samedi 13 juillet 2019

Carte blanche: «Le prix Nobel de la paix pour Carola Rackete»


   
PAR MARIO VARGAS LLOSA, ÉCRIVAIN, PRIX NOBEL DE LITTÉRATURE 2010 

Il nous faut être attentifs au procès de Carola Rackete, qui pourrait être condamnée à dix ans de prison, estime l’écrivain Mario Vargas Llosa. Qui propose d’attribuer le Prix Nobel de la Paix à la jeune capitaine allemande du Sea Watch 3.

Mario Vargas Llosa en est persuadé :il ne sera pas le seul à demander le Prix Nobel de la paix pour la jeune capitaine Carola Rackete le moment venu. - Reuters.


Carola Rackete, la capitaine du bateau Sea Watch 3, qui, dérivait depuis dix-sept jours sur la Méditerranée avec quarante migrants à son bord, sauvés en mer, a finalement accosté sur l’île italienne de Lampedusa, faisant fi de l’interdiction des autorités du pays. Et elle a bien fait. Elle a immédiatement été arrêtée par la police italienne, et le ministre de l’Intérieur et secrétaire fédéral de La Ligue du Nord, Matteo Salvini, s’est empressé d’avertir l’ONG espagnole Open Arms, naviguant dans la zone avec des dizaines de migrants sauvés en mer à son bord, que « si elle ose s’approcher de l’Italie, elle risquerait le même sort que la jeune Allemande Carola Rackete », qui pourrait être condamnée à dix ans de prison et à une amende de 50.000 euros. Le fondateur d’Open Arms, Óscar Camps, a répondu : « On peut sortir de prison, pas du fond de la mer. »
Une loi stupide et cruelle
Quand les lois, comme celles qu’invoque Matteo Salvini, sont irrationnelles et inhumaines, il est de notre devoir moral de les ignorer, comme l’a fait Carola Rackete. Qu’aurait-elle dû faire sinon ? Laisser mourir ces pauvres migrants sauvés en mer, qui, après avoir dérivé pendant dix-sept jours, se trouvaient en très mauvaise condition physique, certains au bord de la mort ? La jeune Allemande a violé une loi stupide et cruelle, suivant les meilleures traditions du monde occidental démocratique et libéral, dont La Ligue et son secrétaire fédéral Matteo Salvini sont justement aux antipodes : ils ne représentent pas le respect de la légalité, mais plutôt une caricature raciste et émaillée de préjugés de l’Etat de droit. Et c’est justement lui et ses partisans (trop nombreux et d’ailleurs pas seulement présents en Italie, mais aussi dans presque toute l’Europe) qui incarnent la sauvagerie et la barbarie dont ils accusent les migrants. Ceux qui avaient décidé qu’il valait mieux que les quarante survivants du Sea Watch 3 meurent de faim, de maladie ou noyés plutôt que de les laisser fouler le sol sacré de l’Italie, ne méritent pas d’être qualifiés autrement. Grâce à la bravoure et à la dignité de Carola Rackete, ces quarante malheureux s’en sortiront, puisque cinq pays européens se sont proposé de les recevoir.
Il existe des préjugés toujours plus nombreux sur l’immigration qui alimentent un dangereux racisme expliquant la nouvelle vague nationaliste qui déferle sur presque toute l’Europe. Il représente la pire menace pour le projet en cours le plus généreux pour la culture de la liberté : la construction d’une Union européenne qui pourra concurrencer à l’avenir les deux géants internationaux que sont les Etats-Unis et la Chine. Si le néofascisme de Matteo Salvini et compagnie triomphait, des Brexits auraient lieu aux quatre coins du Vieux Continent et ses pays, en proie aux divisions et aux conflits, n’auraient pour triste sort que la tentative de résister aux étreintes mortelles de l’ours russe (voir le cas de l’Ukraine).
L’Europe a besoin de migrants
Bien que les statistiques et les avis des économistes et des sociologues soient concluants, les préjugés prévalent : les migrants viennent voler le travail des Européens, commettre des délits et des violences en tout genre, surtout à l’encontre des femmes, leur fanatisme religieux les empêche de s’intégrer, ils sont à l’origine du terrorisme, etc. Rien de tout cela n’est vrai, et si tant est que cela le soit, il s’agit d’exagérations et d’éléments dénaturés à l’extrême, irréalistes.
Le fait est que l’Europe a besoin de migrants pour maintenir son niveau de vie élevé, car il s’agit d’un continent sur lequel, grâce à la modernisation et au développement, une population active, toujours moins nombreuse, doit subvenir aux besoins d’une population retraitée, toujours plus nombreuse, en constante augmentation. L’Espagne n’est pas la seule à avoir le taux de naissances le plus faible sur l’année, beaucoup de pays européens la suivent de près. Les migrants, que nous le voulions ou non, finiront par combler ce vide. Et, pour ce faire, au lieu de les tenir à distance et de les persécuter, il nous faut les intégrer et faire tomber les obstacles qui nous en empêchent. C’est faisable, à condition d’éradiquer les préjugés et les peurs qui, exploités sans relâche par la démagogie populiste, donnent naissance à des Matteo Salvini et à ses partisans.
Bien sûr, l’immigration doit être organisée afin qu’elle bénéficie aux pays d’accueil. Il est important de rappeler que cette immigration représente un grand hommage que rendent à l’Europe ces milliers de malheureux qui fuient les pays subsahariens gouvernés par des bandes de voleurs et parfois fanatiques qui ont fait du patrimoine national la caverne d’Ali Baba. En plus de mettre en place des régimes autoritaires et éternels, ces derniers pillent les fonds publics et laissent leurs populations dans la misère et la peur. Les migrants fuient la faim, l’absence de travail, la mort lente que représente l’existence pour la grande majorité d’entre eux.
Transformer les mentalités
Ce n’est pas le problème de l’Europe ? En fait, si, ça l’est, du moins en partie. Le néocolonialisme a fait des ravages dans le tiers-monde et a contribué en grande partie à ce qu’il reste sous-développé. Bien sûr que la faute incombe aussi à ceux qui ont pris de mauvaises habitudes et ont été complices de ceux qui les exploitaient. Il n’y a pas de doute, en définitive, seul le développement du tiers-monde retiendra sur ses terres ces masses humaines qui préfèrent aujourd’hui se noyer dans la Méditerranée et être exploitées par les mafias plutôt que de rester dans leurs pays d’origine où ils ne voient pas une seule lueur d’espoir de changement.
Une transformation des mentalités est essentielle en Europe. Ouvrir les frontières à une immigration nécessaire et réguler cette dernière afin qu’elle soit opportune et pas source de division et de racisme, afin qu’elle ne serve pas non plus de tremplin à un populisme qui a eu des conséquences terribles par le passé. Il est essentiel de rappeler sans relâche que les millions de morts des deux dernières guerres mondiales ont été l’œuvre du nationalisme et que ce dernier, indissociable des préjugés raciaux et source intarissable des pires violences, a, partout, laissé des marques du fait des atrocités qu’il a provoquées et qu’il pourrait à nouveau provoquer si nous n’enrayons pas le phénomène à temps. Il faut faire face aux Matteo Salvini d’aujourd’hui avec la conviction qu’ils ne sont rien d’autre que la prolongation d’une tradition obscurantiste qui a taché de sang et de mort l’histoire de l’Occident et qu’ils ont été les ennemis jurés de la culture de la liberté, des droits de l’homme et de la démocratie. Culture de la liberté, des droits de l’homme et de la démocratie : rien de tout cela n’aurait prospéré et ne se serait étendu au reste du monde si les Torquemada, les Hitler et les Mussolini avaient gagné la guerre à la place des Alliés.
J’écris cet article depuis Vancouver, une belle ville dans laquelle je viens d’arriver. Ce matin, j’ai pris mon petit-déjeuner dans un restaurant du centre-ville où j’ai discuté avec quatre « natifs » d’origine japonaise, mexicaine, roumaine et seul le dernier d’entre eux était « gringo ». Ils disposaient tous les quatre d’un passeport canadien, semblaient très contents de leur sort et s’entendaient très bien. Voilà l’exemple à suivre en Europe, celui du Canada.
Il nous faut être attentifs au procès de Carola Rackete et exiger que les juges sauvent l’honneur et les bonnes traditions italiennes, aujourd’hui foulées aux pieds par Salvini et la Ligue du Nord. Je suis certain que je ne serai pas le seul à demander le Prix Nobel de la paix pour cette jeune capitaine le moment venu. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
CAROLA  RACKETE, AVATAR D'ANTIGONE, POUR SAUVER L'HONNEUR PERDU D'EUROPE? 
 
En sirotant mon thé du matin, agrémenté d'une branchette de sauge sous un ciel plombé et tout en gardant un oeil rivé sur la mangeoire  où atterrissent en escadrille les oiseaux des bois tout proches, voici que je lis ceci sur le site du Soir qui, j'en suis sûr, retiendra l' attention de tous les vrais démocrates: "Mario Vargas Llosa-Nobel de littérature- en est persuadé :il ne sera pas le seul à demander le Prix Nobel de la paix pour la jeune capitaine Carola Rackete le moment venu."
Le Spiegel a baptisé Captain Europe cette jeune scientifique téméraire allemande qui a sauvé l'honneur perdu de l'Europe en bravant le néo fasciste Salvini, émule auto proclamé de Benito Mussolini. Avatar également du roi Créon devant qui s'est dressée autrefois, au péril de sa vie, la mythique princesse Antigone.
Ne disait-on pas qu'il manquait à l'Europe un récit, un mythe digne de la princesse asiatique enlevée jadis par un dieu grec à la dégaine jupitérienne métamorphosé pour la circonstance en taureau blanc?
Voilà c'est fait,  Europe a désormais son Antigone de chair et de nerfs, sa Jeanne d'Arc athée des temps modernes,  championne de la cause des réfugiés martyrs qui se noient en Méditerranée en fuyant l'horreur des passeurs et surtout la cruauté de régimes corrompus pour rejoindre le continent des droits humains.
Charles Michel, notre compatriote mal aimé aux trois casquettes, désormais président du Conseil européen, aura-t-il le cran de mettre Salvini au pas et avec lui les rebelles du groupe de Vizgrad qui refusent d'accueillir chez eux le quota de réfugiés que leur impose Bruxelles, lui qui en défendant le traité de Marakech contre Francken et De Wever a voulu s'inscrire dans le bon sens de l'histoire?
Certes Michel Rocard n'avait pas tort quand il affirmait que l'Europe ne saurait accueillir toute la misère du monde.  Pim Fortuyn, politicien phare de leefbaar Nederland , fut assassiné par un activiste d'extrême gauche, militant de la cause animale pour avoir osé affirmer que, selon lui la barque batave était pleine, il y a plus de quinze ans déjà. Il estimait que les Pays-Bas ne sauraient accepter chaque année l'accueil de 40 000 demandeurs d'asile. Merkel, encore une faible  femme, eut le front d'en accueillir un million en 2015.
Et que fera cette autre femme, Ursula von de Leyen, nouvelle présidente de la  Commission européenne  que l'on dit de fer comme Margaret Thatcher: médecin de formation , économiste diplômée de la London School, ministre de la santé ensuite de la défense allemande?
Certes on devrait se détacher de tout à la manière des sages d'orient. Gandhi dont le spectre continue à hanter l'Inde éternelle n'était pas de cet avis. Le Gandhi de l'Europe des temps modernes serait-il cette gracile jeune femme en dreadlocks et maillot de corps qui se dit moins allemande qu'européenne? 
Et que dire de cette jeune adolescente suédoise de 16 ans qui a choisi de sacrifier sa prochaine année scolaire pour militer contre le réchauffement climatique? Encore une fille...
Le poète a toujours raison  chantait Jean Ferrat
Qui voit plus haut que l'horizon
Et le futur est son royaume.
Face aux autres générations,
Je déclare avec Aragon:
La femme est l'avenir de l'homme
MG

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