défendu par Macron, Verhofstadt ou Cohn Bendit. DiverCity est férocement fédéraliste!
Si les Belges avaient autant de bons sens qu'ils le prétendent, ils devraient sans tarder mettre cette carte sur la table tant à gauche qu'à droite car jamais les différences entre francophones et Flamands n'ont été plus grandes.  Ce sera le confédéralisme ou la guerre des Belges.
Le confédéralisme comme problème ou le confédéralisme comme solution?  Ce sera, à n'en pas douter la question clef de cette législature, le casse-tête sur lequel va se déchirer la classe politique de part et d'autre de la frontière linguistique.
MG 

Marée noire, vague brune, tsunami politique... La presse francophone s'interroge: comment gouverner ce pays?

(REVUE DE PRESSE de la LIBRE BELGIQUE)

Marée noire, vague brune, tsunami politique... Au lendemain des élections, la presse francophone appelle à un effort de compréhension de la poussée de l'extrême droite en Flandre. Et s'interroge: comment gouverner ce pays fractionné entre une Flandre "à droite toute" et le Sud, qui a plébiscité le PS, Ecolo et le PTB? Près d'un électeur flamand sur deux a voté en faveur d'un parti nationaliste (N-VA) ou pour un parti ultranationaliste et xénophobe (Vlaams Belang), pose 'La Libre'. "Il faudra essayer de comprendre pourquoi, dans une des régions les plus prospères d'Europe, les électeurs ont propulsé le Belang, extrémiste et raciste, au rang de deuxième formation politique."
'L'Echo' appelle aussi à "ouvrir les yeux" et "effectuer un travail de longue haleine pour comprendre les motivations du vote extrémiste". "Il faut assécher ces idées extrémistes, en particulier auprès de la jeunesse, en démontrant leur inanité."
Pour le quotidien économique, le cordon sanitaire doit absolument tenir autour du Vlaams Belang: "On entend, au Nord du pays, certaines voix s'élever pour le remettre en cause. Ce serait une tragique erreur. 'Mouiller' un parti au pouvoir ne le fait pas forcément reculer. Et ce serait surtout au prix de la légitimation et de l'application d'une partie de son programme".
Attention à ne pas stigmatiser les électeurs, il faut plutôt les entendre, souligne 'Le Soir'. "Mais écouter l'électeur des partis extrémistes ne justifie jamais de trouver fréquentables ceux qui exploitent leurs émotions et leurs colères. Briser le cordon sanitaire? Gouverner avec le Belang? Ce serait pactiser avec le racisme véhiculé par ce parti et les dérives haineuses de ceux qui prennent la parole en son nom."
"La Dernière Heure" est plus craintive: "Le béton armé qui semblait entourer le cordon sanitaire semble s'effriter", dit-elle dans son édito mettant l'accent sur "Une Belgique, deux pays".
Une tonalité qu'adoptent également les titres de Sudpresse, qui évoquent "deux démocraties". Après avoir obtenu plusieurs réformes de l'Etat, gagné une "vaste autonomie", monopolisé les leviers économiques et politiques du pays, "que veulent encore nos compatriotes flamands? ", se demande le groupe de quotidiens.
Au bout du compte, "comment sera-t-il possible de constituer un gouvernement fédéral, en tenant compte du fossé grandissant qui sépare les Flamands et les francophones?", interpelle 'L'Avenir'. "Comment les dirigeants de ce pays vont-ils faire pour amener à cohabiter, dans un même espace institutionnel, deux peuples à ce point différents, opposés?"
"Face à ce grand écart, resserrer les liens entre les deux communautés deviendra plus que jamais indispensable dans les prochaines semaines", souligne 'L'Echo'.
"Prudence, pas de précipitation", vous assure-t-on du côté de "La Libre". Installer des majorités dissemblables dans les Régions sans penser à la constitution de l'exécutif fédéral pourrait provoquer une longue crise politique. "L'idéal serait de faire l'inverse: former d'abord le gouvernement fédéral et ensuite les équipes régionales".
"Le Vlaams Belang est de retour, et avec lui, la question autour du cordon sanitaire", lit-on dans les grandes lignes dans la presse néerlandophone. Les journaux de Flandre sont d'accord pour dire que les extrêmes ont remporté les élections et qu'il s'agit d'une première défaite pour le président de la N-VA Bart De Wever. Le défi sera particulièrement important au niveau fédéral, étant donné les disparités entre nord et sud du pays. Et en filigrane, cette grande question: que va-t-il advenir du cordon sanitaire?
"Une Flandre qui tolère la droite radicale dans son gouvernement, est une Flandre qui s'isole sur le plan national et international", met en garde 'De Morgen' .
"Qu'on adopte une position de principe ou pragmatique, le constat est qu'il n'y a pour les partis démocratiques pas de terrain d'entente possible avec le Vlaams Belang - que ce soit sur la politique migratoire inhumaine, la séparation insensée du pays ou la folie budgétaire qui composent le programme du Belang."
'Gazet van Antwerpen' estime en revanche que les partis traditionnels vont devoir prendre position quant à l'isolement du Vlaams Belang. Tom Van Grieken, président du parti, veut participer au pouvoir. Bart De Wever ne l'a pas exclu. Belang et N-VA n'ont certes pas une majorité, mais ils ont suffisamment de poids pour faire suer les autres partis, écrit le Gazet.
"Il est temps de parler", abonde 'Het Laatste Nieuws' . La condamnation du parti pour racisme, sous son ancienne appellation Vlaams Block, a 15 ans, ose le quotidien. "Jusqu'à preuve du contraire, le Vlaams Belang de 2019 est sans nul doute un parti de droite radicale, mais pas raciste ou antidémocratique."
Le moment est venu de questionner l'efficacité et l'opportunité du cordon, poursuit Het Laatste Nieuws. Un constat qui vaudrait tout autant pour le PTB, avec qui il s'agirait de discuter plutôt que de le bannir comme un ennemi "à moitié nord-coréen".
"La Flandre est plus prospère que jamais, mais le Flamand est en colère et a peur", relève 'De Standaard' , décrivant ce qu'il appelle le "paradoxe du 26 mai". La succession de débats interminables lors desquels s'affrontent toujours les mêmes figures a détourné les Flamands du théâtre politique, dit l'éditorialiste du journal, pour qui les partis traditionnels, jadis tout-puissants, sont à terre.
Comment la colère des électeurs pourra-t-elle désormais être transformée en politique?, demande 'De Tijd' . Ce fardeau repose principalement sur les épaules de la N-VA, pour le quotidien.
Pour 'Het Nieuwsblad' , les partis n'ont pas réussi à dégager un intérêt collectif au dessus des intérêts particuliers. Des partis qui ont aussi échoué sur une série de dossiers, comme celui des pensions, c'est pourquoi ils ont été sanctionnés par l'électeur.
Une position que rejoint le 'Belang van Limburg' : "L'écart entre le citoyen et la politique est encore plus profond qu'attendu".


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
ON CRAIGNAIT LE PIRE ON AURA PIRE ENCORE ET EN  PRIME UN CASSE TÊTE FEDERAL EN FORME DE RUBICK CUBE

En France , le Rassemblement national est en tête des sondages avec 24% des voix, suivi de près par la République en Marche créditée de 23%.  Macron perd la face et aura du mal à terminer son quinquennat. Jupiter mord la poussière , Marine lui fait un bras d'honneur.   En Allemagne : la CDU/CSU de Merkel n'atteint pas les 30% ,le  SPD régresse à 15,%, les Verts explosent à 22%, mais les noirs de l' AfD (10%) ne cassent pas la baraque comme en Flandre. C'est la seule bonne nouvelle de la journée. La grande coalition perdrait sa majorité.  Au Royaume Uni, le parti Brexit fait la nique aux conservateurs. Des élections en perspectives chez les deux.
En Belgique deux évidences s'imposent:  la suédoise ne sera pas reconduite. Mais quoi à la place au fédéral quand NVA/BELANG totalisent 45%? La Libre voit clair: "Installer des majorités dissemblables dans les Régions sans penser à la constitution de l'exécutif fédéral pourrait provoquer une longue crise politique. "L'idéal serait de faire l'inverse: former d'abord le gouvernement fédéral et ensuite les équipes régionales".
C'est vite dit, c'est bien dit mais cela a très peu de chance de se faire. Le roi a intérêt à annuler ses vacances, il sera à la bourre pendant plusieurs mois sans doute. Il a bien fait, au fond, de s'offrir une Mercedes à puissant blindage.
Deuxième évidence sous forme de question: le cordon sanitaire tiendra-il ou ne tiendra-til pas? Luk Van Biesen (député VLD) se demande s'il est  : "encore utile à cette époque ?" Le député VLD remuant semble enclin à se débarrasser du cordon sanitaire contre le Vlaams Belang. "Les constructions artificielles autour des partis et issues du passé n'existent que du côté de la droite. On ne peut pas ignorer les électeurs", estime-t-il. Eddy De Block (Open VLD), le frère de Maggie De Block, avait lancé un signal similaire. "Il n'y a qu'un seul moyen d'arrêter l'ascension du Vlaams Belang, c'est de laisser le parti gouverner", avait-il déclaré sur Radio 2 (VRT).
"Ni hier, ni aujourd'hui, ni demain. Jamais", a réagi le bourgmestre de Gand, Mathias De Clercq, qui poussait la liste de l'Open VLD à la Chambre en Flandre orientale. La président de l'Open Vld, Gwendolyn Rutten, lui a répondu sur Twitter en écrivant "C'est comme ça". Mais n'est-elle pas sur un siège éjectable, oui c'est comme ça...
A l'évidence, "il s'agit d'une première défaite pour le président de la N-VA Bart De Wever"  Paradoxe: "La Flandre est plus prospère que jamais, mais le Flamand est en colère et a peur"" C'est la grand "paradoxe du 26 mai". Peur de qui, des immigrés évidement,  marre de quoi? des énormes transferts vers la Wallonie, peur de l'avenir  surtout, peur de ses démons.
Les partis traditionnels, jadis tout-puissants, sont à terre: CD&V , VLD, SPa. "Comment la colère des électeurs pourra-t-elle désormais être transformée en politique?"
C'est le noeud du problème et cette question se pose partout en Europe. Les Européens ne veulent pas de l'immigration massive et ils le font savoir par bulletin électoral.
"L'écart entre le citoyen et la politique est encore plus profond qu'attendu".
De Wever : "mon seul veto est contre écolo et PS" Ah bon? Le président de la N-VA n'a donc pas clairement indiqué qu'il était prêt à briser le cordon sanitaire, mais il ne l'a pas exclu non plus. La question serait actuellement discutée par les ténors du parti nationaliste...Pas rassurant du tout ceci!
Va-t-on vers une crise politique inextricable au fédéral ? En 2010 et 2011, les négociations avaient duré 541 jours avant d’aboutir au gouvernement Di Rupo, bâti sur une tripartite traditionnelle (les libéraux, les socialistes et les démocrates-chrétiens). Un record à battre ? Cette situation  risque d'être intenable, sauf à bloquer le pays pour très longtemps. "A moins qu'une formule audacieuse ne voie  le jour. Une forme d'union nationale alliant les quatre familles traditionnelles au fédéral pourrait s'imposer, à terme : libéraux, socialistes, sociaux-chrétiens et écologistes"
Il semble bien que Di Rupo aura la main haut la main et le vieux briscard que beaucoup voyaient déjà au cimetière des éléphants adore ça. Il se dépêchera  sûrement de conclure des alliances à la Région wallonne et à Bruxelles symétriques de préférence peut-être avec le MR Défi et le CDh en appui question de se démarquer d'écolo et du PTB et surtout de scotcher le MR à gauche.  Il peut tout aussi bien faire l'inverse et planter un olivier PS/Ecolo/PTB mais c'est moins vraisemblable. On le saura très bientôt. Elio Di Rupo, a annoncé que dès mercredi, il rencontrerait les différents partis politiques à Namur en vue des négociations dans les entités fédérées. La seule bipartite possible en Wallonie associerait le PS et le MR. Il est toutefois probable que les socialistes préféreront entamer une négociation avec les écologistes, gagnants du scrutin et avec lesquels les relations ont été sereines ces derniers mois... si ce n'est qu'il leur faudra un 3e partenaire et que le cdH est mal en point.
Et ensuite au fédéral quoi? Paul Magnette premier ministre de la sainte alliance contre les nationalistes flamands? Sait on jamais? Oui certes mais alors au sein d'une  coalition de centre gauche (sans la NVA) qui soit minoritaire en Flandre? Difficile à imaginer avec une droite extrême à 45%. Donc gros blocage en perspective.
J'avoue que je me détends un peu. La journée fut stressante. Je suis allé voter à Schaerbeek rue Josaphat à l'école numéro un, celle qui a été "caillassée" par une foule en colère à propos du viol supposé  d'une fillette de quatre ans par un grand vilain monsieur, chose difficile à imaginer au sein d'une équipe pédagogique essentiellement féminine.
Je me  dirige vers le bureau 24, il y a file au 25 et au 26. J'entre sans frapper, le président me salue, c'est mon ancien voisin de palier et aussitôt je vote. Pas une minute d'attente. Tout baigne, bravo président! Je m'en vais déjeuner "Côté Gourmand", à 15 heures je me dis que les carottes sont à moitié cuites, du moins chez nous au sein du petit royaume de Belgique. Notre bon roi est j'imagine dans ses petits souliers, Bart De Wever sur des charbons ardents et Macron probablement mort d'inquiétude, pauvre Bibi. Rien ne percole sur les résultats du Royaume Uni en Allemagne fédérale les Verts font la nique  au parti d'Angela qui demeure en tête. Parfum d'élections anticipées avec les écologistes en embuscade. 
Les rues sont animées. Que va-t-il sortir de la boîte de Pandore? -----Qu'est ce qui sort de la cheminée?
-De la fjuuumée...
-Mais non idiot, le père Nowelll.
Et ce sera qui le père Noël.  DiverCity parie sur Paul Magnette, évidemment.
Oserai je vous avouer que cette fièvre post électorale, si elle m'excite au plus haut point, me fait grand bien. Un dimanche vraiment pas comme les autres. Comme je suis heureux de vivre ici et point en Syrie, en Corée du Nord ou au Soudan.
Ici en terre belge, terre de démocratie et de libertés, territoire grand comme un mouchoir de poche que se partagent deux communautés, l'une droitière à 50% l'autre gauchiste à près de 50%,
L'union fait la farce dont il conviendra de farcir le dindon.
Cela dit, chez nous c'est encore le citoyen qui décide via le suffrage universel qui le représentera aux divers parlements et cela sans crainte, sans pressions mais non sans hésitations.
Mais pour combien de temps encore? C'est pour cela qu'il convient de maintenir à toute force le cordon sanitaire qui jette l'anathème sur le Belang, le parti des trentenaires en colère en costume cravate et chemise impeccable comme autant d'avatars BCBG du modèle déposé  Emmanuel Macron.
MG


POUR SAUVER LE CORDON SANITAIRE, PARLER AVEC LA N-VA OU LA CONTOURNER
•Olivier Mouton Le Vif
Journaliste politique au Vif/L'Express

C'est le grand paradoxe de de cette soirée électorale marquée par une forte hausse du Vlaams Belang en Flandre, en plus d'une chute de la N-VA : pour éviter une rupture du cordon sanitaire, les partis francophones pourraient être contraints de reconnaître Bart De Wever comme un interlocuteur, contrairement aux exclusives posées- pas par le MR... - durant la campagne.
Cela peut paraître inaudible ? Pour l'heure, sans doute. Mais cela pourrait s'imposer rapidement, pour une raison très pragmatique. A moins qu'une formule plus audacieuse ne voit le jour, comme une grande union belge mettant tous les nationalistes flamands de côté.
La question est épineuse. Un noeud et un danger. En cette soirée de marée brune, certaines voix sont tentées, en Flandre, par une rupture du cordon sanitaire, une alliance entre la N-VA et le Vlaams Belang. C'est démocratiquement indéfendable, bien sûr. Mais cette tentation repose sur des faits : le maintien de la N-VA en tête des votes en Flandre, en chute, mais toujours au-dessus des 25%, tandis que l'extrême droite fait plus que tripler son score, à quelque 18%. C'est une Flandre très à droite. Ce sont aussi, deux partis qui ont un point commun, et non des moindres : la volonté d'une indépendance de la Flandre.
Filipe Dewinter, figure historique du Vlaams Belang, plaide ce dimanche soir pour une "coalition des braves" et lance un appel à tous les partis démocratiques acceptant de collaborer avec lui. Le sujet fait l'objet de discussions au sein de la N-VA. Bart De Wever, son président, a réitéré son exclusive à l'égard du PS et d'Ecolo - sauf à mettre en place le confédéralisme. Mais vis-à-vis du Belang, pas un mot. Une tentation réelle de travailler avec lui ? Le moment pourrait être historique pour la N-VA, si une majorité se dégageait en faveur de l'indépendance. Mais ce scénario à la Bye Bye Belgium n'est pas le plus probable. Au sommet de la N-VA, ce n'est pas l'option que l'on privilégie.
La N-VA reste maître du jeu en Flandre et pourrait renouer la Suédoise au gouvernement flamand avec le CD&V et l'Open VLD. Elle pourrait aussi mettre en place une quadripartite. De quoi faire levier sur les négociations fédérales et bloquer le jeu. Pour sauver le cordon sanitaire, il faudra sans doute parler avec la N-VA. Le MR est prêt. Les autres devraient, dans ce cas, manger leur parole. Quitte à ce que ce soit pour mettre en place le confédéralisme !
Tous les partis francophones, sauf le MR, ont tous réitéré leur volonté de ne pas parler avec la N-VA pour former une majorité fédérale.
Cette promesse risque d'être intenable, sauf à bloquer le pays pour très longtemps. A moins qu'une formule audacieuse ne voit le jour. Une forme d'union nationale alliant les quatre familles traditionnelles au fédéral pourrait s'imposer, à terme : libéraux, socialistes, sociaux-chrétiens et écologistes. Mais dans ces partis-là, que de blessures ! Ce serait en outre une coalition des perdants, allant à l'encontre de la volonté flamande. Une coalition "francophone" avec une minorité au Nord du pays - une situation inverse de celle de la législature précédente - pourrait traverser l'esprit de certains, mais semble difficile à envisager.
Les résultats de ce 26 mai, qui décoiffent en Flandre, sont toutefois de nature à permettre des formules que l'on imaginait impensable jusqu'ici...

dimanche 26 mai 2019

Elections 2019: «Ce sera soit la N-VA et le MR, soit avec nous et sans la N-VA», affirme Paul Magnette

Le Soir

Le président du parti Elio Di Rupo souligne, lui, que c’est Bart De Wever qui a décrété que ce serait « nooit avec les Ecolos communistes, nooit avec les socialistes mais avec les libéraux ».
Le parti socialiste part aux élections en souhaitant que se constitue autour de lui un gouvernement au programme « le plus progressiste » possible dans les différentes entités du pays, et singulièrement au fédéral, où il n’entend pas gouverner avec la N-VA. Il tient à ce que les négociations d’après élections avancent de façon synchronisée dans les différentes entités.
Pour le porte-parole de la campagne, et tête de liste à l’Europe, Paul Magnette, qui observe l’envie des libéraux et des nationalistes de renouer au fédéral, « ce sera soit la N-VA et le MR (…), soit avec nous et sans la N-VA ».
Le président du parti Elio Di Rupo souligne, lui, que c’est son homologue à la N-VA Bart De Wever qui a décrété que ce serait « nooit avec les Ecolos communistes, nooit avec les socialistes mais avec les libéraux ». Pour le PS, pas de gouvernement avec la N-VA donc, pas non plus de discussion institutionnelle car « nous n’imaginons pas d’hypothèse institutionnelle ».
Elio Di Rupo et Paul Magnette ont clarifié ce positionnement à huit jours du scrutin, lors d’une conférence de presse au cours de laquelle M. Magnette a également souligné le peu d’éléments de programme qui rassemblaient PS et MR, et lors de laquelle il a également dit scruter les intentions du CDH vis-à-vis de la N-VA, le caractère progressiste des centristes, étant à ses yeux évolutif selon les jours.
Entre-temps, le président du CDH Maxime Prévot a repoussé la perspective d’une participation à une Suédoise bis, indiquant que son parti ne souhaitait en aucun cas « contribuer à la mise en place d’un gouvernement avec la N-VA ».
S’adressant aux « progressistes tentés par le PTB », le président Di Rupo a également insisté ces derniers jours sur l’importance d’un « vote utile à gauche », le parti marxiste se refusant, d’après lui, à dépasser le stade de l’indignation et à prendre ses responsabilités.
Le PS, qui a été mis hors de la majorité fédérale en 2014, après 25 ans de participation ininterrompue, puis du gouvernement wallon en 2017, n’a cessé de dénoncer la « politique de destruction sociale » du gouvernement Michel.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
A BON ELECTEUR SALUT!

Le brouillard se lève doucement sur la Meuse. Le fond le l'air est frais, l'aube surgit dans un piaillement d'oiseaux mais ce n'est pas un dimanche comme les autres que l'on voit poindre à l'horizon. Rien, n'est décidé, les urnes n'ont pas parlé encore. Les présidents de bureau et leurs assesseurs investissent les salles de classes vidées de leurs mobilier scolaire.  L'électeur peut encore changer d'avis. Tout reste possible et son contraire. L'avenir est sur les genoux des dieux . Nous sommes à la merci de l'imprévisible. Vraiment?
Les présidents de parti ont prononcé leurs exclusives  et jeté quelques anathèmes: jamais avec la NVA; jamais avec le PS. La Belgique et l'Europe sont à la croisée des chemins, à la merci des humeurs des électeurs perplexes et versatiles. Plus rien pourtant demain ne sera comme avant. Les populistes nationalistes se préparent à entrer en masse au Parlement européen. Emmanuel Macron est nerveux, il joue sa crédibilité et son quinquennat à quitte ou double, Angela Merkel se demande si vraiment elle succédera à Juncker, Theresa May tire sa révérence devant l'ainée des souveraines,  Charles Michel a mal dormi, il sent qu'il se prépare à gérer les affaires courantes pendant la plus longue vacance du pouvoir de l'histoire du royaume. Le roi Philippe est inquiet, sa fille, la sémillante princesse Elisabeth, lui succédera-t-elle jamais sur le trône royal qui vacille?  Albert II son père est accablé par d'autres soucis. Une jeune américaine au nom chinois à remporté hier avec son Tchaikowski le concours institué par sa grand mère bavaroise: globalisation de la culture?  Et chacun d'entre nous retient son souffle. Les démocrates veulent croire encore à la démocratie. L'électeur hollandais a créé la surprise  Le commissaire néerlandais Frans Timmermans, tête de liste du parti social-démocrate PvdA aux, savoure une victoire, inattendue. "Il y a partout en Europe un besoin d'une autre Europe", estime, le plus brillant des successeurs potentiels de Juncker. "Il y a aux Pays-Bas une majorité évidente qui souhaite que l'Union européenne continue à jouer un rôle pour résoudre des problèmes", a-t-il déclaré sur la chaîne publique néerlandaise NOS. Il pointe la lutte contre le changement climatique que beaucoup d'Européens souhaitent mener ensemble, de même que la lutte contre l'évasion fiscale, ou la coopération dans le domaine social. " Ce sont des thématiques qui se présentent dans toute l'Europe, en faveur desquelles oeuvre la démocratie sociale", a-t-il assuré. 
400 millions d'électeurs vont voter aujourd'hui dans 28 pays pour élire 751 députés européens. Certains, sans doute plus nombreux que prévu, préféreront se rendre à la pêche, le temps semble s'y prêter.
Un envol des mouvements nationalistes et populistes devrait selon selon les sondages faire perdre du terrain aux deux groupes les plus importants au Parlement européen, le Parti populaire européen (PPE), groupe de la droite pro-européenne, et le Parti socialiste européen.
Faites vos jeux...rien ne va plus.
MG

vendredi 24 mai 2019

Saura-t-on faire l'économie de la révolution ?

Par Jacques Attali,
L'Express

Tous les pays d’Occident, la France en particulier, et bien d’autres pays du monde, sont au bord de révolutions brutales, dont les conséquences seront désastreuses pour des décennies ; ou très positives, si on sait les anticiper et régler intelligemment à l’avance les contradictions qu’elles traduisent.
Une révolution (je ne parle pas ici de révolutions scientifiques, artistiques, intellectuelles, toujours bienvenues ; mais de révolutions politiques) se déclenche toujours quand un régime ne sait plus assurer à ceux qu’il prétend servir le bien-être auxquels ils estiment avoir droit, et quand il ne fait plus assez peur pour se maintenir par la force. Alors, les révoltes deviennent des révolutions.
Ces révolutions commencent par inspirer des espoirs fous, dérapant souvent ensuite dans des dérives sanglantes, entraînant des contrerévolutions plus sanglantes encore ; jusqu’à ce que, des années, ou des décennies plus tard, les ambitions de la révolution initiale soient retrouvées, et ses idéaux servis, dans un contexte raisonnable et équilibré.
Rares sont les peuples qui ont réussi à faire l’économie de la révolution et de la contrerévolution, pour en arriver directement au régime le plus réaliste, conciliant le souhaitable et le possible.
Aujourd’hui, toutes les conditions sont réunies pour que se déclenchent un jour prochain, dans plusieurs pays, des révolutions d’une extrême violence.
Les régimes en place semblent en effet incapables de résoudre les difficultés et les frustrations, réelles ou ressenties, d’un grand nombre de citoyens : un travail absent, non rémunérateur, ou aliénant ; des services publics délabrés ; des territoires ruraux oubliés ; une agriculture en plein désarroi ; un environnement dégradé ; une précarité croissante ; des vies personnelles en miettes.
Ces régimes, se sentant menacés, se crispent et accordent de plus en plus de privilèges aux classes dominantes et à leurs enfants, rendant plus fous de colère encore ceux qui en sont exclus.
Quand ces colères ne sont que celles des plus pauvres, soumis et faibles, rien ne se passe. Quand elles atteignent, comme aujourd’hui, les classes moyennes, et quand celles-ci en déduisent qu’elles n’ont plus rien à perdre, la révolution devient possible.
On voit très bien la forme qu’elle pourra prendre bientôt, en France et dans d’autres pays d’occident : les peuples ne se contenteront plus du dégagisme soft, qui a conduit à remplacer une classe politique discréditée, par une autre, qui se prétendait nouvelle, mais qui n’était, en fait, qu’un autre avatar de la précédente, et qui n’a pas mieux réussi. Les peuples se révolteront contre tous ceux qui sont pensés comme ayant du pouvoir,dans les entreprises et les cités ; et en particulier contre leur capitale. Ils s’abandonneront alors à des chefs autoritaires, sortis des rangs du peuple, (ou à des pseudostars populistes, mêlant le simulacre au réel) avec la promesse d’accorder à tous les privilèges anciennement réservés aux élites et de protéger les peuples des menaces du monde. Mêlant ce qui s’est déjà annoncé en Italie, en Ukraine, et en Hongrie.
On peut être sceptique et refuser de penser que de telles révolutions soient possibles. Mon intuition est que tout se met en place pour qu’elles le deviennent. Très bientôt. Les révoltes, les colères, les manifestations d’aujourd’hui n’en sont pas des substituts. Ils en sont des signes précurseurs.
Comme à chaque révolution de ce genre, ceux des puissants d’aujourd’hui qui échapperont aux foudres des nouveaux dirigeants émigreront, en attendant que ces révolutions échouent, ce qui ne manquera pas d’arriver, après un temps plus ou moins long.
La contrerévolution sera encore une fois terrible, d’autant plus terrible que les privilégiés auront eu peur, ou qu’ils auront perdu des leurs et des biens dans la révolution.
Même si on n’apprend jamais rien de l’Histoire, on pourrait faire l’économie de ces désastres annoncés ; en organisant la nation comme elle le sera, quoi qu’il arrive, après les ravages de la révolution et de la contrerévolution : une nation beaucoup plus juste, beaucoup plus empathique, ouverte au monde, capable de penser aux intérêts des générations suivantes.
Pour y parvenir, il faudrait que les arrogantes élites d’aujourd’hui, veuillent bien laisser une part importante du pouvoir à ceux qui en sont le plus privés ; en particulier, aux femmes issues des territoires fragiles de la république, de la campagne et des quartiers : elles portent, mieux que personne, l’espoir de l’avenir. Sans violence, sans concession.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
PESSIMISME D'HUMEUR?

On me dit souvent d'humeur pessimiste dans mon proche entourage.
Soit. Je mets volontiers  cela sur le compte de l'âge qui vient imperceptiblement, ce qui forcément tempère l'optimisme. Jamais pourtant je n'aurais écrit un post aussi  noir que celui qu'ose ici Jacques Attali qui lui non plus n'est pas précisément un perdreau de l'année mais qui est, néanmoins, un des meilleurs observateurs du temps long en politique.
Et pourtant toutes mes lectures des dernières années confirment  une impression de fin de régime et de bord du gouffre. Quand on me demande si la situation socio politique actuelle évoque pour moi les années 1912/13 ou plutôt 1931/32/33, je réponds volontiers: plutôt 1786/87/88...Et je m'explique: jamais depuis des décennies les différences de revenus et de pouvoir d'achat n'ont été aussi criantes qu'aujourd'hui. Rarement, le fossé entre le peuples et ses élites à été aussi béant pour ne pas dire carrément inconciliable autrement dit entre les privilégiés et le peuple des sans grade, les gens de rien, comme les appelle Macron, les sans dents, comme disait Hollande dans le livre assassin de son ex-compagne.
Les quatre derniers présidents de la République française n'ont pas réussi grand chose contre le chômage hormis de plomber la dette française. Ce n'est guère plus brillant chez nous ou en Italie.
Il est évident que le phénomène singulier des gilets jaunes rend soudain visible l'étendue de la détresse de la classe moyenne inférieure française. Mais c'est pareil  en Belgique et partout en Europe et aussi aux Etats Unis. Il y a des gilets jaunes partout même s'ils ne revêtent pas tous la chasuble fluo.
Les élections européennes toutes proches vont sans doute se solder par un triomphe des paris populistes qui font entrer en force au parlement européen.  Nigel Farage se prépare à faire des ravages au détriment de Thérésa May qui ne tardera pas à jeter l'éponge. Marine Le Pen qui se sent pousser des ailes exige déjà la tête de Macron si elle devait l'emporter au européennes. Et que feront les Allemands qui tournent le dos au parti d'Angela Merkel et au SPD actuellement coalisés à l'avantage de Alternativ für Deustschland?
Nous assistons depuis une grosse décennie à l'agonie de la social-démocratie européenne qui avait su jusqu'ici amortir les chocs  et faire prendre patience aux plus démunis. La social-démocratie est à bout de souffle partout en Europe et Obama a cédé son fauteuil présidentiel à Donald Trump. "Une révolution se déclenche toujours quand un régime ne sait plus assurer à ceux qu’il prétend servir, le bien-être auxquels ils estiment avoir droit, et quand il ne fait plus assez peur pour se maintenir par la force. Alors, les révoltes deviennent des révolutions."
J'invite chacune et chacun à méditer ces paroles avant de prendre sa décision en âme et conscience dans l'isoloir.
MG