dimanche 29 décembre 2019

Lynchage de Michel Lelièvre: retour au Far West

Thierry Denoël
Journaliste au Vif/L'Express

Certains l'avaient prédit : si Lelièvre ou Dutroux sortent de prison, ils risquent d'avoir la vie dure. On y est. Michel Lelièvre a été tabassé dans son logement bruxellois, quelques jours après sa libération, et fait désormais l'objet d'un appel au lynchage sur les réseaux sociaux. C'est violent, illégal et inutile.
Depuis le 2 décembre, date de libération conditionnelle de l'ancien complice de Marc Dutroux, certains "justiciers" autoproclamés ne se tiennent plus. Des individus l'ont sauvagement roué de coups avant de saccager l'appartement qu'il s'était trouvé à Anderlecht. Aujourd'hui, ils sont plus de 700 à avoir lancé une traque anonyme sur Facebook à l'encontre de l'ancien détenu qui est sorti après 23 ans de prison (dont près de 8 de préventive), soit deux ans avant la fin de sa peine. Au point que le tribunal d'application des peines a dû lui trouver un nouveau logement temporaire. De son côté, le parquet de Bruxelles a ouvert une enquête pour incitation à la violence. Et la commune de La Hulpe a dû démentir la rumeur de l'installation de Lelièvre sur son territoire après que de nombreux habitants aient vivement réagi.
Tout ceci n'est pas le pitch d'un Western spaghetti de série B, mais bien l'affligeante réalité, en Belgique, fin 2019. Si l'on peut comprendre l'émotion suscitée par la libération de l'ancien compère de Dutroux, surtout celle des victimes et des familles des victimes du criminel le plus détesté du pays, la sauvagerie de ceux qui ont décidé d'en découdre avec Michel Lelièvre est intolérable. Les crimes de Dutroux et consorts ont laissé dans toutes les têtes une marque noire, âpre, indélébile. Mais la violence à leur égard ne sera jamais une réponse acceptable, juste ou salutaire. Refuser avec une telle violence que la justice dans un Etat de droit comme le nôtre ait été dite et que la condamnation prononcée ait été suffisante et suivie à la lettre (libérer Lelièvre juste avant la fin de sa peine permettait de lui imposer encore des conditions strictes), cela revient à promouvoir un retour vers des temps sombres où chacun se faisait justice soi-même.
C'est justement pour éviter un déferlement de vengeance et de violence que le pouvoir judiciaire a été érigé comme l'un des principaux piliers d'une démocratie. On peut certes critiquer (et même manifester bruyamment contre) le fonctionnement de la Justice, car elle est rendue par des femmes et des hommes censés être indépendants, sous influence malgré tout, jamais à l'abri d'une erreur, malgré les garde-fous de la loi. Mais vouloir remplacer cette justice imparfaite par la justice que l'on peut se faire soi-même, sur Facebook ou dans un appartement anderlechtois, constitue une menace contre tout ce qu'une civilisation comme la nôtre a mis en place depuis la nuit des temps pour lutter contre l'arbitraire et la barbarie.
La justice pénale belge ne s'est pas montrée laxiste envers Lelièvre en le condamnant à 25 ans de prison. Les peines infligées en 2004 par la Cour d'assises d'Arlon ont été lourdes, à juste titre. L'émotion poussait évidemment à en vouloir davantage. Mais la Belgique a aboli la peine de mort et la perpétuité effective, comme tous les pays de l'Union européenne. En faisant la chasse à Michel Lelièvre, les "justiciers du net" remettent en cause tous ces acquis. Et puis, quoi, après Lelièvre et Dutroux, qui va-t-on pendre haut et court ? Tous les violeurs, les cambrioleurs, les voleurs à la tire, les dealers de drogue, les fraudeurs ? Personne n'est ravi de voir Michel Lelièvre courir librement ni Michèle Martin vivre sa nouvelle vie. Mais la justice a été rendue et celle-ci ne se privera pas de les rattraper au moindre écart. Ne pas l'accepter et vouloir rendre justice soi-même est dangereux et risque même de faire in fine de Lelièvre une victime. Ce serait un comble.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« FAIRE IN FINE DE LELIEVRE UNE VICTIME. CE SERAIT UN COMBLE. » 

« Ceci revient à promouvoir un retour vers des temps sombres où chacun se faisait justice soi-même. »
Ce Lelièvre est un faible qui s’est mis au service d’un être abject et infâme. Il est regardé ,comme Michèle Martin, comme le complice, l’âme damnée du bourreau Dutroux. A ce titre ils sont ressentis par une certaine opinion publique comme les boucs émissaires des crimes de l’infâme.
Cela peut s’expliquer mais ,Thiery Denoël a entièrement raison, cela ne saurait se tolérer dans un Etat de droit comme le notre car cela relève des pratiques du Klu Klux Klan ou des milices de rue hitlériennes qui annoncent un retour du refoulé : la barbarie.
« C'est justement pour éviter un déferlement de vengeance et de violence que le pouvoir judiciaire a été érigé comme l'un des principaux piliers d'une démocratie. » 
Le vengeurs, « méthode Far West », sont loin d’imaginer qu’en agissant comme ils le font, ils minent les fondements de la démocratie et renouent avec les pires démons irrationnels.
« Vouloir remplacer cette justice imparfaite par la justice que l'on peut se faire soi-même, sur Facebook ou dans un appartement anderlechtois, constitue une menace contre tout ce qu'une civilisation comme la nôtre a mis en place depuis la nuit des temps pour lutter contre l'arbitraire et la barbarie. »
On ne saurait mieux dire.
« En faisant la chasse à Michel Lelièvre, les "justiciers du net" remettent en cause tous les acquis de la démocratie. Et puis, quoi, après Lelièvre et Dutroux, qui va-t-on pendre haut et court ? » 
C’est évidemment l’argument décisif qu’il convient de méditer en ce temps de Noël qui on l’a complètement oublié est, non pas le temps des cadeaux le temps de la trêve et de la réconciliation, «  deez' feest van goeie wil » comme l’a si bien chanté autrefois le géant flamand  Wannes Van De Velde, un texte à méditer en cette fin d’année où l’on s’empiffre plus qu’on ne réfléchit le sens de l’épiphanie.
Kerstmis is dien dag dat ze niet schieten
Dat er geen bommen uit de lucht worden gestrooid
Dat mitrailleurs van hun verdiende rust genieten
En de kanonnen met een kerstboom zijn getooid

Het is 't feest van d'oude Germanen
Ter ere van de zon
Zo vertellen ons de boeken zwart op wit
De roomse kerk legt het anders uit
Die zegt ons dat 't begon
Met een stalleke in 't Palestijns gebied

Maar dat zijn oude interpretaties
Van deez' feest van goeie wil
Want onzen tijd is toch voor alles militair
En de stilte van de nacht
Die ook wel heilig wordt genoemd
Wordt geleverd door de killers van de la guerre

Kerstmis is dien dag dat ze niet schieten
Dat er geen bommen uit de lucht worden gestrooid
Dat mitrailleurs van hun verdiende rust genieten
En de kanonnen met een kerstboom zijn getooid

Spreek me niet meer van de Drie Koningen
dat is niet meer van dezen tijd
De Drie Commando's dat is veel meer in onze geest
Maar de soldaten van Herodes
Ja, die vind ik wel plezant
Dat zijn eigenlijk de groot' helden op deez' feest

Maar hou die herderkes erbuiten
Want die zijn niet bij d'n troep
Die kennen zeker nog geen mijn uit een granaat
En de moeder van het kinneke
Zucht in 't midden van die hoop
Mijne zoon wordt binnen twintig jaar soldaat

Kerstmis is dien dag dat ze niet schieten
Dat er geen bommen uit de lucht worden gestrooid
Dat mitrailleurs van hun verdiende rust genieten
En de kanonnen met een kerstboom zijn getooid
En de kanonnen met een kerstboom zijn getooid

(c) Wannes Van De Velde (https://www.youtube.com › 
A écouter absolument !

« faire in fine de Lelièvre une victime. Ce serait un comble. » 
On ne saurait mieux conclure.
MG


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