samedi 16 novembre 2019

Édito: une vision nationaliste de la Culture

La Libre
Un édito de Francis Van de Woestyne.

Les artistes d’origine flamande sont au sommet de leur art. Reconnus internationalement pour leur originalité, leur audace, la force de leur création, ils dominent les disciplines dans lesquelles ils s’investissent. Quelques exemples.
Quatre-vingts œuvres de Luc Tuymans occupent depuis plusieurs mois le Palazzo Grassi, à Venise. Ivo van Hove est célébré à chaque création théâtrale. Après avoir enflammé Avignon, sa version des Damnés a fait salle comble à Paris, New York, Londres. Les œuvres de Wim Delvoye font débat, parfois scandale : mais il est suivi, craint, admiré. Les chorégraphes flamands, ATDK, Fabre, Platel ou Vandekeybus font partie de cette vague flamande qui secoue le monde. Quand on cherche un directeur de théâtre en Europe, tous les regards se tournent vers Peter de Caluwe, le patron de La Monnaie. Qui dirige Le Grand Palais, à Paris ? Chris Dercon. Tous ont commencé leur carrière en Flandre, dans cette Communauté qui a toujours pris soin de ses artistes.
Si les entreprises flamandes exportent partout, c’est grâce à la qualité de leurs produits. C’est aussi parce que les artistes flamands portent haut leurs couleurs. Investir dans la culture, cela rapporte.
Pourtant, le gouvernement flamand a décidé de "maximiser la valeur sociétale, personnelle et économique de la Culture". Traduction ? Il veut réduire au silence certains artistes sans doute trop libres dans leur pensée, leur création. Oui parfois, des projets financés paraissent décalés, voire provocateurs. Mais ici, la sanction est brutale et immédiate. Et pour tout dire, politiquement orientée.
Le gouvernement flamand avait annoncé vouloir renforcer l’identité flamande. Mais, apparemment, l’art n’est pertinent que lorsqu’il est au service d’une Flandre nationaliste. Les libéraux et les démocrates chrétiens partagent-ils cette conception passéiste de la Culture, qui favorise l’héritage et pénalise les créateurs actuels ?

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

Jambon fait du Trump. Sa politique culturelle vise essentiellement à flatter son électorat, les hypernationalistes, ceux qui ont la fâcheuse tendance à fuir la NVA au profit du Vlaams Belang traduction : le parti des intérêts de la Flandre et rien que des Flamands de souche. 
Le succès électoral sans précédent du Belang aux élections de mai est une menace directe pour le Parti de Bart De Wever. Il sait que son étoile pâlit et il panique en introduisant un canon flamand, sorte de bréviaire du politiquement correct de droite. Le monde culturel flamand n’est pas seulement brillant, il est aussi rebelle et allergique à la tendance Francken : il fait de la résistance et doit par conséquent  être mis au pas, ou plus exactement au pain sec et à l’eau comme la VRT du reste. Ce n’est pas encore de Goebbels mais ça s’en rapproche dangereusement : c’est du Jambon et c’est même pardonnez moi l’image facile : la fin du Jambon.


COUPE DANS LE BUDGET DE LA CULTURE EN FLANDRE : VA-T-ON VERS UN ART "OFFICIEL" ?

Une opinion d'Antoine Vandenbulke, assistant au sein de l'unité de Droit économique et Théorie du droit de l'ULiège. (extraits)

Le budget alloué à la culture en Flandre fait grise mine. Le risque ? Voir naître un art uniformisé et servile à l’égard du pouvoir politique en place.

M. Jan Jambon, s’ouvrait pourtant de manière favorable en proclamant que "La culture est dans l’ADN des Flamands" ("Cultuur zit in het DNA van de Vlaming"). Elle n’en échappe pas pour autant au couperet des économies budgétaires.
Les petites organisations, sont les principales visées puisque leur budget devrait passer de 8,47 millions à 3,39 millions en 2020, soit une diminution de près de 60 pourcents des sommes octroyées. 
De l’autre, les subventions de fonctionnement, qui soutiennent structurellement les organisations, sont moins lourdement touchées puisque leurs montants devraient être réduits de 6 pourcents. 
En dépit de ces cures d’amaigrissement, le ministre Jambon insiste néanmoins sur l’importance de soutenir la culture et les artistes flamands sur la scène internationale. C’est la raison pour laquelle les institutions les plus prestigieuses sont en partie épargnées ; des investissements devraient même être engagés dans certaines de leurs infrastructures. 
Cette décision et les réactions qu’elle suscite mettent en exergue deux problématiques essentielles relatives au financement public des arts.
D’une part, elles soulignent l’importante et persistante dépendance du secteur vis-à-vis des aides publiques. Les mécanismes traditionnels de marché fondés sur l’interaction de l’offre et la demande ne permettent pas à de nombreuses organisations culturelles de subsister économiquement et les ressources privées alternatives (mécénat, tax shelter) restent trop marginales pour compenser un retrait important du financement public.
D’autre part, la suppression de certaines aides et la volonté d’orienter les fonds vers une certaine forme de culture alimentent la crainte d’une dérive vers un art officiel, difficilement admissible dans une démocratie libérale. 
En réduisant drastiquement les ressources budgétaires, le nouveau gouvernement flamand risque non seulement de mettre en danger la viabilité et la pérennité d’une partie du secteur, mais dispose en outre d’une marge de manœuvre plus importante dans la sélection des projets proposés (compte tenu de la manne financière restreinte, un nombre plus réduit de projets seront sélectionnés et, par voie de conséquence, un nombre plus important de projets - le cas échéant plus dérangeants pour le pouvoir politique - en seront exclus). Ce n’est donc pas seulement la menace du naufrage qui pèse sur le monde culturel flamand, c’est aussi celle qu’une certaine culture, plus servile à l’égard du pouvoir politique en place, soit subrepticement imposée au détriment du pluralisme et de la diversité.
"SANS LES INNOVATIONS DES ARTISTES VISIONNAIRES, LA CULTURE POPULAIRE N'ATTEINDRA PAS NON PLUS SON NIVEAU ACTUEL.
Knack (extraits)
Katia Segers, députée flamande de SP.A et maître de conférences en sciences de la communication à la VUB : " Sans les innovations des artistes visionnaires, la culture populaire n'atteindra plus son niveau actuel ". La bataille culturelle a commencé. Notre passé culturel est en cours de canonisation ; il doit se mettre au service de la Flandre et surtoutv de l’avenir de la Nation flamande. Le ministre de la Culture Jan Jambon fait des choix clairs : pour les grandes institutions, pour le patrimoine, pour la brique et le mortier et il fragilise l'humus de l'art et de la culture : l’ innovation artistique par le travail socio-culturel, la participation, l’éducation culturelle. 
En revanche un subventionnement généreux ira au « canon flamand » : , un musée de la culture flamande et une promotion des  " ambassadeurs culturels " (qui sont donc de retour depuis le gouvernement Van den Brande) tels que les collectionneurs privés Fernand Huts et Axel Vervoordt, qui doivent promouvoir la Flandre à l'étranger.
Une culture commune issue d'un passé commun devrait stimuler la formation de la nation flamande, permettre aux esprits de mûrir et ensuite gagner les cœurs à l'indépendance de la Flandre. 
Les économies culturelles de Jambon contiennent un double, ils sont surtout une formidable  erreur systémique.
L'erreur dans  système dans la pensée de Jambon, c’est qu’il  est convaincu que l’art et la culture flamande n'excelleront qu'en investissant dans le top, le somme de la pyramide. Il ne comprend pas que le domaine culturel est une pyramide complexe avec sa propre dynamique dans laquelle tous les acteurs jouent leur rôle dans la création, la diffusion et la transmission de l'art et de la culture du bas vers le haut. Le renouvellement se fait au niveau de la base, par le biais de subventions de projets.
 Sans les innovations des artistes visionnaires, la culture populaire n'atteindra pas non plus son niveau actuel.
Prendre des ressources à la base de cette pyramide signifie que le sommet sera asséché à court terme. 
Une bataille culturelle se livre sur la base des jeunes étudiants en art, des artistes débutants et des centaines de milliers de bénévoles et d'artistes amateurs que la Flandre a à offrir.
Paralyser  cette dynamique au profit d'une tentative de canonisation du passé culturel flamand  et des joyaux de la couronne est un danger  mortel pour le secteur et inefficace pour qui a son propre agenda, à savoir permettre aux esprits de mûrir pour l'indépendance flamande. »


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
JAMBON FAIT DU TRUMP MALGRE LUI

La politique culturelle de Jambon est une politique inspirée par la panique. La NVA a perdu de nombreux électeurs attirés par le radicalisme du Belang. Elle sait qu’elle en perdra encore davantage si elle ne durcit pas sa position. Bart de Wever est en perte de vitesse, son étoile pâlit et il le sait.
Il fait tout pour se montrer plus nationaliste que le Belang. Il exige une justice flamande, demande une sécu flamande, veut « nationaliser » l’aéroport de Zaventem. Surtout il hésite à entrer dans une coalition fédérale. Il ne m’étonnerait pas qu’il souhaite des élections anticipées. Il sait qu’il en sortirait, côté flamand une majorité NVA-Belang avec un avantage Belang. Ce cas de figure lui permettrait de jouer un rôle historique : devenir le premier président de al République Flandre. A mon sens, cela le tente.
Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir ; monsieur Jambon fait du Trump en sachant ce qu’il fait : flatter son électorat dont il sait combien il est devenu volatile. Le SPA, le VLD et le CD&V se réduisent à peau de chagrin. La NVA risque de subir le même sort au bénéfice du Belang qui monte, qui monte. L’ascension du Belang ressemble à celle d’Arturi Ui dans le sens où elle est résistible. Résistible dans la pièce de Brecht mais point du tout sur la scène politique flamande. La Belgique ne tient plus qu’à un fil, non pas par la volonté de ses habitants mais par les tribulations su monde politique.
Je ne vois vraiment pas comment on va éviter la sécession qui sur le plan économique et social ne va rien résoudre et va au contraire tout compliquer en ruinant les Belges.
MG




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