vendredi 19 juillet 2019

Nos forêts se meurent silencieusement


OPINIONS
Une opinion de Frédéric Petit, président de la Fédération nationale des experts forestiers (FNEF), ingénieur des eaux et forêts, expert forestier, s'exprimant à titre personnel.


Nos bois souffrent des aléas du climat. Les forestiers désespèrent et sont oubliés. Les politiques semblent sourds.

À l’heure où nos gouvernements tardent à se former, nos forêts lentement et silencieusement se meurent.

La catastrophe sans précédent provoquée par les attaques en masse de scolytes sur nos épicéas wallons depuis l’été dernier est la conséquence d’un stress auquel sont soumis nos arbres depuis la sécheresse de 2018, et des épisodes climatiques particulièrement contrastés que nous connaissons depuis maintenant quelques années (tempêtes, excès de pluie ou de temps sec). Alors que des centaines de milliers de mètres cubes de bois sont obligatoirement mis sur le marché à des prix dérisoires, les exploitants forestiers sont débordés, et les usines sont saturées de bois venant de chez nous, mais aussi de pays voisins (France, Allemagne) confrontés aux mêmes problèmes. Elles n’en veulent plus, ou à des prix ridicules, la loi de l’offre et de la demande s’imposant.
D’autres essences souffrent de maladies nouvelles, telle la chalarose du frêne qui décime cette essence, lentement mais sûrement. Les vieux chênes, et surtout les hêtres, souffrent également très fort de ces aléas et excès du climat. Un cortège de nouveaux pathogènes s’attaquent à nos jeunes plantations de résineux qui ont bien du mal à se développer.
Les propriétaires se découragent et ne savent plus à quel saint se vouer. Une série de questions restent sans réponse, même de la part des professionnels de la gestion et des scientifiques qui sont pris de court.
Que restera-t-il de notre belle forêt wallonne dans quelques années ? Celle-ci couvre actuellement plus de 30 % du territoire régional, et a toujours été amoureusement suivie et entretenue par ses gestionnaires et propriétaires, tant publics que privés, à la grande satisfaction du grand public qui ne manque pas d’en profiter pour s’y ressourcer, s’y promener et y respirer un air pur. Elle représente aussi l’élément de base de toute une filière de transformation du bois avec des milliers d’emplois à la clé.
À l’heure où notre forêt, dont on sait qu’elle contribue à fixer 27 % des émissions de carbone atmosphérique, est menacée de changement profond de structure et de physionomie, il est temps de repenser la sylviculture, de développer la recherche, et de veiller à ce que cette sylviculture soit résiliente et productive, seul gage de sa pérennité.
Mesdames, Messieurs les Politiques de tous partis, avez-vous pensé qu’il était temps de redonner du courage aux propriétaires tant publics que privés afin de mener une sylviculture nouvelle et audacieuse ? Avez-vous conscience qu’il convient, comme le prévoit l’article 1er du Code forestier, de garantir le développement durable des bois et forêts en assurant la coexistence harmonieuse de leurs fonctions économique, écologique et sociale ?
Il est temps de réactiver l’article 30 du Code forestier qui prévoit d’allouer des subventions aux propriétaires en vue de réhabiliter ces fonctions par tous les types de travaux nécessaires à cette fin : boisement, reboisement, conversion, transformation…
Les produits de la fiscalité environnementale visant à taxer les plus gros pollueurs ne devraient-ils pas contribuer à soutenir ceux qui participent à dépolluer notre environnement, ce que font en première ligne les propriétaires forestiers ?
Le monde forestier très discret, et trop souvent silencieux, n’a pas été convié comme représentant de la "société civile", alors que composé de dizaines de milliers de propriétaires de bois et forêts de toutes tailles représentant un tiers de la surface de notre territoire wallon, et je m’en étonne, tant les enjeux sont importants et cruciaux pour nos enfants et pour notre société de demain.
Nous avons besoin de nos forêts et nos forêts ont besoin de forestiers ambitieux qui reprennent courage face aux calamités actuelles, et face au défi du changement climatique et de toutes ses conséquences.
Titre et chapô sont de la rédaction. Titre original : "Lettre ouverte au monde politique". 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
FIN DE PARTIE? 

Fin de partie est la deuxième pièce de Samuel Beckett à avoir été représentée. Créée en 1957, elle a d'abord été écrite en français puis traduite en anglais par Beckett lui-même sous le titre d'Endgame. Elle met en scène quatre personnages handicapés physiquement dont les deux principaux sont Clov, qui est le seul à pouvoir se déplacer à sa guise ou presque et Hamm qui est son maître. Tous vivent dans une maison qui est, selon les dires des personnages, située dans un monde désert, dévasté et apocalyptique. La pièce parodie les conventions théâtrales classiques : rien ne se produit au cours de la pièce, la fin est annoncée dès les premiers mots et est même présente dans le titre, et les personnages s'adressent parfois au public pour déclarer qu'ils s'ennuient à mourir. Le genre de Fin de partie fait toujours l'objet de débats critiques. La pièce a été rapprochée du théâtre de l'absurde, selon la définition de Martin Esslin.
Plus d'un demi siècle après sa création, la pièce de Becket révèle son sens énigmatique. La "fin de partie" c'est ce qui désormais se joue sur cette terre qui donne des signes de détresse de plus en plus nombreux et de plus en plus alarmants. La planète se meurt, la nature se détériore, l'humanité se déshumanise. Nous vivons un moment tragique de l'histoire de l'humanité. La mort annoncée des forêts participe de cette tragédie dont on commence seulement à deviner et à mesurer l'ampleur. "Nous avons besoin de nos forêts et nos forêts ont besoin de forestiers ambitieux qui reprennent courage face aux calamités actuelles, et face au défi du changement climatique et de toutes ses conséquences."
La lucidité est la blessure la plus proche du soleil. (René Char)
Il appartient à chacune et à chacun de prendre conscience dans quelle mesure il fait "dégât sur terre" et d'en tirer pour soi et pour l'humanité toutes les conséquences éthiques.

MG



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