jeudi 3 octobre 2019

Libération de Marc Dutroux: une audience prévue le 17 octobre


Condamné à la réclusion à perpétuité pour les assassinats de Julie, Mélissa, An et Eefje, Marc Dutroux est libérable depuis le 30 avril 2013.
Une audience se tiendra le 17 octobre dans le cadre de la procédure de demande de libération de Marc Dutroux, a indiqué mardi son avocat Bruno Dayez, sur les ondes de Bel RTL.
Cette audience portera sur la «désignation d’un collège d’experts pour notamment éclairer le tribunal de l’application des peines sur la question de sa dangerosité», a expliqué Me Dayez. Il s’agira «d’établir un profil psychiatrique détaillé pour permettre au tribunal de statuer en parfaite connaissance de cause». La question d’un risque de récidive sera notamment abordée par ces experts.
Marc Dutroux a été condamné en 2004 par la cour d’assises d’Arlon à la réclusion à perpétuité avec mise à disposition du gouvernement pendant 10 ans pour les assassinats de Julie, Mélissa, An et Eefje. Laetitia et Sabine avaient été retrouvées vivantes à son domicile.
En théorie, Marc Dutroux est libérable depuis le 30 avril 2013. En février 2013, le TAP avait rejeté sa demande de port de bracelet électronique. Sa peine de prison à perpétuité est de plus assortie de 10 ans de mise à disposition du gouvernement (du TAP aujourd’hui). Cette peine complémentaire permet, le cas échéant, d’empêcher sa libération à l’échéance de sa peine principale.
Lundi, le TAP a décidé d’accorder la libération conditionnelle à Michel Lelièvre, ancien complice de Marc Dutroux. L’une des conditions est qu’il trouve un logement dans un délai de six mois, faute de quoi la décision du tribunal ne sera plus valable.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
FAIRE SORTIR LE DIABLE DE SA BOITE ?

Libérer Dutroux ? Remettre en liberté l’homme le plus honni des Belges de Wallonie et de Flandre ?  Est-ce bien raisonnable ?
Déjà que la libération de sa femme Michelle Martin et celle, toute récente de Lelièvre a provoqué un traumatisme populaire.
Imagine-t-on de libérer les condamnés du procès de Nüremberg après quelques années de détention ? C’est pourtant une mesure dont bénéficia Albert Speer, le protégé d’Adolphe Hitler et beaucouo d’autres condamnés ayant échappé à la pendaison.
L’Etat de droit rend la chose possible et nous défendons l’Etat de droit bec et ongle. Cela dit, rendre la liberté à ce prédateur supérieur qui a terni l’image de la Belgique partout en Europe et au-delà c’est prendre un risque politique majeur.
Dutroux a pris la place du diable dans l’imaginaire populaire et l’inconscient collectif des Belges.
« L’une des conditions est qu’il trouve un logement dans un délai de six mois, faute de quoi la décision du tribunal ne sera plus valable »
Comment imaginer que ce pervers multirécidiviste puisse jamais s’amender ?  Qui serait prêt à l’accueillir ? On n'a toujours pas rasé sa sinistre bicoque. Peut-être pourrait-on la rénover pour accueillir le retour du personnage dans la vie civile puisque personne jamais ne voudra lui louer un logement ?
L’Etat de droit et son corollaire, la démocratie, sont aujourd’hui soumis à de terribles épreuves. L’affaire Durtroux, il ne faut pas se voiler la face,en est une des plus complexes.
Le 30 août 2012 , le père Gabriel Ringlet s'exprime, lors d'un entretien accordé à La Libre Belgique, en faveur de la libération conditionnelle de Michelle Martin, expliquant que « si notre société se veut encore démocratique […] elle doit absolument résister à la tentation d’une justice d’exception ».
L’argument est assurément pertinent sur le plan  juridique, voire même politique. Mais Ringlet semble vouloir se hisser ici sur le terrain délicat de l’éthique. 
Le soir de la libération de Martin,  28 août 2012, plusieurs centaines de manifestants encerclaient le couvent de Malonne, criant des slogans très hostiles à l’épouse et complice de Dutroux.
Le même soir, le député flamand Jurgen Verstrepen (ex-LDD et ex-VB) suggère, sur Twitter, d'engager un tueur à gages pour supprimer l'ex-épouse de Dutroux : « Si nous nous cotisons (cotisation publique), nous pouvons trouver un Albanais et le payer pour qu'il zigouille Michèle Martin »; « Nettoyée à peu de frais, beaucoup moins cher que de la  garder au couvent ».
Voilà qui est de sinistre augure.
La justice  confrontée à un problème de surpopulation des prisons a tendance à réduire les peines (les peines de moins de deux ans ne sont plus exécutoires)  et de proposer des libérations anticipées.
C’est pragmatique et logique. Mais la logique quelquefois se heurte à l’irrationnel collectif.
Libérer Dutroux c’est ouvrir la boîte de Pandore.
On a beaucoup reproché à Hannah Arendt l’expression de « banalité du mal » pour qualifier l’agir d’Eichmann. Elle trouvait l’homme banal, falot et surtout incapable de penser par lui-même. Elle le considérait comme un clown, un banal fonctionnaire  du régime nazi.  Dutroux c’est autre chose, il n’a obéit qu’à son libre arbitre, à sa nature pulsionnelle inspirée par le « mal radical ».
Le christianisme, le plaidoyer de Ringlet en faveur de Martin  le confirme, est enclin au pardon.  Mais cette posture morale est de peu de poids dans une société belge largement sécularisée.
Libérer Dutroux serait une erreur politique et surtout une faute  éthique.
MG

KANT ET LE MAL RADICAL
Pour Kant, l’homme est bon par nature car il a une disposition pour le bien mais il est aussi mauvais par nature car il a un penchant pour le mal.
Selon lui, il existe 3 degrés dans le mal :
  La fragilité : elle est dans l’écart entre ce que je veux faire et ce que je fais réellement : « je fais le mal que je ne veux pas et je ne fais pas le bien que je veux » …
  L’impureté : Je respecte la loi morale pour « faire bien ». Ma morale repose sur un mensonge, le pire des mensonges étant de me mentir à moi-même.
  La « mauvaiseté » : Je renverse la hiérarchie des valeurs ; au lieu de soumettre mon affectivité à la raison, c’est mon affectivité qui l’emporte.
Le penchant de l’homme pour le mal, c’est donc cette résistance permanente au bien qui ne renvoie pas au péché originel que Kant récuse mais à quelque chose d’insondable.
Cependant il y a quelque chose de bien dans ce mal radical, c’est qu’il dépend de nous de lui résister ou non « Tu dois, donc tu peux » C’est notre résistance au mal qui fonde notre mérite.
Le philosophe des Lumières affirme la prééminence de l’action raisonnable et sa foi en la Raison. C’est une espérance extraordinaire mais qui contourne la question de l’origine du Mal.
(Conférence de J.M Clarinard 5 mars 2009)

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