samedi 5 octobre 2019

Eric Zemmour n'est plus un journaliste


Thierry Denoël
Journaliste au Vif/L'Express

En prononçant un discours extrémiste à la Convention de la droite, à Paris le 28 septembre, le polémiste Eric Zemmour a franchi le cap. Il a quitté son rôle de journaliste et est rentré en politique. D'où la réaction compréhensible des medias qui l'emploient, à commencer par RTL qui n'en veut plus sur ses antennes.
C'est sans doute moins la teneur de ses propos que l'assemblée devant laquelle il les a prononcés qui le soustrait au statut de journaliste. Ses mots "d'inspiration fasciste" (comme l'a écrit Le Monde) étaient, en effet, déjà connus. Ses diatribes anti-immigration et anti-islam font le buzz, depuis des années, sur les ondes et les antennes françaises. Mais se commettre de la même façon devant une assemblée politique, réunie par Marion Maréchal, la petite-fille de Jean-Marie Le Pen, revient à franchir une frontière.
Le discours de 32 minutes de Zemmour était destiné à introduire cette réunion annuelle qui veut construire une "alternative au progressisme, au multiculturalisme et au libre-échangisme". Il était directement suivi par celui de Marion Maréchal elle-même. Parmi les invités, l'avocat Gilbert Collard et le maire de Béziers Robert Ménard, ancien secrétaire général de Reporters Sans Frontière. Le parcours de ce dernier devrait laisser Zemmour songeur, car il a fini, lui aussi remercié par RTL puis par i-Télé, par quitter le journalisme pour faire de la politique.
Il faut souligner que des journalistes de L'Express, de Libération, de L'Opinion s'étaient vu refuser l'entrée de la réunion du 28 septembre par les organisateurs de la Convention de la droite, car jugés "trop agressifs". En cautionnant cette décision, Zemmour s'est a fortiori encore davantage éloigné du journalisme. Ce "bon client" à qui nombre de médias ont ouvert leurs micros et plateau télé n'aurait-il pas dû faire preuve de corporatisme, s'il était un journaliste digne de ce nom ?
IL EST DESORMAIS UN POLITIQUE
Depuis longtemps, les mots d'Eric Zemmour sont, pour beaucoup, choquants, haineux, nauséabonds, mais ils font partie du sport démocratique. Difficile de dire où doit s'arrêter la diversité des opinions, y compris au sein des journalistes et des polémistes. La loi est là pour rappeler les harangueurs à l'ordre, pour éviter les incitations à la haine et à la violence. Le 19 septembre, dix jours avant la Convention de la Droite, Eric Zemmour avait d'ailleurs été définitivement condamné à 3 000 euros d'amende pour provocation à la haine religieuse. Mais il restait encore ce libelliste gonfleur d'audimat, jusqu'à... ce discours du 28, retransmis intégralement par LCI, sans qu'aucune contrepartie lui soit opposée même après son speech, sur le plateau de la chaîne d'info.
Ainsi, Eric Zemmour est apparu comme ce qu'il est désormais. Un homme politique. Il ne lui reste plus qu'à s'engager auprès du parti auquel il ressemble tant. Les choses seront claires. Il sera alors entendu et se verra interroger comme un homme politique. Ce qui n'a rien de déshonorant, au contraire. Il pourra même aller jusqu'au bout de ses intentions, en essayant de mettre en pratique ses idées provocantes. Il sera, dans l'arène, gladiateur parmi les gladiateurs, avec son glaive et son bouclier. A armes égales, avec ses nouveaux pairs. Mais c'est peut-être cela qu'il craint.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
IL SERA, DANS L'ARENE, GLADIATEUR PARMI LES GLADIATEURS

Bon, c’est assez long à lire, mais Le Monde informe et notre volonté est d’être informés.
On ne pourra pas dire que nous n’étions pas au courant à nos enfants et petits enfants.  Maintenant, il reste une question essentielle :  que faire ?  Il n’y a qu’une manière de faire : les rendre libres, éveillés et nomades.
Il se pourrait en effet  qu’un jour, faire partie d’une diaspora  soit leur unique option...  Cela ne s’improvisera pas.  Voltaire disait que vouloir agir, c’est précisément cela être libre...
En somme-nous vraiment  là ?
La montée de l’idéologie fascisante s’observe dans de nombreux pays européens même si elle tend à se être refoulée-provisoirement ( ?) en Autriche et en Italie…  
On a dit autrefois que le FN posait les bonnes questions en apportant les mauvaises réponses .
Dans une tribune du monde intitulée « Immigration : tout repenser ! » un collectif  signe une tribune (Stanislas Guerini, Gilles Le Gendre, François Patriat et Stéphane Séjourn) dans laquelle ils  précisent le sens et l’ambition du débat parlementaire qui s’ouvre lundi  à l’Assembléd française  le 7 octobre. Il s’agit de poser un diagnostic sur la politique migratoire et d’intégration et redéfinir une stratégie efficace pour l’avenir.
«  Le 7 octobre à l’Assemblée nationale et le 9 octobre au Sénat, nous allons tenir la promesse faite par le président de la République aux Français, à l’issue du grand débat : organiser chaque année un débat parlementaire sur la politique migratoire en France et en Europe.
Nous allons parler d’immigration et d’intégration, parce que c’est le moment pour le faire. Nos concitoyens nous l’ont dit : ils attendent de notre majorité qu’elle s’empare des grands sujets, même les plus complexes. . Alors que la nouvelle Commission européenne se met au travail, nous devons porter des positions claires en Europe, c’est à cette échelle que se situent les bonnes réponses. »
(…) « Relever ce défi ne concerne pas seulement l’année 2020 ou la fin du quinquennat, mais bien notre avenir collectif. » (…)
« Nous allons parler d’immigration avec une exigence de vérité. Nos concitoyens n’en peuvent plus des postures caricaturales, des manœuvres d’évitement ou de l’instrumentalisation par les démagogues.
Notre pays s’abîme, déchiré entre un camp qui reproche à la France d’avoir tourné le dos à ses valeurs humanistes et un autre qui ne voit dans les réfugiés et les migrants que des menaces. A cette opposition de postures, tout le monde est perdant : nos principes sont mis à mal, l’efficacité de notre action mise en accusation. »
(…) «  Le système européen est à bout de souffle. Les conditions d’accueil dans les Etats membres sont disparates, la coopération insuffisante et les accords de Dublin conduisent à des situations inextricables. »
«  Nous refusons les raisonnements simplistes qui voudraient que des conditions d’accueil dégradées soient dissuasives. Mais l’efficacité de tous nos dispositifs doit être évaluée, en les comparant à ceux de nos voisins. Abus et détournements seront corrigés. »
Franchement, il y a du pain sur la planche.
MG


DANS LE DISCOURS DE MARION MARECHAL, LES MOTS DE L’EXTREMISME

Par Lucie Soullier
Le Monde (extraits)
Lors d’une convention organisée par ses proches, samedi, Marion Maréchal a prononcé un discours quasiment programmatique, dont « Le Monde » a fait analyser de larges extraits par quatre chercheurs.
Marion Maréchal Le Pen lors de la premiere édition de la « convention de la droite », le 28 septembre 2019, à Paris.
(…)
Marion Maréchal mène un combat incontestablement politique. Peu importe que son retour sur la scène électorale soit fantasmé ou non, sa parole est écoutée et commentée, espérée autant qu’attaquée par droite extrême et extrême droite. « Je n’ai pas l’intention d’être candidate à la présidentielle de 2022 », jurait-elle mardi 1er octobre, tout en assumant dans le même Tweet un objectif éminemment politique : « Casser les digues partisanes. » Et briser le cordon sanitaire qui entoure encore fragilement le parti cofondé par son grand-père Jean-Marie Le Pen et dirigé par sa tante Marine Le Pen.
Celle qui fut élue députée Front national à 22 ans et se proclame aujourd’hui « retraitée » à 29 ans promet le silence à chacun de ses retours médiatisés, masque « Le Pen » de son patronyme… Elle sème pourtant, depuis son départ de l’appareil frontiste au lendemain de la présidentielle perdue par sa tante en 2017, autant de cailloux sur le chemin du retour. Samedi 28 septembre, lors de la « convention » organisée par ses proches, Marion Maréchal est ainsi remontée à la tribune pour un discours programmatique.
Un discours prononcé, précision loin d’être neutre, après celui du polémiste Eric Zemmour, décliniste et obsédé par l’islam, et celui du maire de Béziers Robert Ménard la pressant de se dévoiler en affirmant que sa famille politique avait « besoin » d’un « chef ». « Etre la vedette d’une conférence qui consacre une vision d’extrême droite islamophobe et xénophobe, c’est valider leur vision du monde et lancer un signal de connivence, tout en s’épargnant d’en porter le coût médiatique. (…)
Cette allocution d’une trentaine de minutes offre l’occasion de décrypter la ligne radicale de Marion Maréchal, « ex-Le Pen », à travers sa sémantique très identitaire, son idéologie sociétalement ultra-conservatrice et économiquement libérale et sa référence décomplexée à la théorie d’extrême droite complotiste du « grand remplacement » (selon laquelle la population française serait progressivement remplacée par une population non européenne). Un véritable acte politique. D’où l’importance de décrypter les mots de celle qui revendique mener une « bataille culturelle ».
«
Je ne crois pas du tout, contrairement à ce que certains ont déclaré aujourd’hui, que tout soit écrit par avance. Je ne crois pas, d’ailleurs, au sens de l’histoire de manière générale. Bien au contraire, je crois que le grand basculement politique auquel nous aspirons ici ensemble s’opérera précisément par ce type d’initiative, par la multiplication des îlots de résistance au sein de la société civile. On a régulièrement parlé d’Antonio Gramsci aujourd’hui, parce qu’il faisait référence à l’hégémonie culturelle.
Antonio Gramsci a écrit un texte magnifique qui s’appelle Je hais les indifférents. Je crois que nous devrions relire ce texte. Il n’y a pas d’un côté ceux qui parlent et ceux qui font de la politique. Ici, nous sommes des actifs, nous venons précisément combattre les indifférents et les passifs. N’attendons pas une future victoire institutionnelle pour prendre nos responsabilités et nous engager. Elle viendra, bien sûr, cette victoire, mais uniquement si nous l’avons préparé, et cela demande beaucoup de temps et beaucoup de méthode.
LES REFERENCES
(…)
N’attendons pas que l’Etat nous sauve. Aujourd’hui, il est phagocyté par une idéologie et des intérêts qui sont contraires à l’intérêt national. N’attendons pas non plus l’homme providentiel. L’homme et la femme providentiels, c’est chacun et c’est chacune d’entre vous. (…) Je crois qu’il ne faut pas attendre notre rédemption des seuls partis politiques. Créons des associations, montons des écoles, entreprenons français, consommons français, apprenons notre histoire, défendons notre langue, comme ça a été brillamment dit dans la conférence précédente, sauvons tout ce que nous pouvons sauver.
Qui peut sincèrement imaginer que nos idées arriveront au pouvoir sans avoir préalablement brisé les barrières partisanes d’hier ?. Ce que nous commençons aujourd’hui à faire, avec la présence assez inédite dans un même événement public, et je les remercie, d’élus venant des Républicains et d’élus venant du Rassemblement national, entre autres choses.
UNION DES DROITES
C’est sur cette stratégie que s’opposent Marine Le Pen et Marion Maréchal. Contrairement à la présidente du Rassemblement national, qui a forgé son image politique et la plupart de ses victoires électorales sur le « ni droite ni gauche », Marion Maréchal défend l’union des droites.
Une stratégie très loin d’être inédite… et qui n’a jamais fonctionné électoralement, rappelle le directeur de l’observatoire des radicalités politiques de l’Institut Jean-Jaurès, Jean-Yves Camus
« METAPOLITIQUE »
Marion Maréchal consacre une grande partie de son introduction à défendre l’utilité de mener la « bataille culturelle » hors du cadre partisan. Depuis son départ de l’ex-Front national, après la présidentielle perdue par son camp en 2017, elle explique que ses intentions ne sont plus électorales mais « métapolitiques », c’est-à-dire orientées vers une bataille des idées et non plus des urnes. Depuis, elle a lancé une « école » de sciences politiques à Lyon et cite très souvent Antonio Gramsci. Mais son pseudo-retrait agace de plus en plus au sein de l’ex-Front national.
(…) Nous devons bâtir, et c’est une exigence forte, sur le roc, pas sur des coups médiatiques, par les idées, par les loyautés, par les réseaux, par des élus locaux, par des soutiens financiers, culturels, intellectuels, et il y en avait beaucoup aujourd’hui, par la confiance des entreprises, par l’appui des hauts fonctionnaires qui auront la capacité de réformer l’Etat et, bien sûr, par des alliances en Europe.
« COUPS MEDIATIQUES »
(…)
J’ai arrêté cinq grands défis sur lesquels, selon moi, se jouera la place de la France au XXIe siècle : le grand remplacement, le grand déclassement, le grand épuisement écologique, le grand basculement anthropologique et le grand affrontement des puissances. Le premier grand défi, le plus vital, est le grand remplacement. Ce compte à rebours démographique qui nous fait déjà entrevoir la possibilité de devenir minoritaire sur la terre de nos ancêtres, avec pour corollaire le grand ensauvagement d’une société multiculturelle qui se veut fracturée et violente. Face aux droits des minorités, nous avons et nous devons opposer fermement notre droit à la continuité historique, notre droit à avoir le primat de notre culture française, avec tout ce que cela implique. (…)
GRAND REMPLACEMENT
Marion Maréchal se réfère désormais sans complexe à l’expression inventée par l’écrivain d’extrême droite Renaud Camus et reprise en titre du manifeste du terroriste suprémaciste blanc de Christchurch (Nouvelle-Zélande) qui a tué 51 personnes dans deux mosquées le 15 mars. « Renaud Camus était à la fête à cette “convention de la droite” comme il l’est depuis plusieurs années au sein du clan Le Pen. Père, fille et petite-fille accréditent plus ou moins ouvertement sa thématique du grand remplacement », analyse l’historienne spécialiste de l’extrême droite et du complotisme Valérie Igounet.
Si Marine Le Pen évite soigneusement d’utiliser l’expression et s’en est officiellement détachée, elle n’a jamais exclu ses cadres qui la propagent, comme le sénateur des Bouches-du-Rhône Stéphane Ravier.
. « Que Marion Maréchal l’emploie sans ambages comme premier défi en dit long sur l’état “décomplexé” de la parole publique aujourd’hui. C’est un symptôme de l’évolution de la société française qu’elle pense évoquer avec ce sujet, alors que sa tante pensait que ce serait un repoussoir. C’est le “combat culturel” en acte : ressasser les slogans et les théories, mêmes les plus complotistes, pour qu’elles imbibent la société entière », précise la chercheuse en sciences politiques Cécile Alduy.
Quant à son « corollaire » du « grand ensauvagement », comme le qualifie Marion Maréchal, il est également très utilisé par la présidente du Rassemblement national. « Les grands responsables de cette situation, tout comme les dénonciations, ne changent guère : l’immigration et l’insécurité. Un binôme mis en avant très tôt par le Front national. Sur ces thématiques chères à l’extrême droite, Marion Maréchal ne fait donc pas vraiment dans la nouveauté. La sémantique, elle, par contre évolue », conclut Valérie Igounet.
J’adhère assez à ce que disait Gilles-William Goldnadel [avocat franco-israélien connu pour ses positions conservatrices], qui exprimait l’idée que, finalement, nous avions gagné cette bataille culturelle puisque dorénavant, même Emmanuel Macron qui, je le rappelle, à l’époque avait défendu la politique migratoire d’Angela Merkel qui avait accueilli près de 1 million d’étrangers sur son sol en quelques semaines, même lui aujourd’hui se sent obligé d’envoyer des signaux pour expliquer qu’il comprend la souffrance des Français sur ce sujet, et qu’il souhaite y remédier.
UNE VISION ETHNIQUE
Le discours de Marion Maréchal traduit une vision identitaire du monde, dans laquelle l’identité est souvent synonyme d’identité ethnique. « Ici, ce sont les ancêtres, donc le sang, la lignée, qui justifient un droit de rejeter les étrangers », note la chercheuse en sciences politiques Cécile Alduy. D’où la référence de Marion Maréchal à la « politique nataliste », ajoute la chercheuse, pour qui il s’agit d’« encourager les naissances grâce à des Français “de souche” de nouveaux Français “purs” ». « Les implicites de ce discours sont glaçants, poursuit-elle. Le but est un “peuple” sans mélange car les “peuples” – entendre les ethnies – ne sont pas “interchangeables”. » Ce passage du discours montre également que pour Marion Maréchal, le rejet du multiculturalisme est en réalité « un rejet du métissage démographique, précise Cécile Alduy. Comme le montre la fin du passage, où toutes les solutions consistent à interdire que des non-Français deviennent français, via la réforme du code de la nationalité, de la Constitution qui inscrit l’égalité des citoyens et le droit du sol, et via la politique nataliste. »
Le deuxième défi qui est largement d’actualité, du moins tous les samedis, c’est le grand déclassement, celui que subit la France périurbaine et rurale, mais pas seulement, une partie aussi des grandes villes, en proie à l’insécurité. (…) Je pense que trois axes pourraient être investis face à ce phénomène de la France à deux vitesses qui se développe : d’une part, baisser le poids des impôts et des taxes, mettre fin à une spoliation étatique, et je pèse mes mots, qui freine et fragilise prioritairement l’économie non délocalisable, ce qui impliquera nécessairement de recentrer l’Etat sur ses fonctions régaliennes. (…)
VILLES VERSUS PERIPHERIES
Sur ce « grand déclassement » et cette idée de laisser de côté les métropoles mondialisées pour soutenir les villes intermédiaires, Marion Maréchal a tiré une leçon des élections locales de 2014 et 2015, « qui ont montré que cette question de l’aménagement du territoire était centrale dans le vote des électeurs alors qu’elle est abordée, dans l’espace politique et médiatique, uniquement sous l’angle simpliste d’une France périphérique en butte aux immigrés, souligne l’historien Nicolas Lebourg. Mais son enchaînement avec la ruralité renvoie vraiment à une question anthropologique dans les représentations d’extrême droite... »
Le troisième défi est le plus omniprésent dans le débat public. Il s’agit du grand épuisement écologique. C’est vrai, notre environnement est épuisé par un modèle productiviste, imposé, et c’est là d’ailleurs la grande incohérence des écologistes, par la pression de la concurrence mondiale, et un modèle de consommation devenu internationalisé, des paysans qui se suicident, des champs devenus stériles à force de produire, des écosystèmes qui disparaissent, saturés de déchets et de produits chimiques. Ce modèle, en plus de détruire, est un échec économique.
Pour la première fois de son histoire, un rapport du Sénat annonce que d’ici 2023 la France pourrait importer davantage de produits agricoles qu’elle n’en exporte. Je l’affirme aujourd’hui : l’écologie en réalité est un conservatisme. Préserver des paysages, préserver des terroirs, préserver des modes d’alimentation, tout ceci en réalité est un combat identitaire.
C’est nous qui sommes légitimes pour porter ce combat, loin des lobbys, loin des effets d’aubaines, des éclats médiatiques, des grand-messes internationales, d’une fiscalité punitive aussi inefficace qu’injuste. Ce ne sont pas les internationalistes libres-échangistes à la Macron ou les zadistes antinucléaires qui pourront répondre de manière cohérente à ce grand défi. Nous sommes les plus légitimes à proposer des modèles économiques alternatifs qui encouragent à produire et à consommer local : permaculture, biomimétisme, recyclage, système naturel de dépollution, création d’algo-plastique [plastique à base d’algues]. Quand je vois toutes ces innovations technologiques qui avancent, je suis très très loin du catastrophisme ambiant (…), bien au contraire, je suis incroyablement optimiste sur ce que la science va nous permettre de révolutionner en termes de production et de consommation pour, demain, mieux respecter la nature. Mais tout ceci ne peut fonctionner que dans une logique de consommation locale, fondée largement sur l’initiative entrepreneuriale, et dans le cadre, évidemment, de frontières protectrices. (…)
CONSERVATISME ET RAPPORT A LA NATURE
En liant son quatrième « défi », « le grand basculement anthropologique », à l’écologie, Marion Maréchal dévoile une idéologie posant la « nature » comme fondement d’un ordre immuable à préserver. Une idéologie selon laquelle, développe la chercheuse en sciences politiques Cécile Alduy, « il faut respecter des “lois naturelles”, et non un contrat social tiré d’un progrès des cultures humaines. L’ordre de la “nature” dicte une hiérarchie des êtres et des “peuples” fondée sur la “naissance” et des interdits (procréation médicalement assistée, avortement, mariage pour tous). C’est la négation des acquis de la Révolution française et des valeurs républicaines qui fondent la citoyenneté et les droits sur la culture, le contrat social et l’égalité quelles que soient les origines. »
D’où cette étiquette, assumée par Marion Maréchal, de « bioconservateurs  ». « Derrière ce label, il y a un argument ancien de l’extrême droite, employé depuis les années 1990 au moins : lutter contre le “métissage” “contre-nature” entre les peuples – à l’époque on disait “entre les races”. Aujourd’hui c’est étendre la lutte pour préserver la “biodiversité » à l’échelle des peuples  », explique Cécile Alduy.
(…)
L’échelle européenne, enfin, je m’attarde un peu sur ce sujet car je sais qu’il fait très largement débat, à juste titre d’ailleurs, dans nos familles politiques. Je ne suis pas de ceux qui défendent bec et ongles l’Union européenne, et je suis la première à admettre volontiers que c’est un projet mal pensé, mal conçu et philosophiquement délétère. Néanmoins, en politique, c’est le terrain qui commande, et le terrain aujourd’hui a créé des dépendances mutuelles dont il est difficile de se départir sans avoir préalablement reconstruit un certain nombre de choses au niveau national. Je vous le dis aussi très sincèrement, je ne crois pas une seule seconde que la réforme tant espérée, tant défendue, y compris par les européistes, passera par la Commission européenne ou par le Parlement européen. La réforme de l’Union européenne passera par des stratégies d’alliances gouvernementales, en vue de rééquilibrer le rapport de force avec l’Allemagne. (…)
C’est là aussi où je suis très optimiste, puisque c’est la France qui a la clé du destin européen. C’est nous qui avons la clé. Depuis que l’Union européenne existe, la France n’a quasiment jamais été mise en minorité sur un texte qu’elle ne voulait pas.
La réalité, c’est que notre servitude a toujours été volontaire, les gouvernements successifs ont voulu accompagner, défendre, militer pour les politiques européennes qui se font aujourd’hui contre les intérêts français. Nous avons les moyens, plus que quiconque au sein de l’Union européenne, de renverser ce système de l’intérieur. Nous sommes membres fondateurs. (…)
L'EUROPE
Marion Maréchal s’inscrit clairement dans le cadre d’une réforme de l’Union européenne, bien loin du « Frexit » prôné par Marine Le Pen… avant son revirement post-échec présidentiel de 2017. Le Rassemblement national prône en effet désormais le changement « de l’intérieur » et avait présenté lors des élections européennes du mois de mai son « contre-projet » à l’Europe fédérale : une « alliance européenne des nations » axée sur les « coopérations » gouvernementales. Une vision entièrement partagée, ici, par Marion Maréchal lorsqu’elle parle de « stratégies d’alliances gouvernementales » et de « renverser ce système de l’intérieur ».
Nous sommes censés être le camp des conservateurs. Nous sommes censés être les défenseurs de la nation, de la famille, de la tradition, de l’autorité. Nous sommes le camp de l’expérience.
Nous ne sommes pas le camp de la table rase. Nous avons l’humilité de nous retourner et de regarder ce qui a été fait par nos ancêtres de juste, de bon et de vrai, pour tenter d’en tirer les leçons et les transmettre à notre tour humblement à l’échelle de notre civilisation. Par pitié, regardez derrière vous et ne soyez pas infidèles à votre histoire en vous abandonnant à cette facilité du renoncement. Vous qui êtes des Français patriotes, vous savez mieux que quiconque que la France a connu, c’est vrai, de terribles chutes. Mais elle a aussi et surtout vécu d’incroyables et sublimes résurrections. Je comprends évidemment qu’il puisse y avoir du doute, mais je ne comprends pas du tout qu’on puisse perdre espoir. (…) Demain, j’en suis intimement convaincue, nous serons au pouvoir. »
OPTIMISME ET DECLINISME
Après une première salve d’applaudissements et ce qui ressemblait presque à la fin de son discours, Marion Maréchal revient à la charge pour se démarquer du discours d’Eric Zemmour. Non pas sur le fond… mais sur la forme. Face au déclinisme du polémiste, elle propose une sémantique positive, affirmant que son camp peut prendre le pouvoir, que rien n’est « inéluctable ».
Marion Maréchal « fait advenir dans son discours cette “femme providentielle” à laquelle elle feint de ne pas croire : le texte est un entrecroisement continu où le “je” répond aux angoisses et aspirations du “nous” et propose de l’incarner. S’y tissent une promesse, un engagement, ce qu’elle appelle un “optimisme” : elle est la réponse. »Jean-Yves Camus y voit une contradiction importante avec le «  pessimisme radical  » d’Eric Zemmour qui, « avec son attitude de dandy décadent à la Houellebecq », incarne un discours extrêmement démobilisateur : « Ce “y’a plus rien à faire”, c’est exactement ce qui fait rester les gens à la maison un jour de scrutin. Or, ce que l’on retiendra de cette journée sera surtout le discours de Zemmour. »
Par Lucie Soullier


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
MARECHAL NOUS VOILA

« Une flamme sacrée monte du sol natal
Et la France enivrée Te salue Maréchal !
Tous tes enfants qui t'aiment et vénèrent tes ans,
à ton appel suprême, ont répondu « Présent ! »
Maréchal, nous voilà !
Devant toi,  sauveur de la France,
nous jurons, nous tes gars de servir et de suivre tes pas.
Maréchal, nous voilà !
Tu nous as redonné l'espérance. La Patrie renaîtra.
Maréchal, Maréchal, nous voilà ! »
Voici une vieille chanson qui reprend de belles couleurs brunes tout en renvoyant certes à un autre visage, non pas le vieillard chenu vétéran auréolé de gloire de la grande guerre mais celui d’une jeune femme blonde au facies frêle à la Marlène Monroe. The Times are achangin..
Tout ceci ne serait qu’anecdotique si on ne vivait dans une France, une Europe fragilisée en profond désarroi.
J’avais écrit hier à une amie suisse à propos des funérailles du mangeur de pommes desquelles Marine fut éloignée par la famille, que celle-ci attendait son heure tapie dans l’ombre. Pas « elle » corrige  ma correspondante helvétique. Pas Marine mais Marion.
J’avais tiqué…Je tique moins après avoir lu et relu ceci grâce à toi.
Il est en effet plus tard qu’on imagine
Macron s’essoufle. Les Français ne lui accorderont pas forcémentune seconde chance. Chirac e eu grand tort de raccourcir le septenant.
J’ai surtout peur pour l’Allemagne et suis inquiet pour la Russie qui doucement vacille vers on ne sait trop quoi.
La différence entre le juif optimiste et son alter ego pessimiste en 1935 à Berlin…
MG

Aucun commentaire: