jeudi 2 mai 2019

Ecole 1, Schaerbeek: Claude WACHTELAER Inspecteur Pédagogique honoraire de Schaerbeeksur son compte FB


Monsieur le conseiller,
Le 29 avril, vous avez posté sur Face Book le commentaire suivant qui a déclenché
une série de réaction ou le complotisme se colorait d'irrationalité. Je m'étonne que votre commentaire peu nuancé ait aussi inclus l'idée d'une
fermeture de l'école.  Je vous cite:
"Les parents de l'Ecole 1 de Schaerbeek sont choqués suite à la suspicion de viol d'une petite fille de 4 ans dans l'école vendredi dernier. Ils ont manifesté leur colère aujourd'hui et ils ont raison. Comment cela se fait-il que l'école n'était pas fermée aujourd'hui? Alors que l'enquête est toujours en cours et qu'on ne connaît pas encore la vérité. Le bourgmestre leur demande de patienter encore 5 jours et de faire comme si de rien était. Ce n'est pas normal. Les parents sont à nouveau écartés. Ils ont droit à toute l'information nécessaire pour le bien de leurs enfants. Et par dessus tout, la famille doit recevoir tout le soutien qu'elle mérite comme victime. TOUT
le soutien. Psychologique, moral, financier." (sic)
Donc, un conseiller communal - qui participe malgré tout un peu à la gestion de l'enseignement communal - n'hésite pas à prendre fait et cause pour un
mouvement bien plus émotionnel que rationnel. Il n'hésite pas non plus à déformer les faits.  Cette prise de position, dont l'enquête vient de démontrer la vanité, fait bon marché du droit à l'éducation des enfants qui sont confiés à notre enseignement.
L'école revient de très loin. Maltraitée à l'époque de Roger Nols, elle a bénéficié de soutiens nombreux depuis le début des années 90. Depuis 1995, les majorités successives ont fait énormément pour faire de cette école, un exemple. Je vous renvoie au film tourné par Roger Beeckmans, 'Une leçon de tolérance' qui montre comme les équipes éducatives se sont investies pour intégrer les enfants, pour impliquer les parents et pour faire de l'école 1
un lieu où il faisait bon vivre.
Aujourd'hui, ces efforts sont largement réduits à néant.
Lundi et mardi on a invectivé les autorités communales - qui en ont vu d'autres - mais on a aussi crié 'école pédophile', on aussi dit 'nous n'aurons plus jamais confiance' et on a, de manière tout aussi virulente, affirmé qu'on 'cachait la vérité parce qu'il s'agissait d'une petite fille noire'.
Face à tout cela vous n'avez pas eu de paroles d'apaisement, vous n'avez pas fait la nécessaire distinction entre suspicion et certitude. Pour fermer l'école, la seule justification, jusqu'à lundi, c'était de protéger les enfants d'un mythique pédophile à l'existence duquel vous avez cru ou fait semblant de croire. Aujourd'hui, vous avez satisfaction, l'école est fermée - parce que c'est la seule manière de la protéger de la violence.
Paradoxalement aussi, je ne trouve pas un mot d'encouragement pour les 'camarades travailleurs' (toutes catégorie confondues) de l'école qui doivent assumer des cris de colère pour un fait - finalement - totalement anodin.
J'ai malheureusement constaté que la gauche radicale dessert le plus souvent les causes qu'elle prétend servir. Ici, l'exploitation politique de ce fait divers, l'opposition caricaturale entre coupables (les autorités, forcément indifférentes au sort des victimes), et les pauvres parents (qui ne peuvent espérer bénéficier que du soutien de ceux qui sont 'solidaires') aura surtout contribué à ce que les racistes se déchainent sur les forums. Quelle réussite !
Recevez, Monsieur le Conseiller, l'assurance de, disons, ma plus totale
déception ...
Claude WACHTELAER Inspecteur Pédagogique honoraire de Schaerbeek
sur son compte FB


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
"CES SITUATIONS DEVIENNENT TOTALEMENT IN CONTRÔLABLES"

Les images d'une chienlit pathétique devant la porte de la vénérable école un de Schaerbeek ont déchaîné une explosion de commentaires  odieux sur les forums de nos quotidiens que j'ai découverts avec consternation. Non, ce n'est franchement pas anodin.
Pauvres enseignants qui vont devoir faire face lundi prochain à la vindicte populaire. Je ne voudrais franchement pas être à leur place. "Tout ceci aura surtout contribué à ce que les racistes se déchainent sur les forums. Quelle réussite !"
Je partage cette conclusion et je ne décolère pas.
Cette belle école n°1, fleuron architectural et pédagogique d'une Cité des écoles Ecoles de naguère, n'est plus aux yeux du grand public qu'une caricature hideuse de ce qu'autrefois elle représenta et jusqu'à sa renaissance grâce à la pugnacité de Christian Delstanches qui la dirigea avec un engagement exemplaire après que Roger Nols eut voulu la fermer.
Tout cela est franchement désolant.
Ces situations deviennent totalement in contrôlables
Voici la phrase qui résume tout.
Ne lisez surtout pas le bouquin de Jean Claude Kaufmann: la fin de la démocratie, apogée et déclin d'une civilisation. Il y a en effet de quoi en perdre le sommeil:
Les opinions haineuses et tranchées, le complotisme, les fake news ont trouvé un terrain d'extension privilégié avec internet. Bien que leur origine  soit autre (les affirmations identitaires), l'outil numérique a considérablement accéléré leur développement menaçant en quelques années  le bon fonctionnement du débat démocratique. Internet est un "monde à côté", un monde parallèle  relié au vrai monde ( nous y établissons des liens sociaux qui n'ont rien de virtuel, mais qui sont d'un genre nouveau) et qui transforme  imperceptiblement notre façon de percevoir autrui.
Internet peut être vu comme une immense fabrique à transformer le réel. Parfois pour le meilleur (il existe beaucoup d'empathie et de solidarité en ligne); souvent pour le pire, notamment à travers les excès des fermetures identitaires bornées et violentes. Internet transforme : un gigantesque transfert est en train de s'opérer vers le monde parallèle. (p. 205)
Face à la montée des affirmations identitaires et de la violence verbale , l'unique recours  pourrait être une République autoritaire dont les premiers pas nous paraissent peut être frappés au coin du bon sens  ( lutter contre le racisme, le radicalisme, le terrorisme), mais nous engagent dans une direction inquiétante à long terme.
L'alliance violence -fakenews est au coeur d'un incontrôlable  cinquième pouvoir, celui de opinions et des affirmations identitaires, qui se met en place sous nos yeux. (199)
Analyse absolument confondante. Le cas de figure schaerbeekois autour de l'incident de l'école 1 en fournit un formidable" cas d'école". On ne sait pas vraiment où on va mais on y va vraiment très vite.
MG

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