lundi 20 mai 2019

La N-VA est-elle prête à mettre de côté le confédéralisme? Elle fixe ses conditions

La Libre Belgique

La vice-présidente du parti a affirmé ce dimanche midi que les nationalistes pourraient mettre au frigo leur principale préoccupation mais à une condition.
Réunies pour un débat Nord-Sud sur RTL, des personnalités des différentes formations politiques ont abordé des points importants ce dimanche midi à une semaine des élections fédérales, régionales et européennes. Notamment présents sur le plateau de C'est pas tous les jours dimanche, Kristof Calvo (Groen), Paul Magnette (PS), Koen Geens (CD&V), Raoul Hedebouw (PTB), Didier Reynders (MR) et Cieltje Van Achter (N-VA) ont discuté climat, emploi, impôt sur la fortune et... confédéralisme.
Mais si les discussions sont allées bon train, certaines interventions se sont démarquées des autres. On retient ainsi la sortie de la vice-présidente de la N-VA, Cieltje Van Achter. Cette dernière a affirmé que, si une suédoise bis était formée, son parti ne remettrait pas le confédéralisme sur la table. "Si on peut avoir une politique de centre-droit, c'est ce que nous voulons, on est d'accord de continuer avec la Suédoise", a expliqué la nationaliste flamande.
Cette déclaration a interpellé sur le plateau. Interrogée par Christophe Deboursu aux commandes du débat, Cieltje Van Achter l'a répété: "Si on peut avoir la politique qu'on veut, il n'y aura pas de confédéralisme". Mais pour cela, la N-VA veut une "politique de réforme". 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
"QUI  GAGNE DE L'ARGENT SE DOIT DE LE REDISTRIBUER." (De Wever)

C'est un scoop et assurément un tournant dans la campagne comme l'a tout de suite compris Christophe Deborsu en direct sur RTL.
Se rendant compte que l'avance de son parti est de plus en plus grignotée par le Vlaams Belang qui bénéficie de ce vent froid de populisme qui glace le climat politique européen, Bart De Wever met de l'eau dans son vin plutôt que de faire monter les enchères communautaire avec le Belang.
Intelligent comme, il est il a compris également qu'il ne réussirait pas à attirer le MR et le CDh (de plus en plus proche du CD&V) dans une aventure confédéraliste. La NVA semble terrifiée à l'idée  d'être reléguée dans l'opposition à la chambre.
En larguant son obsession confédéraliste, elle  redevient fréquentable pour les libéraux francophones. Reste à savoir quel sort l'électeur bruxellois et wallon réservera dimanche prochain au MR.
Cela demeure la grande inconnue de ce redoutable scrutin. On lira avec un mélange d'intérêt et d'amusement la carte blanche  d'Aubry Touriel, un journaliste wallon  qui a passé trois ans avec les militants de la N-VA et fait du parti une radioscopie assez surprenante.
MG

BART DE WEVER: 'WE WILLEN GEEN RADICALE SPLITSING'
Knack
In een gesprek met De Zondag zet N-VA-voorzitter Bart De Wever in aanloop naar de verkiezingen de ideologische krijtlijnen van zijn partij uit. 'Wie geld verdient, moet herverdelen.'
Bart De Wever (48), is inmiddels al vijftien jaar voorzitter van de Nieuw-Vlaamse Alliantie. In een interview met De Zondag, in de aanloop naar de Europese, federale en regionale verkiezingen van volgende week, zet De Wever in op de Vlaamse identiteit als verkiezingsthema.
HET CONSERVATISME, IS DAT DE IDEOLOGIE VAN UW PARTIJ?
BART DE WEVER: Dat is zeker zo, of toch in filosofische zin. Al zullen sommige partijleden dat niet graag horen. Het woord is helaas vervuild geraakt. Veel mensen denken dat een conservatief tegen verandering is. Dat is niet waar. Ons maatschappijbeeld vertrekt vanuit de gemeenschap. Die bestaat uit vele kringen: het gezin, de wijk, de jeugdbeweging, de stad en op het hogere niveau Vlaanderen. Die gemeenschap moet de samenleving ordenen. Dat is het fundamentele verschil met andere ideologieën.
Het liberalisme vertrekt vanuit het individu, het socialisme vanuit de staat. Liberalisme mondt trouwens uit in socialisme. Vrije individuen gaan onvermijdelijk botsen. Een overheid is dus nodig om dat te reguleren. Dat terzijde. Wij kijken naar de gemeenschap. Die moet sterk en gezond zijn, want alleen dan kan een samenleving overleven. De overheid moet daar mee voor zorgen.
U DOET DENKEN AAN CD&V.
DE WEVER: Wij zijn ideologisch verwant, ja. Wat is het verschil? Een gemeenschap heeft lijm nodig. CD&V kijkt daarvoor naar de katholieke zuil. Wij kijken naar de gedeelde identiteit. Identiteit kan de gemeenschap van zeven miljoen Vlamingen binden.
IN HET VERLEDEN LEIDDE EEN IDENTITEITSDISCOURS VAAK TOT GRUWEL. WAAROM ZOU DAT MET U ANDERS ZIJN?
DE WEVER: (droog) Ah, de dark side. Daar is ze. Een identiteitsdiscours wordt gevaarlijk als die identiteit gezien wordt als een absolute waarde. Dat was zo in het oude Griekenland: je was ofwel Griek ofwel barbaar. Wij geloven echter dat een gemeenschap dynamisch is én nieuwe groepen kan opnemen. Dat betekent ook dat identiteit evolueert.
KAN EEN HOOFDDOEK OOIT DEEL UITMAKEN VAN ONZE IDENTITEIT?
DE WEVER: Dat kan. Ik durf dat niet uit te sluiten. Een identiteit is namelijk het gevolg van een dialoog tussen veel mensen. Ik heb maar één stem. Ik hoop van niet, want ik geloof in een seculiere samenleving.
WAAROM PLEIT U NOOIT MEER VOOR ARTIKEL ÉÉN VAN UW STATUTEN, DE ONAFHANKELIJKE VLAAMSE REPUBLIEK?
DE WEVER: Omdat wij realisten zijn. De objectieve werkelijkheid is dan wel Vlaams, de subjectieve werkelijkheid is dat niet. Of toch niet voor het grootste deel van de bevolking. Veel mensen zijn gehecht aan het Belgische huis, ook al leven ze in een Vlaamse werkelijkheid. We willen geen radicale splitsing. Ook dat is conservatisme. Wij pleiten voor evolutie. De logische volgende etappe is het confederalisme.
BENT U EEN NEOLIBERALE PARTIJ OP SOCIAALECONOMISCH VLAK?
DE WEVER: (feller) Helemáál niet. Wie dat zegt, kent mijn partij niet of wil haar in een slecht daglicht stellen. Wij geloven dat het liberale kapitalisme het beste economische systeem is. Dat heeft de geschiedenis bewezen. Geen énkel ander systeem heeft voor zoveel welvaart gezorgd. Maar we koppelen die vrijheid aan verantwoordelijkheid. Wie geld verdient, moet herverdelen. Wij vinden solidariteit heel belangrijk. De kracht van identiteit is trouwens dat ze zorgt voor solidariteit. Als ik mij verbonden voel met mijn gemeenschap, dan zal ik graag mensen helpen in die gemeenschap.
DE WEVER MET L'ACCENT SUR L'IDENTITÉ FLAMANDE COMME THÈME ÉLECTORAL.
Bart De Wever, 48 ans, est président de la Nouvelle Alliance flamande depuis maintenant quinze ans. Dans une interview accordée à  De Zondag, à la veille des élections européennes, fédérales et régionales de la semaine prochaine, De Wever met l'accent sur l'identité flamande comme thème électoral.
LE CONSERVATISME, EST-CE LÀ L'IDÉOLOGIE DE VOTRE PARTI ?
BART DE WEVER : Certainement , du moins AU sens philosophique. Bien que certains membres du parti n'aimeront pas l'entendre. Malheureusement, le mot s'est dénaturé. Beaucoup de gens pensent qu'un conservateur est forcément contre le changement. Rien n'est moins  vrai. Notre image de la société part de la communauté et se compose de plusiuers cercles concentriques : la famille, le quartier, le mouvement de jeunesse, la ville et à un niveau plus élevé la Flandre. Cette communauté se doit d'organiser la société. C'est la différence fondamentale avec les autres idéologies.
Le libéralisme se fonde sur l'individu; le socialisme sur l'Etat. Le libéralisme mène aussi au socialisme. Les individus libres s'affronteront inévitablement. Il faut un gouvernement pour réglementer tout cela. Nous nous appuyons  sur la collectivité. Elle doit être forte et saine, pour survivre et faire société.  Le gouvernement doit en être le garant.
N' ÊTES-VOUS PAS EN CELA PROCHE DU  CD&V?
DE WEVER : Oui nous sommes idéologiquement solidaires.  Quelle est la différence ? Une communauté a besoin de ciment. Pour le CD&Vl ciment c'est  le pillier catholique pour ce serait plutôt l'identité partagée par sept millions de Flamands.
AUTREFOIS , LE DISCOURS IDENTITAIRE CONDUISIT À L'HORREUR. POURQUOI SERAIT-CE DIFFÉRENT AVEC VOUS ?
DE WEVER :Tout discours identitaire devient dangereux si l'identité est  élevé au rand de valeur absolue. C'était le cas dans la Grèce antique : vous étiez soit grec, soit barbare. Nous, nous pensons qu' une communauté dynamique peut absorber de nouveaux groupes. Cela signifie que l'identité évolue.
UN FOULARD PEUT-IL FAIRE PARTIE DE NOTRE IDENTITÉ ?
DE WEVER : C'est possible. Je n'ose pas l'exclure. Une identité est le résultat d'un dialogue entre de nombreuses personnes. Je crois en une société laïque.
POURQUOI NE PLAIDEZ-VOUS PAS EN FAVEUR DE L'ARTICLE PREMIER DE VOS STATUTS, LA RÉPUBLIQUE FLAMANDE INDÉPENDANTE ?
Parce que nous sommes réalistes.  Beaucoup de gens sont attachés à la maison Belgique, tout en vivant dans une réalité flamande. Nous ne voulons pas d'une scission radicale. Cela aussi, c'est du conservatisme. Nous prônons l'évolution lente. La prochaine étape est logiquement le confédéralisme.
ÊTES-VOUS UN PARTI NÉO-LIBÉRAL SUR LE PLAN SOCIO-ÉCONOMIQUE ?
DE WEVER :. Quiconque qui l'affirmerait ne connaît pas mon parti ou veut l'éclairer sous un mauvais jour. Nous croyons que le capitalisme libéral est le meilleur des systèmes économiques. Aucun autre système n'a apporté autant de prospérité.  Mais nous subordonnons  cette liberté à la responsabilité. Quiconque gagne de l'argent se doit le redistribuer. La solidarité est essentielle pour nous. La grande  force de l'identité, en fait, c'est qu'elle est solidaire. Si je me sens en phase avec ma communauté, je serai heureux d'aider les gens de cette communauté.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
C'EST DU COMMUNAUTARISME PUR JUS



Trois ans avec les militants de la N-VA
Aubry Touriel

Bart De Wever, Theo Francken et les leurs ont développé une stratégie bien réfléchie dans les médias et sur les réseaux sociaux. Mais de quoi parlent-ils avec leurs militants et membres quand les caméras et les micros sont absents ? Le journaliste indépendant Aubry Touriel a suivi discrètement une dizaine de réunions internes de la N-VA à Anvers, pendant trois ans, pour Le Vif/L'Express. À travers son récit, il analyse la rhétorique du parti nationaliste flamand et dépasse les clichés qui l'entourent. Découvrez la N-VA depuis l'intérieur, en plusieurs épisodes d'une série qui pourrait s'intituler "La faute des autres".
Episode 1 :"Le CD&V est le plus gros souci"
J'ai dès lors décidé de prendre le temps. Prendre le temps pour me pencher sur l'évolution de la N-VA depuis le 25 mai 2014. C'était le jour de "la mère de toutes les élections" : les citoyens belges étaient convoqués pour les élections régionales, fédérales et européennes.
L'OUTSIDER À L'AFFÛT
Ce jour-là, la N-VA était sortie grande gagnante de ce scrutin avec son slogan "La force du changement". À tous les niveaux où elle s'est présentée (sauf à la Région bruxelloise), elle est devenue le plus grand parti. En plus du gouvernement flamand, elle a fait son entrée au fédéral, une première.
Au fil des années, la N-VA a changé de visage. Elle a délaissé son programme communautaire pour se concentrer sur le socio-économique, l'identitaire et le sécuritaire. Par contre, une chose n'a pas changé : la N-VA ne cesse de crier sur tous les toits que "c'est la faute des autres". En néerlandais, on appelle ça "de zwarte piet doorgeven). Quand des dossiers n'évoluent pas à son goût, le parti nationaliste rejette la responsabilité sur les autres. Ce sont les autres qui empêchent la N-VA d'atteindre sa mission, une technique classique en politique. Et, comme vous allez le découvrir dans cette série, la liste des boucs émissaires de la N-VA est longue : le CD&V, les médias, Bruxelles, Angela Merkel, les musulmans, les socialistes, la société civile...
J'ai pu m'en rendre compte alors que j'assistais à des réunions internes à la N-VA anversoise. J'y ai découvert un parti qui incarne le rôle d'outsider. Son rôle préféré. Lors d'une réunion interne à Hoboken en septembre 2015, Bart De Wever déclare : "Ivan De Vadder me qualifie d'homme le plus puissant de Belgique dans son livre (NDLR : Le journaliste politique de la VRT a publié "The power people: de machtigste en invloedrijkste mensen van Vlaanderen"), ce n'est pas un cadeau. Les gens n'aiment pas ça, je pense que ce n'est pas réaliste. Le Flamand est un fan de Poulidor, le sympathique underdog." (Toutes les citations provenant des réunions internes procèdent d'une traduction libre de l'auteur.)
Et c'est précisément la manière dont Bart De Wever souhaite que la population perçoive son parti : l'outsider qui est à l'affût, prêt à jaillir pour défendre les intérêts flamands. La N-VA veut incarner l'alternative à un système qu'elle dirige elle-même. Quelle ironie.
Elle se prétend différente des autres partis alors qu'elle fait partie du même système auquel elle participe activement. Elle copie les habitudes des partis traditionnels et reproduit des techniques rhétoriques utilisées de tout temps en politique. Pour vous en rendre compte, je vous emmène en immersion au coeur de la N-VA.
MOI, JOURNALISTE INFILTRÉ
Pendant trois ans, j'ai suivi discrètement une dizaine de réunions à Anvers. Toutes les réunions étaient exclusivement réservées aux membres de la N-VA anversoise. Presque à chaque fois, le président Bart De Wever était présent pour tenir un discours.
Un francophone infiltré à la N-VA, un comble. Mais comment me suis-je retrouvé à Anvers, moi qui suis né à Seraing, un bastion socialiste liégeois ? Dans le cadre de mes études de traduction à l'université de Mons, j'ai passé une année scolaire à Anvers. C'était dans le cadre d'un séjour ... Erasmus. Oui, vous avez bien lu, un échange dans mon propre pays.
En dix mois, j'ai appris plus de néerlandais qu'en dix ans sur les bancs de l'école. Un nouveau monde s'est ouvert à moi. Je me suis familiarisé avec la politique flamande. Depuis, il n'y a pas un jour sans que je ne regarde au moins une émission politique à la VRT - que ce soit Terzake, De Afspraak, De Zevende Dag ou Villa Politica.
J'ai appris à connaître le concept de "Bekende Vlamingen" en regardant le Slimste Mens (Ter Wereld) avec mes colocataires flamands. J'ai découvert de nombreuses séries flamandes, dont celles de la maison de la production Woestijnvis, comme Het Eiland. Quand je regarde une série, elle est très souvent flamande. Idem pour les médias. J'ai échangé l'intérêt que beaucoup de Belges francophones ont pour la France contre une fascination pour la Flandre.
Après quelques années d'expérience comme traducteur, je me suis lancé dans le journalisme. Ma spécialité ? La Flandre. Cinq ans après mon Erasmus, j'ai décidé de revenir à Anvers en octobre 2014. Mon but ? Devenir "correspondant de Flandre" pour les francophones.
Quelques mois après mon retour dans ma ville de coeur, je tombe sur l'événement "Tour pour la Flandre" alors que je parcours le site web de la N-VA Anvers. Les ministres de la N-VA sillonnent les cinq provinces flamandes pour comparer leur programme électoral aux accords de gouvernements fédéral et flamand. Bart De Wever, Jan Jambon, Johan Van Overtveldt sont de la partie à Anvers. De gros poissons.
Ma curiosité est attisée. Je téléphone au bureau de la N-VA pour savoir si la presse est autorisée à assister à l'événement. Négatif. Après différents contacts avec des confrères journalistes et des représentants du Conseil de Déontologie Journalistique, je décide de m'inscrire à la N-VA.
12 DÉCEMBRE 2014, AVEC 500 MEMBRES DE LA N-VA
12 décembre 2014, jour J. Environ 500 membres de la N-VA sont réunis dans la salle de Zuiderkroon dans le sud d'Anvers. Vers 20h10, Jan Jambon et Johan Van Overtveldt arrivent sur scène. La salle applaudit. Les ministres vont rejoindre directement... le public. Normal : place au patron. Bart De Wever souhaite la bienvenue et déclare : "C'est une soirée en cercle fermé, sans presse. Je peux donc vous parler sans tabou". C'est ma première réunion interne à la N-VA. Moi, journaliste infiltré.
Le rendez-vous pour le Tour pour la Flandre d'Anvers est fixé à 20 heures le 12 décembre 2014 dans la salle Zuiderkroon, sur le "quai flamand". J'arrive à l'heure devant l'entrée du bâtiment, les gens affluent. À l'accueil, j'explique ne pas avoir encore reçu ma carte de membre, commandée une semaine plus tôt. Mon nom figure bel et bien sur la liste. On m'attache un bracelet jaune autour du poignet. Le premier signe tangible que je suis dans la fosse aux lions. J'essaie de paraître comme un poisson dans l'eau.
Je me dirige ensuite dans la salle. Elle est déjà bien remplie. Sur la droite, au milieu, je trouve un siège vide à côté d'un couple de sexagénaires. Je m'y installe, tout se passe comme prévu. Le public, en majorité masculin, est en moyenne âgé de la cinquantaine bien tapée. Tous bien habillés, les membres du parti le plus puissant de Belgique ressemblent à des gens de la classe moyenne flamande et à des cadres. Quelques jeunes et quelques dames complètent le tableau. Les personnes d'origine étrangère constituent l'exception. On est bien loin de l'image de diversité que le parti veut donner en externe avec des membres comme Zuhal Demir, Darya Safai, Assita Kanko (les deux dernières rejoindront les rangs de la N-VA en 2018). Sur le podium trônent trois drapeaux : le drapeau de Flandre, de l'Union européenne et de la N-VA.
Si les militants de la N-VA sont réunis à Anvers, c'est parce qu'ils veulent savoir à quel point leur parti a pesé dans les programmes des gouvernements fédéral et flamand. La N-VA fait son entrée au fédéral, une première pour le parti nationaliste.
Vers 20h10, Bart De Wever souhaite la bienvenue et lance : "On reçoit quelques critiques, à gauche comme à droite, mais surtout à gauche. (rires du public) Avant les élections, nous étions les boucs émissaires, maintenant, c'est encore pire."
Il n'a pas fallu plus d'une minute de discours pour que Bart De Wever enfile non pas son costume de panda, mais celui de Calimero (En mars 2014, Bart De Wever s'est déguisé en panda lors d'une émission sur VTM. Il y a déclaré : "J'étais à Mons, où mon ami Elio Di Rupo m'a offert un job permanent pour 700 000 euros par an."). Un rôle qu'il interprète à merveille. Et ce n'est pas Geert Beullens, aka. BDW, l'acteur qui se prend pour le bourgmestre d'Anvers, qui dira le contraire. Ce comédien a même composé et interprété une chanson appelée "La faute des autres". "C'est la faute des socialistes. C'est la faute des Wallons. C'est la faute des roux. C'est la faute des chauves. C'est la faute des syndicats..." claironne-t-il. Ce ne sont pas les coupables qui manquent.
"IL Y A QUELQU'UN DANS LA SALLE QUI NOTE TOUT"
En ce début de législature, toutes les flèches de la N-VA sont dirigées sur le CD&V. Dès l'entrée en fonction du gouvernement, les syndicats ont manifesté dans la rue et parmi eux, on retrouvait évidemment des membres de l'ACV (Syndicat flamand, l'équivalent de la CSC en Flandre) qui constituent une partie de l'arrière-ban du CD&V. Le parti chrétien-démocrate se doit dès lors d'incarner la "face sociale" du gouvernement. Selon Bart De Wever, le CD&V remet en doute les engagements du gouvernement en matière de coupes budgétaires. Et ça, ça ne plaît pas au leader de la N-VA.
Une bonne heure de présentation plus tard, un militant pose une question au chef : "Le CD&V a un pied dans le gouvernement et l'autre en dehors. Comment allez-vous dompter ce cheval de Troie ?" Il met le feu aux poudres.
Bart De Wever confie, après un moment d'hésitation : "Il y a une raison pour laquelle nous faisons cette réunion en interne : répondre à ce type de question. Avant que tu ne le saches, il y a quelqu'un dans la salle qui note tout..." Le public rit aux éclats. Je souris intérieurement : "S'ils savaient...".
"À la presse, on dirait "mais non, ça va encore, vous exagérez...". Mais, non, ça ne va pas : il y a un problème. C'est essentiel de raconter l'histoire de la relance socio-économique d'une même voix", poursuit le bourgmestre d'Anvers.
Friand d'allégories liées au cyclisme, le président de la N-VA enchaîne : "Le but est de trouver les bonnes personnes qui pédalent pour atteindre un objectif. Cela complique les choses si l'un des quatre (partis du gouvernement fédéral : MR , N-VA, CD&V et Open Vld) se retrouve sur le porte-bagages. Surtout, si en plus, il ne cesse d'appuyer avec son pied sur le pneu arrière. On commence alors à faire du surplace. J'ai l'impression que c'est le cas parfois, souvent, quotidiennement..." La salle rit à gorge déployée.
Bart De Wever est sans pitié pour son ancien partenaire de cartel (sous l'impulsion d'Yves Leterme et de Geert Bourgeois, le CD&V et la N-VA, alors quasi inconnue, ont uni leur force entre 2004 et 2008 pour notamment plaider pour plus d'autonomie de la Flandre) : "Surtout ces temps-ci quand j'entends certains dire : 'On ne doit plus faire d'économies. Je l'ai proposé aux membres du kern, je sais qu'ils ne sont pas d'accord, mais je le dis quand même pour faire la Une des journaux.' Dans ce cas, on se demande : comment est-il possible de partir en guerre avec un soldat pareil ?"
Cela ne fait que deux mois que le gouvernement fédéral est entré en fonction et Bart De Wever évoque déjà une éventuelle chute de gouvernement : "Si le CD&V ne pédale pas avec nous, à un moment donné, les pieds vont se prendre dans les rayons et nous allons tomber. Je souhaite bonne chance à celui qui fait tomber ce gouvernement."
Citation particulièrement ironique, lorsqu'on sait que, quatre ans plus tard, c'est la N-VA elle-même qui est responsable de la chute du gouvernement Michel en raison de sa position sur le pacte de l'ONU pour les migrations...
La famille royale, les socialistes, les médias... les différents "ennemis" de la N-VA en prennent pour leur grade pendant deux heures. Après la session de questions/réponses, la réunion se termine. La grande partie de la masse se dirige vers le foyer. Après une petite dizaine de minutes, je m'en vais. La soirée avait livré suffisamment d'informations croustillantes.
LA BOMBE
La semaine suivante, mon article sur le "Tour pour la Flandre" à Anvers paraît dans le Vif/L'Express : "Pour la N-VA, 'le CD&V est le plus gros souci", signé "Dominique Dewael", mon pseudonyme. La bombe est lancée. C'est la première fois que la N-VA tient des propos aussi incendiaires vis-à-vis de son ancien membre de cartel. Jamais auparavant, les partenaires de la coalition suédoise ne s'étaient attaqués aussi clairement dans la presse.
L'affaire prend de l'ampleur. Joachim Pohlmann, porte-parole de Bart De Wever, réagit dans la presse flamande : il confirme que le chef de la N-VA a bel et bien tenu ces propos, mais nuance en disant que cela arrivait d'adopter un type de langage plus trempé en réunion interne. Il regrette également qu'un journaliste pénètre une réunion à huis clos de cette façon.
Après la trêve hivernale, les deux partis recommencent à se chamailler de plus belle. À la mi-janvier, le terme "Kibbelkabinet" (Littéralement : gouvernement qui se chamaille) voit le jour sous la plume de l'auteur et historien Marc Reynebeau dans un article du Standaard. Ce terme sera par la suite très souvent utilisé par les médias flamands. Un podcast de la VRT portera même ce nom : quatre journalistes y accueilleront un invité politique pour parler de l'actualité de la Rue de la Loi.
Les dossiers qui divisent les anciens partenaires de coalition ne manquent pas. Depuis le 17 janvier 2015, des militaires sont chargés d'assurer la sécurité dans certains quartiers à Bruxelles et à Anvers. Le CD&V est ouvertement contre cette décision alors que la N-VA la défend bec et ongles.
(...) Les prises de bec par médias interposés entre Kris Peeters et Bart De Wever ne cesseront plus. Lors de la campagne pour les élections communales de 2018, Bart De Wever a par exemple traité Kris Peeters de "transmigrant", car ce dernier a déménagé de Puurs à Anvers pour tirer la liste du CD&V dans la métropole anversoise.
LA SOIF DU POUVOIR
Il n'y a pas que la venue de Kris Peeters à Anvers, les positions "de gauche" et "anti-paras" du CD&V qui dérangent la N-VA. Le parti nationaliste est jaloux de l'influence démocrate-chrétienne dans les institutions (semi-) publiques. Un cartoon paru dans la newsletter Nieuw-Vlaams Magazine (Newsletter mensuelle envoyée aux membres du parti nationaliste, mais également accessible en ligne) au début de l'année 2015 en est une belle illustration.
On y retrouve une caricature du ministre fédéral Kris Peeters, en train de faire ses courses avec sa femme sur le Meir à Anvers. Il déclare : "Chérie, j'ai peur des militaires en rue". Un passant réplique : "J'ai surtout peur des chrétiens-démocrates dans le conseil d'administration de ma banque."
(...)La présence de membres de la N-VA dans les plus hautes sphères de l'administration ou des institutions publiques montre qu'elle est devenue un parti comme les autres : elle a soif de pouvoir. Alors qu'elle accuse le CD&V de placer ses pions, la N-VA copie-colle les mêmes méthodes que le parti démocrate-chrétien.
En 2013, alors déjà au gouvernement flamand, la N-VA voulait montrer qu'elle ne dérogerait pas à ses principes : elle n'a pas eu recours à une nomination politique pour le poste de gouverneur de Flandre orientale. Elle a opté pour Jan Briers, une personne sans carte de parti. Depuis les beaux principes sont tombés aux oubliettes et les nominations politiques vont bon train. Comble de l'ironie : Jan Briers est le premier suppléant aux élections fédérales en Flandre orientale sur les listes du... CD&V !
N-VA FURAX
Dès la parution de mon article dans le Vif/L'Express, l'agence Belga a repris l'information. Des deux côtés de la frontière linguistique, presque tous les médias parlent de l'affaire.

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