mercredi 17 juillet 2019

"Ces migrants qui gâchent nos vacances": l'indécence à son comble

Carte blanche Le Vif 

"Vous n'avez pas encore réservé vos vacances ? Quoi de mieux que les côtes de la Méditerranée pour vous dorer la pilule ? Un seul conseil : n'allez pas à Djerba ; vous risqueriez de tomber nez à nez avec des cadavres. Ce serait fâcheux et risquerait de gâcher vos vacances."
© reuters
"Vendredi dernier (12 juillet), RTL-TVI a diffusé, au journal télévisé, une séquence intitulée "Une touriste belge découvre des cadavres sur une plage de Djerba" et présentée de la façon suivante : "Un début de vacances raté pour Charlotte. La Liégeoise venait d'arriver à Zarzis, en Tunisie, et elle a découvert un cadavre sur la plage". Au cours du reportage, on comprend que ce sont des corps de migrants échoués sur la plage qui sont en cause : ils viennent gâcher les vacances d'une touriste belge, qui demande à changer d'hôtel.
Les garde-côtes tunisiens dénombrent près d'une centaine de migrants morts suite au naufrage d'un canot parti de Libye. Leur destin tragique n'est abordé à aucun moment. Seules apparaissent les réactions des touristes et du voyagiste lié à leur séjour. Le traitement médiatique de cet événement nous a profondément choqués.
UNE DÉSHUMANISATION À SON PAROXYSME
Dans cette séquence, l'indécence et l'inhumanité prédominent. Plutôt que de s'attarder sur l'essentiel - des vies humaines ont été arrachées au cours d'une tragédie en mer -, tout est pensé pour focaliser l'attention des téléspectateurs sur la réaction d'une touriste belge parce que les corps ont échoué précisément sur la plage où elle passait ses vacances. Cette profonde dérive du sens éthique -- qui amène à voir les vacances de nos compatriotes comme plus importantes que le droit inaliénable de tous à une vie digne -- rend ce traitement de l'information inacceptable et contraire au code de déontologie journalistique.
La "loi de proximité" a été appliquée : les informations paraissent d'autant plus importantes qu'elles sont proches de leur cible. Pour maximiser l'audience, il a semblé opportun de parler du désarroi de touristes "bien de chez nous" plutôt que de la mort tragique de migrants.
LA MÉDITERRANÉE : LIEU DE VILLÉGIATURE POUR LES UNS, CIMETIÈRE POUR LES AUTRES
L'absence de repères éthiques dans ce "reportage" présente néanmoins le mérite de mettre involontairement en relief les inégalités criantes entre les habitants du "Nord" et d'un certain "Sud".
Les uns peuvent se ressourcer ; les autres sont contraints de risquer leur vie pour subvenir à leurs besoins fondamentaux. Les uns sont libres de parcourir le monde à leur guise ; les autres ne peuvent le faire qu'au prix de leur vie. Les uns peuvent changer d'hôtel pour éloigner de leur vue ou de leur conscience ce qui les dérange ; les autres seront enterrés loin des leurs. Les uns se voient offrir un soutien psychologique ; les autres peinent à recevoir -- en Belgique -- l'accompagnement psychologique ou psychiatrique que les traumatismes successifs endurés nécessiteraient.
Notons que c'est d'ailleurs cette dissymétrie révoltante entre le "Nord" et le "Sud" qui est responsable d'une partie significative des migrations actuelles.
La représentation des migrants véhiculée par certains médias dominants ne cesse de se détériorer. Présentés, selon les cas, comme des menaces, des victimes, des fardeaux ou des intrus -- et, systématiquement comme des "autres" si différents de nous -- (Mazzocchetti & Yzerbyt, 2019), les migrants ne sont plus reconnus comme des êtres humains à part entière : ils sont infrahumanisés, voire déshumanisés. Chez nous, ils sont perçus comme indésirables, corvéables à merci. Ici comme ailleurs, nous sommes indifférents à leur souffrance, voire même incommodés si elle vient à s'afficher sur la plage de nos vacances ! La séquence de vendredi va ainsi jusqu'à légitimer l'indifférence : n'est-il pas normal de vouloir changer d'hôtel pour pouvoir se soustraire à toute prise de conscience ?
La responsabilité des médias dominants dans la construction de nos représentations sur les migrants est énorme. En alimentant des représentations erronées, largement formulées par l'extrême-droite, les médias "altérisent" les migrants, rendent toute forme d'identification impossible et participent au déni de solidarité. En exacerbant cette logique, RTL-TVI a contribué -- une fois de plus -- à remplacer notre humanité par l'égocentrisme le plus désinhibé.
Mazzocchetti, J., & Yzerbyt, V. (2019). Crise migratoire: le discours médiatique alimente-t-il la peur des migrants ? Sociétés en changement, 7.
Primo-signataires (8)
Jean-Baptiste Dayez - Psychologue social et militant
Sarah Degée - Enseignante et collaboratrice de l'Institut de recherche, formation et action sur les migrations (IRFAM)
Martine Demillequand - Collaboratrice pédagogique à l'UCLouvain et professeure de français
William Donni - Militant associatif et politique, activiste et membre du Mouvement Demain
Jessy Doulette - Citoyenne militante antispéciste, féministe et antiraciste
Mohamed El Hendouz - Militant associatif et politique
Seyma Gelen - Enseignante, féministe décoloniale, membre et cofondatrice du Collectif féministe Kahina
Eva Maria Jiménez Lamas - Syndicaliste féministe antiraciste
Signataires (816) 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LA RESPONSABILITÉ DES MÉDIAS DOMINANTS DANS LA CONSTRUCTION DE NOS REPRÉSENTATIONS SUR LES MIGRANTS EST ÉNORME. 

Voilà qui résume joliment l'attitude des touristes belges en villégiature. Ôtez-moi ces cadavres de ma plage, ils me gâchent mes vacances. On ne saurait mieux synthétiser le problème. " Pour maximiser l'audience, il a semblé opportun de parler du désarroi de touristes "bien de chez nous" plutôt que de la mort tragique de migrants. " Cette profonde dérive du sens éthique -- qui amène à voir les vacances de nos compatriotes comme plus importantes que le droit inaliénable de tous à une vie digne -- rend ce traitement de l'information inacceptable et contraire au code de déontologie journalistique."
Il est indispensable d'adapter l'éducation et la formation des jeunes aux réalités d'aujourd'hui. Il est primordial d'offrir aux jeunes générations un cadre de vie et de relations nettement plus en phase avec les réalités actuelles . Ces réalités sont largement de caractère démographique et écologique.
"Si les multiples religions ont pu, dans l'Histoire passée, remédier à des situations posant question, les réponses qu'elles ont données ont été sources d'ostracisme, de conflits, de barbaries, de tueries, ... Ceci est d'autant plus inexcusable Aujourd'hui, si on reconnait, après mûre réflexion, que l'essentiel, pour un locataire sur cette planète, est de vivre collectivement en bonne harmonie avec ses contemporains, surtout ceux qui lui sont proches.  Le devoir de chacun est de contribuer au bien-être et au progrès collectifs selon ses capacités, son expérience et sa santé."
On est franchement très loin du compte. La responsabilité des medias  et de l'enseignement est de fait considérable.
Fondamentalement, c'est à chacun de nous de revoir en conscience notre logiciel de valeurs et de comportements. Et  ça, ce n'est franchement pas rien.
MG


DE L'URGENCE DE LA MISE EN PLACE D'UNE POLITIQUE DÉMOGRAPHIQUE À L'ÉCHELLE MONDIALE EN VUE D'UNE CITOYENNETÉ ET D'UNE PARENTALITÉ RESPONSABLES

Carte blanche
La mondialisation et la globalisation que les progrès technologiques de ces dernières décades ont rendues possibles, font qu'il est désormais indispensable de réfléchir et d'agir en termes de politique globale pour la planète "terre" arrivée à saturation.

POUR UNE CITOYENNETÉ RESPONSABLE
Chaque année, actuellement en août, la presse nous informe que nous avons consommé toutes les ressources nécessaires à un fonctionnement et une alimentation normale de l'année en cours et que nous devrons terminer l'année "à crédit", soit en prenant sur la part des êtres humains qui nous suivront !
Il est étonnant qu'une telle déclaration qui, chaque année, survient de plus en plus tôt, ne soulève pas dans nos pays "dits développés" des réactions aussi alarmistes que celles entourant les changements climatiques, liés aux débordements des activités humaines, modifiant notamment lourdement l'équilibre de notre "échosystème".
Il y a plus de 3000 ans, la ville "POLIS" des grecs, constituait le lieu principal de vie collective à organiser et à gérer. Le terme "politique" en est issu. Les temps ont bien changé : la mondialisation et la globalisation que les progrès technologiques de ces dernières décades ont rendues possibles, font qu'il est désormais indispensable de réfléchir et d'agir en termes de politique globale pour la planète "terre" arrivée à saturation. Vis-à-vis des générations qui nous suivront, il n'est ni responsable, ni moral, ni éthique de consommer à crédit. L'éthique, même à contre-courant de la pensée "progressiste", doit s'imposer là où les développements économiques et financiers à court et moyen termes, imposent sans vergogne, des objectifs contraires aux capacités de la planète "terre" et de ses habitants. L'activité humaine a déjà des conséquences climatiques désastreuses, mais, sans politique de décroissance démographique, réfléchie et planifiée au niveau de la planète, on court à une catastrophe encore plus sévère pour les "homo sapiens", devenus trop nombreux sur la planète. L'ONU a une responsabilité incontournable dans la mise en place d'une politique à l'échelle mondiale en ce domaine. Cela ne peut plus attendre !
Y a-t-il besoin d'envisager qu'en absence de toute politique adéquate, en 2050, on compterait plus de 10 milliards d'êtres humains sur notre planète, inégalement dispersés ! Relevons aussi que les plus gros accroissements de population, d'ici 2050, sont attendus en Afrique qui passerait de 1,7 milliard d'habitants actuellement, à environ 4,4 milliards. L'Asie et l'Amérique du Sud et Centrale connaîtraient également une croissance démographique importante.
Il est urgent de conscientiser nos contemporains, où qu'ils se trouvent sur notre planète, de l'énormité de ce problème démographique et de mettre en place des mesures conduisant à une réduction de la natalité, puisqu'avec près de 7 milliards d'habitants, aujourd'hui, nous arrivons déjà "trop court" dès le mois d'août. Dès lors, définir, comme objectif sur 4 à 6 générations, avec l'aide de démographes chevronnés, de revenir en dessous de la barre des 4 milliards d'êtres humains sur terre, constituerait, pour notre génération, un acte responsable et respectueux des générations qui nous suivront et un objectif salutaire indispensable pour leur bien-être, voire même leur survie paisible ! Il ne faut pas perdre de vue, avec humilité et sagesse, que, sur notre planète, chaque être humain n'est qu'un maillon de la transmission d'une vie qui est lentement et constamment en évolution. Chaque individu, durant quelques dizaines d'années, aura eu la chance ou la malchance d'être "locataire sur la terre", dans des lieux et avec des moyens répartis de manière très inégale.
POUR UNE PARENTALITÉ RESPONSABLE
On connait, à présent, les limites des ressources planétaires. On connait aussi les conséquences dramatiques des activités économiques et industrielles débridées. Des traditions et des us et coutumes imposent des tabous culturels et sociaux de plus en plus surannés. L'enracinement dans des traditions séculaires, avec des diktats religieux dogmatiques, archaïques et anachroniques, constituent un obstacle à franchir par la voie de la raison et de la sagesse. En outre, les politiques locales, régionales ou même continentales "du chacun pour soi" , là même où la solidarité à l'échelle de la planète doit s'imposer dans l'urgence climatique ET démographique, il est devenu indispensable de mener une politique programmée de décroissance démographique qui permette d'assurer aux nouveau-nés une qualité de vie plus conforme à la Charte Universelle des Droits de l'Homme. Pour y arriver, il faut briser ces interdits culturels ou religieux, en visant à déculpabiliser la recherche du plaisir sexuel sans lien avec la procréation : les progrès scientifiques des 60 dernières années et les moyens techniques qui en ont découlés, (contraception tant hormonale que physique) permettent d'atteindre cet objectif, ...mais encore faut-il le vouloir ...sans tabous !
En parallèle, il faudra aussi éduquer et former les futurs parents, à une "parentalité responsable : "faire un enfant" est, le plus souvent, facile. Sans ignorer "l'instinct de maternité ou de paternité, ces parents ont-ils les moyens tant humains que matériels, de le nourrir, de l'héberger dignement, de l'éduquer, de lui offrir une scolarité adéquate et des soins de santé appropriés, de l'orienter vers un métier valorisant, pour que cet enfant devenu jeune adulte, puisse, à son tour, jouer son rôle actif dans la société et bénéficier en retour, de ses avancées technologiques et sociétales, qui agrémentent et facilitent la vie sur terre, à la recherche d'une meilleure qualité de contacts sociaux riches en émotions. A cet égard, il est indispensable d'adapter l'endoctrinement et l'éducation des jeunes aux réalités des découvertes scientifiques et à faire preuve d'esprit critique. Sans mépris pour l'Histoire de nos civilisations, à présent, Il est primordial d'offrir aux jeunes générations un cadre de vie et de relations nettement plus en phase avec les progrès scientifiques et technologiques dont tous devraient profiter.
Si les multiples religions ont pu, dans l'Histoire passée, remédier à des situations posant question, les réponses qu'elles ont données ont été sources d'ostracisme, de conflits, de barbaries, de tueries, ... Ceci est d'autant plus inexcusable aujourd'hui, si on reconnait, après mûre réflexion, que l'essentiel, pour un locataire sur cette planète, est de vivre collectivement en bonne harmonie avec ses contemporains, surtout ceux qui lui sont proches. Le devoir de chacun est de contribuer au bien-être et au progrès collectifs selon ses capacités, son expérience et sa santé.
Si la Chine a été sévèrement critiquée pour sa politique "un enfant par couple", il s'avère aujourd'hui, malgré les imperfections de sa mise en place (notamment le déséquilibre des genres par la "disparition" de nouveaux nés de sexe féminin), que cette politique fut inéluctable pour amorcer de manière responsable, la décroissance démographique en Chine.
C'est une politique équivalente qui doit être abordée à présent au niveau mondialpour que les ressources disponibles sur la "planète terre", soient équitablement partagées ente un nombre d'habitants en décroissance programmée vu la capacité limitée de notre planète. En ce domaine, l'intérêt collectif doit s'imposer sur la liberté individuelle : il y va de la survie de l'espèce humaine !
Michel Lesne, Docteur en Sciences Pharmaceutiques et Professeur à la Faculté de médecine de l'UCL







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