lundi 2 décembre 2019

La Belgique survivra-t-elle jusqu'en l'an 2030?




• Source : Le Vif
Claude Demelenne
essayiste, auteur de plusieurs ouvrages sur la gauche
Francophones et Flamands ne s'aiment plus. Au mieux, ils s'ignorent. La Belgique va devenir une coquille (presque) vide. Et c'est tant mieux.
Le casse-tête belge se résume en deux phrases. La Wallonie est l'une des régions les plus à gauche d'Europe. La Flandre, l'une des régions les plus à droite. Ce grand écart pourrait encore s'accentuer en cas de scrutin anticipé.
Derrière la vitrine belge : le brol !
Bart De Wever a raison : il y a deux démocraties en Belgique. Les rêves de la majorité des Flamands ne sont pas les mêmes que ceux de la majorité des Francophones. Il est urgent d'en tirer toutes les conséquences. Et d'en finir avec la fiction noir-jaune-rouge.
Dans un avenir prévisible, la Belgique ne va pas être scindée en deux Etats indépendants. L'exemple de la Catalogne a montré que l'Union européenne mettrait son veto. Pas question de donner des "mauvaises" idées à d'autres régions en quête d'autonomie. Il subsistera donc une vitrine belge. Mais derrière la vitrine, juste quelques brols.
Sortir de l'hypocrisie belge
Partons d'un principe simple : tout, absolument tout, peut être scindé. La Justice, la Police, l'Asile, la Politique migratoire, la SNCB, la Poste, les établissements culturels et scientifiques fédéraux, la Santé publique dans son entièreté, le nucléaire... Pas de tabou. Même la sécurité sociale ? Oui, même la sécurité sociale. A peine les gérants de la vitrine belge garderaient-ils les compétences de la Défense, des Affaires étrangères et certains aspects des Finances.
Tout est permis pour sortir de l'hypocrisie belge. - "l'Union fait la force", la belle blague ! La Belgique va s'évaporer. Le scénario indépendantiste - sans l'indépendance formelle - est incontournable. Les francophones doivent travailler consciencieusement avec les Flamands pour réussir ce scénario. Et cesser de les diaboliser. Nos voisins du Nord veulent voler de leurs propres ailes ? Pourquoi pas ? Ce n'est pas grave. Ce sont des choses qui arrivent dans l'histoire des peuples. De Wever n'est pas un monstre. La Flandre n'est pas quadrillée de casques à pointe prêts à envahir la Grand-Place de Bruxelles.
Indépendance soft et solidarité
Tout est possible pour clôturer le mauvais film belge. A une condition : aucun des conjoints du ménage tricolore en crise ne peut sortir perdant du processus d'indépendance soft qui s'annonce. Le point le plus sensible a évidemment trait à la sécurité sociale. En cas de scission sèche, la région la moins riche, la Wallonie, sera à la peine. Ce n'est évidemment pas tenable. Ni pour les Wallons, qui verront leur niveau de vie baisser. Ni d'ailleurs pour la Flandre, qui n'a aucun intérêt à appauvrir la région voisine, qui est son principal partenaire commercial. Des nouveaux mécanismes de solidarité seront à prévoir, comme il en existe déjà aujourd'hui dans la complexe machinerie institutionnelle belge.
La question des mécanismes de solidarité - sur une longue durée - est centrale. Aujourd'hui, bon nombre de francophones s'accrochent à la chimère d'un statu quo institutionnel parce qu'ils ont le sentiment que les flamingants veulent les détrousser comme dans un bois. En résumé, piller la caisse commune et mettre la Wallonie au régime sec. Beaucoup de francophones craignent des lendemains qui déchantent en cas de nouveau round institutionnel. Voilà pourquoi ils veulent le maintien de la Belgique sous sa forme actuelle. Pas par sentiment patriotique belge. Encore moins par amour des Flamands. Mais uniquement par peur d'une dégradation de leur niveau de vie dans l'après-Belgique.
Fétichisme des mots
Le temps est venu d'en finir avec le fétichisme des mots. La Belgique de demain sera-t-elle confédérale ? Il est inutile de se quereller sur la terminologie. Mieux vaut admettre pour principe que Flamands et francophones continueront demain à cohabiter dans un territoire inchangé, mais qu'ils y vivront de façon presque totalement indépendante.
Nos toujours compatriotes du Nord veulent encore moins de Belgique et encore plus de Flandre. C'est leur droit. Plutôt que de multiplier les vains discours anticonfédéralistes, les francophones doivent en prendre acte. Et reconnaître comme recevables- même si elles ne nous font pas plaisir - les aspirations flamandes. A court terme, la formation d'un gouvernement fédéral en sera facilitée. A moyen terme, la nouvelle majorité, au-delà de la gestion socio-économique courante, préparera le grand deal de la législature 2024-2029 : la scission de quasiment toutes les matières "belges", en échange de nouveaux mécanismes de solidarité, solides et irréversibles. Et de garanties renforcées pour les droits des francophones dans les communes flamandes de la périphérie bruxelloise.
Pour une Belgique a minima
La Belgique survivra-t-elle jusqu'en l'an 2030 ? Sous sa forme fédérale, la réponse est négative. Ce ne sera pas la fin du monde. Ce ne sera pas davantage la fin de notre modèle de compromis. Certes, la Belgique deviendra toujours davantage une coquille vide. Mais une Belgique a minima est préférable à la paralysie actuelle, où Flamands et francophones se regardent en chiens de faïence et sont incapables de former un gouvernement.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
AU-DELA DE CETTE LIMITE LES BILLETS NE SONT PLUS VALABLES. 
« UNE BELGIQUE A MINIMA EST PREFERABLE A LA PARALYSIE ACTUELLE »

La messe est dite ! Amen, requiem Belgique ! Bye , bye, gaiement séparons nous. Les Flamands continueront à aller se détendre dans les Ardennes mosanes et les Wallons à la Vlaamse kust. Ca c’est déjà moins sûr ! Flamands et francophones continueront à se fréquenter et à collaborer au sein du Benelux, cette entité discrète mais efficace qui réunit dans le delta d’or l’une des régions les plus prospères au monde depuis le moyen âge. Il y eut une Belgique ante Belgica, il y aura une Belgique post Belgica. Ce que ne dit pas Claude Demelenne c’est si nous serons plus heureux ainsi et surtout plus prospères. Autrefois nous avions un gouvernement et un parlement, nous en avons six désormais avec une soixantaine de ministres et des centaines de députés dont une majorité complètement dépités. Tout cela a un prix et il faudra payer très cher pour démultiplier les administrations de la sécu, de la justice, des chemins de fer, de la poste etc etc. Certes on créera des emplois ! Déjà qu’on est fichtrement endettés. Cela a peut être du sens au niveau politique mais cela n’en aucun au plan économique car nos économies sont totalement imbriquées dans une logique d’une inextricable complexité. Il n’est pas sans risque de vouloir démonter ce mécano subtil. En vérité, nous le savons tous, le divorce est complet à défaut d’être prononcé. Paul Magnette, le brillant informateur vient de saborder sa mission en excluant le CD&V d’une importante séance de négociation. Bart De Wever l’a traité de faux formateur. Il jubile et attend que le roi le coiffe à son tour de la casquette magique de pré formateur. L’heure est-elle dramatique ? Que nenni ! Ces messieurs feront tout pour éviter de nouvelles élections. Mais si elles se révèlent inévitables, ce qui est à redouter,  elles porteront sur la question de l’avenir du royaume : « voulons nous continuer à vivre ensemble ? »  Jules Gheude tire sur sa pipe, il mitonne sa prochaine chronique au coin du feu sur l’air du : « je vous l’avais bien dit ! »
Si on envisage, comme lui, le rattachisme à la Perin, il faudra se hâter car si Macron pourrait s’y montrer sensible, voire intéressé il faut bien voir que ses jours à l’Elysée semblent désormais comptés et, en revanche,  on ne voit pas Marine Le Pen manger de ce pain noir. Il y a vingt ans que je dis à mon ami Alain que les Flamands vont prendre la tangente  et vingt ans qu’il me rit au nez en me rétorquant qu’il n’en sera jamais question. Désormais  on est dans l’impasse et la paralysie totale menace le pays tandis qu’un brillant professeur en sciences politiques est à la manœuvre.
Le roi, que beaucoup avaient imaginé incompétent « hij zal het niet kunnen », fait un sans faute grâce à une équipe de conseillers très inspirée. Elisabeth, parfaite bilingue et magnifiquement préparée sera, si elle règne jamais,  la première reine confédérale de l’histoire.
MG
  


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