samedi 6 juillet 2019

L’Alaska balayé par une canicule exceptionnelle

Par   Yohan Blavignat  Le Figaro

Ce vendredi, le mercure a dépassé 32°C dans la plus grande ville d’Alaska, un record historique. Le précédent record avait été établi le 14 juin 1969, à 29,4°C. Selon les météorologues, la température maximale moyenne pour un 4 juillet à Anchorage est de 18,3°C.
L’Alaska s’apprête à affronter une canicule exceptionnelle. Alors que la France a connu des vagues de chaleur sans précédent la semaine dernière, l’État américain, davantage connu pour ses paysages enneigés, a battu un record de chaleur vieux de 50 ans. Ce vendredi, la température a en effet dépassé 32°C à Anchorage, plus grande ville d’Alaska, ont annoncé les services météorologiques. Selon les météorologues, la température maximale moyenne pour un 4 juillet à Anchorage est de 18,3°C.
«À 17 heures, l’aéroport international d’Anchorage a officiellement atteint 90 degrés (Fahrenheit, soit environ 32,2°C) pour la première fois» depuis que des relevés y sont effectués, a tweeté la nuit dernière l’agence du National Weather Service (NWS) pour la ville. Le précédent record avait été établi le 14 juin 1969, à 85 degrés Fahrenheit, soit 29,4°C. Les premiers relevés de températures à l’aéroport ont commencé en 1952. Entre 1943 et 1952, ils étaient effectués sur un autre terrain d’aviation d’Anchorage, où 32,2°C ont également été enregistrés jeudi.
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Anchorage Alaska had never reached the 90° mark until yesterday, setting an all-time high on July 4th. Many other records were broke yesterday in Alaska and others will be broke today.
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«Plusieurs autres records historiques ont été battus dans différents sites d’observation répartis dans le sud de l’Alaska», a ajouté le NWS ce vendredi matin. Ces températures exceptionnellement élevées sont provoquées par une «vaste zone de haute pression qui se trouve juste au-dessus de nous», a expliqué le météorologue Bill Ludwig, du NWS, au journal Anchorage Daily News. C’est notamment le cas à Kenai, où il a fait 31,6°C (contre 30,5°C en juin 1903 et juin 1953), et à King Salmon (31,6°C également). Ces températures exceptionnellement chaudes sont provoquées par une «vaste zone de haute pression qui se trouve juste au-dessus de nous», a expliqué le météorologue Bill Ludwig, du NWS, au journal Anchorage Daily News.
UN RÉCHAUFFEMENT RAPIDE
Même si ce nouveau record paraît impressionnant, il n’est pas inhabituel d’enregistrer au coeur de l’été des températures dépassant 30°C en Alaska, surtout à l’intérieur des terres où les extrêmes sont plus marqués. La ville de Fairbanks, pourtant située à près de 500 km plus au nord d’Anchorage, a ainsi connu une température de 37,2°C (99 Farenheit) le 28 juillet 1919. Et plus récemment, le 5 août 1994, le mercure y a frisé les 34°C, selon les archives du NWS. Le record absolu enregistré pour l’Alaska a atteint le seuil symbolique des 100 degrés Farenheit (37,8°C) à Fort Yukon, dans le centre-est de l’Etat, le 27 juin 1915.
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Brian Brettschneider@Climatologist49
Merrill Field has hit 90°F. This is the warmest temperature ever measured in the Anchorage Bowl. From 1943 to 1952, this was the official climate site for Anchorage. The current Official site, Anchorage Intl. AP. has been as warm as 85°F - tying their all-time record. @AlaskaWx
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L’Alaska avait déjà battu des records de douceur au printemps dernier, particulièrement dans la zone arctique, très sensible au changement climatique. Selon les scientifiques, l’Alaska subit un réchauffement deux fois plus rapide que la moyenne du globe. De «1901 à 2016, les températures moyennes aux Etats-Unis ont augmenté d’un degré Celsius, tandis qu’en Alaska, elles ont gagné 2,6 degrés», relevait ainsi en avril Rick Thoman, expert du Centre d’évaluation et de politique du climat de l’Alaska. L’impact est dévastateur pour les communautés côtières d’Alaska, principalement composées d’autochtones, dont les villages sont inexorablement rongés par l’érosion, les contraignant à déplacer cimetière ou école, avait constaté une équipé de l’AFP en avril dernier.
Le permafrost, couche de sol en théorie gelé tout au long de l’année, qui représente jusqu’à 85% de la surface de l’Alaska, est en train de fondre inexorablement. Cela fragilise les bâtiments, bouleverse l’habitat de nombreuses espèces animales et même le ramassage saisonnier des baies poussant sur la toundra. Le réchauffement perturbe ainsi beaucoup le mode de vie traditionnel de ces communautés isolées, qui dépendent de la chasse et de la pêche pour une partie de leur subsistance. Les cours d’eau gelés qui servent ordinairement de routes en hiver et au printemps, reliant entre eux les villages et permettant la circulation des marchandises, connaissent désormais une débâcle précoce, avec une recrudescence d’accidents mortels.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
PEUT-ÊTRE FAUT-IL CONSIDÉRER LES CHOSES DE MANIÈRE TOTALEMENT INVERSÉE.

 Certes le niveau de la mer montera, mais les glaces vont aussi découvrir des terres habitables.
Le courrier des lecteurs révèle à côté d'inepties des réflexions intéressantes telles que :
""Le génie de l'homme c'est de s'adapter. La mentalité actuelle, geignarde, n'est pas réaliste. Il faut créer au lieu de pleurnicher.
Les medias et les réseaux sociaux inclinent au catastrophisme." Certes soyons lucides mais évitons le mood catastrophistes 
.
"En Antarctique, la situation n'est pas la même.
Evidemment il y a ceux qui crient à l'Apocalypse comme d'habitude, mais il y a ceux qui analysent cela plus finement. Extrait d'un article scientifique du Monde: "C’est plus complexe au pôle Sud où les glaciers de l’Antarctique se retirent et perdent en épaisseur à l’Ouest tandis qu’ils s’accroissent et s’épaississent à l’Est. Ainsi, le volume de glace de cette région diminue, alors que la surface recouverte par la glace augmente."
"Si tout l’Antarctique fondait, le niveau moyen de la mer augmenterait d’environ 70 m. Toutefois, un tel cataclysme ne devrait pas se produire au cours de notre ère – pas plus que l’arrêt des émissions de CO2 ne mettrait fin à la fonte des glaces."
(article sérieux et très intéressant, qui constate les faits et les conséquences possibles sans crier au secours:
Dans 500 ans, il fera de plus en plus froid.
La Terre s'en remettra, comme toujours.
Par contre pour les humains, ça sera l'hécatombe."
"Une température moyenne ne veut RIEN dire du point de vue scientifique. Il a fait chaud, certes, mais il a fait plus froid que d'habitude. Cessez donc de nous harceler avec vos certitudes empreintes d'arrière pensées bobo-écologiques."
"La terre est apparemment dans un cycle de réchauffement, et cela se réchauffe plus vite vers le pôle. A noter qu'en Antarctique, il n'y a pas de réchauffement, au contraire.
Craindre comme les Gaulois que le ciel ne nous tombe sur la tête au lieu de regarder le phénomène froidement et prendre toutes les mesures pour adapter la façon de vivre à la nouvelle situation, n'est pas digne de l'humain du XXIe siècle. Croire que c'est l'homme qui en est le seul responsable unique est d'une arrogance bêtasse."
Certes, il convient de revoir  à la baisse nos modes de consommation, certes , il faut frapper les esprits pour les responsabiliser. Mais à  chacun d'entre nous d'exercer autant que faire se peut notre esprit critique. Paniquer ne sert à rien. Il convient de s'informer le mieux possible et d'opter , dans tous les cas de figure en faveur d'un mode de vie plus sobre: moins de diesel, moins de déplacements en avion, moins de croissance, moins de luxe et moins de criantes inégalités.7
C'est au monde politique  et aux medias qu'il appartient de faire plus de pédagogie sur ces sujets capitaux. Ce qui est sûr c'est qu'à relativement court terme, le réchauffement induit des déplacements de réfugiés climatiques  qui sont de nature à impacter nos sociétés occidentales. On ne saurait le nier.
MG


PLANTER 1.200 MILLIARDS D’ARBRES POURRAIT RÉGULER LE RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE, SELON UNE ÉTUDE
Le Soir
Et si la solution au réchauffement climatique était très simple : planter beaucoup d’arbres. C’est en tout cas ce qu’avancent une équipe de scientifiques dans une nouvelle étude, déjà fortement critiquée.
par Belga
DPA
Une équipe de chercheurs a calculé qu’il y avait suffisamment de place sur Terre pour planter des arbres capables d’absorber les deux tiers du carbone présent dans l’atmosphère, une solution au réchauffement climatique jugée toutefois exagérée par d’autres scientifiques.
L’étude, menée par des professeurs de l’université ETH Zurich et publiée jeudi dans la revue Science, estime que 900 million d’hectares de couvertures arborées (canopées) supplémentaires pourraient pousser sur la Terre, en plus des 2,8 milliards d’hectares actuels. Le climat pourrait donc être régulé par la plantation de 1.200 milliards d’arbres.
6 pays visés
Pour parvenir à cette estimation, les chercheurs ont analysé les forêts actuelles et pris en compte le climat et le sol pour évaluer où des arbres pourraient pousser. Tout en excluant les zones aujourd’hui occupées par des cultures ou des villes. Ces forêts supplémentaires auraient la capacité d’absorber 205 gigatonnes de carbone, sur les 300 gigatonnes qui ont été ajoutées à l’atmosphère depuis la fin du 19e siècle et le début de l’ère industrielle.
La moitié des zones ainsi reboisables, selon l’étude, se trouvent dans six pays: Russie, Etats-Unis, Canada, Australie, Brésil et Chine. «Les gouvernements doivent prendre ceci en compte dans leurs stratégies nationales contre le changement climatique», dit l’auteur principal Jean-François Bastin. L’équipe argue que l’objectif fixé l’an dernier par les experts climat de l’ONU d’une reforestation de l’ordre d’un milliard d’hectares «est absolument atteignable dans le climat actuel». Et elle conclut que la restauration des écosystèmes est «la solution la plus efficace à notre disposition pour contrer le changement climatique».
Une étude déjà contestée
Mais cette conclusion a suscité des critiques de spécialistes des sciences de la Terre, dont certains estiment aussi la méthodologie simpliste ou erronée.
«Oui, une reforestation héroïque peut s’avérer utile, mais il faut arrêter de dire qu’il existe une solution naturelle à l’utilisation des énergies fossiles. Il n’y en a pas. Désolé», a écrit Myles Allen, professeur de science du géosystème à Oxford.
«Les nouvelles forêts peuvent jouer un rôle pour éponger l’excès d’émissions de carbone, mais la seule façon de stabiliser le climat est de faire baisser à zéro les émissions de gaz à effet de serre», écrit Simon Lewis, professeur à l’University College London, dans un autre commentaire publié par le Science Media Centre au Royaume-Uni.


LA FONTE DES GLACES : OÙ, COMMENT, ET POURQUOI ?
PUBLIÉ LE26 AVRIL 2019 PAR OCEANCLIMAT
Où est-ce que les changements climatiques se produisent-ils ? Est-ce que de grands cataclysmes se réaliseront ? Pourquoi sommes-nous menacés par ces dérèglements ? Certaines questions simples et que tout le monde se pose ne peuvent être satisfaites par une réponse de même nature. Elles sont pourtant fondamentales, et agitent l’ensemble de la sphère scientifique. En nous concentrant sur la fonte des glaces, tentons de répondre à quelques-uns de ces questionnements.
Depuis le début des années 1980, la quantité de glace sur terre diminue chaque année. Celle-ci se trouve à différents endroits sur la planète et sa fonte n’a pas les mêmes impacts sur le climat en tous lieux. Dans les hautes montagnes, la surface recouverte par la glace tend à diminuer, et le manteau neigeux est présent sur un temps de plus en plus court chaque année. Toutefois, et c’est une remarque s’appliquant à de nombreux phénomènes environnementaux, ces évolutions ne s’observent pas de la même façon en tout point de la planète. Pour illustrer notre cas, nous pouvons citer l’Europe centrale, les glaciers tropicaux comme le Kilimandjaro ou encore les Andes, qui sont plus fortement impactés par la fonte des glaciers que les chaînes de hautes montagnes asiatiques.
Les glaces situées dans les hautes montagnes représentent moins d’1% de la glace mondiale, ce qui justifie que nous nous concentrerons sur les pôles qui, eux, en contiennent la majeure partie (99%).
Au pôle Nord, l’océan Arctique est un vaste bassin d’eau froide recouvert de banquise et délimité par les côtes scandinaves, russes et canadiennes. De l’autre côté du globe, le continent Antarctique est une terre utilisée uniquement par des scientifiques, loin de toute activité industrielle. Il mesure plus de vingt-cinq fois la France et est entièrement entouré des eaux de l’océan Austral. La calotte glaciaire antarctique repose majoritairement sur de la terre ferme, mais s’étend également sur la mer sous forme de banquise : 90% de la glace mondiale se trouve en Antarctique.
L’Arctique et l’Antarctique présentent des caractéristiques géographiques différentes. Les changements climatiques se manifestent de façons distinctes, avec des conséquences diverses sur la cryosphère (la surface où l’eau est présente sous sa forme solide). Nous pouvons tout de même noter un point commun, qui permet de souligner un second enseignement généralisable à l’ensemble des changements climatiques : bien que l’Arctique et l’Antarctique soient des zones peu peuplées et de faibles activités économiques, le changement du climat s’y observe très clairement ; les impacts du changement climatique donc sont globaux, et ne s’arrêtent pas aux frontières des pays les plus émetteurs de gaz à effet de serre !
En Arctique, pour des raisons que nous allons explorer, la surface couverte par les glaces diminue d’environ 13% par décennie depuis 40 ans1. C’est plus complexe au pôle Sud où les glaciers de l’Antarctique se retirent et perdent en épaisseur à l’Ouest tandis qu’ils s’accroissent et s’épaississent à l’Est. Ainsi, le volume de glace de cette région diminue, alors que la surface recouverte par la glace augmente.
Nasa Earth Observatory
Le mois de septembre marque la fin de l’été au pôle nord et la fin de l’hiver au pôle sud, inversement pour le mois de février : les glaces arctiques et antarctiques sont donc ou bien à leur maximum, ou bien à leur minimum. Cette carte présente les deux régions, à la même échelle géographique.
QUELS PHÉNOMÈNES CAUSENT LA FONTE DES GLACES ?
Sans surprise, l’augmentation de la température de l’air est responsable de la fonte des glaces2. Aux pôles tout particulièrement, l’air se réchauffe plus rapidement qu’ailleurs, en parti à cause de la forte concentration de gaz à effet de serre. Les cartes de température montrent que le 5 mars 2019, la température en Arctique était supérieure de 4,7°C à la température moyenne observée entre 1979 et 20003. Toutefois, la température de l’air n’est pas l’unique responsable de la fonte. Un second phénomène joue un rôle décisif dans la fonte des glaces : les courants océaniques.
La profondeur moyenne de l’Océan est d’environ 4000 m. On y distingue des courants en surface et en profondeur. À la surface de l’Océan, le vent est le principal moteur de la circulation de l’eau. C’est la circulation océanique de surface, semblable à une fine enveloppe fluide se déplaçant rapidement. Plus en profondeur, la teneur en sel et la température déterminent la densité de l’eau : les eaux denses (froides et salées) plongent en profondeur, tandis que les eaux moins denses (chaudes et peu salées) montent vers la surface. Température et salinité sont le moteur de ce que l’on nomme la circulation thermohaline.
Comme dans le cas du Gulf Stream, les eaux chaudes se forment à l’Équateur et longent les côtes pour rejoindre les pôles, réchauffant le climat des pays tempérés sur leur passage. Durant ce périple, une partie de l’eau s’évapore, ce qui accroit la concentration en sel, et la chaleur est relâchée dans l’atmosphère. On nomme cela le déstockage. Une fois arrivées à destination, les masses d’eau sont donc suffisamment denses pour descendre en profondeur. Elles entament un long et lent voyage, et ne reverront la surface de l’Océan que milles années plus tard environ. Comme on le voit sur le schéma, l’Arctique est donc une zone de plongée des eaux froides (downwellling).
Plateforme Océan et climat
En pratique, comment la température des courants affecte-t-elle les glaces ? À cause de l’augmentation de la température mondiale les eaux équatoriales se réchauffent elles aussi et, lorsqu’elles arrivent aux pôles, leur température est plus élevée qu’elle ne le devrait. Les eaux de l’Arctique se sont réchauffées de 0,5°C par décennie depuis 1970, soit environ 2,5°C aujourd’hui4. Logiquement, la banquise en subit les conséquences. Pourtant, la banquise joue un rôle essentiel : en réfléchissant les rayons du soleil grâce à sa couleur – l’albedo, le pouvoir réfléchissant de la banquise est de 95% -, elle isole les eaux froides et maintient des températures basses. Du fait de la diminution de la surface de la banquise, une plus grande quantité de rayons atteint directement l’eau qui absorbe l’énergie solaire plus qu’elle ne la réverbère. L’Océan se réchauffe davantage encore !
En revanche, en Antarctique, les eaux chaudes de l’Équateur sont emportées par les courants de l’océan Austral avant d’atteindre les glaciers. De plus, les vents froids jouent un rôle important et permettent de garder les glaciers à une faible température, ce qui explique en partie pourquoi l’Antarctique est moins impacté que l’Arctique. Malgré cela, les scientifiques ne disposent pas de réponse à l’ensemble des phénomènes observés, notamment en Antarctique.
Enfin, nos glaciers de hautes montagnes fondent également et déversent leurs eaux douces dans l’Océan, notamment dans le bassin arctique. Au pôle Nord, la salinité des eaux diminue et modifie la densité de l’eau évoquée précédemment. Les masses d’eaux ne sont pas suffisamment denses pour s’enfoncer dans les profondeurs : elles restent en surface, empêchent la formation de la glace et modifient le fonctionnement des courants5.
QUELLES CONSÉQUENCES POUR LES SOCIÉTÉS HUMAINES ? ZOOM SUR LA MONTÉE DES EAUX
Les faits sont là. Il s’agit maintenant de comprendre par quels canaux un phénomène aussi éloigné géographiquement de la population pourra bientôt en impacter une majorité.
LA FONTE DES GLACES EST LA PRINCIPALE CAUSE DE LA MONTÉE DES EAUX. DEPUIS 1901, LE NIVEAU DE LA MER A AUGMENTÉ D’ENVIRON 20 CM ET LE RYTHME S’ACCÉLÈRE.La mer augmente désormais de 3,4 mm chaque année6. Alors que la fonte des glaciers de hautes montagnes, d’Antarctique et du Groenland est responsable de la hausse du niveau de la mer, ce n’est pas le cas de la banquise arctique. Sa fonte n’a aucun effet sur la montée des eaux. Le mécanisme est simple à comprendre : ajoutez de l’eau dans un récipient, et le niveau monte. Placez maintenant un glaçon dans un verre d’eau, puis marquez le niveau de l’eau d’un coup de feutre. Cinq minutes plus tard, vous constaterez qu’en vertu du principe d’Archimède, ni la fonte du glaçon, ni celle de l’Arctique n’augmente le niveau de l’eau.
La fonte des glaciers terrestres n’est cependant pas seule responsable de la montée des eaux, car plus l’eau est chaude, plus son volume augmente. Cette dilatation thermique (Thermal expansion sur le graphique) ne s’observe pas dans un verre d’eau, mais contribue à hauteur d’un tiers à l’augmentation du niveau de la mer. Depuis 25 ans, une hausse de 7cm du niveau des eaux lui est attribuée6.
Tiré du Arctic Monitoring Assessment Program, Snow, Water, Ice and Permafrost in the Arctic, Norway, 2017.
Les différentes sources de la montée des eaux, et leur contribution en millimètres par année.
À l’horizon 2100, nous estimons que le niveau de la mer aura augmenté de 55 cm à 1 m si nos émissions se maintiennent au même rythme. Les populations installées dans de grandes métropoles côtières, dans des deltas, ou bien sur des îles, soit plus de 10% de la population mondiale, seront exposées à ce phénomène. Les inondations menacent les infrastructures de villes comme New-York, Tokyo, Jakarta, Mumbai, Lagos ou Shanghai, très proches du niveau de la mer7. Dans les deltas, la montée des eaux salinise les sols et l’eau douce. Au Bangladesh par exemple, tous les poissons ne parviennent pas à s’adapter à cela : c’est donc moins de poissons dans les filets des pêcheurs. Dans le Delta du Mékong, c’est la fertilité des sols qui diminue et menace les récoltes de céréales8.
Par ailleurs, en Europe, dans l’Atlantique nord, la mer du Nord et la mer Baltique, il a été prouvé qu’au cours du XXesiècle, la montée du niveau de la mer s’est accompagnée d’une augmentation du nombre d’évènements climatiques extrêmes9. En France, les côtes sableuses de la Nouvelle-Aquitaine reculent de 1,7 à 2 m par an et on prévoit d’ici 2050 une avancée de 50 m de la mer. Les tempêtes d’hiver peuvent provoquer des reculs brutaux des plages allant jusqu’à 25 m, qu’il faudra ajouter à ces projections climatiques10. Lorsque les infrastructures et les populations sont touchées, le coût économique peut être gigantesque, notamment pour les petits États insulaires11. Par exemple, l’ouragan Maria qui avait frappé la Dominique en septembre 2017 a engendré des destructions d’une valeur égale à 226% du PIB du pays12.
Enfin, la modification de la densité de l’eau et infine de la circulation océanique influe sur le climat des pays tempérés. Des hivers plus froids et des étés plus chauds sont à prévoir13, ainsi que des zones de plus hautes ou de plus basses précipitations. En France, les inondations extrêmes pourraient doubler d’ici trente ans.
Si tout l’Antarctique fondait, le niveau moyen de la mer augmenterait d’environ 70 m. Toutefois, un tel cataclysme ne devrait pas se produire au cours de notre ère – pas plus que l’arrêt des émissions de CO2ne mettrait fin à la fonte des glaces. À notre échelle de temps, nous devons plutôt nous soucier des larges flux de migrations qu’engendrerons ces changements. La Banque Mondiale nous alerte sur le chiffre prévisionnel de 140 millions de réfugiés climatiques en 2050, mais les habitants de certaines îles et deltas fuient déjà leurs terres aujourd’hui, particulièrement en Asie et dans les îles du Pacifique.
Si la machine climatique est bel et bien victime des activités anthropiques, limiter l’ampleur des dégâts est possible. Cela passe par l’atténuation des changements climatiques et l’adaptation aux conséquences de ces changements. Certaines villes et régions se soucient du problème, mais la mobilisation doit, dès à présent, être de bien plus grande envergure.
Théophile Bongarts Lebbe, Plateforme Océan et Climat
Sources
1.D. Perovich, W. Meier, M. Tschudi, S. Farrell, S. Hendricks, S. Gerland, C. Haas, T. Krumpen, C. Polashenski, R. Ricker, M. Webster. Sea Ice. Arctic Program (2018).
2.Notz, D. & Stroeve, J. Observed Arctic sea-ice loss directly follows anthropogenic CO 2emission. Science 354, 747–750 (2016).
3.GFS/CFSR 1-day Avg 2m T Anomaly (°C) 1979-2000 base. Climate Reanalyzer, Climate Change Institute, Univerity of Maine(2019). Available at: ttps://climatereanalyzer.org.
4.Rhein, M., S.R. Rintoul, S. Aoki, E. Campos, D. Chambers, R.A. Feely, S. Gulev, G.C. Johnson, S.A. Josey, A. Kostianoy, & C. Mauritzen, D. Roemmich, L.D. Talley and F. Wang. Observations: Ocean. In: Climate Change 2013: The Physical Science Basis. Contribution of Working Group I to the Fifth Assessment Report of the Intergovernmental Panel on Climate Change. (IPCC, 2013).
5.Lozier, M. S. et al.A sea change in our view of overturning in the subpolar North Atlantic. Science 363 , 516–521 (2019).
6.Weeman, K. & Lynch, P. New study finds sea level rise accelerating. NASA(2018). Available at: https://climate.nasa.gov/news/2680/new-study-finds-sea-level-rise-accelerating/.
7.Hallegatte, S., Green, C., Nicholls, R. J. & Corfee-Morlot, J. Future flood losses in major coastal cities. Nat. Clim. Change 3, 802–806 (2013).
8.Collins, N., Jones, S., Nguyen, T. H. & Stanton, P. The contribution of human capital to a holistic response to climate change: learning from and for the Mekong Delta, Vietnam. Asia Pac. Bus. Rev. 23, 230–242 (2017).
9.von Schuckmann, K. et al.Copernicus Marine Service Ocean State Report. J. Oper. Oceanogr. 11, S1–S142 (2018).
10.Les nouveaux chiffres clés de l’érosion en Aquitaine. GIP Littoral(2019). Available at: https://www.giplittoral.fr/gestion-bande-cotiere/risque-erosion.
11.Kench, P. S., Ford, M. R. & Owen, S. D. Patterns of island change and persistence offer alternate adaptation pathways for atoll nations. Nat. Commun. 9, (2018).
12.Government & of the Commonwealth of Dominica. Post-Disaster Needs Assessment Hurricane Maria September 18, 2017. (2017).
13.Bromley, G. et al.Interstadial Rise and Younger Dryas Demise of Scotland’s Last Ice Fields. Paleoceanogr. Paleoclimatology 33, 412–429 (2018).
CATÉGORIESACTUALITÉ
Une réponse sur “La fonte des glaces : où, comment, et pourquoi ?”
1. habsb
10 MAI 2019 À 13:07
« Si la machine climatique est bel et bien victime des activités anthropiques, limiter l’ampleur des dégâts est possible.  »
La grande question est bien là, et bien vous faites de la poser en conclusion de votre article.
Si personne de sérieux ne peut nier la réalité du réchauffement climatique, personne de sérieux ne peut non plus prouver que sa cause est principalement anthropique
Que dire de l’atmosphère de Mars qui est en train de se réchauffer quatre fois plus vite que sur la Terre ? Du CO2 sur Mars ?
Le raccourci trop rapide qu’on fait entre réchauffement et activités anthropiques risque de nous faire partir un peu trop vite dans une dangereuse confrontation avec la Chine Populaire (responsable d’un tiers des émissions).
Contrairement à ce qu’on pense, les émissions françaises ne sont que 1,2% du total, donc on pourrait ne plus se chauffer , ne rouler qu’à vélo, etc et cela ne changerait rien au réchauffement global

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