vendredi 21 juin 2019

Patrick Dewael a laissé le Vlaams Belang à sa place


ANTOINE CLEVERS (La Libre Belgique)

On ne la lui fait pas, à Patrick Dewael, vieux routier de la politique belge.
Le libéral flamand a présidé, jeudi, la séance plénière inaugurale de la Chambre, pour cette législature 2019-2024, en sa qualité de membre le plus expérimenté. Ses adjoints devaient être les deux plus jeunes, Mélissa Hanus (PS) et Dries Van Langenhove (VB), le leader du groupuscule ultra-conservateur Schild&Vrienden. La polémique enflait, ces derniers jours, autour de l’élu d’extrême droite, inculpé lundi pour racisme et négationnisme.
Les francophones ne voulaient pas le voir monter à la tribune présidentielle à l’occasion de cette séance à haute valeur symbolique dédiée à la prestation de serment des députés. Mais Patrick Dewael a trouvé la parade…
LES ÉLUS DU BELANG N’ONT PAS BRONCHÉ
“Je [présiderai la séance] depuis ma place, à mon banc, sur mon siège. C’est la seule place que l’électeur m’attribuée.” Et d’ajouter : “C’est la même chose pour nous tous”, donc aussi pour Dries Van Langenhove. M. Dewael n’a même pas pris la peine de citer ses deux adjoints, pourtant automatiquement désignés par le règlement de la Chambre.
Son geste a été largement salué par ses collègues parlementaires sur les réseaux sociaux. Les membres du VB n’ont, eux, pas bronché.
Le président a ensuite commencé l’ordre du jour. D’abord pour constater que Mathias De Clercq (Open VLD), Julie Fernandez Fernandez (PS), Laura Crapanzano (PS) et le ministre de l’Intérieur Pieter De Crem (CD&V) ont renoncé à leur siège de parlementaire.
MISSION SUIVANTE : LA VÉRIFICATION DES ÉLECTIONS.
Le travail a été réparti en six commissions de sept députés tirés au sort. Acclamations sur les bancs du PTB lorsque M. Dewael, la main innocente du jour, pêche le nom de Raoul Hedebouw, le porte-parole du parti. Le hasard a voulu que le PTB soit bien représenté dans ces commissions de vérification des élections. Cinq de ses députés (sur douze) ont été mis à contribution.
L’ANCIENNE MINISTRE “ILIANE TILLEUL”
Parmi les autres noms tirés au sort, pointons celui, écorché, d’“Iliane Tilleul” – pour Éliane Tillieux (PS), l’ancienne ministre wallonne – ou de Mélissa Hanus (PS), la victime collatérale de la mise à l’écart de Dries Van Langenhove.
Le travail de vérification a duré une bonne heure. Reprise de la plénière vers 15 h 45. En présence, cette fois, du Premier ministre Charles Michel (MR), qui s’était éclipsé quelques instants du sommet européen pour venir prêter serment.
“J’en profite pour le féliciter", a dit le président de la Chambre, "parce qu’il est à nouveau devenu papa. […] Mais où trouve-t-il ce temps ?” Applaudissements nourris.
Début de la longue séquence des prestations de serment des 150 députés. Et cette phrase : “Je jure d’observer la Constitution.” La première à y passer était Anneleen Van Bossuyt (N-VA). Le dernier, Thierry Warmoes (PTB).
Entre les deux, quelques ratés, situations cocasses ou plus choquantes.
Le ministre des Finances Alexander De Croo (Open VLD) a été le premier à prononcer le serment de député en néerlandais et en français. Les élus du Vlaams Belang ont alors plusieurs fois parasité les prestations de serment des Flamands qui s’exprimaient dans les deux langues. Ils applaudissaient bruyamment après la prestation en néerlandais afin que celle en français soit inaudible. Les députés d’extrême droite n’ont, eux, été applaudis que par la N-VA et le CD&V, et non, comme de coutume, par l’ensemble de l’hémicycle.
(...)LEVÉE DE SÉANCE.
Rendez-vous jeudi prochain pour l’élection du président de la Chambre. En attendant, Patrick Dewael poursuit l’intérim. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
BRILLANT! PATRICK DEWAEL A REMIS LE VLAAMS BELANG À SA PLACE 

Grâce à une pirouette de vieux briscard, Patrick Dewael a remis le Vlaams Belang à sa place. Fallait y penser et surtout, fallait le faire. Il l'a fait avec élégance, esprit et efficacité. La pirouette est simple, brillante, imparable. Elle éteint subtilement une polémique grotesque qui n'a cessé d'enfler au fil des jours. Le nouveau président-on parle d'une présidente- a intérêt à faire preuve d'une grande autorité naturelle pour ramener à la raison et à l'ordre les encombrants députés du Belang et du PTB entrés en nombre à la Chambre des représentants. Ambiance en perspective!
MG 


L'INTELLIGENCE DE PATRICK DEWAEL
Olivier Mouton
Journaliste politique au Vif/L'Express
Le libéral flamand, président de la séance plénière de rentrée parlementaire, a subtilement empêché un show de l'extrême droite. Sans un mot, en restant à sa place.
Patrick Dewael est un vieux renard de la politique belge. Un libéral convaincu et l'un des principaux adversaires de la montée des pensées liberticides au nord du pays. Ce jeudi après-midi, c'est à lui que revenait l'honneur de présider la séance de rentrée de la Chambre, après les élections du 26 mai.
Le moment risquait d'être sensible, avec l'arrivée de nombreux parlementaires, dont pas moins de dix-huit représentants du Vlaams Belang. En outre, à ses côtés à la tribune, l'un des jeunes premiers aurait dû être Dries Van Langenhove, élu à titre indépendant sur les listes du Vlaams Belang et récemment inculpé pour ses activités de Schild & Vrienden. Que de palabres depuis des jours à cette perspective, entre volonté personnelle de ne pas prêter serment (la coprésidente Ecolo Zakia Khattabi) ou de manifester de façon symbolique sa désapprobation (à peu près tous, en arborant le triangle rouge des Territoires de la mémoire, contre l'extrême droite). Un incident était à craindre.
On connaît Patrick Dewael pour sa verve, son verbe haut et ses longues tirades pour défendre la liberté. Cette fois, pourtant, il a, au contraire, fait dans la sobriété. Comme le lui permet le règlement, il a tout simplement ouvert la séance... depuis son siège ("là où j'ai été élu"), sans monter à la tribune, et donc sans appeler son collègue d'extrême droite. C'est le geste de résistance le plus sobre que l'on pouvait imaginer, une astuce d'une intelligence redoutable, applaudie par tout l'hémicycle, sauf par le Vlaams Belang.
Sans un cri, sans une image forte, le sage du libéralisme a donné au temple de la démocratie ce qu'il lui fallait en ce jour de rentrée : la plus grande sérénité possible. Chapeau bas.







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