samedi 23 novembre 2019

La lumière artificielle, coupable négligée dans la disparition des insectes


Selon une étude publiée le 16 novembre dernier, la pollution lumineuse aurait un effet néfaste sur les populations d’invertébrés volants. Et ce pour plusieurs raisons.
Tout le monde a déjà pu observer la scène: une ampoule allumée en pleine nuit, sous le porche d’une maison ou grâce à un lampadaire au milieu d’une rue, assiégé par une foule d’insectes. Le phénomène est bien connu. Ces petits animaux volants (moustiques, mouches, papillons...) sont irrémédiablement attirés par la lumière. Car, pour réussir à voler de nuit, les insectes nocturnes ont mis au point il y a quelques millénaires une technique imparable jusqu’à la création de l’ampoule: fixer un astre et se déplacer en gardant un angle constant par rapport à lui. L’arrivée de l’éclairage artificiel, autour duquel ils tournent frénétiquement jusqu’à épuisement, expliquerait en partie leur disparition progressive.
Selon une étude de scientifiques américains publiée dans la revue Biological Conservation le 16 novembre dernier - la plus importante synthèse des connaissances sur ce sujet à ce jour - la pollution lumineuse serait un facteur important, mais négligé, du déclin des populations d’insectes à travers le monde. Car la lumière artificielle peut affecter tous les aspects de la vie des invertébrés: leur mort autour des ampoules, la recherche de nourriture, la disparition des signaux d’accouplement des lucioles et des éphémères, qui ne se voient que dans le noir le plus total, ou encore le fait d’être vulnérables face à leurs prédateurs (rats ou grenouilles). «Nous croyons fermement que la lumière artificielle nocturne - combinée à la perte d’habitat, le recours aux pesticides et aux engrais de synthèse, l’agriculture intensive, les espèces envahissantes et le changement climatique - est en train de provoquer la disparition des insectes», ont conclu les auteurs de cette étude inédite, qui fait la synthèse de plus de 150 recherches antérieures. Et de conclure: «Nous postulons ici que la lumière artificielle est un facteur important - mais souvent négligé - de l’apocalypse des insectes».
La différence avec les autres facteurs de déclin est que la pollution lumineuse est plutôt facile à prévenir, soulignent les chercheurs. Il suffit en effet d’éteindre les lumières inutiles et d’utiliser des ampoules appropriées. «Cela pourrait ainsi réduire considérablement la perte d’insectes, et ce très rapidement», ont écrit les chercheurs. Pour Brett Seymoure, auteur principal de la revue et membre de l’Université Saint-Louis de Washington, la lumière artificielle «est un éclairage provoqué par l’homme, allant des lampadaires aux torches à gaz pour extraire le pétrole. Cela peut affecter les insectes dans presque tous les aspects de leur vie».
«Prendre le chemin de l’extinction»
À la fin du XIXe siècle, les insectes constituaient les deux tiers (66 %) des espèces terrestres. Soit un peuple diversifié de près d’un million d’espèces sur Terre, dont la moitié vit la nuit. Aujourd’hui, selon un bilan réalisé par des chercheurs australiens et publié en février dernier, près de la moitié des insectes sont en déclin rapide dans le monde entier. «La conclusion est claire, soulignent les auteurs, à moins que nous ne changions nos façons de produire nos aliments, les insectes auront pris le chemin de l’extinction en quelques décennies». Aujourd’hui, environ un tiers des espèces sont menacées d’extinction «et chaque année environ 1% supplémentaire s’ajoute à la liste», ont calculé Francisco Sanchez-Bayo et Kris Wyckhuys, des universités de Sydney et du Queensland. Ce qui équivaut, notent-ils, «au plus massif épisode d’extinction» depuis la disparition des dinosaures.
En accord avec cette précédente étude, les scientifiques américains jugent que la disparition des insectes aurait «des conséquences dévastatrices pour la vie sur cette planète». Exemple de service vital rendu par les insectes, et sans doute le plus connu, la pollinisation des cultures. À l’inverse, exemple d’impact de leur disparition sur toute la chaîne alimentaire: le déclin «vertigineux» des oiseaux des campagnes révélé en France en 2018. Selon une étude parue fin 2017 et basée sur des captures réalisées en Allemagne, l’Europe aurait perdu près de 80% de ses insectes en moins de 30 ans, contribuant à faire disparaître plus de 400 millions d’oiseaux. Oiseaux, mais aussi hérissons, lézards, amphibiens, poissons... tous dépendent de cette nourriture.
L’impact le plus familier de la pollution lumineuse sur les insectes concerne les papillons de nuit. Ils prennent d’assaut une ampoule, la prenant pour la lune, et finissent par mourir. Un tiers des insectes piégés dans leur orbite meurt avant le matin, selon les travaux cités dans le rapport publié le 16 novembre dernier, soit par épuisement, soit en finissant dans l’estomac d’un de leurs prédateurs. En ce qui concerne les phares des voitures, ils constituent un piège mortel qui entraînerait la mort de près de 100 milliards d’insectes chaque été rien qu’en Allemagne.
Les chercheurs, qui ne prônent pas la disparition de la lumière la nuit, recommandent de l’utiliser «à bon escient». S’ils déconseillent les lumières bleue pour son leur intensité, ils prônent davantage les ampoules LED, dont l’intensité peut être régulée, ou les détecteurs de mouvement qui réduisent la pollution lumineuse.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
APOCALYPSE NOW

A quoi bon s’apitoyer sur le sort des insectes, ces guêpes, ces taons, ces horribles moustiques qui nous tourmentent et je ne parle pas de ces affreux frelons. Biens sûr il ya ces pauvres abeilles qui fécondent nos arbres fruitiers et nous fournissent leur délicieux miel.  

Mais il y aussi les oiseaux qu’on aime et les hérissons que les enfants adorent…Il convient donc de les nourrir autant que nous le pouvons Ils raffolent, à défaut d’insectes, de graines de tournesol et se précipitent dans la mangeoire dès que je les y dépose. Ils aiment aussi le pain sec qu’on aurait grand tort de jeter à la poubelle, les couennes de lard et le fromage après la date de péremption. Ne rien jeter donc avant de penser à eux.
 Les Chinois ont si bien éliminé les abeilles que des hommes et des femmes-abeilles  pollinisent les vergers à la main. Tous les habitants du village en âge de travailler sont mobilisés pour la pollinisation à la main Jobs, jobs, jobs ! Excellente moyen de juguler le chômage. « La pollinisation manuelle requiert beaucoup de main-d'oeuvre cependant, les abeilles comprennent bien mieux les végétaux que les humains », Mais attention, « les changements socio-économiques que connaît aujourd'hui la Chine rendent la pollinisation à la main de plus en plus coûteuse, alors que la dépense semblait négligeable à la fin des années 1980, lorsque les paysans s'y convertirent. »
Jusqu’il à environ deux siècles, l’homme vivait en parfaite symbiose avec la nature. Les diverses révolutions industrielles ont rompu le contrat harmonieux homme- nature. L’espèce humaine risque vraiment de ne pas y survivre.
MG 


DANS LE SICHUAN, DES « HOMMES-ABEILLES » POLLINISENT A LA MAIN LES VERGERS
Faute de butineuses, tuées par les insecticides, les paysans chinois pollinisent à la main leurs pommiers.
Par Harold Thibault  Publié le 23 avril 2014 dans le Monde
 Par ailleurs, dans les champs, les cultivateurs utilisent largement les produits phytosanitaires pour éliminer les insectes qui menacent leurs fruits. Gilles Sabrié pour "Le Monde"
La saison de la pollinisation bat son plein dans les vergers du Sichuan, dans le sud-ouest de la Chine. Perchés aux branches des pommiers, les agriculteurs du village de Nanxin se contorsionnent pour atteindre les fleurs les plus éloignées. Faire le travail réservé ailleurs sur la planète aux abeilles requiert une certaine agilité.
A en croire Zhen Xiuqiong, 56 ans, tout est question d'habitude. Voilà plus de vingt ans qu'elle grimpe sur ses arbres et ceux de ses voisins dès l'apparition du printemps. S'il peut arriver qu'une branche casse, elle dit ne jamais avoir peur.
Tous les habitants du village en âge de travailler sont mobilisés pour la pollinisation à la main. Cette année, elle a commencé mi-avril et devra être achevée avant le 27 ou 28 du même mois. Ce calendrier strict, fixé par la météo et le cycle de floraison, impose de faire vite. Les plus anciens de ces paysans acrobates sont adroits et arrivent à déposer le pollen sur toutes les fleurs d'un arbre en à peine une demi-heure ! Une performance nécessaire puisque chaque propriétaire possède de 100 à 200 pommiers.
Zeng Zigao, 38 ans, explique que le système repose beaucoup sur l'entraide : les proches sont réquisitionnés le temps de l'opération. Mais les délais sont si resserrés qu'il doit aussi employer des saisonniers : cinq ou six personnes cette année, qu'il payera 80 yuans (9,2 euros) par jour, auxquels s'ajoutent leurs déjeuners et leurs dîners. « C'est un investissement mais, si je loupe la saison, je n'aurai pas assez de fruits, donc c'est une garantie de rendement », précise M. Zeng. Le paysan s'estime chanceux, car, dans d'autres vergers, les travailleurs exigent déjà 100 yuans par journée.
BOÎTE À CHEWING-GUM EMPLIE DE POLLEN
Le meilleur outil pour la pollinisation à la main est une tige au bout de laquelle est fixé soit un filtre de cigarette, soit une pointe d'effaceur scolaire. Autour du cou, les hommes ou les femmes-abeilles portent une petite boîte à chewing-gum emplie de pollen récolté des fleurs d'autres pommiers, séché au soleil et moulu. Dans d'autres régions de Chine, des intermédiaires vendent du pollen, mais, à Nanxin, on juge que leur poudre risque d'être de mauvaise qualité. Le pollen perd rapidement sa fertilité, parfois à peine passé le temps du transport routier.
S'ils ne cachent rien de leurs techniques, ces cultivateurs sont plus flous sur les raisons qui les obligent à se substituer aux insectes. Kang Zhaogui, 49 ans, juge du haut de son arbre que la baisse de la population d'abeilles est évidente ici depuis les années 1990.

Des journalistes n'ont pas hésité à faire le lien avec le Grand Bond en avant, lancé en 1958 par Mao Zedong, qui se termina en famine. Les Chinois furent alors appelés à en finir avec les moineaux qui « volaient » le grain du peuple, ce qui, en retour, conduisit à la prolifération des insectes et donc à la pulvérisation massive d'insecticides. Mais aucun des chercheurs chinois qui se sont penchés sur la question de la pollinisation manuelle ne prête le moindre crédit à cette théorie.
LA MAIN LOURDE SUR LES INSECTICIDES
Que s'est-il donc passé ? Première explication : les forêts, habitat naturel des abeilles, ont perdu de leur superficie ces dernières décennies dans la région, au profit des champs. Mais ce déficit de territoire n'explique pas tout. En réalité, les cultivateurs, peu éduqués, utilisent largement les produits phytosanitaires pour éliminer les insectes qui menacent leurs fruits. Et préfèrent en répandre trop que pas assez, car leurs revenus dépendent largement de leur récolte. Avec 0,08 hectare de terre arable par habitant en Chine (contre 0,28 en France et 0,51 aux Etats-Unis, selon la Banque mondiale), « les paysans veulent exploiter leur champ de la manière la plus intense », constate Tang Ya, professeur à l'université du Sichuan.
La pollinisation manuelle permet aussi d'assurer une fécondation croisée avec les variétés de pommes les plus populaires sur le marché. Traiter minutieusement chaque fleur assure que l'arbre sera surchargé de fruits lorsque viendra la récolte.
An Jiandong, chercheur au département d'apiculture de l'Académie chinoise des sciences agricoles, constate qu'aucune étude sérieuse n'a jusqu'à présent été réalisée sur le déclin des pollinisateurs en Chine. « La pollinisation manuelle requiert beaucoup de main-d'oeuvre et les abeilles comprennent bien mieux les végétaux que les humains », estime M. An.
L'ironie de la situation n'échappe pas à Zhen Xiuqiong, l'agricultrice perchée sur sa branche : son mari est apiculteur. S'il loue bien ses abeilles à certains vergers de la région, hors de question de les laisser butiner les arbres qui occupent tant son épouse, car elle a la main lourde sur les insecticides. « Si ses abeilles pollinisaient ici, elles mourraient », craint Mme Zhen.
Son voisin, Kang Zhaogui, pense comme elle, d'autant qu'il convient de pulvériser les produits chimiques avant la floraison, de sorte qu'aucun loueur d'abeilles ne se risquerait dans sa plantation : « Les abeilles ne survivraient pas. »
D'AUTRES FRUITS PLUS RENTABLES
A l'heure où la mauvaise qualité des produits agroalimentaires est devenue une question politique majeure en Chine, les habitants de Nanxin admettent que les autorités se montrent désormais plus strictes lors des contrôles des fruits. Du coup, les paysans tendent à employer des insecticides moins puissants, même si certains d'entre eux reconnaissent qu'ils compensent en pulvérisant plus fréquemment…
Selon le professeur Tang, qui se rend souvent à Nanxin, les changements socio-économiques que connaît aujourd'hui la Chine rendent la pollinisation à la main de plus en plus coûteuse, alors que la dépense semblait négligeable à la fin des années 1980, lorsque les paysans s'y convertirent.
Déjà, la hausse du coût de la vie pousse les villageois à se tourner vers d'autres fruits plus rentables. Si leurs pommes ne sont vendues qu'un yuan la livre (12 centimes d'euro) au grossiste, les cerises peuvent atteindre vingt fois ce prix.
Selon le scientifique, la rapide hausse des salaires pourrait décourager les agriculteurs de recourir à la pollinisation manuelle. La location par des apiculteurs itinérants de leurs abeilles pourrait se substituer aux « hommes-abeilles » à condition que les habitants se résignent à réduire leur usage d'agents toxiques.
Mais M. Tang constate surtout que la jeune génération est davantage attirée par les lumières de la ville que par le métier d'apiculteur ambulant, qui transporte ses ruches de village en village. Tous ces éléments, espère l'expert en environnement, pourraient inciter les agriculteurs à adopter des pratiques « durables » susceptibles de permettre aux abeilles de reprendre du service.
Harold Thibault




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