mardi 26 novembre 2019

Le peuple romain, génétiquement stable et homogène ?


Figaro
Certainement pas, d'après de nouveaux travaux archéo-génétiques, corroborant les grandes transitions génétiques de ce peuple sur 12.000 ans avec deux grandes vagues de migrations liées à l'agriculture et au commerce.
À son apogée, l'ancien Empire romain englobait la totalité de la Méditerranée et la vie de dizaines de millions de personnes en Europe, au Proche-Orient et en Afrique du Nord.
La génétique romaine, ce capharnaüm : par deux fois, le peuple qui devait devenir les Romains et finalement les Italiens du centre a vu son patrimoine génétique bouleversé, d'après de nouvelles recherches européennes mêlant archéologie et analyses ADN. Ces travaux, publiés dans Science, font écho à 12.000 ans d'histoire du peuple romain.
Bien avant la Rome impériale, impliquant Jules César et consorts, la région romaine était un important carrefour culturel entre l'Europe et la Méditerranée. Mais si cette époque antique est bien documentée, peu d'informations sont connues sur le brassage génétique de la région. En se penchant sur l'ADN de 127 individus de l'époque provenant de 29 sites archéologiques à Rome et en Italie centrale, des chercheurs des universités de Vienne, Stanford et la Sapienza ont analysé l'évolution des origines de ce peuple. Grâce à des estimations au carbone 14 ou par inférence du contexte archéologique, chacun de ces individus a pu être placé sur une frise couvrant près de 12.000 ans de préhistoire et d'histoire romaines.
Du mésolithique à l’Âge du Bronze : l'arrivée de l'agriculture
Au commencement, la population romaine du mésolithique, 10.000 ans avant notre ère, ne montrait qu'une faible diversité génétique. L'ADN de cette époque était en effet 30% moins hétérozygote que celui des romains modernes, c'est-à-dire que les deux exemplaires que l'être humain a de chacun de ses gènes étaient souvent identiques, indiquant un faible brassage génétique. Mais deux migrations majeures vers Rome vont venir secouer cette forte homogénéité.
La première transition est intervenue lorsque les paysans agriculteurs du Néolithique ont remplacé les chasseurs-cueilleurs mésolithiques, environ 7.000 ans avant notre ère. La population s'enrichit alors d'un afflux d’agriculteurs issus principalement de Turquie et d’Iran, entre 5.000 et 3.000 ans avant notre ère. Cette transition a coïncidé avec l'introduction de produits domestiques tels que le blé, l'orge, les légumineuses, les moutons et les bovins en Italie. 
De l'Âge du Bronze à la fondation de Rome : le commerce ouvre les frontières
La seconde transition de population a eu lieu au cours de l'Âge du Bronze, entre 2.900 et 900 ans avant notre ère : une fourchette peu précise car les chercheurs manquaient de données. Ce changement a coïncidé avec l'intensification des échanges et des interactions avec les populations de la Méditerranée - ou Mare Nostrum, "notre mer", comme l'appelaient les Romains – au moyen de chars et chariots récemment mis au point et grâce aux progrès de la navigation. C'est ainsi qu'au plus tard en 900 avant notre ère, peu de temps avant la fondation de Rome traditionnellement datée de 753 avant notre ère, la population de l'Âge du Fer s'est enrichie d'ancêtres iraniens, des steppes ukrainiennes et nord-africains… Jusqu'à ressembler, déjà, à la population méditerranéenne moderne. "Contrairement aux individus préhistoriques, les individus de l'Âge du Fer ressemblent génétiquement aux individus européens et méditerranéens modernes et affichent des origines diverses, alors que l'Italie centrale devient de plus en plus reliée à des communautés lointaines par le biais de nouveaux réseaux de commerce, de colonisation et de conflits", élaborent les chercheurs dans la publication.
Un Empire qui englobe toute la mer Méditerranée
Et cela ne faisait que commencer. Car bien que Rome ait commencé comme une ville modeste, 800 ans plus tard, elle avait pris le contrôle d'un empire qui s'étendait aussi à l'ouest que la Grande-Bretagne, au sud jusqu'en Afrique du Nord et à l'est en Syrie, en Jordanie et en Irak. La génétique des individus de l'époque s'enrichit et se complexifie à nouveau, principalement de l'est de la méditerranée, mais peu de l'ouest. À l'appui de ces conclusions, les auteurs citent des preuves d'un établissement à long terme à Rome de personnes originaires de l'est, comme les lieux de naissance enregistrés dans les inscriptions funéraires et la fréquence des temples et sanctuaires consacrés aux dieux grecs, phrygiens, syriens et égyptiens.
Pourquoi si peu d'immigration de l'ouest et autant de l'est, alors que la Gaule était conquise et fournissait son lot d'esclaves, d'huile d'olive ou de vins ? Pour les chercheurs, cela pourrait s'expliquer par la densité de population plus élevée dans l'est de la Méditerranée que dans l'ouest et la présence de mégapoles, telles qu'Athènes, Antioche et Alexandrie, susceptibles d'avoir entraîné un flux de personnes d'est en ouest pendant l'Antiquité.
Une perpétuelle mutation, qui se lit dans les génomes
Les siècles qui ont suivi ont été marqués par des troubles : l'empire s'est scindé en deux, des maladies et des guerres ont décimé la population de Rome et une série d'invasions ont frappé la ville. D'où une réduction des contacts avec la Méditerranée orientale et une augmentation du flux de gènes en provenance d’Europe. L'ascendance de la population s'est alors déplacée vers l'Europe du nord et de l'ouest. Plus tard, la montée et le règne du Saint Empire romain germanique entraînent un afflux d'ascendance européenne centrale et du nord.
La leçon, c'est que le monde antique était en perpétuelle mutation, à la fois en termes de culture et d'ascendance, explique dans un communiqué Jonathan Pritchard, un des principaux auteurs de ces travaux. "Nous étions surpris de la rapidité avec laquelle les ancêtres de la population ont évolué, en quelques siècles seulement, reflétant les alliances politiques changeantes de Rome au fil du temps", ajoute-t-il. "Même dans l'Antiquité, Rome était un creuset de cultures différentes."
À son apogée, l'ancien Empire romain englobait la totalité de la Méditerranée et la vie de dizaines de millions de personnes en Europe, au Proche-Orient et en Afrique du Nord. En son centre, la ville de Rome est la première à atteindre plus d'un million d'habitants dans le monde antique. Une taille qui restera inégalée en Europe jusqu'à l'aube de la révolution industrielle, près de 1.500 ans plus tard.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

La race blanche a dominé le monde pendant près de cinq siècles et voici que cette hégémonie nettement sur le déclin semble irrémédiablement prendre fin. On peut se demander à quoi ressemblera le continent européen dan cinq siècles, on peut même se demander si sa population aura su surmonter la crise qu’elle traverse en ce moment trente ans après la grande guerre civile européenne (1914-1989)
Il est fascinant de constater que la race blanche européenne est le résultat d’un melting pot, un creuset au moins aussi efficace que le modèle américain.   On a bien raison de dire que Rome ne fut pas construite en un seul jour. Pour être citoyen romain, il ne fallait pas être né à Rome mais sein de l’immense Mare Nostrum dans laquelle se côtoyaient et se mélangeaient, Germains, Vandales, Scots, Maghrébins, Israélites , Palestiniens, Egyptiens etc. Il y eut même des empereurs germains, espagnols et orientaux. Résolument  assimilationniste, l’empire romain a intégré des millions de nomades avant de succomber, accablé par une crise démographique et économique aux grandes invasions plongeant la civilisation dans un long moyen âge que l’on a peut être tort de qualifier d’âge sombre. 
MG



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