lundi 27 mai 2019

Anuna De Wever: "Cela ressemble à un retour en arrière"


Le Vif 

La percée du Vlaams Belang a aussi été une énorme surprise pour Anuna De Wever. "C'est comme si nous étions de retour en arrière", a déploré l'initiatrice des marches pour le climat qui ont eu lieu durant vingt semaines partout en Belgique, dans le but de donner un élan en faveur d'une politique climatique forte.
Anuna De Wever © belgaimage
"C'est comme si nous étions de retour en arrière et en tant que jeune, je dois recommencer à convaincre les adultes et les politiciens qu'une crise existentielle est à venir", explique-t-elle.
"C'est un problème, car le climat n'est pas la priorité de la N-VA et du Vlaams Belang, et ce sont maintenant les deux partis les plus importants de Flandre. Heureusement, la tendance n'est pas la même en Wallonie et à Bruxelles", remarque Anuna De Wever.
L'arrêt progressif de l'énergie nucléaire, la réduction des voitures de société sur les routes ou l'augmentation des prix des billets d'avion ne sont pas une priorité pour les partis de droite en Flandre. "Ce sont des partis où seule la migration est la priorité. C'est dommage, parce que la Flandre a choisi l'archaïque et c'est extrêmement dommageable pour la transition climatique dont nous avons besoin. Je suis en fait choquée, parce que j'avais senti qu'avec notre génération, nous avions donné un signal très fort", regrette encore la jeune femme. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
"LA FLANDRE A CHOISI L'ARCHAÏQUE" 

Mon vieux professeur de néerlandais d'athénée m'écrit:
"Si des citoyens de ce pays croient encore que le sentiment belgicain existe, ou même a jamais existé, qu’ils ouvrent les yeux, et qu’ils regardent.
Cordon sanitaire: je veux bien, mais le Vlaams Belang sera à 50% en Flandre aux prochaines élections, et les problèmes seront beaucoup plus graves.
Il vaudrait mieux construire un pays confédéral si on veut éviter des problèmes très lourds. On pourrait alors avoir un gouvernement fédéral léger et laisser les régions faire l’essentiel du travail.
Pas de cordon autour du PTB? Les 200 millions de morts seront heureux de l’apprendre..mais on n’en parle pas.
En fait, tant que la Belgique était francophone , lorsque mon père était jeune, tout allait bien: justice, enseignement, armée ...tout en francais.
Et ces connards de Flamands n’ont pas aimé. Ils sont bêtes ces gens, ou ignorants, enfin ils sont comme ca."
Difficile de lui donner tort!
Béatrice Delvaux commente: "En Flandre une alliance NVA/Belang pourrait désormais forcer au confédéralisme."
Ah oui, vraiment?
De fait, près de 50% des électeurs flamands partagent l'opinion de Ben Weyts: "Er is een ruk naar rechts en een ruk naar Vlaams. Dat moet zijn plaats krijgen in een toekomstig beleid. "
"Wij zijn verkozen  om onze Vlaamse identiteit en de Vlaamse welvaart te verdedigen. Ik roep alle Vlaamse volksvertegenwoordigers op om die opdracht voorop te stellen. Vlaanderen heeft een richting gekozen, daar moet respect voor opgebracht worden."  Bart De Wever.
"La France, l'Italie et surtout la Flandre ont glissé vers la droite extrême. Ca fait vraiment peur! Die mensen willen Europa kapot maken" commente une Anversoise d'origine italienne. "De Wever zal ons langzaam wurgen naar het confederalisme."
Tom Nagels propose une explication du succès du Belang dans le Standaard: "Migratie: de kiezers identificeren zich heel sterk  met dit onderwerp. Ze zien hun cultuur teloorgaan , bedreigd door een schier onophoudelijke stroom  migranten. Wat Greta Thunberg zei over het climaat dat zeggen zij over migratie: ik wil dat jullie panikeren, ik wil dat jullie handelen alsof het huis in brand staat want het huis staat in brand. Zij denken niet pragmatisch. En dat is precies wat een beleidspartij doet: pragmatisch denken en handelen. Volgens van Grieken  (VB) willen Vlaamse jongens in een diverse samenleving  steeds meer hun eigen identiteit affirmeren. Nu de spreidstand tussen Vlaanderen en Wallonie  groter wordt  zal de roep om een nieuwe communautaire ronde toenemen."
Attention, ceci est un séisme dont l'amplitude n'avait pas  n'avait pas été annoncée. Si, DiverCity l'avait largement anticipé!
La Belgique est fracturée comme jamais. Pourquoi un tel succès du Belang en Flandres?
Dans un excellent cahier consacré aux élections de dimanche, la Libre relève que le Belang a fait une campagne éclair (Blitzkrieg) sur les réseaux sociaux  en ciblant les jeunes et tout particulièrement les primo votants masculins.  La NVA est devenue en une législature un parti de l'establishment. Les déçus de la NVA ont rejoint le Belang qui capitalise  sur les frustrations sociales. Pas de vareuses jaunes en Flandre mais les chaussettes jaunes frappées du lion noir des Flandres sont très tendance.  S'y retrouvent les déçus de la politique, les anti système, les anti immigration, les anti européens et toutes celles et tous ceux qui prônent des visions simplifiées, voire simplistes de la société. Paradoxalement, le Belang est plus gauchisant que la NVA, plus sensible à la misère des gens. Comme le Rassemblement National, il  pêche volontiers dans le vivier des déçus de la gauche ce qu'on appelle en Flandre "de foertstemmen", les voix des "malcontenten".
Ce qui désormais est sûr c'est que pour faire fonctionner ce pays, les Flamands et les francophones  devront absolument trouver un point d'équilibre, un cadre institutionnel leur permettant d'avoir un projet politique commun pour mener à bien cette nouvelle législature. Les résultats du scrutin  ont rendu cette perspective vraiment très aléatoire.  Bart De Wever plaiderait plutôt pour une reconduction de la suédoise même si les quatre partis qui la composent (MR, NVA, CD&V et open VLD ) ont perdu les élections. Mais attention , il n'y a pas de majorité pour la suédoise et le CDH ne semble pas trépigner d'impatience pour la rejoindre.
La situation paraît donc totalement inextricable à moins d'une coalition de tous contre la NVA qui serait minoritaire en Flandres: pain bénit pour l'extrême droite!  Dave Sinardet n'est pas très optimiste: "la poussée de l'extrême droite risque de monter encore. "Regardez ce qui se passe en en Italie, en Hongrie en Pologne... Le peuple veut une politique migratoire et sécuritaire plus stricte. La Flandre ne fait pas exception. En votant traditionnellement à gauche, ce serait plutôt la Wallonie qui vote à contre courant. "
Au-delà de cette législature, les tickets belges ont cessé d'être valables. Le chemin qui va de l'indépendance  belge à l'Etat unitaire dans "l'invincible unité" et de celui-ci au fédéralisme d'union -ou de désunion-ne fut certes pas un long fleuve tranquille. Il semble bien que nous soyons arrivés à un embranchement ou pour le dire plus sèchement à la croisée des chemins. Le fédéralisme d'union est apparemment à bout de souffle. Le moment n'est-il pas venu de poser la question du vivre ensemble dans un pays composé de deux nations qui n'ont cessé de s'éloigner l'une de l'autre? En clair, demandons-nous ce que nous voulons partager encore: la politique étrangère? La défense? La sécurité... en sachant que la sécurité sociale devrait être l'objet désormais d'une gestion séparée au grand dam d'Elio di Rupo qui refusera d'en entendre parler. A l'avenir, la SNCB ne serait ni belge ni nationale...Qu'est ce qu'on appelle un confédération? C'est en réalité le contraire d'une fédération ou si on préfère d'un Etat fédéral  comme la RFA ou les Etats Unis et la Belgique d'aujourd'hui. Le confédéralisme est un modus vivendi et operandi adopté par deux ou plusieurs Etats souverains à l'instar de la Communauté européenne qui en regroupe 28, bientôt 27, because brexit. Les populistes , les nationalistes  souverainistes ne veulent pas entendre parler du "fédéralisme" européen défendu par Macron, Verhofstadt ou Cohn Bendit. DiverCity est férocement fédéraliste!
Si les Belges avaient autant de bons sens qu'ils le prétendent, ils devraient sans tarder mettre cette carte sur la table tant à gauche qu'à droite car jamais les différences entre francophones et Flamands n'ont été plus grandes.  Ce sera le confédéralisme ou la guerre des Belges.
Le confédéralisme comme problème ou le confédéralisme comme solution?  Ce sera, à n'en pas douter la question clef de cette législature, le casse-tête sur lequel va se déchirer la classe politique de part et d'autre de la frontière linguistique.
MG 

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