lundi 23 décembre 2019

L’ex-patron du port de Zeebruges est aujourd’hui président du CD&V et informateur royal. Il n’incarne pas vraiment le renouveau à la tête de son parti, contrairement à d’autres formations comme le Vlaams Belang, le SP.A ou le MR.


Le Soir

L’anecdote vient de l’ancien président du CD&V, Wouter Beke. Lors de la signature de la sixième réforme de l’Etat, le roi Albert accueillait tous les présidents de parti. Benoît Lutgen est reçu avec la simple question: «Et comment va votre père?». Alexander De Croo, à ce moment président de L’Open VLD, reçoit la même question, ainsi que Charles Michel. Mais Wouter Beke est accueilli avec une question sur un des dossiers constitutionnels. Il répond par la simple question: «Sire, avez-vous quelque chose contre mon père?». La politique belge a souvent l’air d’une affaire de famille: les fils et les filles succèdent à leur père ou mère dans l’activité politique. Le phénomène n’est pas nouveau: on connaissait déjà le père Paul-Henri et la fille Antoinette Spaak, le père Gaston et le fils Marc Eyskens; le père Vic et le fils Bert Anciaux, les libéraux Marleen Vanderpoorten et Patrick Dewael qui sont les petits-enfants du ministre libéral Herman Vanderpoorten, et à Gand, il y avait Edward Anseele et son fils Edward Anseele Junior.
UN PHENOMENE EN CROISSANCE
On connaît aussi le fils et le père Daerden, Benoît Lutgen qui est le fils de Guy; Charles Michel qui est le fils de Louis, Alexander De Croo qui est le fils de Herman, et Jean-Jacques De Gucht, qui est le fils de Karel. D’autres fils et filles sont également impliqués dans la politique: Tom Dehaene, fils de Jean-Luc Dehaene; Freya Van den Bossche, fille de Luc Van den Bossche; Peter Vanvelthoven, fils de Louis Vanvelthoven; Bruno Tobback, fils de Louis Tobback; Maya Detiège, fille de Leona Detiège; même Conner Rousseau, qui est le fils de l’ancienne sénatrice Christel Geerts. Le phénomène continue à émerger. Tous partis confondus, des fils et filles d’anciens représentants, deviennent actifs: Sander Loones est le fils de Jan Loones, Kristien Van Vaerenbergh la fille d’Etienne van Vaerenbergh, Marijke Dillen la fille de Karel Dillen et Bart Somers est le fils de Joos Somers. Et le phénomène a vraiment pénétré le niveau local: parmi tous les bourgmestres de Flandre, un sur quatre a un père (ou, dans de rares cas, une mère) qui a occupé un mandat politique, a découvert le politologue Kristof Steyvers (UGent).
LA NOSTALGIE AU CD&V
La descendance est donc, pour un homme ou une femme politique belge, un argument puissant. Le nom de famille de Joachim Coens était probablement un des atouts les plus importants pour devenir le nouveau président du CD&V. Son père était Daniël Coens, qui fut pendant de longues années ministre flamand de l’Education, décédé en 1992 d’un cancer du pancréas. Il avait à peine 53 ans. Daniël Coens n’était peut-être pas la plus grande personnalité d’une génération de démocrates-chrétiens, il se contentait d’un département assez technique comme l’Education; mais il était très populaire, et vingt-cinq ans après sa mort, les chrétiens-démocrates plus âgés marmonnent toujours son nom avec le plus grand respect. Dans la lutte pour la présidence, contre le jeune Sammy Mahdi, le nom de famille renvoyait à un passé qui suscitait la nostalgie des membres du CD&V.
JOACHIM, LE DIGNE HERITIER
D’ailleurs, Coens est originaire de Flandre-Occidentale, la province où les démocrates-chrétiens se tiennent, en ces temps sombres, toujours forts, avec la ministre Hilde Crevits, comme «présidente de parti informelle». C’est l’ancien ministre flamand, Koen Van den Heuvel, qui pendant la campagne pour la présidence de son parti avait appelé à ne pas se reconvertir vers un «CDWL: Christendemocratisch, West-Vlaams en Limburgs» (un parti démocrate-chrétien pour la Flandre-Occidentale et pour le Limbourg). Selon Van den Heuvel, ce serait une erreur stratégique du nouveau président de se replier sur les zones rurales: «C’est à Anvers, en Flandre-Orientale et dans le Brabant flamand que les deux tiers des sièges peuvent être collectés.» Mais, selon une enquête de l’université de Gand, c’est bien dans la province de Flandre-Occidentale que Coens a gagné les élections.
UN PEDIGREE PUR-SANG
Conclusion: le militant démocrate-chrétien a sans doute choisi un nouveau président à son image: un démocrate-chrétien pur-sang, originaire de Flandre-Occidentale, avec un pedigree impressionnant et une histoire personnelle. Déjà dans les années nonante, Coens faisait partie d’une jeune génération de démocrates-chrétiens, mais en 2001 – après que le CD&V s’était retrouvé pour la première fois en cinquante ans dans l’opposition – l’offre de devenir directeur général du port de Zeebruges en 2001 tomba à pic.
Vingt ans plus tard, Coens obtient, dans la bataille pour la présidence, 12.101 voix, soit 53,12% des voix contre 10.681 ou 46,88% pour Mahdi. La majorité des votes, 17.650, ont été exprimés en ligne. 5.103 formulaires de vote sont arrivés par la poste. Et justement, dans le scrutin en ligne, c’est Mahdi qui gagne, mais Coens a été beaucoup plus populaire auprès les membres qui ont envoyé leur formulaire par la poste. La victoire de Coens est donc due aux votes par voie postale. Sammy Mahdi était probablement trop jeune, trop nouveau, trop urbain et peut-être – personne ne le dit à haute voix – trop singulier. Le militant démocrate-chrétien n’est probablement pas dans la position de juger quel président – Coens ou Mahdi – pourrait ressusciter le mieux son parti, et a fait un choix à son image.
Une dynamique de renouveau... ailleurs
Logiquement, les membres vont à chaque fois choisir pour la continuité, mais quel aurait été l’effet d’un autre choix, pour le jeune Sammy Mahdi? Le CD&V s’alignerait à ce moment-là sur le Vlaams Belang (Tom Van Grieken), le SP.A (Conner Rousseau) et le MR (Georges-Louis Bouchez), avec des présidents d’à peine trente ans. Une dynamique de renouveau pourrait jaillir de cette évolution, comparez-la avec cette photo des présidentes de parti finlandaises qui passait sur les réseaux-sociaux, toutes jeunes – la Première ministre n’a que 34 ans – et en plus, toutes des femmes. Le choix d’un jeune président atypique aurait peut-être rendu le CD&V plus attractif pour les électeurs, et pas seulement aux yeux de ses membres. Dans une société où l’adhésion à un parti politique disparaît à pas rapides, il n’est peut-être pas judicieux de faire élire un président de parti par ses membres. Cette conclusion pourrait mener à la fin des scrutins internes pour élire son président.
Cependant, il ne faut pas sous-estimer Joachim Coens. Un peu paradoxalement, il se sentait le «nouveau venu» dans la lutte pour la présidence, lui qui venait du secteur privé, tandis que son jeune adversaire, étant président de Jeunes démocrates-chrétiens, se rendait chaque matin depuis trois ans déjà vers son bureau au quartier général du parti, rue de la Loi. Coens est donc fermement décidé à se faire remarquer. Il n’a pas quitté son poste à la tête du port de Zeebruges pour devenir le second couteau. Le paletot aux carreaux verts qu’il portait en sortant du Palais Royal en donnait la première preuve.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LES FILS DE…

Et n’oublions pas les filles de…Ils/elles pullulent dans la vie politique belge à croire que la profession de politicien est devenue héréditaire, comme la monarchie. Le bon peuple s’en offusque. Il a sans doute tort. Souvent le fils de notaire devient notaire, le fils de magistrat, magistrat, le fils de boulanger boulanger. Ah non pardon pour les boulanger c’est fini, on achète son pain dans les grandes surfaces qui les font venir de Pologne. Idem pour les bouchers qui viennent d’ailleurs quand il en demeure. La politique est un fromage familial ragoûtant. C’est un métier de chien bien rémunéré certes mais qui vous dévore un individu en peu d’années : voyez De Wever, il paraît usé avant l’âge, le visage parcheminé par les feux de la rampe et la lumière des flashs des photographes, le teint cireux, la mine triste, un vrai Caliméro.
Quel bonheur de voir surgir de nulle part un Desmedt ou un Georges Louis Bouchez, frétillant comme un gardon et qui en veut comme le jeune premier montant sur les planches pour la première fois avec son sourire de carnassier à la Laurette Onkelinx, encore une fille de qui a même réussi à propulser les fils de son mari sur la scène politique.  Les fils de ont sur tous les autres un avantage incontestable : comme Obélix ils sont tombés dedans tout petits. Nourris dans le sérail, ils en connaissent tous les détours. C’est comme la jeune princesse Elisabeth, à 18 ans ils sont prêts à monter sur le trône comme le fit son grand oncle feu le roi Baudouin prêtant le serment constitutionnel sanglé dans un uniforme flottant de général sorti de l’armoire de papa.Pour le bon peuple c’est très commode : pas besoin de se casser le nom des nouveaux élus puisqu’on les connaît déjà. Cela dit cela donne l’impression d’un vivier de postes réservés à une caste de privilégiés. Et ça c’est mauvais, très mauvais.
MG


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