mercredi 24 juillet 2019

Climat: à l'Assemblée, Greta Thunberg ironise face aux attaques

Le Figaro avec AFP

«Nous sommes devenus les méchants qui devons dire aux gens des choses pas faciles, parce que personne ne veut le faire ou n'ose», a lancé Greta Thunberg à l'Assemblée nationale lors de son discours.
«Vous n'êtes pas obligés de nous écouter, nous ne sommes que des enfants après tout»... La jeune militante suédoise Greta Thunberg a répondu ce mardi par l'ironie aux attaques mettant en cause sa légitimité à incarner le combat contre le réchauffement climatique. «Certains ont choisi de ne pas venir ici aujourd'hui, certains ont choisi de ne pas nous écouter», a-t-elle déclaré lors d'un débat organisé à Paris à l'Assemblée nationale par un collectif transpartisan pour le climat «Accélérons».

«C'est très bien. Vous n'êtes pas obligés de nous écouter, nous ne sommes que des enfants après tout. Mais vous devez écouter la science. C'est tout ce que nous demandons: unissez-vous derrière la science», a-t-elle ajouté, renvoyant à la lecture du dernier rapport alarmant du groupe d'experts de l'ONU sur le climat (Giec). «C'est presque comme si vous ne saviez pas que [ces chiffres] existent, comme si vous n'aviez pas lu le dernier rapport du Giec dont dépend l'avenir de notre civilisation», a lancé l'adolescente de 16 ans. «Ou peut-être simplement que vous n'êtes pas assez matures pour dire les choses telles qu'elles sont. Même cette charge, vous nous la laissez à nous, les enfants».
Plusieurs députés LR et RN ont exprimé ces derniers jours leur opposition à la venue de la jeune fille à l'Assemblée, l'un évoquant une «prophétesse en culottes courtes», un autre un «gourou apocalyptique». Des élus de tout bord étaient malgré tout présents mardi pour écouter Greta Thunberg. «Nous sommes devenus les méchants qui devons dire aux gens des choses pas faciles, parce que personne ne veut le faire ou n'ose. Et [pour cela], nous recevons un déferlement de haine et de menaces. Des députés et journalistes se moquent de nous et mentent à notre sujet», a répondu Greta Thunberg, devenue célèbre pour organiser depuis presque un an des grèves de l'école hebdomadaires pour le climat.
La climatologue Valérie Masson-Delmotte, soulignant avoir échangé avec de nombreux jeunes réellement préoccupés par la question climatique, a elle dénoncé des polémiques «extrêmement futiles». «On parle de la messagère mais pas du problème et ce qui m'intéresse, c'est de parler du changement climatique qui affecte tout le monde, les écosystèmes et les gens, et parler des solutions et faire en sorte que ces solutions soient déployées», a-t-elle déclaré à quelques journalistes.
Après plus d'une heure de débat, Greta Thunberg, remerciant les députés ayant exprimé leur soutien, a toutefois noté qu'ils n'avaient pas compris son message. «Au lieu de nous féliciter, essayez de faire quelque chose», a-t-elle lancé sous les applaudissements de représentants du mouvement français des jeunes pour le climat. Ces derniers, soutenus par des dizaines d'organisations (Youth for Climate France, Citoyens pour le climat, Alternatiba, Greenpeace, Réseau Action Climat...) ont appelé à une mobilisation les 20 et 21 septembre, dans le cadre de la «semaine mondiale pour l'avenir» organisée du 20 au 27 septembre par le mouvement de la jeune suédoise, Fridays for Future.

«GRETA THUNBERG: QUAND L’ÉCOLOGIE PRÉFÈRE LE CULTE DE L’INDIGNATION À LA SCIENCE»
Figaro
Par Olivier Babeau 
TRIBUNE - La fascination qu’exerce la jeune militante est symptomatique d’une société fondée sur l’émotion, qui ne prête plus attention aux discours scientifiques, analyse Olivier Babeau, président de l’Institut Sapiens. L’urgence climatique mérite mieux que ces discours apocalyptiques.
Personne ne pourra échapper à l’image de cette jeune fille qui vient faire la leçon à un aréopage de parlementaires contrits. Greta Thunberg promène son courroux sur toutes les estrades où l’on veut bien d’elle. Certains voient, derrière la dérangeante inexpressivité de son regard, la colère salutaire d’une génération venant réveiller les adultes. Osons, tant qu’il est encore possible, le blasphème écologique d’une critique.
Invitée d’honneur des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, cette jeune militante est d’abord le symbole d’un pays où l’émotion prend le pas sur la raison. Étrange époque que la nôtre où l’on reçoit en chef d’État une adolescente répétant les mantras que des adultes manipulateurs lui ont glissés. La ferveur quasi religieuse entourant cette prophétesse de la fin du monde est l’autre face d’une société qui est devenue, sous l’effet des réseaux sociaux, une sorte de théâtre hystérique enchaînant bûchers des vanités, tribunaux révolutionnaires et exécutions rituelles.
Les psychoses collectives comme celle sur le tritium dans l’eau (rumeur d’une supposée contamination radioactive de l’eau, en réalité bien en deçà des seuils autorisés) prospèrent sur un terreau d’ignorance et de communications biaisées des médias. L’ère de l’info-divertissement est logiquement celle où l’esthétique d’une idée pèse beaucoup plus que son exactitude. Une nouvelle doit impressionner, et même choquer. L’excès est ce qui plaît, car l’audience est à la clef.
Le succès de Greta Thunberg exprime aussi la faiblesse d’un vieil Occident cultivant l’autodépréciation avec passion
Vivre dans un environnement dont la biodiversité est préservée, respecter les autres formes de vie, minimiser les rejets nocifs: tout le monde s’accorde désormais sur ces objectifs de bon sens. Mais la réalité des enjeux et des mécanismes écologiques est incroyablement complexe. Les facteurs sont nombreux et les contraintes infinies. Les oracles comminatoires de celle qu’on serait tenté d’appeler Notre Dame de l’indignation ont le mérite de l’extrême simplicité: «Nous exigeons de diviser au minimum par quatre notre consommation énergétique d’ici à 2050, une transition vers 100 % d’énergies renouvelables produites de manière décentralisée et la fin du nucléaire pour 2030». Ils flattent ceux qui ont du mal à penser cette complexité et se contentent d’idées à la séduction facile mais en pratique inopérantes, voire catastrophiques.
Le succès de Greta Thunberg exprime aussi la faiblesse d’un vieil Occident cultivant l’autodépréciation avec passion. On pense à la fable de La Fontaine Les Animaux malades de la peste: le pauvre baudet est probablement le plus innocent de tous, mais il est le seul à reconnaître ses fautes. Haro sur lui donc. Les fleuves de plastique ne viennent pas de chez nous, mais d’endroits sur terre où les systèmes de collecte et de traitement des déchets n’ont pas l’efficacité des nôtres. Quant aux émissions de gaz à effet de serre, la France n’en représente que 1 %, mais il est plus facile d’administrer ses imprécations à un peuple masochiste qu’à une Chine moins encline à boire goulûment les insultes jusqu’à la lie.
La troisième clé de lecture de l’intérêt déclenché par la jeune Suédoise est politique. L’écologie a subi une double confiscation. Une extrême gauche en mal de crédibilité y a vu le moyen de justifier son combat contre la liberté et le marché. Constitués en efficaces lobbys, des industriels souhaitant vendre leurs solutions «vertes» ont rejoint le mouvement. Ensemble, ils ne reculent devant aucune manipulation pour effrayer les populations, assurer que la fin du monde est imminente, instrumentaliser des enfants, fanatiser des jeunes influençables par une propagande incessante. Ils martèlent à l’envi sur les plateaux ce qui est leur postulat premier: le libre-échange, la consommation démocratisée, le confort pour le plus grand nombre ne seraient tout simplement pas compatibles avec l’écologie.
Le but de tant de discours alarmistes est tout simplement de justifier une dictature
Abusés par une communication millimétrée où les bilans carbone désastreux des pseudo-solutions miracles telles que les éoliennes sont soigneusement cachés, la plupart des gens ne se rendent pas compte que le but de tant de discours alarmistes est tout simplement de justifier une dictature. Un vieux projet badigeonné de chlorophylle. Il serait urgent, selon les zélotes de la décroissance, de réduire à presque rien sa consommation énergétique, de vivre chichement et de revenir à une économie de subsistance fondée sur des circuits courts. Dans le monde idéal qu’ils dessinent, les voyages en avion seront réservés aux apparatchiks du parti vert, chacun aura son propre potager pour vivre en autosubsistance et nous porterons des habits en toile de jute. Une perspective qu’on a le droit de trouver peu réjouissante, d’autant plus que
, notre Parlement devrait résonner des discours des meilleurs scientifiques et faire de ces derniers leurs conseillers permanents. Nos gouvernants devraient déclarer l’état d’urgence scientifique pour mieux répondre aux défis climatiques et transformer notre pays en fourmilière de chercheurs attirant les meilleurs cerveaux du monde. Nous n’avons pas besoin d’un nouveau culte de Gaïa mais de solutions efficaces pour maîtriser nos pollutions et de pilotage pragmatique pour accomplir la transition vers une économie décarbonée.
Chaque époque a les modèles qu’elle peut. C’est dans la salle Victor-Hugo que la jeune Suédoise sera reçue. L’illustre poète, au XIXe siècle, avait été un formidable héraut de la cause du peuple et de la République. En ce début de siècle, c’est une jeune fille en rupture d’école qu’on présente à l’admiration des foules. Difficile de penser que l’on gagne au change. «Malheur à toi, dit l’Ecclésiaste, pays dont le prince est un enfant.»
* Essayiste, il a notamment publié Éloge de l’hypocrisie, Éditions du Cerf (2018).

"DICTATURE DE L'ÉMOTION", "TOTALITARISME": LA VENUE DE GRETA THUNBERG À L'ASSEMBLÉE NATIONALE CONTINUE DE FAIRE DÉBAT
L'eurodéputé du Rassemblement national Jordan Bardella a dénoncé mardi "la dictature de l'émotion" et une "nouvelle forme de totalitarisme" avec la venue de l'égérie suédoise de la lutte contre le changement climatique Greta Thunberg mardi à l'Assemblée nationale.
"Cette dictature de l'émotion permanente, qui plus est lorsqu'elle s'appuie sur des enfants, est une nouvelle forme de totalitarisme", a-t-il critiqué sur France 2, estimant qu'on "est au-delà du ridicule".
"Utiliser des enfants pour afficher un fatalisme qui consiste à expliquer à toute la jeunesse que le monde est terminé, que le monde va prendre feu et que plus rien n'est possible, et donc il faut arrêter l'école et aller faire la grève, je trouve que ce discours est profondément défaitiste", a-t-il précisé.
Il a aussi dénoncé le double langage de la majorité sur le sujet. "On ne peut pas en même temps faire venir la Jeanne d'Arc du climat, comme certains voudraient la caricaturer à l'Assemblée nationale, et en même temps faire voter le traité de libre-échange avec le Canada (Ceta) qui va accélérer les flux de super-tankers partout dans le monde et qui va accroître la pollution".
"
La jeune Suédoise de 16 ans est invitée par les 162 députés du collectif transpartisan sur le climat baptisé "Accélérons", à une réunion ouverte aux autres parlementaires. Elle assistera aussi, à la tribune d'honneur, à la séance des questions au gouvernement.
Elle a reçu dimanche le Prix Liberté 2019 à Caen en présence de vétérans du Débarquement de Normandie de 1944.
AFP 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
GARDER LA TÊTE FROIDE
"la dictature de l'émotion permanente" induit une "nouvelle forme de totalitarisme"
En ce début de siècle, c’est une jeune fille en rupture d’école qu’on présente à l’admiration des foules. La formule est délicieusement incorrecte politiquement ou plus exactement politiquement incorrecte, ce qui n'est pas du tout la même chose. Gardons la tête froide: "Nos gouvernants devraient déclarer l’état d’urgence scientifique pour mieux répondre aux défis climatiques et transformer notre pays en fourmilière de chercheurs attirant les meilleurs cerveaux du monde"
"Le but de tant de discours alarmistes est tout simplement de justifier une dictature." Voilà qui est tout à fait préoccupant. Nous n'échapperons sans doute pas à une dictature verte qui nous imposera une sobriété qu'on nous promet bien heureuse, autrement dit , on nous proposera le remède miracle de la décroissance. Mais:
"la décroissance ne peut qu’être en même temps, par définition, un mouvement réprimant l’innovation et limitant la recherche scientifique."
"Plutôt que de se prosterner naïvement devant l’égérie des «effondristes» gardons la tête froide et mobilisons toutes les ressources de la science, des technique et surtout de la raison.
MG

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