samedi 10 août 2019

Dion : "Si l’on continue comme ça, une partie de notre civilisation risque de s'effondrer"


France inter

Alors que s'achève ce 8 août, à Genève, le sommet du GIEC sur le changement climatique et l'utilisation des terres, Pierre Weill reçoit Cyril Dion, auteur, documentariste, militant écologiste et garant de la convention citoyenne sur le climat voulue par Emmanuel Macron et qui doit débuter à l'automne.
Co-auteur du film documentaire Demain, le militant écologiste Cyril Dion a été désigné pour être l'un des garants de la convention citoyenne sur le climat voulue par Emmanuel Macron et censée trouver des solutions pour contenir le réchauffement climatique. À ses yeux, l'efficacité de cet exercice démocratique inédit dépendra de sa visibilité et de son audience auprès des Français.
"La seule garantie qu'on a aujourd'hui, c'est la parole donnée publiquement par Emmanuel Macron", concède-t-il sur France Inter. "Plus les Français vont pouvoir y participer, plus il va être difficile à l’issue de cet exercice démocratique inédit de nous dire ‘non, on fait pas de référendum’ ou ‘on n’envoie pas au parlement’". Pour Cyril Dion, la pression citoyenne est la seule façon de forcer le gouvernement à agir.
Sur la sélection des 150 citoyens qui participeront à l'exercice, "ce sera comme comme pour un sondage", explique le réalisateur.
On va prendre des gens qui sont à la fois jeunes et vieux, riches et pauvres, issus de l’immigration ou non, écolos et pas écolos. On va les former à la question climatique, leur faire rencontrer un certain nombre d’experts, et ils vont délibérer pendant cinq mois. Comme un jury d’assises.
En tant que garant de la convention citoyenne sur le climat, son rôle sera de "vérifier que le processus et l’issue de cet exercice sont conformes à ce qu’on a élaboré", précise Cyril Dion.
Pour le militant écologiste, la décroissance est la seule issue possible pour éviter d'arriver à 5 degrés en plus d'ici la fin du siècle : "Aucun exemple ne montre qu’on peut continuer à avoir de la croissance sans destruction significative des ressources naturelles".
Car si l'on continue comme ça, dit-il, une partie de notre civilisation risque de s'effondrer. "Le fantasme que l'on a souvent, c'est de croire que tout va s’effondrer du jour au lendemain, comme dans un film hollywoodien. Mais ça n'est pas ça qui se passe. C'est une série d'effondrements. Aujourd'hui on vit déjà un effondrement de la biodiversité, par exemple".


« Vivre avec la fin du monde », retrouvez les six épisodes de notre série
Le Monde
De plus en plus de citoyens adhèrent aux théories de l’effondrement, qui annoncent la fin de notre civilisation industrielle. Pour mieux en cerner les enjeux, nous avons publié une série de tribunes cette semaine. Les voici rassemblées.
Les thèses de « l’effondrement » de notre civilisation, défendues par des chercheurs, des experts et quelques hommes et femmes politiques, rencontrent un succès inattendu auprès du grand public. Nous avons sollicité plusieurs personnalités qui, chacune, apportent un regard neuf sur cette grande peur du XXIe siècle. Si vous avez manqué l’une de ces tribunes, les voici rassemblées.
Fanny Michaëlis FANNY MICHAELIS
1/ YVES COCHET, PABLO SERVIGNE ET AGNÈS SINAÏ : « FACE À L’EFFONDREMENT, IL FAUT METTRE EN ŒUVRE UNE NOUVELLE ORGANISATION SOCIALE ET CULTURELLE »
Tous les trois membres de l’Institut Momentum, ils appellent à assumer l’effondrement systémique global qui vient pour préparer l’avènement d’une société « résiliente ».
FANNY MICHAËLIS
2/ JEAN-BAPTISTE FRESSOZ : « L’EFFONDREMENT DES CIVILISATIONS EST UN PROBLÈME QUI OBSÈDE L’OCCIDENT DEPUIS AU MOINS DEUX SIÈCLES »
Ces discours sont vieux comme le monde, rappelle l’historien, et ne permettent pas forcément de prendre conscience de l’urgence écologique.
Fanny Michaëlis
3/ MARIANNE DURANO : « NOUS NE SOMMES PAS LA CAUSE DE LA FIN DU MONDE, MAIS LA FIN DU MONDE NOUS DONNE UNE CAUSE : VIVRE LA MEILLEURE VIE POSSIBLE »
« A quoi bon des enfants en temps d’effondrement ? », s’interroge la philosophe. Elle rappelle que bien avant l’époque de l’éco-anxiété, la philosophie s’était chargée de penser cette mortalité.
FANNY MICHAËLIS
4/ SYLVIE BRUNEL : « LE CHANGEMENT CLIMATIQUE N’EST PAS FORCÉMENT UNE MAUVAISE NOUVELLE »
Les discours catastrophistes sont démobilisateurs et ne tiennent pas compte de la capacité des hommes à innover et à coopérer, soutient la géographe.
FANNY MICHAËLIS
5/ VIRGINIE MARIS : « UN AUTRE MONDE SEMBLE DISPARAÎTRE, CETTE PART QUE NOUS N’AVONS PAS CRÉÉE : CELUI DE LA NATURE SAUVAGE »
Un million d’espèces sont menacées, dont 6 000 en danger critique d’extinction… il est temps de « décoloniser la nature », de « suspendre notre assaut, de laisser la nature reprendre son souffle », exhorte la philosophe Virginie Maris.
FANNY MICHAËLIS
6/ SYLVAIN TESSON : « VIVRE MIEUX AUJOURD’HUI CONSISTE À ÉCHAPPER AUX DÉVELOPPEMENTS DU PROGRÈS »
C’est un phénomène inédit dans l’histoire humaine : la vie s’invente à présent en faisant des pas de côté, loin de la modernisation, explique l’écrivain et aventurier.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
NI ÉTONNÉ NI SURPRIS

Une ondée bienfaitrice, providentielle nous a rafraîchi les idées. Le soleil est revenu sur mon Eden terrestre.  Gardons  la tête froide.
Le thermomètre affiche 25 degrés. Les vignes de madame Jeanette Vanden Steen n'ont jamais été aussi robustes. On refait du vin en val de Meuse.
Je dispose par bonheur de ce qu'Yves Cochet regarde comme le kit de survie: une mare d'eau  minérale alimentée par les sources profondes, un potager qui donne bien, une forêt toute proche pour me chauffer, une serre  à tomates, de l'ombre à profusion, des voisins sympas et solidaires  et un peu de terre à cultiver. (https://www.youtube.com/watch?v=pRJAtj1Yz7k ; ) 
C'est un peu par hasard que j'ai jeté mon dévolu sur cette maison rustique. Mais le hasard a fait les choses très bien quand même. Il y a tout pour tenir ici quand tout s'effondrera dans cinq ans, dix ans, quinze ans. A terme,  c'est absolument inévitable.
Il y aura une rupture totale avec la civilisation industrielle et assurément une hécatombe comme jamais. Quelques uns survivront, celles et ceux qui auront un moral, un mental et un caractère d'acier, une colonne vertébrale.  Les autres tomberont comme des mouches sans comprendre ce qui leur arrive.
Est-ce fichu? Pas vraiment. Il existe une solution radicale que la bible avait déjà imaginée du reste: transformer les glaives, les fers de lance en soc de charrues. Autrement dit remplacer l'arsenal de destruction massive qui menace la paix en un arsenal de construction positive et massive, c'est à dire investir dans l'enseignement et la formation l'ensemble des ressources financières mobilisées par la défense militaire. Il suffit de le vouloir vraiment. Créer un complexe pacifique industriel, forger des armes de construction de formation massive.
Nous avons besoin d'une population mondiale éduquée et connectée; éduqué parce que connectée. Nous avons quitté une civilisation industrielle au bénéfice d'une civilisation de la connaissance.
Victor Hugo pensait, à juste titre, qu'on fermerait une prison à chaque fois qu'on ouvrirait une école. Il faut aider désormais l'Afrique, L'Inde, l'Amérique latine à déployer l'enseignement, surtout l'enseignement pour les filles qui fait reculer l'ignorance et la pauvreté , l'exclusion. C'est sans doute notre dernière, notre seule chance de sauver l'humanité.  
MG


L'ÉMANCIPATION DES FEMMES, UNE CLÉ POUR MIEUX NOURRIR LE MONDE
Le Vif
Les femmes sont parmi les principales victimes du changement climatique, mais aussi en première ligne pour lutter contre ses effets grâce à leur place importante dans l'agriculture. C'est l'un des enseignements d'un rapport-clé du Giec consacré aux terres, actuellement en discussion.
"Il y a un manque de reconnaissance des droits à la terre des femmes, officiellement et traditionnellement", constate Hindou Oumarou Ibrahim, coordinatrice de l'Association des femmes peules autochtones du Tchad.
"Les hommes possèdent traditionnellement la terre et quand vient l'heure de la distribuer, ils la donnent aux garçons et pas aux filles", témoigne-t-elle auprès de l'AFP.
L'Organisation des nations unies pour l'agriculture et l'alimentation (FAO) ne dit pas autre chose: les femmes représentent plus de 40% de la main d'oeuvre dans les pays en développement. Dans les pays développés, elles jouent un rôle important dans les exploitations agricoles, mais ont longtemps été cantonnées au rôle de "conjointes".
Pour autant, "moins de 20% des propriétaires terriens de ce monde sont des femmes", souligne la FAO.
Le groupe d'experts de l'ONU sur le climat, le Giec, est réuni à Genève jusqu'à jeudi pour étudier un rapport crucial sur le changement climatique, l'usage des terres et l'accès de tous à une alimentation suffisante. Avec à la clé trouver comment nourrir une population qui pourrait grimper à 10 milliards d'individus, tout en limitant le réchauffement climatique et la dégradation de la nature.
La place spécifique des femmes est abordée à plusieurs reprises dans ses 1.200 pages, selon une copie consultée par l'AFP.
"Au sein des populations, les femmes, les très jeunes, les personnes âgées et les pauvres sont les plus exposés" aux conséquences du changement climatique, souligne une version provisoire du résumé du rapport.
GÉRER DURABLEMENT LES TERRES
"Dans de nombreux pays en développement et dans les communautés rurales, les femmes jouent un rôle actif dans la culture d'aliments pour la famille", mais aussi pour l'approvisionnement en eau potable, souligne Reyes Tirado, chercheuse engagée avec l'ONG Greenpeace. Lorsque le réchauffement climatique complique l'accès à cette eau, femmes et filles sont directement impactées, poursuit-elle.
Les femmes dans l'agriculture sont confrontées à d'autres difficultés: elles ont "moins de chances qu'un homme d'être propriétaire d'un bien foncier ou de bétail, d'adopter de nouvelles technologies, d'avoir accès au crédit ou à d'autres services financiers, ou encore de bénéficier d'une formation", énumère la FAO.
"Si les femmes avaient le même accès que les hommes aux ressources productives, elles pourraient augmenter de 20 à 30% les rendements de leur exploitation (...) Des gains de production de cette ampleur pourraient réduire de 12, voire 17%, le nombre de personnes souffrant de faim dans le monde", calcule la FAO.
Le rapport du Giec souligne l'importance de donner plus de pouvoir aux femmes.
La première chose à faire est de reconnaître leurs spécificités, estime Teresa Anderson de l'ONG ActionAid. "Les dirigeants partent souvent du principe que l'homme est l'être humain par défaut et il en va de même pour les agriculteurs", ironise-t-elle. "Mais les femmes font les choses différemment et font face à des défis spécifiques."
"La plupart du temps, les agricultrices sont celles qui nourrissent les communautés, tandis que les hommes vendent" leur production, ajoute Hindou Oumarou Ibrahim.
"Ce sont les femmes qui nourrissent vos enfants, alors donnez-leur une meilleure parcelle de terre et aidez-les", conseille-t-elle.
Un autre outil efficace est la formation de coopératives de femmes pour mieux faire entendre leur voix, selon la coordinatrice.
Les femmes peuvent aussi contribuer à modifier les pratiques agricoles et les habitudes alimentaires, des éléments importants dans la lutte contre le réchauffement climatique et la dégradation des sols.
Les femmes s'occupent la plupart du temps des enfants. "Le Giec souligne que nous avons besoin de changements transformationnels dans le secteur alimentaire. Les femmes ont un rôle clé dans l'éducation (...) et dans les évolutions des habitudes de consommation", relève Fernanda Carvalho de WWF.





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