mercredi 29 mai 2019

La Belgique, ce pays où rien n'est simple... Du fédéral aux régions, les négociations sont un vrai sac de noeuds

La Libre
Frédéric Chardon

Le Roi consulte ; Bart De Wever reçoit ; Elio Di Rupo et Laurette Onkelinx tâtent le terrain… On est encore loin de la solution.
Prenez une grande respiration, on va résumer la situation. Les Belges ont voté dimanche et l’addition de leurs choix n’arrange pas le monde politique. C’est même la galère. L’extrême droite flamande et l’extrême gauche francophone ont fortement progressé, réduisant d’autant le poids des formations se situant de la droite démocratique à la gauche gestionnaire. Autrement dit, les partis dits "de gouvernement" sont moins grands (sauf les verts, qui progressent) et cela réduit les possibilités de coalitions à tous les étages de la maison Belgique. Voilà le problème de base. (La Libre)


“POURQUOI J’AI VOTÉ POUR LE VLAAMS BELANG” : QUATRE FLAMANDS EXPLIQUENT LEUR CHOIX
VRT NWS

Près d'un Flamand sur cinq a voté dimanche pour le Vlaams Belang. Et pour beaucoup de Flamands, c'était aussi la première fois qu'ils choisissaient le parti d'extrême droite de Tom Van Grieken. La VRT s'est entretenue avec un étudiant de Mortsel, un entrepreneur de Wevelgem, un étudiant de Courtrai et un retraité de Hasselt. Ils expliquent leurs motivations. Eric Steffens
TIM (21 ANS), ÉTUDIANT À MORTSEL (ANVERS)
Tim Van Leekwyck a 21 ans et est étudiant à la Haute école Artesis Plantijn d'Anvers. Il possède aussi sa propre entreprise. Il avait déjà voté pour le Vlaams Belang aux élections communales d'octobre de l'année dernière, et a fait la même chose pour la première fois dimanche au niveau flamand et européen.
"J'ai voté pour eux, comme beaucoup de jeunes, parce qu'ils ont dans leur programme des sujets qui me préoccupent. Ils ont aussi très bien défendu leurs positions et si vous regardez Tom Van Grieken (le président du Vlaams Belang), il est très différent de Filip Dewinter, beaucoup plus jeune et aussi moins radical. Et je pense que pour beaucoup de jeunes, c'est un facteur qui a joué dans le vote actuel pour le Vlaams Belang."
Tim Van Leekwyck note que parmi ses amis ils sont de plus en plus nombreux à opter pour des positions extrêmes "Vous avez l'extrême gauche et l'extrême droite. Dans le groupe d'extrême droite, ce que je vous dis est très courant, j'ai l’impression que c'est ce qui touche beaucoup de jeunes. Bref des points de vue très éloignés les uns des autres, il n'y a plus de position centrale."
Néanmoins, Tim Van Leekwyck n'est pas sûr qu'il votera encore pour le Vlaams Belang lors des prochaines élections. "Mon choix peut changer à tout moment. S'il y a d'autres partis avec des points de vue différents qui seront plus dans ma direction dans 5 ans, alors il est possible que je vote très à gauche. Je ne parle pas de la gauche ou de la droite, mais des positions qui, selon moi, sont importantes et qui le sont aussi pour la société actuelle et pour les Flamands."
GINO (60 ANS) INDÉPENDANT DÉVELOPPEUR DE PROGRAMMES INFORMATIQUES À WEVELGEM (FLANDRE OCCIDENTALE)
Gino Craeynest a 60 ans et votait pour la première fois pour le Vlaams Belang parce qu’il veut du changement. "J'ai tout de suite opté pour le Vlaams Belang sans réfléchir", explique Gino Craeynest. "J'ai d'abord passé le test électoral et par deux fois j’étais proche des idées du Vlaams Belang. Je votais avant pour l'Open VLD, mais je n'aime plus ce parti. Puis je suis passé à la N-VA et la différence entre le N-VA et le Vlaams Belang est minime pour moi. Je me suis dit : "Je vais essayer le Vlaams Belang et voir ce que ça donne."
La migration, les pensions et l’honnêteté sont des thèmes importants pour Gino Craeynest. “A mon avis, les partis traditionnels se résument au partage des postes, au profit personnel et au clientélisme. On voit toujours les mêmes visages partout, ce sont des figures médiatiques. S'ils ne passent pas à la télé tous les jours, ils se sentent mal. Pour moi, un politicien ne devrait pas être une figure médiatique."
"Je trouve dommage que la N-VA et le Vlaams Belang n'aient pas la majorité en Flandre. Ce sont, pour la plupart, des vases communicants. L’Open VLD, le SP.A et le CD&V, perdent tous des voix et elles vont au Vlaams Belang. La Flandre est à droite. La N-VA est et reste le meilleur parti pour moi, mais je suis quelque peu déçu après le terme “bouffon”, utilisé par le président de la N-VA Bart De Wever la semaine dernière pour désigner le président du Vlaams Belang Tom Van Grieken. Je n'ai pas entendu ses excuses hier matin, peut-être que ça aurait pu m'influencer mais je crains que non."
ALBERT (21 ANS) ÉTUDIANT ET DJ À COURTRAI (FLANDRE OCCIDENTALE)
Etudiant comme Tim Van Leekwyck, Albert Lafosse évoque également le succès du Vlaams Belang auprès des jeunes. "J'ai l'impression que chez les jeunes, il y a de plus en plus de sympathie pour le Vlaams Belang. Le parti était également très présent sur les médias sociaux. Les jeunes vont s'y informer davantage qu'ils ne lisent les journaux, par exemple, alors c'est une bonne idée pour le Vlaams Belang.
Albert Lafosse a voté pour le Vlaams Belang pour diverses raisons. Il veut que l'on s'attaque plus durement à la criminalité et que les pensions augmentent. Mais surtout, il pense que les partis traditionnels n'offrent pas d'alternative. "Le Vlaams Belang est vraiment proche du peuple. Ils écoutent les gens et cherchent des solutions constructives aux problèmes qui existent. Les partis traditionnels promettent beaucoup, mais n'ont apporté que peu de changements positifs. Les gens sont frustrés et le Vlaams Belang a obtenu beaucoup de votes de protestation."
En tant que DJ, il souligne qu'il n'est pas contre une société multiculturelle. "Mais seulement si chacun apporte sa contribution. Dans la vie nocturne, j'aime beaucoup le fait que différentes cultures se mélangent, mais cela doit être intégré dans notre société belge de la bonne manière".
Albert Lafosse qualifie les mesures climatiques des derniers mois de battage médiatique. "Parfois, c'était plus pour ne pas aller à l'école. Mais tant qu'un parti comme Groen ne sera pas capable de présenter un plan constructif et solide pour le climat, il ne gagnera aucune voix."
EDDY (72 ANS) RETRAITÉ DE HASSELT (LIMBOURG)
Eddy Devries a 72 ans, il est retraité et vit à Hasselt. Il vient d'une famille libérale. Il est l'aîné de 10 enfants, ses frères et sœurs sont socialistes. Il se décrit lui-même comme proche de la N-VA. Les événements récents de sa vie (il a été victime d’un mariage de complaisance) l'ont amené à voter pour le Vlaams Belang pour la toute première fois de sa vie.
Eddy Devries a été déçu par la N-VA après avoir frappé à la porte de certains hommes politiques de ce parti pour tenter de règler ses problèmes, il n'a pas obtenu de réponse. Pour lui, les questions telles que les pensions, la justice et la migration sont importantes.


ANECDOTE DI RUPO
Mathieu Colleyn L'écho

La minorisation d’une communauté
On ne devrait plus voir Elio Di Rupo sur les plateaux de télévision avant un moment. Le président du Parti socialiste a décrété le silence médiatique et se concentre sur sa tâche de "formateur" du futur gouvernement wallon. Il ne souhaite plus non plus être à l’origine de nouvelles polémiques. Sur le plateau de la RTBF lundi soir, le Montois a estimé que deux partis flamands défaits par l’électeur, le CD&V et l’Open Vld, devaient unir leurs forces avec Groen pour contourner la N-VA dans le prochain gouvernement fédéral. Il y voit LA solution au nœud politique national. Cette formule serait toutefois minoritaire dans le groupe linguistique flamand de la Chambre. Hérésie! Et volée de bois vert côté flamand où cela passe toujours mal. On l’accuse d’ignorer le signal envoyé par l’électeur dimanche.que de la modestie.
En coulisse, on estime surtout que, parlant de la sorte, le PS a surtout mis dans l’embarras le CD&V et l’Open Vld dont il réclame justement la collaboration. Toujours premier parti de Flandre, la N-VA a très vite déclaré qu’un minorisation flamande au Fédéral serait inacceptable. C’est dans ce contexte qu’Elio Di Rupo – dont le parti est un repoussoir en Flandre – fait de deux perdants des candidats au pouvoir alors que leurs scores électoraux les inviteraient plutôt à la modestie, selon les termes utilisés par le président du CD&V Wouter Beke dès dimanche.
BREF, LE TIMING EST MAUVAIS POUR CES PARTENAIRES POTENTIELS DES SOCIALISTES AU NIVEAU FÉDÉRAL. LA MALADRESSE EST BIEN LÀ. Car sur le fond, on ne voit pas très bien ce qu’on pourrait reprocher à Elio Di Rupo. En 2014, il était mis dans l’opposition par une minorité constituée par le seul MR et soutenue par trois partis flamands. La Belgique francophone vient de vivre près de 5 ans sous un gouvernement soutenu par 20 députés francophones sur 150.
Par ailleurs, les mêmes CD&V et Open Vld avaient accepté de participer au gouvernement Di Rupo (2010-2014) sans disposer de majorité au sein du groupe flamand à la Chambre. Aujourd’hui, la N-VA exclut PS, Ecolo et PTB – soit 43 des 64 sièges francophones du Parlement – à moins de démanteler le pays. Il n’est donc pas étonnant de voir le président du PS maintenir cette exclusive 24 heures après l’élection. Une communauté minorisée au niveau national n’est pas souhaitable mais n’a rien d’inédit. Ce qui est inédit par contre, c’est la situation politique issue des élections de dimanche
LE NATIONALISME POLITIQUE DÉPASSE EN EFFET LES 40% AU NORD DU PAYS. L’état de faiblesse des partis traditionnels, faciles à marier au Fédéral, rend la prudence d’autant plus primordiale pour un parti qui s’érige en défenseur de la maison Belgique. Fin de l’anecdote. Les négociations gouvernementales s’annoncent aussi longues que difficiles, n’ont même pas encore commencé.
Mathieu Colleyn,


POURQUOI LA NOUVELLE GARDE DU VLAAMS BELANG S'HABILLE À LA FAÇON DU GENDRE IDÉAL
MARIE RIGOT La Libre Belgique

(...)Presque aussi commentée que le score du parti, l'allure de nombre de ses membres - costume taillé sur mesure, pantalon retroussé, grosse montre, coupe de cheveux impeccable... - a fait réagir sur les réseaux sociaux. Tirée à quatre épingles, la nouvelle garde du Vlaams Belang - dont font partie son président, Tom van Grieken, et le fondateur du mouvement de "droite dure" Schild en Vrienden, Dries Van Langenhove - a adopté une allure de parfaits gentlemen. Mais ce qui apparaît presque comme un uniforme au sein du parti flamand a des échos dans les autres formations européennes d'extrême droite. Thierry Baudet aux Pays-Bas, Jordan Bardella en France et le controversé Sebastian Kurz en Autriche sont autant de personnalités extrémistes qui ont adopté ce style particulier.
Pour Nicolas Baygert, professeur de communication à l'ULB et à l'Ihecs, cela participe à un mouvement général de réédification de la communication non-verbale. "On constate de plus en plus d'éléments de communication non-verbale tels que des attributs vestimentaires adoptés par les politiques, comme le bleu des macronistes ou le look des écologistes, détaille Nicolas Baygert. Ces traits particuliers se rapportent à une certaine vision du monde".
Le spécialiste de la communication estime que Dries Van Langenhove a joué un rôle important dans ce changement d'image du Vlaams Belang. "Dans les injonctions propres à Schild en Vrienden, il existe un rapport à l'apparence soignée et tirée à quatre épingles du gendre nationaliste idéal", explique le professeur. Le groupe accorde en effet une importance toute particulière non seulement au style vestimentaire mais également au physique qui doit être "athlétique". "On ne peut pas être de droite et obèse", avait ainsi déclaré le leader de Schild en Vrienden dans un documentaire consacré à son mouvement.
Mais si l'arrivée du leader du mouvement de droite dur au Vlaams Belang a suscité ce changement d'apparence, il n'a pas réussi pour autant à convertir tout le monde. Les membres du parti d'extrême droite plus anciens n'ont pas forcément suivi le mouvement. Touchant principalement donc la nouvelle génération, ce souci d'une allure impeccable relève avant tout d'une "volonté d'incarner l'identité flamande et un retour à des valeurs conservatrices", souligne Nicolas Baygert. L'allure débraillée, quant à elle, illustrerait en quelque sorte le déclin actuel de la société que le parti cherche à combattre. "Mais il est également question de se démarquer des jeunes engagés à gauche ('les rats de gauche' comme l'a dit le VB). Il y a du politique dans la cosmétique du Vlaams Belang".
Pour Walter Weyns, professeur de sociologie à l'Université d'Anvers, au-delà de vouloir se différencier, le Vlaams Belang cherche aussi à être "reconnaissable" et à "plaire". "Le costard est parfait pour cela, explique-t-il dans une interview à De Morgen. Ils portent les habits que revêtirait un vendeur de voitures pour inspirer la confiance aux acheteurs". Selon le professeur, cette apparence très épurée a un autre avantage pour le Belang: celui d'adoucir le message qu'il souhaite passer. "Si vous avez un discours que vos opposants caractérisent souvent de sale ou d'obscur, il est important de le tenir en faisant bonne figure à la lumière du jour, détaille le professeur. Des propos extrêmes seront moins bien accueillis s'ils viennent d'une personne à l'allure débraillée".


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
ET SI DESORMAIS L'HABIT FAISAIT LE MOINE?


LOUIS MICHEL: "LE PAYS N'EST PAS INGOUVERNABLE"

"Le fait que la N-VA ait servi thématiquement le Vlaams Belang a joué", dit-il.
Louis  refuse "de parler de crise avant de voir comment se déroule la mission royale". Selon lui, il reste encore en Belgique des partis politiques qui veulent des solutions, comme le MR : "Mon parti veut des solutions et apportera son soutien à des solutions démocratiques." Il souhaite poursuivre une politique qui permet à la Wallonie et à Bruxelles de s'en sortir sur le plan socio-économique (emploi, formation...) : "Nous voulons une Wallonie prospère et pas une Wallonie qui voudrait compter en permanence sur les autres."
"Il faut arrêter de jouer sur la peur. Le pays n'est pas ingouvernable. (...) Je suis plutôt optimiste, on trouvera des solutions. Mais il ne faut pas croire que ça va être facile. Quand j'entends la FGTB plaider pour des choix radicalement à gauche en Wallonie, c'est inquiétant. La Wallonie a besoin de toutes les forces vives et pas de division", a-t-il souligné.
Pour lui, la montée du Vlaams Belang est "une claque pour ceux qui ont fait une grave faute stratégique". Il pointe notamment la N-VA, qui a écorné son image en quittant le gouvernement sur le Pacte de Marrakech, et la mort de Julie Van Espen qui a bouleversé la Flandre. "La sécurité et la migration (...) ont jeté le trouble dans l'opinion publique flamande.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
UN SAC DE NOEUDS

Très franchement je partage pas l'optimisme de façade du père Michel. Je ne vois pas en effet comment réussir une coalition fédérale avec le jeu de cartes tel que l'électeur l'a déployé sur la table des négociations.
Le roi n'en sortira pas, d'ailleurs même son cher oncle  Baudouin n'y serait pas parvenu... Des voix flamandes s'élèvent jusque dans son propre entourage pour l'inciter à recevoir Van Grieken (président du Belang) au Palais, c'est à dire à  donner  une légitimité démocratique à ces nazis  en costume Emmanuel Macron. Il faudra suivre cela de très près. Si ce rendez-vous devait effectivement avoir lieu, ce serait le signe que le cordon est en voie de disparition.
Je pense, en toute rigueur, que la question centrale des jours et des semaines qui viennent  tournera autour du problème du maintien ou non du cordon sanitaire et subsidiairement la problématique du confédéralisme... Les deux sont étroitement liés Je m'explique. J'ai été frappé par divers signes à propos de l'extrême droite: d'abord le look BCBG bon genre des jeunes trentenaires (voir l'article) ensuite et surtout j'ai été très intrigué par l'interview de Zuhal Demir, la passionaria turque (kurde en réalité, on lira son interview en annexe)  de la NVA qui explique toutes les bonnes raisons qu'elle a eues, en tant que fille d'immigrés, de vomir le Belang depuis sa tendre enfance mais qui pourtant conclut paradoxalement: "Je ne vais tout de même  pas me cacher derrière une signature de politiciens en dessous d' un "cordon sanitaire" vieux  de 28 ans qui ne nous a pas rapprochés d'un iota des solutions. Je ne crois plus en ça. (sic) Je n'ai pas à me réjouir de la victoire du Vlaams Belang pour les reconnaître comme une réalité politique. La peur est  mauvaise conseillère.  Croire en ses propres convictions et sa propre force est de bonne guerre." (Zuhal Demir)
C'est lumineux! La NVA fait dire à sa candidate turque alibi qu'elle se prépare clairement à abolir le cordon sanitaire. Qu'est ce à dire? Simplement qu'une alliance avec la Belang à la région flamande n'est pas à exclure mais doit être regardée comme une option possible, voire assez probable.
Bart De Wever a dit de la manière la plus claire qu'il ne voulait pas d'une coalition fédérale dans que le la Flandre serait minoritaire comme sous le gouvernement Di RupoI. Di Rupo lui en rêve et il l'a dit clairement.   Dont acte. Si cela devait se faire quand même, il est certain que Bart ferait alliance avec le Belang. Il a la main à la Vlaamse Gemeenschap, il ne va pas s'en priver. Mon hypothèse est qu'il ne va pas essayer de conclure rapidement une coalition au niveau flamand mais qu'il se donnera le temps de voir ce qui se trame sans lui au fédéral.  S'il ne parvient pas à négocier une suédois 2 dirigée par Jambon- à notre humble avis la mission est impossible - il signera avec le Belang une alliance à la Vlaamse Gemeenschap de peur d'être laminé par le Belang en complet chemise cravate et chaussettes jaunes à gueule de lion au prochain scrutin.
Il faut bien comprendre que le centre de gravité de ce pays ne se situe plus au niveau fédéral mais au niveau régional de ce qui est en train de devenir les deux nations que sont la Flandre et le... reste c'est à dire Wallobrux, la Belgique résiduaire .
Si notre hypothèse se vérifie,  Claude Demelenne aura de bonnes raisons de faire en effet ses valises. On en est pas encore là mais on semble y aller très vite.
MG


“IK WIL ME NIET MEER VERSCHUILEN ACHTER EEN CORDON SANITAIRE”
Zuhal Demir 

Ik was 12 toen het Vlaams Blok zijn 70 puntenplan opstelde. Ik was er me toen niet echt van bewust. Gelukkig maar. Uiteraard wist ik dat er mensen waren die het niet fijn vonden dat wij hier waren, maar anderzijds dacht ik altijd: waar zou ik anders zijn? Pas toen ik 16 was, besefte ik wat de plannen van het Vlaams Blok waren. Meisjes als ik moesten in een moslimschool voorbereid worden op de terugkeer naar Turkije. Ik kan u verzekeren dat zoiets aankomt als een slag in het gezicht. Waarom? Mijn ouders waren hier gevraagd om te werken. Ik ging hier naar school. Het was totaal niet de manier waarop ik Vlaanderen ervoer. Ik was omringd door Vlamingen die net zo trots waren als ikzelf op de goede punten op mijn rapport. Ik herkende Limburg niet in de overwinningen van het Vlaams Blok. ‘Ze’ moeten er wel geweest zijn en racisme bestond, zoals het vandaag bestaat. Maar mensen die me wilden deporteren naar een land dat niet het mijne was? Ik wil de generatie politici die dit soort waanzin blokkeerden, danken dat ze daar niet aan meegewerkt hebben. Het idee alleen al vervult me met afgrijzen.
Ik moet er aan terugdenken bij deze verkiezingsuitslag. Nu ben ik een politica die wordt uitgenodigd om met uitgerekend die partij te praten over bestuurszaken. Het Vlaams Belang is -alvast op papier- niet het Vlaams Blok. Nieuwe mensen hebben andere ideeën. Sommigen waardeer ik persoonlijk als mens en als politicus. Maar je kan er niet rond. Dezelfde mensen die mij -en duizenden kinderen als mij- wilden terugsturen naar waar ik niet thuis was, zijn nog steeds actief binnen de partij. Een politicus die  eergisteren massaal verkozen is, verklaarde recent nog dat het ‘70 puntenplan’ beter was uitgevoerd.
Kan je daar mee praten? Heb ik niet de plicht om zoals de generatie politici voor mij om die deur potdicht te houden? Die vraag houdt me bezig. Ik verplaats me bijna automatisch in dat 16-jarig meisje dat zo kwaad en bang was om het onrecht dat het Vlaams Blok mensen wilde aandoen.
Ik ben echter geen Koerdisch meisje van 16 meer. Ik ben geworden wat zij niet wilden dat ik werd: een Vlaamse vrouw. Eentje die ondanks haar vreemd klinkende naam de persoonlijke steun kreeg van meer dan 61.000 Limburgers*. Ik laat me niet meer intimideren of bang maken. Ik ben geëvolueerd en ik hoop van hen hetzelfde. Ik weet dat het kan. Mensen die meeschreven aan het 70 puntenplan, zweren het haatplan vandaag oprecht af.
Het Vlaams Belang kaart vandaag dezelfde problemen aan als wij. Problemen die vandaag ook de toekomst van kinderen bedreigen en waar andere partijen niets om geven. Integendeel, ze misbruiken het woord ‘racist’ om reële problemen monddood te maken. Net zoals ze honderdduizenden kiezers monddood maken. En het lost niks op. Als we dan niet bereid zijn om te praten, hoe ver de standpunten en oplossingen ook uit elkaar liggen? Dan neem je je verantwoordelijkheid niet op als politicus. Dan vlucht je.
Vergis u niet. Ik ga zonder enige twijfel weglopen van een gesprekstafel waar racisme en discriminatie aanvaardbaar wordt. Of waar kinderen zoals ik niet tot ‘onze mensen’ worden gerekend. Dat zweer ik op alles wat me lief is. Maar dan wil ik mensen ook recht in de ogen kunnen kijken en zeggen waarom het echt niet kan.
Ik ga me niet verschuilen achter een handtekening van politici onder een 28 jaar oud ‘cordon sanitaire’ dat ons geen stap dichter heeft gebracht bij oplossingen. Daar geloof ik nu niet meer in.
Ik hoef niet blij te zijn met de overwinning van het Vlaams Belang om ze te erkennen als politieke realiteit. Angst is een slechte raadgever. Geloof in je eigen overtuiging en sterkte is dat niet.
* waarvoor mijn grote dank. Jullie zijn mijn sterkte.


"SI L'EXTRÊME DROITE ARRIVE AU POUVOIR EN FLANDRE, JE FAIS MES VALISES"

•Source : Le Vif
Claude Demelenne
essayiste, auteur de plusieurs ouvrages sur la gauche
Les marchands de haine prospèrent au Nord du pays. Liégeois habitant en Flandre, je crains le pire. Si le Vlaams Belang et la NV-A se marient, c'est décidé : je fais mes valises.
La Flandre est malade. Une des régions les plus riches d'Europe est également une des régions les plus atteintes par la vague brune. L'extrême droite devient la seconde force politique, au Nord. Bart De Wever n'exclut pas de casser le cordon sanitaire autour du Vlaams Belang, un parti qu'il va recevoir au lendemain du scrutin de ce 26 mai. C'est tout sauf étonnant, car au cours de la législature écoulée, la NV-A s'est souvent comportée comme un Vlaams Belang à peine un peu plus light.
"Bye bye Vlaanderen !"
Si l'on additionne les scores de la NV-A et du Vlaams Belang, en Flandre, le constat est effarant : ensemble, ces deux partis rassemblent pas loin d'un électeur flamand sur deux. Pire encore, le Vlaams Belang, l'une des extrêmes droites les plus hideuses d'Europe, séduit particulièrement les jeunes. Comme wallon vivant de longue date en périphérie flamande de Bruxelles, je me sens de moins en moins en sécurité dans cette Flandre-là. Une Flandre qui déroule le tapis noir pour les marchands de haine. Une Flandre qui a perdu tous ses repères . Une Flandre où Bart De Wever banalise depuis des années le discours de l'extrême droite, en faisant de Théo Francken le premier porte-drapeau de son parti. Si le cordon sanitaire est rompu, c'est décidé, je fais mes valises, je quitte la Flandre pour une région plus tolérante, plus conviviale, plus fraternelle, la Wallonie ou Bruxelles.
Je dis "bye bye Vlaanderen", car je suis sans illusion. Le jour où le Vlaams Belang et la NV-A s'accoupleront, la haine montera encore d'un cran. Après la chasse aux migrants viendra la chasse aux chômeurs, aux pauvres, aux exclus. Puis la chasse aux francophones. Le scénario est toujours le même lorsque les nationalistes montent au front. Ils stigmatisent tous ceux qui sont "différents".
L'exception wallonne
Circonstance aggravante aux yeux des marchands de haine hyper-flamingants, je ne suis pas seulement francophone, je suis aussi Liégeois. J'ai habité plus de trente ans dans la Cité ardente. Comme Charleroi et le Hainaut en général, la région liégeoise réalise une performance démocratique qu'il convient de saluer. Malgré la crise, le chômage et parfois une réelle désespérance sociale, Charleroi, Liège et d'ailleurs l'ensemble de la Wallonie, restent totalement imperméables aux thèses de l'extrême droite et de ceux qui la banalisent. Bart De Wever aime diaboliser cette Wallonie trop rouge, trop accueillante, trop sociale à son goût.
Cette Wallonie sympathique, je suis fier qu'elle résiste aux discours intolérants qui montent un peu partout en Europe. Je me réjouis qu'elle soit une exception heureuse sur le vieux continent, l'un des trop rares pays - en fait, un demi-pays - où l'extrême droite ne perce pas. Ce n'est pas un hasard si la Wallonie est le punching-ball favori de Bart De Wever. Elle symbolise tout ce qu'il déteste : la chaleur humaine, l'ouverture aux autres, le refus des simplismes nationalistes et identitaires.
Bruxelles, ma belle
Il n'y a pas que la Wallonie qui sauve l'honneur des démocrates. Bruxelles est également un exemple, une ville-région où l'extrême droite n'a pas droit de cité. Une ville-région où ceux qui, à la droite de la droite francophone, comme le Parti populaire de Modrikamen, reprennent certains de ses slogans n'obtiennent aucun élu. Bruxelles-la-cosmopolite vote massivement pour les partisans d'une vision sociale et tolérante de la vie en société. Les Flamands de Bruxelles sont également remarquables. Dans la capitale, ils ont voté non pas pour le Vlaams Belang et la NV-A, mais plutôt pour Groen, qui devient le premier parti flamand, à Bruxelles.
Solidarité avec mes amis flamands
Si l'extrême droite arrive au pouvoir en association avec la NV-A, je quitterai donc la Flandre. Mais je resterai solidaire avec mes amis flamands qui résistent à la peste brune. La Flandre mérite mieux que ce rictus nationaliste qui défigure son visage, ces derniers temps. La Wallonie rouge restera accueillante pour tous les démocrates flamands. Peut-être des dissidents politiques, pourchassés par l'extrême droite, y trouveront-ils refuge.
Peut-être que le pire ne se produira pas. Peut-être la Flandre se réveillera-t-elle, ouvrant les yeux sur la catastrophe qui la guette : être placée sur la liste noire des régions européennes à la fois dégoulinantes de richesse et de haine. Finalement, j'espère ne pas devoir faire mes valises. Je me refuse à désespérer totalement de la Flandre, une belle région quand elle n'est pas le terrain de jeu de l'extrême droite et de la droite - très - radicale.

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