lundi 27 mai 2019

Marée noire, vague brune, tsunami politique... La presse francophone s'interroge: comment gouverner ce pays?

(REVUE DE PRESSE de la LIBRE BELGIQUE)

Marée noire, vague brune, tsunami politique... Au lendemain des élections, la presse francophone appelle à un effort de compréhension de la poussée de l'extrême droite en Flandre. Et s'interroge: comment gouverner ce pays fractionné entre une Flandre "à droite toute" et le Sud, qui a plébiscité le PS, Ecolo et le PTB? Près d'un électeur flamand sur deux a voté en faveur d'un parti nationaliste (N-VA) ou pour un parti ultranationaliste et xénophobe (Vlaams Belang), pose 'La Libre'. "Il faudra essayer de comprendre pourquoi, dans une des régions les plus prospères d'Europe, les électeurs ont propulsé le Belang, extrémiste et raciste, au rang de deuxième formation politique."
'L'Echo' appelle aussi à "ouvrir les yeux" et "effectuer un travail de longue haleine pour comprendre les motivations du vote extrémiste". "Il faut assécher ces idées extrémistes, en particulier auprès de la jeunesse, en démontrant leur inanité."
Pour le quotidien économique, le cordon sanitaire doit absolument tenir autour du Vlaams Belang: "On entend, au Nord du pays, certaines voix s'élever pour le remettre en cause. Ce serait une tragique erreur. 'Mouiller' un parti au pouvoir ne le fait pas forcément reculer. Et ce serait surtout au prix de la légitimation et de l'application d'une partie de son programme".
Attention à ne pas stigmatiser les électeurs, il faut plutôt les entendre, souligne 'Le Soir'. "Mais écouter l'électeur des partis extrémistes ne justifie jamais de trouver fréquentables ceux qui exploitent leurs émotions et leurs colères. Briser le cordon sanitaire? Gouverner avec le Belang? Ce serait pactiser avec le racisme véhiculé par ce parti et les dérives haineuses de ceux qui prennent la parole en son nom."
"La Dernière Heure" est plus craintive: "Le béton armé qui semblait entourer le cordon sanitaire semble s'effriter", dit-elle dans son édito mettant l'accent sur "Une Belgique, deux pays".
Une tonalité qu'adoptent également les titres de Sudpresse, qui évoquent "deux démocraties". Après avoir obtenu plusieurs réformes de l'Etat, gagné une "vaste autonomie", monopolisé les leviers économiques et politiques du pays, "que veulent encore nos compatriotes flamands? ", se demande le groupe de quotidiens.
Au bout du compte, "comment sera-t-il possible de constituer un gouvernement fédéral, en tenant compte du fossé grandissant qui sépare les Flamands et les francophones?", interpelle 'L'Avenir'. "Comment les dirigeants de ce pays vont-ils faire pour amener à cohabiter, dans un même espace institutionnel, deux peuples à ce point différents, opposés?"
"Face à ce grand écart, resserrer les liens entre les deux communautés deviendra plus que jamais indispensable dans les prochaines semaines", souligne 'L'Echo'.
"Prudence, pas de précipitation", vous assure-t-on du côté de "La Libre". Installer des majorités dissemblables dans les Régions sans penser à la constitution de l'exécutif fédéral pourrait provoquer une longue crise politique. "L'idéal serait de faire l'inverse: former d'abord le gouvernement fédéral et ensuite les équipes régionales".
"Le Vlaams Belang est de retour, et avec lui, la question autour du cordon sanitaire", lit-on dans les grandes lignes dans la presse néerlandophone. Les journaux de Flandre sont d'accord pour dire que les extrêmes ont remporté les élections et qu'il s'agit d'une première défaite pour le président de la N-VA Bart De Wever. Le défi sera particulièrement important au niveau fédéral, étant donné les disparités entre nord et sud du pays. Et en filigrane, cette grande question: que va-t-il advenir du cordon sanitaire?
"Une Flandre qui tolère la droite radicale dans son gouvernement, est une Flandre qui s'isole sur le plan national et international", met en garde 'De Morgen' .
"Qu'on adopte une position de principe ou pragmatique, le constat est qu'il n'y a pour les partis démocratiques pas de terrain d'entente possible avec le Vlaams Belang - que ce soit sur la politique migratoire inhumaine, la séparation insensée du pays ou la folie budgétaire qui composent le programme du Belang."
'Gazet van Antwerpen' estime en revanche que les partis traditionnels vont devoir prendre position quant à l'isolement du Vlaams Belang. Tom Van Grieken, président du parti, veut participer au pouvoir. Bart De Wever ne l'a pas exclu. Belang et N-VA n'ont certes pas une majorité, mais ils ont suffisamment de poids pour faire suer les autres partis, écrit le Gazet.
"Il est temps de parler", abonde 'Het Laatste Nieuws' . La condamnation du parti pour racisme, sous son ancienne appellation Vlaams Block, a 15 ans, ose le quotidien. "Jusqu'à preuve du contraire, le Vlaams Belang de 2019 est sans nul doute un parti de droite radicale, mais pas raciste ou antidémocratique."
Le moment est venu de questionner l'efficacité et l'opportunité du cordon, poursuit Het Laatste Nieuws. Un constat qui vaudrait tout autant pour le PTB, avec qui il s'agirait de discuter plutôt que de le bannir comme un ennemi "à moitié nord-coréen".
"La Flandre est plus prospère que jamais, mais le Flamand est en colère et a peur", relève 'De Standaard' , décrivant ce qu'il appelle le "paradoxe du 26 mai". La succession de débats interminables lors desquels s'affrontent toujours les mêmes figures a détourné les Flamands du théâtre politique, dit l'éditorialiste du journal, pour qui les partis traditionnels, jadis tout-puissants, sont à terre.
Comment la colère des électeurs pourra-t-elle désormais être transformée en politique?, demande 'De Tijd' . Ce fardeau repose principalement sur les épaules de la N-VA, pour le quotidien.
Pour 'Het Nieuwsblad' , les partis n'ont pas réussi à dégager un intérêt collectif au dessus des intérêts particuliers. Des partis qui ont aussi échoué sur une série de dossiers, comme celui des pensions, c'est pourquoi ils ont été sanctionnés par l'électeur.
Une position que rejoint le 'Belang van Limburg' : "L'écart entre le citoyen et la politique est encore plus profond qu'attendu".


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
ON CRAIGNAIT LE PIRE ON AURA PIRE ENCORE ET EN  PRIME UN CASSE TÊTE FEDERAL EN FORME DE RUBICK CUBE

En France , le Rassemblement national est en tête des sondages avec 24% des voix, suivi de près par la République en Marche créditée de 23%.  Macron perd la face et aura du mal à terminer son quinquennat. Jupiter mord la poussière , Marine lui fait un bras d'honneur.   En Allemagne : la CDU/CSU de Merkel n'atteint pas les 30% ,le  SPD régresse à 15,%, les Verts explosent à 22%, mais les noirs de l' AfD (10%) ne cassent pas la baraque comme en Flandre. C'est la seule bonne nouvelle de la journée. La grande coalition perdrait sa majorité.  Au Royaume Uni, le parti Brexit fait la nique aux conservateurs. Des élections en perspectives chez les deux.
En Belgique deux évidences s'imposent:  la suédoise ne sera pas reconduite. Mais quoi à la place au fédéral quand NVA/BELANG totalisent 45%? La Libre voit clair: "Installer des majorités dissemblables dans les Régions sans penser à la constitution de l'exécutif fédéral pourrait provoquer une longue crise politique. "L'idéal serait de faire l'inverse: former d'abord le gouvernement fédéral et ensuite les équipes régionales".
C'est vite dit, c'est bien dit mais cela a très peu de chance de se faire. Le roi a intérêt à annuler ses vacances, il sera à la bourre pendant plusieurs mois sans doute. Il a bien fait, au fond, de s'offrir une Mercedes à puissant blindage.
Deuxième évidence sous forme de question: le cordon sanitaire tiendra-il ou ne tiendra-til pas? Luk Van Biesen (député VLD) se demande s'il est  : "encore utile à cette époque ?" Le député VLD remuant semble enclin à se débarrasser du cordon sanitaire contre le Vlaams Belang. "Les constructions artificielles autour des partis et issues du passé n'existent que du côté de la droite. On ne peut pas ignorer les électeurs", estime-t-il. Eddy De Block (Open VLD), le frère de Maggie De Block, avait lancé un signal similaire. "Il n'y a qu'un seul moyen d'arrêter l'ascension du Vlaams Belang, c'est de laisser le parti gouverner", avait-il déclaré sur Radio 2 (VRT).
"Ni hier, ni aujourd'hui, ni demain. Jamais", a réagi le bourgmestre de Gand, Mathias De Clercq, qui poussait la liste de l'Open VLD à la Chambre en Flandre orientale. La président de l'Open Vld, Gwendolyn Rutten, lui a répondu sur Twitter en écrivant "C'est comme ça". Mais n'est-elle pas sur un siège éjectable, oui c'est comme ça...
A l'évidence, "il s'agit d'une première défaite pour le président de la N-VA Bart De Wever"  Paradoxe: "La Flandre est plus prospère que jamais, mais le Flamand est en colère et a peur"" C'est la grand "paradoxe du 26 mai". Peur de qui, des immigrés évidement,  marre de quoi? des énormes transferts vers la Wallonie, peur de l'avenir  surtout, peur de ses démons.
Les partis traditionnels, jadis tout-puissants, sont à terre: CD&V , VLD, SPa. "Comment la colère des électeurs pourra-t-elle désormais être transformée en politique?"
C'est le noeud du problème et cette question se pose partout en Europe. Les Européens ne veulent pas de l'immigration massive et ils le font savoir par bulletin électoral.
"L'écart entre le citoyen et la politique est encore plus profond qu'attendu".
De Wever : "mon seul veto est contre écolo et PS" Ah bon? Le président de la N-VA n'a donc pas clairement indiqué qu'il était prêt à briser le cordon sanitaire, mais il ne l'a pas exclu non plus. La question serait actuellement discutée par les ténors du parti nationaliste...Pas rassurant du tout ceci!
Va-t-on vers une crise politique inextricable au fédéral ? En 2010 et 2011, les négociations avaient duré 541 jours avant d’aboutir au gouvernement Di Rupo, bâti sur une tripartite traditionnelle (les libéraux, les socialistes et les démocrates-chrétiens). Un record à battre ? Cette situation  risque d'être intenable, sauf à bloquer le pays pour très longtemps. "A moins qu'une formule audacieuse ne voie  le jour. Une forme d'union nationale alliant les quatre familles traditionnelles au fédéral pourrait s'imposer, à terme : libéraux, socialistes, sociaux-chrétiens et écologistes"
Il semble bien que Di Rupo aura la main haut la main et le vieux briscard que beaucoup voyaient déjà au cimetière des éléphants adore ça. Il se dépêchera  sûrement de conclure des alliances à la Région wallonne et à Bruxelles symétriques de préférence peut-être avec le MR Défi et le CDh en appui question de se démarquer d'écolo et du PTB et surtout de scotcher le MR à gauche.  Il peut tout aussi bien faire l'inverse et planter un olivier PS/Ecolo/PTB mais c'est moins vraisemblable. On le saura très bientôt. Elio Di Rupo, a annoncé que dès mercredi, il rencontrerait les différents partis politiques à Namur en vue des négociations dans les entités fédérées. La seule bipartite possible en Wallonie associerait le PS et le MR. Il est toutefois probable que les socialistes préféreront entamer une négociation avec les écologistes, gagnants du scrutin et avec lesquels les relations ont été sereines ces derniers mois... si ce n'est qu'il leur faudra un 3e partenaire et que le cdH est mal en point.
Et ensuite au fédéral quoi? Paul Magnette premier ministre de la sainte alliance contre les nationalistes flamands? Sait on jamais? Oui certes mais alors au sein d'une  coalition de centre gauche (sans la NVA) qui soit minoritaire en Flandre? Difficile à imaginer avec une droite extrême à 45%. Donc gros blocage en perspective.
J'avoue que je me détends un peu. La journée fut stressante. Je suis allé voter à Schaerbeek rue Josaphat à l'école numéro un, celle qui a été "caillassée" par une foule en colère à propos du viol supposé  d'une fillette de quatre ans par un grand vilain monsieur, chose difficile à imaginer au sein d'une équipe pédagogique essentiellement féminine.
Je me  dirige vers le bureau 24, il y a file au 25 et au 26. J'entre sans frapper, le président me salue, c'est mon ancien voisin de palier et aussitôt je vote. Pas une minute d'attente. Tout baigne, bravo président! Je m'en vais déjeuner "Côté Gourmand", à 15 heures je me dis que les carottes sont à moitié cuites, du moins chez nous au sein du petit royaume de Belgique. Notre bon roi est j'imagine dans ses petits souliers, Bart De Wever sur des charbons ardents et Macron probablement mort d'inquiétude, pauvre Bibi. Rien ne percole sur les résultats du Royaume Uni en Allemagne fédérale les Verts font la nique  au parti d'Angela qui demeure en tête. Parfum d'élections anticipées avec les écologistes en embuscade. 
Les rues sont animées. Que va-t-il sortir de la boîte de Pandore? -----Qu'est ce qui sort de la cheminée?
-De la fjuuumée...
-Mais non idiot, le père Nowelll.
Et ce sera qui le père Noël.  DiverCity parie sur Paul Magnette, évidemment.
Oserai je vous avouer que cette fièvre post électorale, si elle m'excite au plus haut point, me fait grand bien. Un dimanche vraiment pas comme les autres. Comme je suis heureux de vivre ici et point en Syrie, en Corée du Nord ou au Soudan.
Ici en terre belge, terre de démocratie et de libertés, territoire grand comme un mouchoir de poche que se partagent deux communautés, l'une droitière à 50% l'autre gauchiste à près de 50%,
L'union fait la farce dont il conviendra de farcir le dindon.
Cela dit, chez nous c'est encore le citoyen qui décide via le suffrage universel qui le représentera aux divers parlements et cela sans crainte, sans pressions mais non sans hésitations.
Mais pour combien de temps encore? C'est pour cela qu'il convient de maintenir à toute force le cordon sanitaire qui jette l'anathème sur le Belang, le parti des trentenaires en colère en costume cravate et chemise impeccable comme autant d'avatars BCBG du modèle déposé  Emmanuel Macron.
MG


POUR SAUVER LE CORDON SANITAIRE, PARLER AVEC LA N-VA OU LA CONTOURNER
•Olivier Mouton Le Vif
Journaliste politique au Vif/L'Express

C'est le grand paradoxe de de cette soirée électorale marquée par une forte hausse du Vlaams Belang en Flandre, en plus d'une chute de la N-VA : pour éviter une rupture du cordon sanitaire, les partis francophones pourraient être contraints de reconnaître Bart De Wever comme un interlocuteur, contrairement aux exclusives posées- pas par le MR... - durant la campagne.
Cela peut paraître inaudible ? Pour l'heure, sans doute. Mais cela pourrait s'imposer rapidement, pour une raison très pragmatique. A moins qu'une formule plus audacieuse ne voit le jour, comme une grande union belge mettant tous les nationalistes flamands de côté.
La question est épineuse. Un noeud et un danger. En cette soirée de marée brune, certaines voix sont tentées, en Flandre, par une rupture du cordon sanitaire, une alliance entre la N-VA et le Vlaams Belang. C'est démocratiquement indéfendable, bien sûr. Mais cette tentation repose sur des faits : le maintien de la N-VA en tête des votes en Flandre, en chute, mais toujours au-dessus des 25%, tandis que l'extrême droite fait plus que tripler son score, à quelque 18%. C'est une Flandre très à droite. Ce sont aussi, deux partis qui ont un point commun, et non des moindres : la volonté d'une indépendance de la Flandre.
Filipe Dewinter, figure historique du Vlaams Belang, plaide ce dimanche soir pour une "coalition des braves" et lance un appel à tous les partis démocratiques acceptant de collaborer avec lui. Le sujet fait l'objet de discussions au sein de la N-VA. Bart De Wever, son président, a réitéré son exclusive à l'égard du PS et d'Ecolo - sauf à mettre en place le confédéralisme. Mais vis-à-vis du Belang, pas un mot. Une tentation réelle de travailler avec lui ? Le moment pourrait être historique pour la N-VA, si une majorité se dégageait en faveur de l'indépendance. Mais ce scénario à la Bye Bye Belgium n'est pas le plus probable. Au sommet de la N-VA, ce n'est pas l'option que l'on privilégie.
La N-VA reste maître du jeu en Flandre et pourrait renouer la Suédoise au gouvernement flamand avec le CD&V et l'Open VLD. Elle pourrait aussi mettre en place une quadripartite. De quoi faire levier sur les négociations fédérales et bloquer le jeu. Pour sauver le cordon sanitaire, il faudra sans doute parler avec la N-VA. Le MR est prêt. Les autres devraient, dans ce cas, manger leur parole. Quitte à ce que ce soit pour mettre en place le confédéralisme !
Tous les partis francophones, sauf le MR, ont tous réitéré leur volonté de ne pas parler avec la N-VA pour former une majorité fédérale.
Cette promesse risque d'être intenable, sauf à bloquer le pays pour très longtemps. A moins qu'une formule audacieuse ne voit le jour. Une forme d'union nationale alliant les quatre familles traditionnelles au fédéral pourrait s'imposer, à terme : libéraux, socialistes, sociaux-chrétiens et écologistes. Mais dans ces partis-là, que de blessures ! Ce serait en outre une coalition des perdants, allant à l'encontre de la volonté flamande. Une coalition "francophone" avec une minorité au Nord du pays - une situation inverse de celle de la législature précédente - pourrait traverser l'esprit de certains, mais semble difficile à envisager.
Les résultats de ce 26 mai, qui décoiffent en Flandre, sont toutefois de nature à permettre des formules que l'on imaginait impensable jusqu'ici...

Aucun commentaire: