samedi 30 novembre 2019

Entretien historique du couple royal

Entretien historique du couple royal sur la RTBF: "Les gens ne se rendent pas compte du travail immense que Mathilde a fait après 20 ans"

Le Roi et la Reine ont répondu aux questions de Patrick Weber dans une interview historique.
Ce vendredi soir, à l’occasion des 20 ans de mariage de nos souverains, "Le temps d’une histoire", émission portée par Patrick Weber sur La Une, nous a fait revivre, au rythme de plusieurs témoignages et images d’archives, le parcours du roi Philippe et de la reine Mathilde, de leur rencontre à aujourd’hui. Une belle histoire qui a fini en apothéose sur la chaîne belge puisque le journaliste a réussi à interviewer le couple royal pour la télévision. Une première, un entretien historique…
Invité au Château de Laeken, Patrick Weber se tient face aux souverains. “Je n’avais pas besoin de mes notes tellement la discussion était spontanée et agréable”, nous explique le chroniqueur royal qui a eu l’autorisation de poser toutes les questions qu’il avait préparées. “J’ai envoyé au Palais les thèmes que je voulais aborder avec les souverains. Je n’ai pas dû procéder à des modifications.”
Ils reviennent d’abord sur le jour de leur mariage. “Le moment était extraordinaire. On était comme sur un petit nuage", raconte le Roi. "Ce qui me reste le plus, c’était la période avant. On a annoncé les fiançailles et on est resté cachés d’une certaine façon. On ne voulait pas tout de suite se montrer. Il y avait une date prévue. On nous cherchait mais on n’était pas là. On était tous les deux dans un endroit retiré. La population belge a tellement bien accueilli ma fiancée. Ça m’a énormément rapproché du peuple belge. Ils ont accueilli ma fiancée comme leur fiancée.”
"Je m’en souviendrai toujours. J’étais confrontée à une nouvelle vie que je ne connaissais pas du tout", enchaîne la Reine. "J’ai d’ailleurs une anecdote cocasse à raconter. Les bruits sur moi ont commencé trois jours avant la présentation officielle mais personne n’avait de photo de moi. (…) Je suis allée dans une librairie. J’entendais la radio parler de moi et je lisais. Je me disais que je pouvais profiter de mes derniers moments d’anonymat !"

Le souverain a ensuite tenu à remercier son épouse pour tout le travail fourni au quotidien depuis ces 20 ans de mariage. "Les gens ne se rendent pas compte du travail immense qu’elle fait après 20 ans. Je ne pouvais pas imaginer que ça allait être comme ça. (…) Je pense que tout ça est en elle."
Il continue en revenant sur leur mariage: "Je dois dire que ma fiancée, ma femme aujourd’hui, était extraordinaire avec cette robe magistrale et un bouquet qui pesait huit kilos !" Le Roi raconte également que le soir de leur mariage, ils sont partis par "une porte dérobée du jardin. Comme dans un conte de fées."
"Il y avait une petite flamme"
La recette du bonheur selon le souverain belge ? "Quand on se fiance, qu’on choisit une personne, on a quelque chose qui nous touche. Le couple est un mystère . Il ne faut jamais essayer de le comprendre. (…) Quelque chose m’a touché chez mon épouse. Il y avait une petite flamme qui était là. Il faut de temps en temps la regarder, la rallumer . Les choses évoluent. Cette petite flamme, c’est pourquoi je l’ai choisie"
"On est avant tout des parents"
Couple moderne, le Roi et la Reine reviennent ensemble sur leur vie de famille et l’éducation qu’ils donnent à leurs quatre enfants. "Il y a un partage des tâches. Nous travaillons ensemble, nous sommes un couple et nous sommes parents. Ce sont trois métiers qu’il n’est pas simple de coordonner. On commence à savoir, après 20 ans de mariage, à quoi l’autre est plus fort", explique le Roi.
La reine Mathilde enchaîne: "Nous voulons mettre des limites entre notre vie publique et privée. Quand on est avec nos enfants, on est avant tout des parents. C’’est important de garder un équilibre pour que nos enfants nous voient, avant tout comme des parents."
"La famille restera toujours la famille"
Le Roi n’entend pas faire un bilan de ces 20 ans passés aux côtés de son épouse. "Les 20 ans, on va les fêter entre nous. Ca sera notre bilan. On pense déjà aux 20 ans à venir. On espère qu’on pourra rendre les gens heureux autour de nous", conclut le souverain qui espère également que lorsque ses enfants s’envoleront, ceux-ci reviendront rapidement avec "de petits enfants" parce que "la famille restera toujours la famille".


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
CUCUL  LA PRALINE

Imagine-t-on le couple Macron ou le couple Obama, on ne parle même pas des Trumps ou des Clintons égrainant à la télé ce genre de platitudes magistrales main dans la main ? Aussitôt ils seraient flingués par les medias et entartés par les successeurs de Noël Godin.
Le plus pathétique de l’affaire c’est encore le concert d’éloge des politiques où  Di Rupo et Onkelinx en tête mais aussi Reynders, Milquet mais également l’écolo schaerbeekoise Isabelle Durand se  fendant d’un hommage appuyé, presque larmoyant de nos majestés. Il ne manquait que Raoul. On a même sorti l’inoxydable Adamo  de la naphtaline pour pousser la chansonnette à Mathilde en grattant d’une main raide sa vieille guitare. Francis Delpérée ira jusqu’à gratifier d’un vingt sur vingt son ancien élève particulier dont le Flamands disaient volontiers « hij zal het niet kunnen », il n’y arrivera pas. Pathétique ! On reverra le chaste baiser du prince à sa princesse sur le balcon de l’hôtel de ville de Bruxelles le jour de leur mariage, une singulière et troublante image qu’on a avait fini par oublier.  On en viendrait à regretter les frasques de la cour d’Angleterre.
On remarquera qu’aucune excellence flamande ne s’est jointe au chœur  des éloges ronflants à l’exception de Siegfried Braecke (NVA sur le retour) qui sera le seul à accepter de jouer le rôle ingrat du Flamand de service. La presse flamande a autre chose à faire : elle doit commenter les attaques de la monarchie par les nationalistes qui dénoncent le coût exorbitant de la fondation royale. C’est dire si le ciment monarchique, dernier maillon de l’unité belge, est en train de craquer.  C’est que, 14 ans  après le tollé de Bye Bye Belgium, la RTBF a relayé l’angoisse du parti socialiste - en principe républicain-de voir la Belgique s’évaporer et avec elle les dotations flamandes nécessaires à combler les trous gigantesques de la sécu wallone.
On avait déjà écrasé une larme dans les chaumières en soufflant les 18 bougies de gâteau anniversaire de l’exquise princesse héritière, parfaite bilingue, joker de la monarchie  et incarnation de la Belgique de demain telle que la rêvent les tristes excellences politiques du Sud du pays. C’est dire si la Belgique est en état de « mort cérébrale » comme dit Macron à propos de l’Otan.
MG 


vendredi 29 novembre 2019

"Nous avons un MR en ordre de marche ».



"Nous avons un MR en ordre de marche ».
Elu à la tête des libéraux francophones avec 62% des suffrages, contre 38% à Denis Ducarme, Georges-Louis Bouchez compte savourer sa victoire quelques heures avant de se mettre au travail, a-t-il expliqué à quelques journalistes.
"Les libéraux seront du côté de la solution" dans le cadre de la formation d'un nouvel exécutif fédéral, a assuré vendredi soir leur président nouvellement élu, Georges-Louis Bouchez. En ce qui concerne ses préférences en matière de coalition, le Montois a rappelé que son parti ne comptait pas être séparé de l'Open Vld dans un éventuel attelage gouvernemental.
Cherles Michel : "Nous avons un MR en ordre de marche. Cette élection était une occasion de se rassembler et d'être tourné vers l'avenir", a-t-il ajouté, avant de féliciter le nouveau président, "un jeune avec du tempérament et du talent" pour affronter les défis à venir. «


COMMENTAIRE DE DIVERCITY 
ALEA JACTA EST

Le MR s’est donc choisi un président jeune et ambitieux. Charles Michel a réussi son double départ en, se faisant remplacer au poste de premier ministre par une jeune femme intelligente mais à ses ordres et en poussant les barons du pari à lui élire un successeur à sa botte. Il y a fort à penser que son élection va engendrer à moyen terme une implosion du parti et une regrettable polarisation des mouvements entre une gauche progressiste, une  droite populiste et un centre populaire.
Politique belge
Quant à la possibilité d'un nouveau gouvernement avec la N-VA, Bouchez s'est dit disposé à travailler avec les nationalistes flamands s'ils souhaitent avancer sur le socio-économique. Par contre, s'ils entendent faire du communautaire, "ce ne sera pas avec le MR", a-t-il réitéré. C’est du Charle Michel pure jus.
MG


jeudi 28 novembre 2019

Ursula Von der Leyen: «Je demande votre soutien pour un nouveau départ de l’Europe»


Les députés européens se prononcent ce mercredi sur la future Commission européenne.
par Belga Le Soir

La présidente élue de la nouvelle Commission européenne, l’Allemande Ursula von der Leyen, a présenté mercredi matin au Parlement européen son collège de 26 commissaires (sans Britannique) et ses objectifs pour les cinq années à venir, choisissant d’évoquer d’abord très largement la question du climat, avec le « Green Deal » confié aux mains de son premier vice-président Frans Timmermans.
Dans un discours large et consensuel, elle a appelé les eurodéputés à travailler « ensemble » pour une Europe courageuse et audacieuse. « Je demande votre soutien pour un nouveau départ de l’Europe », a-t-elle lancé aux parlementaires réunis à Strasbourg, qu’elle a promis de « continuer d’écouter ». » Commençons à travailler », a-t-elle proposé, alors qu’elle doit recevoir dès midi le vote d’investiture nécessaire à son entrée en fonction ce week-end (1er décembre).
Elle a besoin d’une majorité simple de la part des eurodéputés, et les voix des trois principaux groupes politiques de l’assemblée, qui la soutiennent (PPE, Renew et S&amp ; D), lui suffisent. La quatrième formation du Parlement en nombre de sièges, celle des Verts/ALE, a quant à elle réitéré mercredi ses critiques, visant notamment les portefeuilles du Français Thierry Breton et du Hongrois Olivér Várhelyi. Le groupe écologiste ne votera pas, en milieu de journée, en faveur de la Commission Von der Leyen, a répété sa co-présidente Ska Keller. Ils promettent cependant d’être un « partenaire constructif mais critique », « prêt à coopérer » sur les textes qui vont, selon eux, dans la bonne direction. Celle d’un engagement concret pour la lutte contre le réchauffement et pour une gestion humaine de l’immigration, entre autres.
 « L’UE va introduire le financement climatique dans tous ses budgets », avait affirmé Ursula von der Leyen un peu plus tôt. Quant à la migration, « une Europe qui est tellement fière de ses valeurs doit pouvoir trouver une solution humaine et efficace », a-t-elle estimé sans s’avancer plus avant.
L’ancienne ministre allemande de la Défense a présenté chaque membre de son collège comme étant « la bonne personne pour le bon boulot ». Les 26 commissaires de Von der Leyen comprennent Didier Reynders, toujours ministre des Affaires étrangères et de la Défense du gouvernement belge en affaires courantes, et Thierry Breton, premier ex-grand patron à devenir membre de l’exécutif européen.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
NOT EXACTLY A SOFT JOB !

Charles Michel en succédant au Polonais Donald Tusk ne regardera sans doute pas la Communauté européenne avec les mêmes lunettes que le Polonais. La belle Ursula van der Leyen qui a réussi son examen de conduite de l’Europe dejustesse et Michel auront beaucoup de mal à combattre les velléités centrifuges des nationalistes du groupe de Visggrand et d’autres gouvernements à la Salvini ou à la Kurz…Il aura un avantage sur la première dame de l’Europe, celui d’avoir dû résister pendant cinq ans aux pressions indépendantistes de la NVA.
Le nouveau duo à la tête de l’Europe devra se coltiner avec un Parlement européen infesté de parlementaires d’extrême droite et avec un conseil de premiers ministres où siègent de plus en plus de populistes indépendantistes et eurosceptiques. Not exactly a soft job. De grosses tensions en perspective ! 
QUESTION DE POINT DE VUE
Le point du vue ? C’est ce point d’où on regarde les choses. Hubert Beuve-Méry, fondateur du journal Le Monde entendait observer notre planète du point de vue de Sirius, il se voulait, comme Romain Rolland « au-dessus de la mêlée ». Ivan Krastev a choisi de regarder l’Europe actuelle à travers ses lunette bulgares, c’est à à dire du point de vue d’une ancienne république d’Europe de l’Est qui connut  45 années d’occupation soviétique avant de se « convertir » au libéralisme de l’Europe de l’Ouest. Le résultat est décoiffant et braque un projecteur cru sur l’illibéralisme d’Orban , Kaczynski et autres dissidents du ggroupe de Visgrad.
Timothy Garton Ash le décrivit lui et son camarade de classe Timothy Snyder, comme les étudiants  les plus brillants qu'il ait jamais eu.
Il paraît que Charles Michel aurait rencontré longuement Ivan Krastev avant de prendre ses nouvelles fonctions de président du conseil de l’Union européenne. Ursula von der Leyen et lui auront énormément de mal à éviter la dislocation de l’Union Européenne.
« Le mouvement illibéral », dernier ouvrage de Krastev coécrit avecl’américain Stephen Holmes est une lecture obligatoire pour qui veut comprendre le délitement annoncé de l’Union européenne.
MG 


"LA MORALE DU MONDE MAFIEUX  GANGRENE LES HAUTES SPHERES  DE LA POLITIQUE MONDIALE.
d’après IVAN KRASTEV BEGINT WAAR FUKUYAMA EINDIGT
‘de moraal van de criminele wereld bereikt de top van de wereldpolitiek’ (in de standaard)

Selon le philosophe bulgare Ivan Krastev, le monde bascule. La période pendant laquelle l'Occident a été larggement imité touche à sa fin.  L'HISTOIRE PEUT MAINTENANT REPRENDRE SON COURS NORMAL. 
Krastev est l'un des penseurs les plus profonds d'Europe. 
Ses tribunes dans le New York Times, Die Zeit et The Guardian touchent un public intellectuel de millions de personnes. Dans son dernier livre, « The  Light that failed   :  How the West won the Cold War but lost peace », il relève que Fukuyama croyait que tout le monde voudrait désormais  imiter l'Occident. Il savait que ce ne serait pas le cas partout, mais il pensait que les relations entre imitateurs et imitatés demeureraient harmonieuses bien qu'une telle relation soit, par définition, génératrice  d'hostilité.  Lorsque vous imitez quelqu'un, vous reconnaissez sa supérioritéce qui révèle  en soi  une crise d'identité. De plus, l'imitateur aspire à prendre votre place. S'il veut être comme exactement  vous, il n'y aura pas beaucoup de place pour vous in fine.
Pourquoi ?  A l'Est il y a plus d'inégalités économiques que du temps du communisme. 
Les électeurs de cette région ont en commun d'éprouver du ressentiment parce qu'ils ont fait d’énormes  efforts pour s'assimiler. Et quiconque s’épuise à vouloir  ressembler à quelqu'un d'autre finit par s’aigrir.
Très vite, l'imitation a pris la forme d'une migration  de masse  vers l’ouest. La chute du rideau de fer a été vécue comme une révolution libérale, mais les libéraux eux-mêmes ont été les premiers à partir, à fuir leur patrie  : ils étaient plus jeunes, parlaient plusieurs langues étrangères, étaient mobiles et ils aspiraient à vivre dans le futur. 
Pour ceux-là, l'Occident représentait l'avenir et la meilleure forme de révolution était en quelque sorte la migration. En 30 ans, 25 millions de personnes se sont déplacées de l'est vers l'ouest de l'Europe. La Roumanie a vu 3,5 millions de personnes quitter son territoire au cours des 10 dernières années, soit près de 20% de sa population. 

Krastov estime que les conséquences de cetté émigration ont été largement sous-estimées. On observa en effet à cette période un exode massif  hors des  petites nations agravé par un faible taux de natalité et une population résiduelle âgées. La peur apocalyptique de disparaître d'ici cent ans nourrit la résistance en Europe de l'Est contre l'accueil de réfugiés et de migrants non occidentaux.


L'OUEST A-T-IL COMMIS DES ERREURS ?
Quelqu'un comme Tony Blair a largement  sous-estimé le l'impact migratoire. Sa décision d'ouvrir immédiatement les frontières aux Européens de l'Est a indéniablement ouvert la voie au Brexit. L'élargissement à l'Est s'est accompagné d'un tache aveugle de l'ère de l'imitation : difficile de faire entrer l'Europe orientale dans votre club et imaginer  que ce club ne va pas changer. La plus grande illusion des démocrates libéraux aura été que l'autre moitié du monde changerait rapidement, sans être influencée par elle en retour.
A ses débuts Orban, était un partisan enthousisaste du libéralisme.... 
Il a repris des textes législatifs d'autres États membres de l'UE, puis il es a instrumentalisés pour fragiliser la démocratie libérale. C'est pourquoi nous parlons d'État Frankenstein pour désigner  une démocratie antilibérale, (illibérale) avec des lois d'États « libéraux ». 

 Kastev s'intéresse plus aux lacunes et dysfonctionnements  des autres Etats  en Occident qu'à ce que tout le monde sait déjà.
Alors que l'Europe de l'Est a fait de son mieux pour ressembler à l'Ouest, la Russie a migré plus à l'Est. Krastev : " comme un 'animal blessé qui feint la mort jusqu'à ce qu 'il soit redevenu assez fort pour riposter, la Russie a feint  de suivre les normes et institutions occidentales ".
POURQUOI ?
Par nécessité, ils n'étaient pas assez forts pour choisir ouvertement une autre voie. Contrairement aux Occidentaux, les Russes font une distinction entre la fin du communisme et l'effondrement de l'Union soviétique. Ils ont laissé tomber le communisme sans trop d’états d'âme  mais l'effondrement du grand empire fut ressenti par la majorité des Russes  comme  un traumatisme national. Le coup a été terrible. Le pays a perdu en peu de temps  une parcelle de territoire de la taille de l'Union européenne ; le PIB a chuté d'un tiers et l'espérance de vie a diminué de sept ans. Le nombre de suicides a explosé. Personne en Russie n'a compris comment cela a pu se produire : "Nous avions pourtant un gigantesque arsenal nucléaire, un service secret redoutable et une armée puissante ?".
Les Russes ont le sentiment d'avoir été trahis à l'époque, par une alliance contre nature de leurs propres dirigeants et par l'Occident. 


DEPUIS QUAND LA POUTINE A-T-IL CESSÉ D'IMITER L’OCCIDENT ?
La révolution orange de 2004 en Ukraine a marqué un tournant, qui a été interprété comme une attaque contre la sphère d'influence russe. 
La crainte que la même chose soit tentée envers Moscou - en conjonction avec une reprise économique due à la hausse des prix du pétrole - a amené Poutine à amorcer un tournat. Il a fait l'analyse que la Russie, plutôt que de s'ouvrir à la liberté et à la démocratie, avait tout intérêt à imiter en priorité la politique étrangère de l'Occident. Selon lui, la Russie pouvait redevenir une superpuissance en défiant les autres nations  après tout ce qu'ils ont tenté  d’infliger   à la Russie.
Fondamentalement , Poutine est beaucoup moins puissant que l'Occident et dans une confrontation directe, la Russie  serait perdante. 
Est-il sage, comme Macron l'a proposé ce mois-ci, de renouer le contact avec Poutine ?
Krastev ne cache pas sa  sympathie pour le brillant instinct politique  de Macron.
Mais  comment l'Europe peut –elle faire face à son influence décroissante dans un monde complexe ?  Macron veut sortir de la situati ondans laquelle nous espérons, à chaque élection américaine, qu'un candidat pro-européen sera élu. Il opte pour la rupture avec Washington plutôt que pour l'attentisme .
Il enchaine les grandes déclarations mais il n'explique jamais ce qu'il veut vraiment dire. Ce faisant, il déstabiliseplus qu’il ne stabilise: que doivent penser les Polonais de ses soupçons sur l'efficacité de  l'OTAN ? Ils choisiront quant à eux  de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour garder les Américains à bord de l'alliance atlantique.

Et puis il y a le cas Trump, qui se demand comment il se fait que les perdants de la Seconde Guerre mondiale, les Allemands et les Japonais, fabriquent  demeileures voitures que les Américains. Et il se pose la même question au sujet des perdants de la guerre froide, de la Chine par notamment. Selon lui, comme selon Orban, le vainqueur doit renforcer son pouvoir et les perdants doivent être humiliés. Il ne comprend pas l'idée de base de l'après-guerre : tant qu’ils fabriquent des voitures pour le marché mondial, ils ne fabriquent pas de chars en vue d’une nouvelle guerre mondiale.
 Les Américains sont choqués que les avantages de la mondialisation puissent s'être  transformés en inconvénients pour eux.
Trump veut être non seulement le chef du  pays le plus puissant, mais aussi le plus cynique et il rejette l'idée de la morale dans un monde immoral. 
Ce qui fait peur à Kastrev  dans l’approche  de Trump et de  Poutin, c'est l'introduction de la morale du monde mafieux au sommet politique.  
LES CONNAISSANCE OUI ; LA LIBERTÉ NON
Dans leur dernier chapitre, Krastev et Holmes évoquent  l'essor de la Chine et de l'état du monde. Après trente ans, écrivent-ils, l'ère de l'imitation touche à sa fin et nous nous retrouvons dans un monde plus orienté vers la performance, sans centres de pouvoir clairs. C'est un monde dans lequel l'Occident perd rapidement de son influence : la fin d'une " anomalie historique néfaste ".
 Mikhaïl Gorbatchev s'est tourné vers l'Occident en affirmant : "Le socialisme est une bonne chose, c'est le parti qui fait problème." La Chine a fait le raisonnement inverse en affirmant que "ce qui est bon dans le communisme, c'est le monopole du parti communiste, qui es se révèle un outil efficace de gouvernement.
La Chine a choisi de s'approprier habilement et de manière sélective et ingénieuse les  principaux  atouts  de l'Occident. Ils ont envoyé des étudiants en Europe  et absorbé les connaissances technologiques de l'Occident, sans jamais copier ou importer l'essentiel :  la liberté.

Ils se fichent de savoir si le gouvernement est de gauche ou de droite et de quel genre de culture il s'agit, tant qu’on demeure en phase avec la Chine. La Chine s'intéresse de préfére aux États vassaux et aux répliques de son système.
 Les libéraux ne doivent pas regarder le monde avec les yeux de leurs adversaires. Ils doivent compter sur leurs propres forces.
IVAN KRASTEV BEGINT WAAR FUKUYAMA EINDIGT
‘de moraal van de criminele wereld bereikt de top van de wereldpolitiek’ (in De Standaard)
‘In Rusland kun je twee dingen niet kiezen: je ouders en je president, maar zelfs dat kan veranderen.’ Volgens de Bulgaarse filosoof Ivan Krastev is de wereld aan het kantelen. ‘De periode dat het Westen werd geïmiteerd, komt ten einde. Nu kan de geschiedenis weer haar normale gangetje gaan.’ 
Kasper Goethals en Ruud Goossens, foto’s Jimmy Kets 

De Standaard 23/11/2019

Het is maandagmiddag. Over een paar uur heeft Ivan Krastev (54) afgesproken met Charles Michel in het Europagebouw. Die hoopt van hem nog enkele handige geopolitieke inzichten te krijgen voor hij in december begint als voorzitter van de Europese Raad. De Bulgaar plugt nog even zijn iPad in om mails te kunnen lezen. ‘Ik heb de neiging om op alles ja te zeggen, daarom neem ik geen telefoon. Ik zou geen werk meer gedaan krijgen.’
Krastev is een van de interessantste denkers in Europa. Zijn boek Na Europa is vaste lectuur op ministeries over het hele continent. Zijn opiniestukken in The New York Times, Die Zeit en The Guardian bereiken een intellectueel miljoenenpubliek. In zijn nieuwste worp, Falend licht: hoe het Westen de Koude Oorlog won maar de vrede verloor, formuleert hij een briljant antwoord op Francis Fukuyama. ‘Het is tegenwoordig populair om Fukuyama en zijn Het einde van de geschiedenis te ridiculiseren. Maar Fukuyama wist de tijdgeest juist erg goed te vatten. Toen de Koude Oorlog in 1989 plots werd beslecht in het voordeel van het Westen, geloofden zelfs de oude marxisten in de Sovjet-Unie dat hij gelijk had. Liever dat dan dat er helemaal geen eindpunt zou zijn.’
Samen met de Amerikaanse rechtsfilosoof Stephen Holmes wurmt Krastev de moderne geschiedenis in Falend licht in het beeld van imitator (de verslagen oud-communistische wereld) en de geïmiteerde (het liberale Westen). ‘In de psychologie van die verhouding zit een onevenwicht dat de huidige terugval van het liberalisme kan verklaren.’
En dat had Fukuyama niet gezien.
‘De meest wijze uitspraak uit zijn tijd komt van de toenmalige Amerikaanse vicepresident Dan Quayle. Die werd door comedians uitgelachen voor zijn foute zinsconstructies. Quayle zei: “We zijn getuige van een onomkeerbare beweging naar vrijheid en democratie, maar dat kan veranderen.” (lacht) In 1989 viel de Muur en dat jaar was het begin van een nieuw tijdperk.’ 
‘Maar het was ook het jaar dat het studentenprotest op het Tiananmenplein in China bloederig werd neergeslagen, een moment waarvan we de historische relevantie nu pas weer naar waarde schatten. En 1989 was ook het jaar dat Sovjettroepen zich terugtrokken uit Afghanistan: de eerste grote overwinning van de internationale radicale islam op een militaire grootmacht. De geschiedenis was dus allesbehalve voorbij. Maar Fukuyama maakte wel een interessant punt: in de tijdgeest was geen ruimte meer voor alternatieven voor de liberale democratie.’

U schrijft dat ‘het tijdperk van de imitatie’ toen begon.
‘Fukuyama geloofde dat iedereen het Westen zou willen imiteren. Hij wist ook dat dat niet overal even goed zou lukken, maar hij dacht toch dat de relaties tussen imitator en geïmiteerde over het algemeen harmonieus zouden verlopen. Terwijl zo’n verhouding per definitie vijandigheid in zich draagt. Ten eerste: als je iemand imiteert, erken je dat hij beter is dan jij – dat is al een identiteitscrisis op zich. Ten tweede omdat de imitator ernaar streeft om je plaats in te nemen. Als hij net zoals jij wil zijn, is er aan het eind niet veel plek meer voor jou.’

Dominostenen
Veruit de meest ambitieuze bekeerlingen van de liberale democratie waren de landen in Centraal- en Oost-Europa. Daar vielen de politiestaten als dominostenen en werden filosofische dissidenten tot president verkozen. Krastev maakte het van dichtbij mee. De eerste niet-communistische president van Bulgarije, Zjeljoe Zjelev, was zijn filosofieprofessor geweest. Hij benoemde Krastev tot adviseur. ‘We waren zelf vragende partij om te imiteren, het was geen westerse kolonisatieperiode zoals sommigen nu graag beweren. Maar in die periode werd wel de kiem gelegd voor het succes van de populisten vandaag.’

Hoezo?
‘De klassieke argumenten om populisme te verklaren in Oost-Europa zijn onvoldoende. Er is meer economische ongelijkheid dan tijdens het communisme, ja. Maar landen als Polen, waar de economie drie keer zo groot geworden is en de tevredenheid groot is, tonen dat er meer aan de hand is. Evenmin kan nationalisme het succes van rechts-populisme in voormalige Oostbloklanden verklaren. Want hoe leg je daarmee de hoge scores van de AfD uit in Oost-Duitsland? Kiezers in die regio hebben met elkaar gemeen dat ze ressentiment voelen omdat ze geprobeerd hebben zich te assimileren. Om de situatie vandaag te begrijpen, hebben we dus behalve politieke theorie ook politieke psychologie nodig. De machtsverhouding was lang asymmetrisch. En wie op iemand anders wil lijken, raakt verbitterd.’

1989 was een unieke revolutie: de overwinnaars gingen ervandoor.
‘Onmiddellijk nam imitatie de vorm aan van een ingrijpende massamigratie. De val van het IJzeren Gordijn was een liberale revolutie, maar de liberalen waren zelf de eersten die vertrokken: ze waren jonger, sommigen spraken vreemde talen, ze waren mobiel en ze verlangden ernaar om in de toekomst te leven. Je moet begrijpen: iedere revolutionair wil in de toekomst leven, maar onze revolutie imiteerde het Westen. 
Voor ons was het Westen de toekomst en dus was de beste vorm van revolutie migratie. In dertig jaar tijd vertrokken 25 miljoen mensen van het oosten naar het westen van Europa. Roemenië zag 3,5 miljoen mensen vertrekken de laatste tien jaar – bijna 20 procent van de bevolking. Ik ben daar zelf een voorbeeld van (Krastev woont het grootste deel van het jaar in Wenen, red.). Maar ook Viktor Orban trok, nog voor mij, met een beurs naar Oxford nadat hij het vertrek van Sovjettanks had geëist op een plein in Boedapest. Dat is een breuk met eerdere revoluties. Je kunt je niet voorstellen dat iemand als Trotski een westerse beurs had genomen in 1917: hij geloofde dat Rusland zelf de toekomst was.’

Voelt u zich een verrader?
‘Nee. Dat was precies de belofte van onze revolutie: de mogelijkheid om vrij te zijn en te vertrekken. Ik denk wel dat de gevolgen schromelijk zijn onderschat. Je hebt een massale leegloop uit kleine naties met lage geboortecijfers en een verouderde bevolking. Plots heb je landen die rijker zijn dan ze waren, maar zonder dat er jonge mensen zijn. Men verwijt Oost-Europeanen weleens de angst voor een wereld zonder grenzen, maar dat is abstract. Aan een dorp waar alle dokters zijn vertrokken, is niets abstracts. De apocalyptische angst om binnen honderd jaar te verdwijnen, stuwt het verzet in Oost-Europa tegen de opvang van niet-westerse vluchtelingen en migranten.’

HEEFT HET WESTEN FOUTEN GEMAAKT?
‘Iemand als Tony Blair heeft de rol van migratie onderschat. Zijn keuze om de grenzen meteen open te zetten voor Oost-Europeanen heeft ontegensprekelijk geleid tot de Brexit. De uitbreiding naar het oosten ging gepaard met een grote blinde vlek van het imitatietijdperk: je kunt niet Oost-Europa deel laten worden van je club en denken dat de club niet gaat veranderen. De grootste waanvoorstelling van liberaal-democraten is dat de andere helft van de wereld snel zal veranderen, zonder dat je als geïmiteerde helft daardoor beïnvloed wordt.’

IS ORBAN EEN PRODUCT VAN HET WESTEN?
‘De figuur van Orban is interessant, omdat hij in het hart staat van zowel het begin als het einde van het tijdperk van imitatie. In het begin was hij een pleitbezorger van het liberalisme. Maar hij kreeg een hekel aan de beperkingen van de macht die inherent zijn aan het westerse model. De manier waarop hij na 2010 de grondwet heeft veranderd is misschien wel de grootste ironie van het imitatietijdperk. Om westerse kritiek op zijn illiberalisme al op voorhand te pareren, nam hij stukken wetgeving over van andere EU-lidstaten, en gebruikte hij die vervolgens om de liberale democratie uit te hollen. Daarom spreken we van de Frankenstein-staat: een illiberale democratie, samengesteld uit stukken wetgeving van liberale staten. Hij kan bij kritiek altijd de hypocrisiekaart trekken, sowieso het populairste argument van critici van het imitatietijdperk.’

GEWOND DIER
In 1991 trok Krastev naar Oxford. Zijn professor – en intussen goede vriend – Timothy Garton Ash beschreef hem en zijn klasgenoot Timothy Snyder later als de pienterste studenten die hij heeft gehad. Krastevs analyses vielen ook in de smaak bij de gerenommeerde sociologieprofessor en oud-eurocommissaris Ralf Dahrendorf. ‘Ooit nodigde hij me uit voor een etentje. Hij zei: “Ivan, we mogen je graag, maar waarom begin je al je discussies met een meningsverschil? Het kan toch niet dat je het nergens mee eens bent?” Waarop ik antwoordde: “Natuurlijk niet, maar als ik het al eens ben, waarom zou ik dan nog reageren?”’ Krastev noemt het zijn polemische ‘Oost-Europese stijl’. Het zijn precies die inzichten, geboren achter het IJzeren Gordijn, die hem een klare kijk geven op wat in het oosten van het continent gebeurt. ‘Ik heb meer interesse in wat door anderen in het Westen gemist wordt, dan in wat iedereen al weet.’
Terwijl Oost-Europa zijn best deed om op het Westen te lijken, deed Rusland verder oostwaarts vooral alsof, betoogt Krastev. ‘Als een gewond dier dat voor dood speelt tot het weer sterk genoeg is, pretendeerde Rusland de westerse normen en instituties te imiteren.’

WAAROM?
‘Uit noodzaak, ze waren niet sterk genoeg om openlijk een afwijkend pad te kiezen. Anders dan westerlingen maken de Russen een onderscheid tussen het einde van het communisme en de ineenstorting van de Sovjet-Unie. Het communisme mocht vallen, maar de ineenstorting van het grote rijk is een nationaal trauma. De klap was enorm. Het land verloor in sneltempo een stuk grondgebied ter grootte van de Europese Unie, het bbp zakte met een derde en de levensverwachting daalde met zeven jaar. Het aantal zelfmoorden ging door het dak en belangrijker dan wat dan ook: niemand in Rusland begreep hoe dit had kunnen gebeuren: “Wij hadden toch een groot nucleair arsenaal, een gevreesde geheime dienst en een groot leger?”’
‘Dat is dé reden dat de Russische kijk op de wereld tot vandaag zo besmet is door complotdenken. Russen hebben het gevoel dat ze toen verraden zijn, door een monsterverbond van eigen leiders en door het Westen. Poetin, die in 1989 als KGB-agent gestationeerd was in het Oost-Duitse Dresden, zag zijn commandopost omsingeld worden door een boze menigte. Hij belde de Sovjettroepen, maar ze kwamen niet. Dat was een bepalend moment voor zijn analyse: die zwakte mogen we nooit meer tonen.’

U VERGELIJKT RUSLAND MET HET DUITSLAND VAN NA DE EERSTE WERELDOORLOG.
‘Dat sentiment boort Poetin aan. Iedereen was er in de jaren 90 nochtans voor beducht om de vernederende ervaring van Duitsland na het Verdrag van Versailles te vermijden. Helmut Kohl en Bill Clinton zeiden: “We zijn allemaal winnaars, samen hebben we het communisme verslagen.” Dat had kunnen werken, maar de nederlaag was te voelbaar, de economische kaalslag te groot.’

HAD DE LIBERALE DEMOCRATIE EEN KANS IN RUSLAND?
‘Hervormers in Rusland geloofden: als we het Westen lang genoeg imiteren, genoeg verkiezingen organiseren, zal de vorm uiteindelijk winnen van de inhoud. Het draaide anders uit. Poetin controleert zorgvuldig wie het wel en niet tegen hem mag opnemen tijdens verkiezingen. Je kent de grap toch? “In Rusland zijn er twee dingen die je niet kunt kiezen: je ouders en je president.”’

WANNEER STOPTE POETIN MET IMITEREN?
‘De Oranjerevolutie van 2004 in Oekraïne was een kantelpunt, dat werd gezien als een aanval op de Russische invloedssfeer. In de wereld van het Kremlin bestaat er niet zoiets als een authentieke revolutie vanuit het volk. Volgens de Russen bestaan er alleen geheime operaties en westerse complotten om regimeverandering teweeg te brengen. De angst dat hetzelfde zou worden geprobeerd in Moskou – in combinatie met een economische opleving door stijgende olieprijzen – bracht Poetin naar een nieuwe fase. Hij maakte de analyse dat Rusland, eerder dan de vrijheid en democratie, het buitenlands beleid van het Westen moest imiteren. Volgens hem kon Rusland weer een supermacht worden door anderen te durven aandoen wat zij Rusland aandeden.’

DAT KLINKT ALS MACHOGEDRAG.
‘Inderdaad. Dat is waarom ze de Amerikaanse verkiezingen beïnvloeden. Daarom stoken ze het vuur op in Syrië en Oekraïne. Het is een grote parodie op het Amerikaans militair avonturisme. De redenering is: nu weten jullie eens hoe het voelt. En net als bij Orbans Frankensteinstaat wordt selectief gekopieerd om de hypocrisiekaart te kunnen trekken. Zo werd bij zijn communicatie over de annexatie van de Krim een hele paragraaf overgenomen uit het Navo-verdrag over de onafhankelijkheid van Kosovo.’

OVER ZIJN BUITENLANDSE OPERATIES LIEGT POETIN ZONDER SCHAAMTE.
‘Ja. En tegelijk verstopt hij het ook niet echt. De bedoeling is net om voor leugenaar uitgemaakt te worden. Dan kan hij de bal terugkaatsen. “Ik, een leugenaar? Waar waren ook alweer die massavernietigingswapens in Irak?” Zijn signaal is duidelijk: “Oké, ik ben een leugenaar, wat gaan jullie eraan doen?” Het is de enige manier waarop zijn gekrompen en verarmde land nog een rol van betekenis kan spelen in de wereld.’

U BENT VRIJ ZEKER DAT HIJ DE BALTISCHE STATEN NIET ZAL BINNENVALLEN.
‘Je weet het nooit zeker, maar Poetin kopieert de westerse technieken om te tonen wat hij allemaal durft. Het blijft bij berekende risico’s. Als het erop aankomt, is hij veel minder machtig dan het Westen en een directe confrontatie zou hij altijd verliezen. Hij moet dus provoceren om relevant te zijn. En het werkt. Sla de westerse media er maar eens op na. Stel je voor dat je een Afrikaanse leider bent en je leest The New York Times, dan ben je toch haast geneigd om zaken te doen met Poetin – hij wordt de hele tijd afgeschilderd als erg gevaarlijk en machtig.’

Is het verstandig om, zoals Macron deze maand voorstelde, opnieuw toenadering te zoeken tot Poetin?
‘Ik heb wel sympathie voor het instinct van Macron. Hoe moet Europa omgaan met zijn tanende invloed in een ingewikkelde wereld? In Berlijn kiezen ze voor afwachten – ze zien Trump als een anomalie, zodra hij weg is, zal de trans-Atlantische relatie zich wel herstellen, denken ze, omdat Amerika en Europa natuurlijke bondgenoten zijn. Maar Macron wil af van de situatie waarin we bij iedere Amerikaanse verkiezing moeten hopen dat er een pro-Europese kandidaat wordt verkozen. Hij kiest voor disruptie in plaats van afwachting.’
‘Maar zijn probleem is dat hij alleen maar poëtisch spreekt. Hij maakt het ene grote statement na het andere, maar licht nooit toe wat hij bedoelt. Daardoor destabiliseert hij nog meer: wat moeten de Polen denken van zijn twijfels over de Navo? Zij delen een grens met Rusland en vragen zich af: is Frankrijk bereid om zijn zonen uit te zenden om samen met ons te sterven als we worden aangevallen? Zij begrijpen ook wel dat de wereld verandert door Trump, maar ze kiezen er juist voor om er alles aan te doen om de Amerikanen aan boord te houden.’

IS TRUMP OOK EEN PRODUCT VAN HET IMITATIETIJDPERK?
‘Ja, want de rol van geïmiteerde leidt ook tot problemen. Als iedereen je als rolmodel ziet, vergeet je jezelf fundamenteel en kritisch te bevragen. Het Westen begon te geloven dat alles prima werkte, terwijl er ook structuurfouten kunnen zijn. De bevolking in het Westen zelf zag een kloof tussen de heerlijke beloftes en de realiteit. En dan krijg je Trump, die zich al zijn hele leven intuïtief afvraagt: hoe kan het dat de verliezers van de Tweede Wereldoorlog, de Duitsers en de Japanners, betere auto’s maken dan wij? Nu stelt hij zich dezelfde vraag over de verliezers van de Koude Oorlog, over China bijvoorbeeld. In zijn visie, net als bij Orban, moet de winnaar zijn macht concentreren en moeten de verliezers totaal vernederd worden. Hij begrijpt de basisgedachte van het naoorlogse tijdperk niet: als ze auto’s maken voor de wereldmarkt, maken ze geen tanks voor een wereldoorlog.’

KUNT U EEN VOORBEELD VAN WESTERSE BLINDHEID GEVEN?
‘Amerikanen zijn geschokt dat de voordelen van globalisering voor hen in nadelen konden veranderen. Het mooiste voorbeeld is de Engelse taal. Dat iedereen Engels heeft geleerd maakt dat Amerikanen overal in de wereld hun eigen taal kunnen spreken en een vertekend beeld krijgen van wat zich daarachter afspeelt: ze begrijpen de wereld niet meer. Ondertussen begrijpt de rest van de wereld Amerika beter dan ooit, wat in een competitieve wereld een strategisch nadeel is. Iedereen weet precies welke de swingstaten zijn en waar presidentsverkiezingen worden uitgevochten, daardoor kan Rusland de verkiezingen met succes beïnvloeden. En niet alleen Rusland, iedereen maakt er gebruik van. Zelfs de Europese Unie. Als Trump een handelsoorlog begint, reageert de EU met tarieven op soja – wat vooral de economie van de swingstaten treft en dus stemmen kan kosten. En dan krijg je Trump die af wil van de hele wereld die Amerika imiteert, want in zijn ogen kan er altijd maar één Amerika zijn.’

HEEFT TRUMP DE WERELD VOORGOED VERANDERD?
‘Trump gruwelde toen Obama over de bloederige onderdrukking van de Arabische Lente zei: “We kunnen onze ogen niet afwenden.” Hij vindt dat Amerika zijn ogen op elk moment moet kunnen afwenden als dat Amerika goed uitkomt. Hij wil niet alleen het machtigste land zijn, maar ook het meest cynische en hij verwerpt het idee van moraliteit in een immorele wereld. Net als Poetin vindt hij westers liberalisme daarom hypocriet. Over de Irakoorlog zegt Poetin: “Ze zeiden dat ze daar voor democratie waren, maar natuurlijk draaide het om olie.” Terwijl Trump zegt: “Mocht het over olie zijn gegaan, dan had ik de Irakoorlog gesteund, maar het draaide om democratie.”’
‘Wat ik in de moderne wereld van Trump en Poetin beangstigend vind, is de introductie van de moraal uit de criminele wereld in de top van de politiek.  Cf Brecht
Politici kunnen fouten maken, maffiabazen niet. Steeds meer is macht alleen nog gebaseerd op reputatie en meedogenloosheid. Trump wil geen bondgenoten, hij wil een republiek van trouwe fans. Hij vraagt absolute loyaliteit van medestanders – niet alleen als hij gelijk heeft, maar ook als hij op criminele wijze in de fout gaat. Vooral dan. Dat idee staat op gespannen voet met democratie.’

Wel kennis, geen vrijheid
‘Toen Gregor Samsa op een morgen uit onrustige dromen ontwaakte, ontdekte hij dat hij in zijn bed in een monsterachtig ongedierte was veranderd.’ De openingszin van Kafka’s De gedaanteverwisseling wordt door Krastev aangehaald als een goede beschrijving van de ontzetting waarmee westerlingen wakker worden in een vijandige nieuwe wereld. 

In hun laatste hoofdstuk behandelen Krastev en Holmes de opkomst van China en de staat van de wereld. Na dertig jaar, schrijven ze, eindigt nu het imitatietijdperk en belanden we in een meer prestatiegerichte wereld zonder duidelijke machtscentra. Het is een wereld waar het Westen snel aan invloed verliest: het einde van een ‘noodlottige, historische anomalie’.

WAT KAN CHINA ONS LEREN OVER DE TOEKOMST?
‘Michail Gorbatsjov keek vanuit Rusland naar het Westen en zei: “Socialisme is goed, de partij is slecht.” China maakte de omgekeerde redenering: “Wat goed is aan communisme is het monopolie van de communistische partij, dat is het meest effectieve instrument van regeren, wat we doen, is alleen niet goed.” Het bloedbad op het Tiananmenplein had ons daar inzicht in kunnen verschaffen. Terwijl Oost-Europa en Rusland een minderwaardigheidscomplex hadden, eigen aan de psychologische imitatie, koos China ervoor om zich op ingenieuze wijze selectief dingen uit het Westen toe te eigenen. Ze stuurden studenten uit en zogen de technologische kennis uit het Westen, zonder de vrijheid te kopiëren.’

WIL CHINA ONS ONDERWERPEN?
‘China heeft een kater overgehouden aan de maoïstische periode, waarin het probeerde zijn communistische revolutie te exporteren naar de rest van de wereld. Nu gebruiken ze hun economische macht en infrastructuur om asymmetrische relaties te onderhouden met iedereen. Het kan hen niet schelen of de regering links of rechts is en om wat voor cultuur het gaat, als je maar dingen doet die China goed uitkomen. China zoekt dus eerder naar vazalstaten en replica’s.’

ERG ROOSKLEURIG KLINKT DAT NIET.
‘De macht van het Westen neemt inderdaad af. De liberale hegemonie verdwijnt, maar dat betekent nog niet dat het liberalisme hoeft te verdwijnen. De titel van het boek is een knipoog naar Rudyard Kiplings roman The light that failed. Hij schreef twee versies: een voor zijn moeder met een positief einde, en een met een minder positief einde voor het grote publiek. Zo zou het ook moeten gaan met geschiedenisboeken: altijd in twee versies. Voor mij is de ervaring van 1989 in Bulgarije bepalend. Niemand geloofde dat het communisme plots zou kunnen vallen. En toch viel het. We denken niet dat we nog terugkeren naar de wereld van vijftig jaar geleden, maar op dezelfde manier kan het morgen afgelopen zijn met het illiberalisme van Orban en co. Liberalen moeten zich niet laten verleiden om naar de wereld te kijken met de ogen van hun tegenstanders. Ze moeten van hun eigen kracht uitgaan.’

Présidents du CDH, de Défi et du MR : fusionnez !

Présidents du CDH, de Défi et du MR : fusionnez !
Ces partis partagent largement les mêmes opinions, mais peinent à exercer autant de pouvoir que jadis. Ils ont tout intérêt à se regrouper. Une opinion du professeur Michel De Wolf (1) Citoyen (proche du programme de Défi aux dernières élections d’après le “test électoral” La Libre/RTBF, dont la majorité des amis actifs en politique le sont au MR et lui-même au CDH). 
(In La Libre Belgique)

Selon Le Petit Robert, un parti est un "groupe de personnes défendant la même opinion", une "association de personnes unies pour des intérêts, des buts communs". Il a pour perspective l’exercice du pouvoir.
Le CDH, Défi et le MR partagent largement les mêmes "opinions", mais ils peinent aujourd’hui à exercer autant de "pouvoir" que jadis. Donc, ils peuvent, et ont intérêt, à se regrouper. D’urgence. L’arrivée prochaine à la tête de deux d’entre eux d’un nouveau président, le processus de refondation entamé par le (nouveau) président du troisième et la distance prise par les ténors qui durent faire par le passé des arbitrages déchirants (les Maingain, Michel, Milquet, Reynders), fournissent à cet égard une fenêtre d’opportunité. Encore faut-il adopter une méthode appropriée pour fusionner.
TROIS PARTIS PROCHES IDEOLOGIQUEMENT
À la lecture de leurs statuts, les trois partis dévoilent, au-delà des styles rédactionnels différents, une vraie convergence. Aussi bien le CDH que le MR (les deux partis a priori les plus éloignés) font référence à "l’humanisme démocratique", le premier le présentant comme le but de son action, le second y détectant plutôt son fondement.
Certes, Défi met l’accent davantage sur la défense des francophones, mais le MR insiste sur le "renforcement des liens entre citoyens francophones et germanophones, Wallons et Bruxellois". Et au fond, les divergences stratégiques à l’égard de la sixième réforme de l’État, qui ont opposé ces deux partis, ne devaient pas relever d’incompatibilités fondamentales, puisque Défi a longtemps fait partie de la fédération MR. Quant à la connotation chrétienne du CDH (qui déclare dans ses statuts "s’inspirer" du courant personnaliste "hérité", "notamment", de l’humanisme chrétien), elle est mise, à tort ou à raison, de plus en plus sous le boisseau, comme l’ont montré de récentes déclarations à propos de la réforme de la législation sur l’avortement. De toute manière, Défi se présente comme "pluraliste" et le MR affirme adhérer au "pluralisme des convictions philosophiques et religieuses".

Globalement, on est frappé de la convergence idéologique de ces trois partis autour des notions de liberté, de responsabilité et de solidarité. Et l’on ne retrouve chez aucun les thèmes traditionnels de la gauche, louant l’option préférentielle pour l’État, que ce soit à travers l’initiative industrielle publique, les structures tentaculaires type intercommunales, le logement public, le développement de la dépense publique et des impôts, etc.
L’UNION FAIT LA FORCE
Il est inutile de s’apitoyer sur la trajectoire électorale des trois partis en cause. À la Chambre, le CDH n’a plus que cinq députés (pas même un dans chaque province wallonne). En Wallonie, Défi récolte des voix, mais aucun parlementaire. Et à tous les niveaux, le MR est contraint de monter dans un attelage où le PS domine, à moins qu’il n’y soit pas même invité, comme à Bruxelles.
La situation particulière à Bruxelles mériterait d’ailleurs à elle seule que les trois partis s’interrogent sur l’effet de leur séparation. Le MR, en cette terre du libéralisme, n’a plus que deux bourgmestres sur dix-neuf. Défi, dans la région de sa naissance, n’en a plus que trois. Curieusement, le CDH en a quatre. À Bruxelles, le rassemblement des trois partis est la seule alternative si l’on veut éviter l’installation, peut-être pour un siècle (comme ce fut le cas dans certaines communes ouvrières jadis), de bastions de complaisance à l’égard du communautarisme. À cet égard, le PS et Écolo sont, pour rester euphémiques, à tout le moins ambigus (cf. l’affaire du tract lors de la campagne électorale de mai dernier).
Plus largement, considérons à titre d’exemple les résultats des élections européennes dans le collège francophone le 26 mai dernier. Si le regroupement des trois partis perdait 10 % des voix obtenues par Défi et 20 % de celles conservées par le CDH (au profit d’Écolo dans les deux cas), et reprenait 50 % des voix qui se sont portées sur le Parti populaire (Destexhe ne se présentait pas à ce niveau), le paysage serait totalement différent. Alors que la division a éparpillé les voix entre le MR (470 654), le CDH (218 078) et Défi (144 555), laissant le PS caracoler en tête (651 157), le regroupement surclasserait ce dernier aisément (832 112). Et cela, malgré les départs d’électeurs CDH et Défi vers Écolo, qui sortirait lui aussi renforcé (516 726).
En termes de sièges dans les assemblées régionales et fédérales, l’effet serait considérable, le système tendant à donner un avantage au plus grand parti (notamment pour l’attribution du dernier siège dans chaque circonscription). Pour la formation du gouvernement fédéral, ce serait le regroupement qui choisirait et dominerait côté francophone la coalition (probablement sans la N-VA), et non le PS.
UNE OPPORTUNITE UNIQUE… MAINTENANT !
Soyons clairs : le rassemblement que nous prônons doit, et ne peut se faire que maintenant, c’est-à-dire rapidement après l’élection des présidents du MR et de Défi.
Un tel mouvement tectonique doit s’opérer en effet le plus loin possible des prochaines méga-élections de 2024, de manière à laisser à la nouvelle formation le temps de mettre des huiles dans les rouages (notamment pour arbitrer entre ego individuels) et convaincre les électeurs. La rapidité permettra aussi d’éviter la cacophonie ultérieure d’un regroupement de partis entre-temps les uns dans l’opposition, les autres dans la majorité au niveau fédéral : si le regroupement intervient maintenant, c’est ensemble qu’il ira (ou non) au gouvernement fédéral. Pour les autres niveaux de pouvoir, Défi et le MR ont la force d’assurer cette crédibilité en imposant, le premier à Bruxelles et l’autre en Wallonie et en Communauté française, une révision des programmes et des équipes gouvernementales. Enfin, soyons francs, la rapidité permettra à travers la prochaine formation fédérale (voire les remaniements régionaux et communautaire) et les désignations ministérielles, d’assurer les équilibres nécessaires à renforcer l’unité du nouveau parti.
UNE METHODE POUR Y PARVENIR
Ce que nous préconisons doit être initié par les trois présidents, mais opérationnalisé aussi au-delà d’eux.
Sans le leadership que confère dans le système belge la fonction de président de parti, rien n’est normalement possible. De plus, les trois présidents ont ou auront la légitimité que leur confère une élection récente (encore à intervenir dans deux cas), et jusqu’ici réussie quant à son déroulement démocratique.
Mais ce mouvement historique doit impliquer les courants que ces partis représentent. Donc, nous suggérons que chaque président s’entoure, outre de négociateurs chevronnés de leur parti (dont leurs "idéologues en chef"), de personnalités de la société civile.
En quelques semaines, ils pourront proposer à la Belgique déboussolée une nouvelle étoile, traçant clairement la voie à une ère de prospérité dans la responsabilité écologique et sociale, la liberté de conscience et d’entreprendre, et la solidarité envers les moins favorisés.
(1) NdlR : Michel De Wolf est doyen honoraire de la Louvain School of Management et président honoraire de l’Institut des réviseurs d’entreprises.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY 
PROPOSER A LA BELGIQUE DEBOUSSOLEE UNE NOUVELLE ETOILE

1  « Soyons clairs : le rassemblement que nous prônons doit, et ne peut se faire que maintenant, c’est-à-dire rapidement après l’élection des présidents du MR et de Défi. »
2  « À Bruxelles, le rassemblement des trois partis est la seule alternative si l’on veut éviter l’installation, peut-être pour un siècle (comme ce fut le cas dans certaines communes ouvrières jadis), de bastions de complaisance à l’égard du communautarisme. »
3  « On est frappé de la convergence idéologique de ces trois partis autour des notions de liberté, de responsabilité et de solidarité. »
Soyons tout à fait clair, puisqu’il faut adopter une méthode, une stratégie, il faut bien voir que le Rassemblement des Libéraux Progressistes constitue le meilleur des catalyseurs pour faciliter cette fusion essentielle et nécessaire. En prenant connaissance de leur charte, une socialiste déçue passée au PTB m’a avoué qu’elle se rallierait volontiers à un tel mouvement. Certes  une hirondelle ne fait pas un printemps libéral social, mais quand même.
MG


RASSEMBLEMENT DES LIBERAUX PROGRESSISTES 
MANIFESTE POUR UN HUMANISME LIBERAL 

Nous partons d’un certain nombre de constats qui se veulent lucides afin de définir un nouvel élan politique résolument optimiste et ancré dans les réalités de notre temps. 
Notre monde actuel fait face à des changements profonds : résurgence des discours de peur et de haine, urgence climatique, difficultés institutionnelles, perte de confiance des citoyens, révolution numérique, mutations à venir en termes de mobilité et mode de vie, besoin de repenser nos villes, etc... Ces changements entrainent de profondes mutations auxquelles nous devons répondre politiquement. 
L'Europe, confrontée aux replis nationalistes et aux populismes, peine à se mobiliser autour d'un projet fédérateur porteur d'espoir et d'avenir. 
Les libertés, si durement conquises par les générations qui nous ont précédés, sont menacées par la montée des fondamentalismes religieux et des replis identitaires. 
En Belgique, la Flandre ne cesse de réclamer plus d’autonomie voire son indépendance. 
La Wallonie, comme Bruxelles, devra dans les prochaines années devenir financièrement équilibrée pour ne pas s'effondrer. 
Bruxelles, comme les grandes villes, souffre de la fuite de sa classe moyenne vers la périphérie sous l'impact cumulé de la pollution, de la dégradation de la mobilité, d'une fiscalité débridée et d'une qualité de vie diminuée. La pauvreté qui s'y développe entraîne un délitement de la cohésion sociale. 
Face à ces défis, les partis traditionnels voient leur électorat régresser au profit des extrêmes et des populismes de gauche comme de droite, accompagnés de leur cortège de solutions simplistes. Le MR n'échappe pas à cette érosion. 
Si le Mouvement Réformateur a vocation à rassembler largement à droite et au centre, nous soutenons au sein de celui-ci, l’affirmation d’un projet politique fort, résolument libéral, progressiste et humaniste auquel puissent adhérer militants et mandataires du MR mais également tout citoyen partageant les mêmes valeurs et les mêmes préoccupations. 

mercredi 27 novembre 2019

L'attitude ambiguë des libéraux flamands


• Source : Le Vif

Jules Gheude
Essayiste politique

Après s'être allié à la N-VA au gouvernement flamand, l'Open VLD va-t-il faire le choix de participer à une coalition fédérale sans le parti nationaliste ? De récentes déclarations permettent de le supposer.
Membre de l'exécutif flamand, le libéral Bart Somers, issu de l'ex-Volksunie, s'est ainsi attiré les foudres de la N-VA pour avoir déclaré qu'elle fuyait ses responsabilités au niveau fédéral. Tel n'est pas le cas de l'Open VLD qui, selon sa présidente Gwendolyn Rutten, n'est pas disponible pour bloquer ou scinder le pays.
Le discours libéral flamand est toutefois loin d'avoir toujours été aussi modéré.
Souvenons-nous de cette déclaration de Karel De Gucht, alors président de l'Open VLD, sur le plateau de VTM, le 6 novembre 2002 : La Belgique est condamnée à disparaître à terme, à s'évaporer, et en attendant elle n'apporte plus aucune valeur ajoutée à la Flandre. Il est inadmissible que la Flandre paie davantage pour les soins de santé et reçoive moins en retour de la Wallonie.
Karel De Gucht prenait ainsi le relais de son coreligionnaire Patrick Dewael, ministre-président flamand qui, quelques mois plus tôt, avait pointé du doigt les transferts nord-sud : Chaque Flamand paie 815 euros pour son compatriote du Sud. Soit huit fois plus qu'un citoyen ouest-allemand débourse pour son voisin est-allemand. Amis wallons, attention !
Le même Patrick Dewael qui, le 7 janvier 2003, allait présenter ses priorités pour une future réforme de l'Etat. Un cahier de revendications s'inscrivant nettement dans le projet confédéral adopté, en 1999, par le Parlement flamand : scission des soins de santé et des allocations familiales, régionalisation partielle de la SNCB, flamandisation totale de Bruxelles-National, autonomie accrue pour l'impôt des personnes physiques, régionalisation partielle de l'impôt des sociétés, fixation par la Flandre de ses salaires et des sanctions de ses chômeurs.
Pour en revenir à Bart Somers, il convient également de citer ses propos tenus dans "Le Soir", le 5 septembre 2003 : Il serait impensable de toucher à l'économie de la Flandre de plein fouet en lui faisant porter l'effort de réduction d'émission de CO2 de manière linéaire, alors que l'appareil industriel au sud est plus vétuste, pollue proportionnellement davantage que le nôtre, qui est à la pointe de la technologie propre. Il n'est pas question de troquer un effort financier flamand en échange d'air propre wallon. Dans le cadre de Kyoto, la Flandre souhaite que la solidarité s'exerce, cette fois, dans l'autre sens, en faveur du nord.
Et les racines "volksuniennes" de l'intéressé sont toujours bien présentes lorsque, le 2 septembre 2006, il précise : Dans ma génération politique, nous donnons priorité aux intérêts régionaux flamands. (...) Les francophones doivent savoir que les Flamands sont résolus. (...) Nous n'accepterons plus que notre croissance et notre emploi soient freinés parce que la Wallonie ne veut pas rencontrer nos demandes.
Aujourd'hui donc, l'Open VLD n'est pas disponible pour bloquer le pays.
Mais n'est-ce pas d'Alexander De Croo, président de l'Open VLD, qui retira en 2010 la prise du gouvernement Leterme II, plongeant ainsi la Belgique dans la plus longue crise politique de son histoire : 541 jours sans gouvernement de plein exercice !
Tels sont les faits. Ils sont, dit-on, plus forts qu'un lord-maire. Que sont en réalité les libéraux du Nord? Quel jeu jouent-ils vraiment ?
Alors qu'il était Délégué général de la Communauté française à Paris (de 1988 à 1996), Paul-Henry Gendebien eut l'occasion de recevoir Jean Gol, chef de file des libéraux francophones. Dans son livre "Splendeurs de la liberté", il raconte : Il m'avoua qu'il ne croyait plus à la nation belge ni même à l'Etat. (...) surtout, il avait été ulcéré par les "avancées" du nationalisme chez les libéraux flamands auxquels s'était d'ailleurs ralliée l'une des ailes marchantes de la Volksunie. Manifestement, le virus de la séparation avait atteint le libéralisme flamand.
(1) Dernier livre paru : "La Wallonie, demain - La solution de survie à l'incurable mal belge", Editions Mols, 2019.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE GRAND ECART ?

Décidément, Jules Gheude est sur toutes les balles. Il persiste et signe encore une fois. Belle obstination. Il finira par avoir raison avec son « finis Belgica » Le libéraux flamands on tort de s’énerver. De toute manière ils seront dans la majorité. Ce qui est sûr c’est qu’en cas de réussite de l’arc en ciel ils se retrouveront dans un gouvernement de droite au niveau flamand et un gouvernement fédéral de gauche autrement dit : le grand écart avec une sanction garantie de l’électeur au prochain scrutin. 
MG

mardi 26 novembre 2019

Le courant progressiste se structure au sein du MR

Le courant progressiste se structure au sein du MR
Belga Le Vif

Plusieurs élus locaux, dont Christine Defraigne et Georges Verzin, publient un "manifeste pour un humanisme libéral", charte fondatrice du "Rassemblement des libéraux progressistes", explique Le Soir. Le RLP n'est pas un nouveau parti, précise Mme Defraigne: "notre objectif est d'avoir au sein du MR un courant pour un humanisme libéral et que cette sensibilité soit respectée".
Si l'on additionne les scores de Mme Defraigne, Philippe Goffin et Clémentine Barzin -les deux derniers ne participent pas à l'initiative-, les libéraux progressistes représentent 25 à 30% du MR, estime la première échevine liégeoise.
Le RLP met en avant les valeurs des Lumières, la laïcité politique, l'égalité, la fraternité ou encore l'interculturalité. Il a également un accent environnemental, plaide pour la suppression des cours de religion et de morale dans l'enseignement officiel pour les remplacer par des cours d'histoire des religions et des philosophies, un réinvestissement dans les villes ou encore une politique d'immigration ferme mais humaine qui bannirait notamment les visites domiciliaires.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LIBERALISME SOCIAL OU ILLIBERALISME, IL FAUT CHOISIR

Bouchez président,  le MR risque de connaître « son moment illibéral » pour reprendre le titre du puissant livre de Ivan Krastev à lire absolument. Qu’est-ce à dire ? Que le MR porrait virer à droite toute et se « franckeniser » dangereusement er rapidement ? Le  "manifeste pour un humanisme libéral" est l’expression intellectuelle d’une dissidence assez affirmée par rapport à cette possible dérive. Ce n’est pas  encore le divorce mais cela pourrait l’annoncer. Le nouveau «Rassemblement des libéraux progressistes» ou RLP au sein du MR s’est fendu  d’un un « Manifeste pour un humanisme libéral », qui  se veut sa « Charte fondatrice ». Fondatrice de quoi ?  C’est beaucoup plus qu’un signal à l’intention du prochain président du MR, cela ressemble à une déclaration de guerre. Les libéraux sociaux du MR se structurent en un « Rassemblement ». Faut il y voir le premier acte visant à la fondation, à gauche du MR d’un « mouvement » progressiste mais libéral en Communauté française ? Sa  plateforme est  ambitieuse : « les valeurs des Lumières, la laïcité politique, l'égalité, la fraternité ou encore l'interculturalité. Il a également un accent environnemental, plaide pour la suppression des cours de religion et de morale dans l'enseignement officiel pour les remplacer par des cours d'histoire des religions et des philosophies, un réinvestissement dans les villes ou encore une politique d'immigration ferme mais humaine » 
Reste la vraie question : le RLP combien de divisions ? Au départ, ils ne représentent que 25 % des membres du MR mais organisés en mouvement indépendant avec une « charte » ambitieuse et téméraire ils sont susceptibles de rallier tous les déçus du CDh, voire du Ps et de quelques écolos. Et ça cela fait du monde. Reste à savoir si la sémillante Christine Dufraigne, très appréciée par les socialistes liégeois,  a les épaules, le caractère et surtout la volonté, l’ambition de porter un tel défi.  
MG


Le peuple romain, génétiquement stable et homogène ?


Figaro
Certainement pas, d'après de nouveaux travaux archéo-génétiques, corroborant les grandes transitions génétiques de ce peuple sur 12.000 ans avec deux grandes vagues de migrations liées à l'agriculture et au commerce.
À son apogée, l'ancien Empire romain englobait la totalité de la Méditerranée et la vie de dizaines de millions de personnes en Europe, au Proche-Orient et en Afrique du Nord.
La génétique romaine, ce capharnaüm : par deux fois, le peuple qui devait devenir les Romains et finalement les Italiens du centre a vu son patrimoine génétique bouleversé, d'après de nouvelles recherches européennes mêlant archéologie et analyses ADN. Ces travaux, publiés dans Science, font écho à 12.000 ans d'histoire du peuple romain.
Bien avant la Rome impériale, impliquant Jules César et consorts, la région romaine était un important carrefour culturel entre l'Europe et la Méditerranée. Mais si cette époque antique est bien documentée, peu d'informations sont connues sur le brassage génétique de la région. En se penchant sur l'ADN de 127 individus de l'époque provenant de 29 sites archéologiques à Rome et en Italie centrale, des chercheurs des universités de Vienne, Stanford et la Sapienza ont analysé l'évolution des origines de ce peuple. Grâce à des estimations au carbone 14 ou par inférence du contexte archéologique, chacun de ces individus a pu être placé sur une frise couvrant près de 12.000 ans de préhistoire et d'histoire romaines.
Du mésolithique à l’Âge du Bronze : l'arrivée de l'agriculture
Au commencement, la population romaine du mésolithique, 10.000 ans avant notre ère, ne montrait qu'une faible diversité génétique. L'ADN de cette époque était en effet 30% moins hétérozygote que celui des romains modernes, c'est-à-dire que les deux exemplaires que l'être humain a de chacun de ses gènes étaient souvent identiques, indiquant un faible brassage génétique. Mais deux migrations majeures vers Rome vont venir secouer cette forte homogénéité.
La première transition est intervenue lorsque les paysans agriculteurs du Néolithique ont remplacé les chasseurs-cueilleurs mésolithiques, environ 7.000 ans avant notre ère. La population s'enrichit alors d'un afflux d’agriculteurs issus principalement de Turquie et d’Iran, entre 5.000 et 3.000 ans avant notre ère. Cette transition a coïncidé avec l'introduction de produits domestiques tels que le blé, l'orge, les légumineuses, les moutons et les bovins en Italie. 
De l'Âge du Bronze à la fondation de Rome : le commerce ouvre les frontières
La seconde transition de population a eu lieu au cours de l'Âge du Bronze, entre 2.900 et 900 ans avant notre ère : une fourchette peu précise car les chercheurs manquaient de données. Ce changement a coïncidé avec l'intensification des échanges et des interactions avec les populations de la Méditerranée - ou Mare Nostrum, "notre mer", comme l'appelaient les Romains – au moyen de chars et chariots récemment mis au point et grâce aux progrès de la navigation. C'est ainsi qu'au plus tard en 900 avant notre ère, peu de temps avant la fondation de Rome traditionnellement datée de 753 avant notre ère, la population de l'Âge du Fer s'est enrichie d'ancêtres iraniens, des steppes ukrainiennes et nord-africains… Jusqu'à ressembler, déjà, à la population méditerranéenne moderne. "Contrairement aux individus préhistoriques, les individus de l'Âge du Fer ressemblent génétiquement aux individus européens et méditerranéens modernes et affichent des origines diverses, alors que l'Italie centrale devient de plus en plus reliée à des communautés lointaines par le biais de nouveaux réseaux de commerce, de colonisation et de conflits", élaborent les chercheurs dans la publication.
Un Empire qui englobe toute la mer Méditerranée
Et cela ne faisait que commencer. Car bien que Rome ait commencé comme une ville modeste, 800 ans plus tard, elle avait pris le contrôle d'un empire qui s'étendait aussi à l'ouest que la Grande-Bretagne, au sud jusqu'en Afrique du Nord et à l'est en Syrie, en Jordanie et en Irak. La génétique des individus de l'époque s'enrichit et se complexifie à nouveau, principalement de l'est de la méditerranée, mais peu de l'ouest. À l'appui de ces conclusions, les auteurs citent des preuves d'un établissement à long terme à Rome de personnes originaires de l'est, comme les lieux de naissance enregistrés dans les inscriptions funéraires et la fréquence des temples et sanctuaires consacrés aux dieux grecs, phrygiens, syriens et égyptiens.
Pourquoi si peu d'immigration de l'ouest et autant de l'est, alors que la Gaule était conquise et fournissait son lot d'esclaves, d'huile d'olive ou de vins ? Pour les chercheurs, cela pourrait s'expliquer par la densité de population plus élevée dans l'est de la Méditerranée que dans l'ouest et la présence de mégapoles, telles qu'Athènes, Antioche et Alexandrie, susceptibles d'avoir entraîné un flux de personnes d'est en ouest pendant l'Antiquité.
Une perpétuelle mutation, qui se lit dans les génomes
Les siècles qui ont suivi ont été marqués par des troubles : l'empire s'est scindé en deux, des maladies et des guerres ont décimé la population de Rome et une série d'invasions ont frappé la ville. D'où une réduction des contacts avec la Méditerranée orientale et une augmentation du flux de gènes en provenance d’Europe. L'ascendance de la population s'est alors déplacée vers l'Europe du nord et de l'ouest. Plus tard, la montée et le règne du Saint Empire romain germanique entraînent un afflux d'ascendance européenne centrale et du nord.
La leçon, c'est que le monde antique était en perpétuelle mutation, à la fois en termes de culture et d'ascendance, explique dans un communiqué Jonathan Pritchard, un des principaux auteurs de ces travaux. "Nous étions surpris de la rapidité avec laquelle les ancêtres de la population ont évolué, en quelques siècles seulement, reflétant les alliances politiques changeantes de Rome au fil du temps", ajoute-t-il. "Même dans l'Antiquité, Rome était un creuset de cultures différentes."
À son apogée, l'ancien Empire romain englobait la totalité de la Méditerranée et la vie de dizaines de millions de personnes en Europe, au Proche-Orient et en Afrique du Nord. En son centre, la ville de Rome est la première à atteindre plus d'un million d'habitants dans le monde antique. Une taille qui restera inégalée en Europe jusqu'à l'aube de la révolution industrielle, près de 1.500 ans plus tard.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

La race blanche a dominé le monde pendant près de cinq siècles et voici que cette hégémonie nettement sur le déclin semble irrémédiablement prendre fin. On peut se demander à quoi ressemblera le continent européen dan cinq siècles, on peut même se demander si sa population aura su surmonter la crise qu’elle traverse en ce moment trente ans après la grande guerre civile européenne (1914-1989)
Il est fascinant de constater que la race blanche européenne est le résultat d’un melting pot, un creuset au moins aussi efficace que le modèle américain.   On a bien raison de dire que Rome ne fut pas construite en un seul jour. Pour être citoyen romain, il ne fallait pas être né à Rome mais sein de l’immense Mare Nostrum dans laquelle se côtoyaient et se mélangeaient, Germains, Vandales, Scots, Maghrébins, Israélites , Palestiniens, Egyptiens etc. Il y eut même des empereurs germains, espagnols et orientaux. Résolument  assimilationniste, l’empire romain a intégré des millions de nomades avant de succomber, accablé par une crise démographique et économique aux grandes invasions plongeant la civilisation dans un long moyen âge que l’on a peut être tort de qualifier d’âge sombre. 
MG



lundi 25 novembre 2019

Et si l’on osait le référendum…

Marc Uyttendaele et Vincent de Coorebyter alertent sur «la première vraie crise existentielle que l’on traverse depuis des décennies». 
Et si l’on osait le référendum…
Entretien in Le Soir

Quand la Belgique ne tourne plus, il reste les mécanos. Marc Uyttendaele, professeur de droit constitutionnel et Vincent de Coorebyter, philosophe après avoir été analyste politique, ont assurément le regard qui s’impose pour nommer ce que personne ne veut voir: la crise. En marge des «quarante ans du centre de droit public de l’ULB», nous les avons réunis dans la bibliothèque de la faculté de droit, dont les ouvrages, si on les suit bien, ne seront pas un luxe dans les prochaines semaines.
EST-CE QUE LA BELGIQUE VIT UNE NOUVELLE CRISE?
MARC UYTTENDAELE. C’est plus qu’une nouvelle crise. C’est sans doute la première vraie crise existentielle que l’on traverse depuis des décennies. Nous ne sommes plus dans les cas de figure du passé où il y avait des tensions, des enjeux, des questions sur lesquelles on savait qu’il fallait débattre et trouver un accord. Ici, on se trouve dans une situation où il y a un fossé majeur dans la carte électorale mais aussi dans le fait qu’il n’y a pas de déclaration de révision de la constitution, ce qui est une erreur politique majeure, une faute.
POURQUOI?
Parce qu’il n’y a rien à débattre entre le Nord et le Sud du pays. On doit préparer un repas, négocier un repas et le frigo est vide. La situation serait très différente si l’on pouvait travailler sur la bête, en négociant, même durement. Ici, il n’y a rien à négocier durement. Et ça, c’est tragique.
Vincent de Coorebyter. Je pense aussi que ceci est une crise et que la précédente dont on a tellement parlé n’en était pas une. En 2010-2011, 541 jours, on a l’impression que c’était la Belgique qui s’effondrait. En fait, pendant plus de 500 jours, on a tout simplement négocié la Sixième réforme de l’Etat. Que cela prenne plus d’un an, c’est normal.
C’EST AUSSI UNE CRISE PROVOQUEE PAR L’ELECTEUR.
Dans ses aspects non communautaires, oui, c’est aussi une crise produite par les électeurs. On a douze partis au parlement, c’est considérable et surtout on a ce phénomène inédit de voir les trois familles politiques traditionnelles passer ensemble sous la barre des 50%. Elles représentent 45% des voix au total. En 1987, on était à 79%. Et au-delà du quantitatif, il y a le qualitatif.
C’EST-A-DIRE?
On trouve aujourd’hui quatre familles politiques qui veulent des ruptures plus ou moins radicales. Pour certains, on veut remettre en cause l’immigration de manière radicale et on lorgne une abolition d’un certain nombre de droits fondamentaux (l’extrême droite); on veut, pour la N-VA, en finir avec la Belgique en tant que telle; on veut, pour la gauche radicale mettre un accent ultra-prioritaire sur les questions sociales sans se satisfaire d’aucun compromis. Pour les écologistes, la distance est moins grande, mais il y a quand même un appel à un changement de cap fondamental par rapport au primat de l’économie, qui devrait laisser la place à des enjeux environnementaux. Avec un rapport de force qui s’est inversé au profit de ces quatre tendances non traditionnelles et le fait que ces quatre tendances incarnent quatre enjeux majeurs, différents entre eux et ancrés dans la réalité, il est normal qu’indépendamment de la configuration institutionnelle, on ait aujourd’hui une difficulté particulière à former un gouvernement fédéral.
MU. Quand Bart De Wever dit qu’il y a deux démocraties, c’est bête et inutilement polémique. Cela étant, de manière sous-jacente, il y a quelque chose qui est exact si vous avez deux sociétés qui se séparent totalement et qui par rapport aux enjeux évoqués ne penchent pas du même côté, au contraire. C’est évidemment éminemment problématique dès le moment où il faut encore d’une manière ou d’une autre gérer des choses ensemble.
VdC. Il y a pour moi un phénomène qui reste encore un mystère. On a une sorte de surtraduction dans le vote des différences entre les deux communautés. Quand on regarde les enquêtes d’opinion, on n’a pas une différence Nord-Sud aussi marquée sur les questions migratoires et sur d’autres sujets très sensibles. Mais quand il s’agit de voter, on retrouve quasiment la moitié de l’électorat flamand qui est prête à voter pour des partis séparatistes et de droite voire d’extrême droite et climatosceptiques, là où du côté francophone la tendance majoritaire va dans un sens tout différent. Quand Bart De Wever dit qu’il y a deux démocraties, moi je dirais plutôt il y a une démocratie, une opinion publique complexe mais pas aussi polarisée qu’il le dit, mais bien deux traductions électorales qui sont aujourd’hui presque incompatibles. Et ça, c’est un phénomène très préoccupant.
MU. Je comprends très bien le raisonnement, mais en même temps c’est très difficile de dire qu’une traduction électorale n’est pas le reflet de l’état d’esprit d’une société.
VOUS DITES QUE C’EST UNE CRISE DU SYSTEME, EXISTENTIELLE, MAIS L’INSTITUTIONNEL N’EST PAS SUR LA TABLE…
VdC. Il l’est quand même au travers d’un certain nombre de déclarations de la N-VA qui n’a pas l’air d’être tout à fait prête à monter dans un gouvernement fédéral sans certaines conditions.
MU. Le problème, c’est que l’institutionnel aujourd’hui n’est pas palpable mais qu’il est là tout le temps. Tout est institutionnel. On dit qu’on ne parle pas de ça mais on ne parle que de ça. Je suis convaincu que quelle que soit l’issue de la mission d’information de Paul Magnette, les prochaines élections, dans trois mois, dans deux ans ou dans cinq ans, inévitablement, cette fois-ci impliqueront un débat plus existentiel, et dont on ne connaît pas le résultat. Le Québec a résolu un certain nombre de ses problèmes en organisant des référendums qui ont donné des résultats qui ont peut-être fâché certains mais qui étaient clairs et avec lesquels tout le monde a dû vivre.
VdC. À propos du référendum, les enquêtes d’opinion montrent jusqu’ici que la volonté séparatiste en Flandre, c’est 10 à 15% maximum. Vous voyez l’écart par rapport aux intentions de vote déclarées pour des partis séparatistes. Dans ce genre de situation, il peut effectivement y avoir un intérêt à isoler les problèmes. Et à ne pas voir le Vlaams Belang et la N-VA capitaliser sur une série d’enjeux et de dynamiques et pouvoir porter jusqu’au bout leur projet séparatiste alors qu’en réalité ils sont minoritaires en Flandre sur ce projet séparatiste. L’intérêt du référendum, c’est précisément d’interroger le peuple souverain sur un enjeu précis. Car le bulletin de vote reste un moyen grossier très insuffisant quand vous avez une multiplicité d’enjeux.
VOUS ETES DONC FAVORABLES A UNE FORME DE REFERENDUM?
VdC. Si les partis politiques ne parviennent pas à traiter la question institutionnelle en bon ordre et en tant que telle, qu’on demande une indication au peuple souverain au moins sur la question cruciale du maintien ou pas de la Belgique. Tout en essayant d’écarter l’hypothèse tartufienne et impraticable de se prononcer sur le «confédéralisme», dont personne ne peut savoir ce qu’il recouvre. Il faudrait parvenir à se mettre d’accord sur une question claire qui consisterait au moins à dire qu’il y a une volonté populaire de maintenir un cadre belge ou une volonté populaire éventuellement de travailler à sa dissolution. Cela ne règle pas tout mais cela pourrait quand même calmer quelques ardeurs du côté flamand et délégitimer certains projets qui sont séparatistes sans tout à fait le dire.
MAIS MONSIEUR LE CONSTITUTIONNALISTE, ON NE PEUT PAS FAIRE DE REFERENDUM EN BELGIQUE!
MU. On ne peut pas mais vous savez on ne pouvait pas non plus faire de consultation sur la question royale. On l’a fait. Le droit est là aussi pour être producteur de solutions et si demain on décide de manière suffisamment large que cela doit être fait, il convient que le droit soit adapté pour que cela se fasse.
SI L’IDEE D’UN REFERENDUM OU D’UNE CONSULTATION DEVAIT GAGNER LA SCENE POLITIQUE, NE RISQUE-T-ON PAS D’ASSISTER A UNE CRISE TRES AIGUË, UNE INSTABILITE NOTAMMENT FINANCIERE…
MU. Allons! C’est vrai que pour le moment, ça va super-bien! Que l’Union européenne dit qu’au niveau budgétaire, on est au top. Et que sur le plan de la gestion démocratique, on va super-bien aussi, on sent une implication de la population… Non!, à un moment donné il faut avoir le courage de constater l’ampleur du désastre. Le discours que les francophones ont tenu souvent, «nous sommes demandeurs de rien», on l’a déjà payé quelques fois! Et à un moment donné, je pressens aussi qu’il y a une lassitude chez les francophones par rapport aux diktats qui viennent du nord du pays. Dans une démarche référendaire, on doit interroger le Nord mais on doit aussi interroger le Sud. Il est possible que l’attachement à la Belgique ne soit pas aussi fort que les partis francophones ont tendance à le croire.
VdC. D’ordinaire, dans un pays à deux grandes composantes dont l’une est dominante, c’est la dominée qui prend sa liberté et qui rompt. Les francophones, si l’on excepte la revendication purement budgétaire de continuer à bénéficier d’un certain nombre de flux financiers, auraient toutes les raisons de rompre le contrat belge. Parce qu’au niveau fédéral, ils ne sont pas tout à fait traités à égalité par les Flamands. Il y a le nœud gordien de Bruxelles, il y a cet intérêt budgétaire, mais je partage la remarque de Marc et je pense qu’une partie de la population francophone n’est pas viscéralement attachée à la Belgique au point d’accepter n’importe quelle couleuvre que veulent lui faire avaler des partis politiques flamands, en particulier la N-VA ou le Vlaams Belang. On pourrait être très surpris.
MAIS UN REFERENDUM, C’EST UN SAUT DANS L’INCONNU.
VdC. Vous avez raison, et si j’étais responsable politique, je ne suis pas sûr que je dirais en conscience que c’est cela qu’il faut faire. Je n’ai de toute façon pas assez réfléchi à cela pour le dire. Mais si c’est un saut dans l’inconnu, on y sera peut-être un jour contraint parce que le connu, lui, a vu se refermer toutes les portes et les fenêtres. Pour le moment le connu ne nous mène à rien. Nous sommes dans un cul-de-sac.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
NOUS SOMMES DANS UN CUL-DE-SAC.

La où il y a une impasse il y a une issue dit le proverbe chinois. Mais nous ne sommes pas en Chine mais en Belgique, mais pour combien de temps encore ?
La Belgique serait elle comme l’Otan vu par Macron en état de « mort cérébrale » ?  Personnellement, il y a très longtemps que j’en suis convaincu.
 « Il faudrait parvenir à se mettre d’accord sur une question claire qui consisterait au moins à dire qu’il y a une volonté populaire de maintenir un cadre belge ou une volonté populaire éventuellement de travailler à sa dissolution. je pense qu’une partie de la population francophone n’est pas viscéralement attachée à la Belgique au point d’accepter n’importe quelle couleuvre que veulent lui faire avaler des partis politiques flamands, en particulier la N-VA ou le Vlaams Belang. On pourrait être très surpris. »
Il est devenu assez inconfortable d’être né à Bruxelles d’un père flamand et d’une mère francophone et d’habiter désormais en pays mosan. J’ai longtemps cru naïvement que c’était ça être belge. Je ne le crois plus désormais. Être belge ? Je me demande désormais vraiment ce que c’est. Mais peut être cette question aura-t-elle bientôt perdu toute pertinence.  
MG

samedi 23 novembre 2019

La lumière artificielle, coupable négligée dans la disparition des insectes


Selon une étude publiée le 16 novembre dernier, la pollution lumineuse aurait un effet néfaste sur les populations d’invertébrés volants. Et ce pour plusieurs raisons.
Tout le monde a déjà pu observer la scène: une ampoule allumée en pleine nuit, sous le porche d’une maison ou grâce à un lampadaire au milieu d’une rue, assiégé par une foule d’insectes. Le phénomène est bien connu. Ces petits animaux volants (moustiques, mouches, papillons...) sont irrémédiablement attirés par la lumière. Car, pour réussir à voler de nuit, les insectes nocturnes ont mis au point il y a quelques millénaires une technique imparable jusqu’à la création de l’ampoule: fixer un astre et se déplacer en gardant un angle constant par rapport à lui. L’arrivée de l’éclairage artificiel, autour duquel ils tournent frénétiquement jusqu’à épuisement, expliquerait en partie leur disparition progressive.
Selon une étude de scientifiques américains publiée dans la revue Biological Conservation le 16 novembre dernier - la plus importante synthèse des connaissances sur ce sujet à ce jour - la pollution lumineuse serait un facteur important, mais négligé, du déclin des populations d’insectes à travers le monde. Car la lumière artificielle peut affecter tous les aspects de la vie des invertébrés: leur mort autour des ampoules, la recherche de nourriture, la disparition des signaux d’accouplement des lucioles et des éphémères, qui ne se voient que dans le noir le plus total, ou encore le fait d’être vulnérables face à leurs prédateurs (rats ou grenouilles). «Nous croyons fermement que la lumière artificielle nocturne - combinée à la perte d’habitat, le recours aux pesticides et aux engrais de synthèse, l’agriculture intensive, les espèces envahissantes et le changement climatique - est en train de provoquer la disparition des insectes», ont conclu les auteurs de cette étude inédite, qui fait la synthèse de plus de 150 recherches antérieures. Et de conclure: «Nous postulons ici que la lumière artificielle est un facteur important - mais souvent négligé - de l’apocalypse des insectes».
La différence avec les autres facteurs de déclin est que la pollution lumineuse est plutôt facile à prévenir, soulignent les chercheurs. Il suffit en effet d’éteindre les lumières inutiles et d’utiliser des ampoules appropriées. «Cela pourrait ainsi réduire considérablement la perte d’insectes, et ce très rapidement», ont écrit les chercheurs. Pour Brett Seymoure, auteur principal de la revue et membre de l’Université Saint-Louis de Washington, la lumière artificielle «est un éclairage provoqué par l’homme, allant des lampadaires aux torches à gaz pour extraire le pétrole. Cela peut affecter les insectes dans presque tous les aspects de leur vie».
«Prendre le chemin de l’extinction»
À la fin du XIXe siècle, les insectes constituaient les deux tiers (66 %) des espèces terrestres. Soit un peuple diversifié de près d’un million d’espèces sur Terre, dont la moitié vit la nuit. Aujourd’hui, selon un bilan réalisé par des chercheurs australiens et publié en février dernier, près de la moitié des insectes sont en déclin rapide dans le monde entier. «La conclusion est claire, soulignent les auteurs, à moins que nous ne changions nos façons de produire nos aliments, les insectes auront pris le chemin de l’extinction en quelques décennies». Aujourd’hui, environ un tiers des espèces sont menacées d’extinction «et chaque année environ 1% supplémentaire s’ajoute à la liste», ont calculé Francisco Sanchez-Bayo et Kris Wyckhuys, des universités de Sydney et du Queensland. Ce qui équivaut, notent-ils, «au plus massif épisode d’extinction» depuis la disparition des dinosaures.
En accord avec cette précédente étude, les scientifiques américains jugent que la disparition des insectes aurait «des conséquences dévastatrices pour la vie sur cette planète». Exemple de service vital rendu par les insectes, et sans doute le plus connu, la pollinisation des cultures. À l’inverse, exemple d’impact de leur disparition sur toute la chaîne alimentaire: le déclin «vertigineux» des oiseaux des campagnes révélé en France en 2018. Selon une étude parue fin 2017 et basée sur des captures réalisées en Allemagne, l’Europe aurait perdu près de 80% de ses insectes en moins de 30 ans, contribuant à faire disparaître plus de 400 millions d’oiseaux. Oiseaux, mais aussi hérissons, lézards, amphibiens, poissons... tous dépendent de cette nourriture.
L’impact le plus familier de la pollution lumineuse sur les insectes concerne les papillons de nuit. Ils prennent d’assaut une ampoule, la prenant pour la lune, et finissent par mourir. Un tiers des insectes piégés dans leur orbite meurt avant le matin, selon les travaux cités dans le rapport publié le 16 novembre dernier, soit par épuisement, soit en finissant dans l’estomac d’un de leurs prédateurs. En ce qui concerne les phares des voitures, ils constituent un piège mortel qui entraînerait la mort de près de 100 milliards d’insectes chaque été rien qu’en Allemagne.
Les chercheurs, qui ne prônent pas la disparition de la lumière la nuit, recommandent de l’utiliser «à bon escient». S’ils déconseillent les lumières bleue pour son leur intensité, ils prônent davantage les ampoules LED, dont l’intensité peut être régulée, ou les détecteurs de mouvement qui réduisent la pollution lumineuse.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
APOCALYPSE NOW

A quoi bon s’apitoyer sur le sort des insectes, ces guêpes, ces taons, ces horribles moustiques qui nous tourmentent et je ne parle pas de ces affreux frelons. Biens sûr il ya ces pauvres abeilles qui fécondent nos arbres fruitiers et nous fournissent leur délicieux miel.  

Mais il y aussi les oiseaux qu’on aime et les hérissons que les enfants adorent…Il convient donc de les nourrir autant que nous le pouvons Ils raffolent, à défaut d’insectes, de graines de tournesol et se précipitent dans la mangeoire dès que je les y dépose. Ils aiment aussi le pain sec qu’on aurait grand tort de jeter à la poubelle, les couennes de lard et le fromage après la date de péremption. Ne rien jeter donc avant de penser à eux.
 Les Chinois ont si bien éliminé les abeilles que des hommes et des femmes-abeilles  pollinisent les vergers à la main. Tous les habitants du village en âge de travailler sont mobilisés pour la pollinisation à la main Jobs, jobs, jobs ! Excellente moyen de juguler le chômage. « La pollinisation manuelle requiert beaucoup de main-d'oeuvre cependant, les abeilles comprennent bien mieux les végétaux que les humains », Mais attention, « les changements socio-économiques que connaît aujourd'hui la Chine rendent la pollinisation à la main de plus en plus coûteuse, alors que la dépense semblait négligeable à la fin des années 1980, lorsque les paysans s'y convertirent. »
Jusqu’il à environ deux siècles, l’homme vivait en parfaite symbiose avec la nature. Les diverses révolutions industrielles ont rompu le contrat harmonieux homme- nature. L’espèce humaine risque vraiment de ne pas y survivre.
MG 


DANS LE SICHUAN, DES « HOMMES-ABEILLES » POLLINISENT A LA MAIN LES VERGERS
Faute de butineuses, tuées par les insecticides, les paysans chinois pollinisent à la main leurs pommiers.
Par Harold Thibault  Publié le 23 avril 2014 dans le Monde
 Par ailleurs, dans les champs, les cultivateurs utilisent largement les produits phytosanitaires pour éliminer les insectes qui menacent leurs fruits. Gilles Sabrié pour "Le Monde"
La saison de la pollinisation bat son plein dans les vergers du Sichuan, dans le sud-ouest de la Chine. Perchés aux branches des pommiers, les agriculteurs du village de Nanxin se contorsionnent pour atteindre les fleurs les plus éloignées. Faire le travail réservé ailleurs sur la planète aux abeilles requiert une certaine agilité.
A en croire Zhen Xiuqiong, 56 ans, tout est question d'habitude. Voilà plus de vingt ans qu'elle grimpe sur ses arbres et ceux de ses voisins dès l'apparition du printemps. S'il peut arriver qu'une branche casse, elle dit ne jamais avoir peur.
Tous les habitants du village en âge de travailler sont mobilisés pour la pollinisation à la main. Cette année, elle a commencé mi-avril et devra être achevée avant le 27 ou 28 du même mois. Ce calendrier strict, fixé par la météo et le cycle de floraison, impose de faire vite. Les plus anciens de ces paysans acrobates sont adroits et arrivent à déposer le pollen sur toutes les fleurs d'un arbre en à peine une demi-heure ! Une performance nécessaire puisque chaque propriétaire possède de 100 à 200 pommiers.
Zeng Zigao, 38 ans, explique que le système repose beaucoup sur l'entraide : les proches sont réquisitionnés le temps de l'opération. Mais les délais sont si resserrés qu'il doit aussi employer des saisonniers : cinq ou six personnes cette année, qu'il payera 80 yuans (9,2 euros) par jour, auxquels s'ajoutent leurs déjeuners et leurs dîners. « C'est un investissement mais, si je loupe la saison, je n'aurai pas assez de fruits, donc c'est une garantie de rendement », précise M. Zeng. Le paysan s'estime chanceux, car, dans d'autres vergers, les travailleurs exigent déjà 100 yuans par journée.
BOÎTE À CHEWING-GUM EMPLIE DE POLLEN
Le meilleur outil pour la pollinisation à la main est une tige au bout de laquelle est fixé soit un filtre de cigarette, soit une pointe d'effaceur scolaire. Autour du cou, les hommes ou les femmes-abeilles portent une petite boîte à chewing-gum emplie de pollen récolté des fleurs d'autres pommiers, séché au soleil et moulu. Dans d'autres régions de Chine, des intermédiaires vendent du pollen, mais, à Nanxin, on juge que leur poudre risque d'être de mauvaise qualité. Le pollen perd rapidement sa fertilité, parfois à peine passé le temps du transport routier.
S'ils ne cachent rien de leurs techniques, ces cultivateurs sont plus flous sur les raisons qui les obligent à se substituer aux insectes. Kang Zhaogui, 49 ans, juge du haut de son arbre que la baisse de la population d'abeilles est évidente ici depuis les années 1990.

Des journalistes n'ont pas hésité à faire le lien avec le Grand Bond en avant, lancé en 1958 par Mao Zedong, qui se termina en famine. Les Chinois furent alors appelés à en finir avec les moineaux qui « volaient » le grain du peuple, ce qui, en retour, conduisit à la prolifération des insectes et donc à la pulvérisation massive d'insecticides. Mais aucun des chercheurs chinois qui se sont penchés sur la question de la pollinisation manuelle ne prête le moindre crédit à cette théorie.
LA MAIN LOURDE SUR LES INSECTICIDES
Que s'est-il donc passé ? Première explication : les forêts, habitat naturel des abeilles, ont perdu de leur superficie ces dernières décennies dans la région, au profit des champs. Mais ce déficit de territoire n'explique pas tout. En réalité, les cultivateurs, peu éduqués, utilisent largement les produits phytosanitaires pour éliminer les insectes qui menacent leurs fruits. Et préfèrent en répandre trop que pas assez, car leurs revenus dépendent largement de leur récolte. Avec 0,08 hectare de terre arable par habitant en Chine (contre 0,28 en France et 0,51 aux Etats-Unis, selon la Banque mondiale), « les paysans veulent exploiter leur champ de la manière la plus intense », constate Tang Ya, professeur à l'université du Sichuan.
La pollinisation manuelle permet aussi d'assurer une fécondation croisée avec les variétés de pommes les plus populaires sur le marché. Traiter minutieusement chaque fleur assure que l'arbre sera surchargé de fruits lorsque viendra la récolte.
An Jiandong, chercheur au département d'apiculture de l'Académie chinoise des sciences agricoles, constate qu'aucune étude sérieuse n'a jusqu'à présent été réalisée sur le déclin des pollinisateurs en Chine. « La pollinisation manuelle requiert beaucoup de main-d'oeuvre et les abeilles comprennent bien mieux les végétaux que les humains », estime M. An.
L'ironie de la situation n'échappe pas à Zhen Xiuqiong, l'agricultrice perchée sur sa branche : son mari est apiculteur. S'il loue bien ses abeilles à certains vergers de la région, hors de question de les laisser butiner les arbres qui occupent tant son épouse, car elle a la main lourde sur les insecticides. « Si ses abeilles pollinisaient ici, elles mourraient », craint Mme Zhen.
Son voisin, Kang Zhaogui, pense comme elle, d'autant qu'il convient de pulvériser les produits chimiques avant la floraison, de sorte qu'aucun loueur d'abeilles ne se risquerait dans sa plantation : « Les abeilles ne survivraient pas. »
D'AUTRES FRUITS PLUS RENTABLES
A l'heure où la mauvaise qualité des produits agroalimentaires est devenue une question politique majeure en Chine, les habitants de Nanxin admettent que les autorités se montrent désormais plus strictes lors des contrôles des fruits. Du coup, les paysans tendent à employer des insecticides moins puissants, même si certains d'entre eux reconnaissent qu'ils compensent en pulvérisant plus fréquemment…
Selon le professeur Tang, qui se rend souvent à Nanxin, les changements socio-économiques que connaît aujourd'hui la Chine rendent la pollinisation à la main de plus en plus coûteuse, alors que la dépense semblait négligeable à la fin des années 1980, lorsque les paysans s'y convertirent.
Déjà, la hausse du coût de la vie pousse les villageois à se tourner vers d'autres fruits plus rentables. Si leurs pommes ne sont vendues qu'un yuan la livre (12 centimes d'euro) au grossiste, les cerises peuvent atteindre vingt fois ce prix.
Selon le scientifique, la rapide hausse des salaires pourrait décourager les agriculteurs de recourir à la pollinisation manuelle. La location par des apiculteurs itinérants de leurs abeilles pourrait se substituer aux « hommes-abeilles » à condition que les habitants se résignent à réduire leur usage d'agents toxiques.
Mais M. Tang constate surtout que la jeune génération est davantage attirée par les lumières de la ville que par le métier d'apiculteur ambulant, qui transporte ses ruches de village en village. Tous ces éléments, espère l'expert en environnement, pourraient inciter les agriculteurs à adopter des pratiques « durables » susceptibles de permettre aux abeilles de reprendre du service.
Harold Thibault