vendredi 27 mars 2020

Il faudra aussi faire en sorte «après» que «métier essentiel» ne soit pas qu’un mot dans un arrêté royal, mais une réalité à reconnaître et à valoriser.


Béatrice Delvaux
Le Soir

La première faille violemment révélée par le coronavirus est celle de nos soins de santé. La Belgique n’a pas taillé autant dans le système et le réseau de soins de santé que nombre de ses voisins européens et on ne peut que s’en féliciter quand on regarde, médusés et dévastés, le désastre à l’œuvre en Espagne, en Italie et en France.
Mais c’était moins une, l’heure était en effet il y a quelques semaines encore dans certains partis aux coupes dans la sécurité sociale. «L’affaire des masques» n’en est aujourd’hui en fait qu’un (terrible) indicateur.
La deuxième faille est sociale. Depuis le début de la pandémie, beaucoup mettaient en garde: attention à la vision «bobo» du confinement, depuis son jardin et derrière son ordi pour un télétravail très dans l’air du temps. «Tout le monde n’est pas égal devant le corona», écrivions-nous la semaine dernière en pointant les hommes et les femmes en statut précaire, sans-abri, avec des problèmes de santé mentale et autres migrants. Mais aussi le fossé grandissant qui sépare désormais ceux qui ont la possibilité et l’autorisation de gérer le coronavirus à distance – une majorité des cols blancs – et les autres, qui n’ont pas d’autre choix que d’y être physiquement confrontés – une majorité de cols-bleus–, au service de tous.
Cols blancs et cols-bleus: voilà une division qui paraissait datée. Dans la société d’«avant le corona», on faisait souvent comme si cette différence de classes sociales n’existait plus, tant on avait martelé que la croissance avait tout égalisé sur son passage, en ce compris la pénibilité des métiers. Or cette fracture sociale est toujours bien là. Et c’est le corona qui nous force à la regarder bien en face, dans ce miroir d’après virus qui nous fait décidément tout voir autrement.
Quel révélateur que ce «travail au temps du corona»! Des métiers dépréciés, peu visibles «avant» et qui figurent généralement en bas de l’échelle des salaires, sont désormais vus comme «essentiels». Ce sont les éboueurs et tous ceux qui font tourner aujourd’hui les services de base à la société (eau, électricité…). Ce sont le personnel soignant et le personnel d’entretien à l’hôpital, à domicile, dans les maisons de repos, les conducteurs de tram, métro, bus, les étudiants jobistes, les livreurs souvent sans statuts, en tous genres, camions, vélos, les policiers, les ouvriers, les chauffeurs de taxi, les caissières, les réassortisseurs, etcetc.
Alors que nombre d’autres sont à l’abri à la maison avec leurs enfants, ils prennent toujours, eux, tous les matins les transports en commun pour aller faire leur boulot – souvent particulièrement exposés sur le terrain–, par professionnalisme ou parce qu’ils n’ont pas d’autre choix financier ou statutaire.
Aujourd’hui, ce personnel participe à la survie de tous: il faut le traiter avec le plus grand soin dans le dispositif de crise, en le dotant des équipements de protection ad hoc, en allégeant au maximum leurs tâches, en adaptant leurs heures et conditions de travail, en leur donnant un bonus financier.
Il faudra aussi faire en sorte «après» que «métier essentiel» ne soit pas qu’un mot dans un arrêté royal, mais une réalité à reconnaître et à valoriser.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
AUJOURD’HUI, CE PERSONNEL PARTICIPE A LA SURVIE DE TOUS: IL FAUT LE TRAITER AVEC LE PLUS GRAND SOIN DANS LE DISPOSITIF DE CRISE, EN LE DOTANT DES EQUIPEMENTS DE PROTECTION AD HOC, EN ALLEGEANT AU MAXIMUM LEURS TACHES, EN ADAPTANT LEURS HEURES ET CONDITIONS DE TRAVAIL, EN LEUR DONNANT UN BONUS FINANCIER.

On reconnait bien là la fibre sociale et le souci de l’humain de Béatrice, économiste de formation au coeur généreux, humain, tellement humain  et c’est aussi pour ça qu’on l’aime tellement.
MG 

CORONAVIRUS: LETTRE OUVERTE D'UN VIEUX CON A DE JEUNES IMBECILES
La chronique de la rédaction
Jean-Claude Matgen La Libre

C’est Georges Brassens qui le chantait: “Le temps ne fait rien à l’affaire; quand on est con, on est con; qu’on ait vingt ans, qu’on soit grand-père, quand on est con...” 
Un texte de Jean-Claude Matgen, journaliste de La Libre.

Vous, les jeunes, que vous preniez vos aînés, dont je suis, pour des vieilles badernes, est dans la nature des choses. De tout temps, les ados ont considéré leurs parents et grands-parents pour des ringards dont les conseils, les injonctions, les ordres n’étaient donnés que pour les empêcher de grandir en rond et de profiter des plaisirs d’une vie qu’ils comptaient bien mordre à pleines dents, avec toute la fougue et toute la passion qu’offre la jeunesse.
A moi aussi, il m’a fallu du temps pour comprendre que mes proches, mes professeurs et tous ces adultes qui semblaient s’être ligués pour me couper les ailes et m’empêcher de vivre au rythme qu’il me semblait normal d’adopter ne voulaient, au fond, rien d’autre que mon bien, que me protéger contre moi-même et contre les dangers que, aveuglé par mes élans juvéniles, je ne percevais pas.
Il aurait été heureux que ce temps vous fût également donné. Vous auriez fait vous-mêmes l’expérience de la sagesse, en apprenant de vos échecs et des coups durs que distille l’existence. Nous connaissons, hélas, une situation si particulière que ce temps n’existe plus actuellement, qu’aucune erreur d’appréciation, qu’aucun tâtonnement ne sont permis à personne.
Aussi, quand je lis, dans un sondage réalisé par Test Achats, que 44% des jeunes de 18-21 ans ne suivent pas les recommandations et les mesures décrétées, sur les conseils de la communauté scientifique, par le gouvernement pour contenir l’épidémie de Coronavirus, ça me fait bondir.
Vous n’êtes pas plus bêtes que vos aïeuls mais, sur ce coup-là, vous vous montrez plus cons qu’eux, même s’ils ne doivent pas trop la ramener, eux non plus, car, parmi les adultes, ils sont...23% à se foutre du tiers comme du quart des consignes de confinement, de limitations de déplacements et d’hygiène.
La jeunesse d’aujourd’hui paraît au sexagénaire que je suis plus altruiste, plus idéaliste, moins individualiste qu’elle ne l’était quand j’en partageais les bonheurs. Sa mobilisation pour sauver le climat en est une preuve.
Et même si elle est fâchée avec l’orthographe et fait généralement usage d’un vocabulaire relativement pauvre, elle ne me semble pas plus bête, moins cultivée, moins débrouillarde que “de mon temps”.
Le fait qu’elle fasse front, malgré les difficultés économiques auxquelles elle est confrontée (bien plus lourdes à surmonter que dans les années où trouver un job intéressant et convenablement rémunéré était presque une formalité, surtout quand on avait décroché un bon diplôme), prouve son courage et sa ténacité.
Cela rend d’autant plus incompréhensibles, d’autant plus navrantes, d’autant plus connes, ces manifestations d’égoïsme mêlé d’ignorance, ces marques imbéciles de défi dont font preuve certains de ses membres.
A quoi jouez-vous messieurs, dames ? Que voulez-vous prouver ? Votre mépris de l’ordre établi ? Votre soif de vivre quels que soient les risques encourus? Ces risques, ce n’est pas à vous que vous les faites courir ou si peu. C’est à des personnes fragiles, des grands-mères impuissantes, des malades auxquels vos rodomontades gratuites pourraient tout simplement être fatales.
Le “vieux con” que je suis ne peut croire un instant que vous soyez à ce point indifférents au sort des autres que vous ne puissiez écouter les mises en garde, observer vous aussi les règles de confinement, vous plier aux demandes de nos autorités. De grâce, montrez-nous que vous en avez davantage dans la caboche. Et dans le cœur.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« YA PAS PLUS VIEUX SCHNOCK QU’UN JEUNE CON. »
Disait mon brillant professeur de littérature allemande en 68 à l’assemblée libre des étudiants contestataires et surtout immensément bavards. 
MG


L’INSOUTENABLE LEGERETE DU CAPITALISME VIS-A-VIS DE NOTRE SANTE,
Eva Illouz,extraits de son article dans l’OBS

« Comme l’écrivit Albert Camus dans « la Peste », « tous ces changements, dans un sens, étaient si extraordinaires et s’étaient accomplis si rapidement, qu’il n’était pas facile de les considérer comme normaux et durables. »
Du jour au lendemain, le monde est devenu unheimlich, étrangement inquiétant, vidé de sa familiarité. 
Nous devons nous attendre à voir ce type de pandémies se répéter plus souvent à l’avenir. 
Bill Gates et l’épidémiologiste Larry Brilliant, directeur de la fondation Google.org) nous avertissent que des virus inconnus menaceront toujours plus à l’avenir les êtres humains. Mais personne n’y a prêté attention.
Dans un monde post-Corona, les retombées zoonotiques et les marchés chinois d’animaux vivants devront devenir le souci de la communauté internationale. 
Le modèle britannique (décrié depuis) a initialement consisté à adopter la méthode d’intervention la moins intrusive possible, soit le modèle de l’auto-immunisation (c’est-à-dire de la contamination) de 60 % de la population – une option qui revenait à sacrifier une partie de cette population au nom du maintien de l’activité économique. 

La circulation de l’argent dans le monde repose sur une ressource que nous considérions tous comme acquise : la santé des citoyens. Les marchés se nourrissent de la confiance comme d’une monnaie pour construire le futur, et il s’avère que la confiance se fonde sur l’hypothèse de la santé. 
les grandes entreprises s’accordèrent tous pour promouvoir des politiques qui réduisaient drastiquement les budgets dévolus aux ressources publiques, de l’éducation aux soins de santé, ignorant ainsi de façon paradoxale à quel point les entreprises avaient pu bénéficier de ces biens publics (éducation, santé, infrastructures), sans rien débourser pour cela. 

La relation entre notre santé et le marché est désormais devenue douloureusement claire.
Le capitalisme tel que nous l’avons connu doit changer. 
les économies asiatiques ayant des chances d’en ressortir les plus fortes. 
Les capitalistes ont pris pour acquises les ressources fournies par l’Etat – l’éducation, la santé, les infrastructures – sans jamais réaliser que les ressources dont ils spoliaient l’Etat les priveraient, au bout du compte, du monde qui rend l’économie possible. Cela doit cesser. 
Le gouvernement israélien a approuvé le recours à des outils technologiques élaborés par les services secrets du Shin Bet pour traquer les terroristes, afin de localiser et identifier les mouvements des porteurs de virus 
Les dictateurs prospèrent sur la peur et le chaos. 

Dans des moments comme celui-ci, il est crucial d’avoir confiance dans les personnes occupant les charges publiques ; or, une partie 

C’est une solidarité entre les générations, entre les jeunes et les vieux, entre quelqu’un qui ne sait pas qu’il peut être malade et quelqu’un qui pourrait mourir de ce que le premier ne sait pas, une solidarité entre quelqu’un qui a peut-être perdu son travail et quelqu’un qui pourrait perdre la vie.
Nous faisons aujourd’hui l’expérience d’une sociabilité de substitution : l’usage d’Internet a plus que doublé ; les réseaux sociaux sont devenus les nouveaux salons ; le nombre de blagues Corona circulant sur les réseaux sociaux à travers les continents est sans précédent ; la consommation de Netflix et de Prime Video a littéralement explosé ; les étudiants du monde entier suivent désormais des cours virtuels à travers « Zoom » – des salles de classe collaboratives. En résumé, cette maladie, qui nous oblige à revoir de fond en comble toutes les catégories connues de la sociabilité et du soin, est aussi la grande fête de la technologie virtuelle.
Je suis persuadée que dans le monde post-Corona, la vie virtuelle longue distance aura conquis une nouvelle autonomie – maintenant que nous avons été contraints de découvrir son potentiel.

l’Etat, encore une fois, s’est avéré la seule entité capable de faire face à des crises à si grande échelle. L’imposture du néolibéralisme est désormais exposée, et doit être dénoncée haut et fort. 
Cette pandémie est comme une bande-annonce de cinéma qui nous donne un preview, un avant-goût de ce qui peut nous arriver si des virus bien plus dangereux font leur apparition et si le changement climatique rend le monde invivable. Dans des cas pareils, il n’y aura ni intérêt privé ni intérêt public à défendre. Contrairement à ceux qui prédisent une résurgence du nationalisme et un retour des frontières, je crois que seule une réponse internationale coordonnée peut aider à affronter ces risques et périls inédits.
 Le monde est irrévocablement interdépendant et seule une contribution de ce genre peut nous permettre de faire face à la prochaine crise. Nous aurons besoin d’une coordination et d’une coopération internationales d’un type nouveau, afin d’empêcher de futures retombées zoonotiques, pour étudier les maladies, pour innover dans les domaines de l’équipement médical et de la recherche, et plus que tout, il faudra réinvestir les richesses considérables amassées par les entités privées dans les biens communs. Telle sera la condition pour avoir un monde.
(1) Thucydide, « La Guerre du Péloponnèse », chap. 2, 52.
Sociologue franco-israélienne, Eva Illouz est considérée comme l’une des plus importantes figures de la pensée mondiale. Directrice d’études à l’EHESS et professeur à l’Université hébraïque de Jérusalem, elle étudie le développement du capitalisme sous l’angle des subjectivités. Elle a récemment publié « Happycratie » (2018), « les Marchandises émotionnelles » (Premier Parallèle, 2019) et, le 6 février 2020, « la Fin de l’amour », aux éditions du Seuil.


jeudi 26 mars 2020

Coronavirus: les mesures de confinement offrent un nouveau souffle à la qualité de l’air en Europe


Les concentrations de dioxyde d’azote ont été divisées par deux à certains endroits.

Belga

La pollution de l’air a fortement diminué en Europe ces derniers jours, en particulier dans les grandes villes où un confinement a été mis en place afin d’endiguer la propagation du nouveau coronavirus, selon une étude de l’Agence européenne de l’Environnement (AEE) publiée mercredi. Les concentrations de dioxyde d’azote (NO2) ont ainsi été divisées par deux à certains endroits, grâce notamment à la réduction drastique de la pression automobile.
D’après les analyses de l’Agence européenne pour l’environnement, qui a examiné la qualité de l’air de 3.000 sites à travers le Vieux continent, des baisses entre 40 % et 55 % ont été enregistrées la semaine dernière à Barcelone, Madrid et Lisbonne.
La quantité de dioxyde d’azote mesurée à Milan au cours des quatre dernières semaines était par ailleurs inférieure d’un quart à celle d’il y a un an, tandis qu’elle était jusqu’à 35 % moindre à Rome. La semaine dernière, 47 % de dioxyde d’azote en moins ont en outre été émis dans la ville de Bergame, elle aussi durement affectée par la crise sanitaire.
400.000 décès prématurés en Europe chaque année
« Les données de l’AEE donnent une image précise de la baisse de la pollution atmosphérique, notamment en raison de la réduction du trafic dans les villes », a commenté le directeur exécutif de l’AEE, le Belge Hans Bruyninckx. « Cependant, pour résoudre les problèmes de qualité de l’air à long terme, il faut des politiques ambitieuses et des investissements tournés vers l’avenir. En tant que telle, la crise actuelle et ses multiples impacts sur notre société vont à l’encontre de ce que nous essayons de réaliser, à savoir une transition juste et bien gérée vers une société résiliente et durable », a-t-il ajouté.
L’exposition au dioxyde d’azote peut provoquer des troubles respiratoires, des crises d’asthme et un risque accru d’infections. Plusieurs experts ont d’ailleurs averti que les citoyens souffrant de maladies respiratoires pourraient être davantage vulnérables au Covid-19. A l’heure actuelle, il n’est toutefois pas clair si l’exposition continue à la pollution atmosphérique aggrave la condition des personnes atteintes du coronavirus, a indiqué l’AEE, soulignant que des recherches épidémiologiques supplémentaires étaient nécessaires pour répondre à ces questions.
La mauvaise qualité de l’air provoque chaque année environ 400.000 décès prématurés en Europe, d’après l’AEE.


CORONAVIRUS: LA QUALITE DE L’AIR S’EST FORTEMENT AMELIOREE EN BELGIQUE DEPUIS LE CONFINEMENT
LES MESURES DE CONFINEMENT PERMETTENT DE DIMINUER LA POLLUTION DE L’AIR EN BELGIQUE.

EPA
La qualité de l’air s’est fortement améliorée depuis samedi, constate la Cellule Interrégionale de l’Environnement (CELINE) qui attribue ces bons résultats au confinement imposé pour enrayer la propagation du coronavirus mais aussi aux conditions météorologiques favorables.
Les mesures de confinement ne peuvent expliquer à elles seules l’amélioration de la qualité de l’air. « Le télétravail, le chômage temporaire et les restrictions de déplacement jouent certainement un rôle positif mais il est difficile de le quantifier », explique le porte-parole de CELINE, Frans Fierens, selon qui les conditions météorologiques actuelles contribuent également à diminuer les concentrations de polluants dans l’atmosphère. « Il y a beaucoup de vent et nous sommes sous l’influence d’un courant d’air pur en provenance de Scandinavie. Cela joue énormément », ajoute-t-il.
En tout état de cause, il y a moins de dioxyde d’azote (NO2) – un gaz typiquement lié au trafic routier – et de particules fines dans l’air. « Mais il est difficile de déterminer s’il s’agit d’une conséquence du confinement ou de la météo », insiste M. Fierens.
conclut-il.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE FOND DE L’AIR EST PUR
CORONAVIRUS ET CLIMAT ?
En quoi climat et corona sont-ils les deux faces de la même médaille ?
Question oiseuse à première vue. Et pourtant en y réfléchissant un peu on constate que les deux sujets participent d’une même logique, celle de la  complexité. En luttant contre le virus par le confinement, on diminue l’activité économique et son corolaire la mobilité automobile ce qui ipso facto entraine une régénération de la qualité de l’air. Bref : «  les mesures de confinement permettent de diminuer la pollution de l’air en Belgique » Ce qu’il fallait démontrer. » C’est dire que le jour où, on peut l’espérer on reviendra à la normale, les militants  pour le climat auront beau jeu de dire qu’il suffit de diminuer la densité du trafic pour améliorer la qualité de l’air et du climat, en d’autres mots la santé publique. En vérité ils auront raison. Et que fera–t-on de cela… « Si le transport est le principal secteur responsable de la dégradation de l’air, il n’est pas le seul. L’agriculture, l’industrie et le chauffage des bâtiments y contribuent également. « Comme de nombreuses personnes travaillent à domicile et chauffent leur logement, on pourrait penser que cela a un effet négatif, mais il est très difficile de le démontrer pour l’instant » Rien n’est simple ; tout est compliqué ; complexe diront les gens qui se croient instruits…
MG

mercredi 25 mars 2020

Le monde après le coronavirus, vu par Yuval Noah Harari


 Le Temps 

Société de surveillance, démission démocratique, nations désunies: l’orage va passer mais les choix que la crise actuelle nous amène à faire pourraient altérer nos vies, alerte dans le «Financial Times» l’historien et humaniste israélien, auteur du best-seller «Sapiens. Une brève histoire de l’humanité»

Catherine Frammery

Le quotidien financier britannique a ouvert ses colonnes à l’historien mondialement célèbre pour ses ouvrages Sapiens. Une brève histoire de l’humanité et Homo Deus. Une brève histoire de l’avenir, suite du premier. Une très longue et importante tribune, diffusée ce week-end en accès gratuit, que Le Temps a jugé utile pour le débat public de proposer, dans une version resserrée.
L’article original: Yuval Noah Harari: the world after coronavirus (Financial Times, 20 mars 2020)
L’humanité fait face à une crise globale, commence l’historien, et à l’heure des choix, il faut considérer non seulement la meilleure façon de vaincre la menace actuelle, mais aussi ce à quoi devrait ressembler le monde dans lequel nous voulons vivre. «L’orage va passer, l’humanité survivra, la plupart d’entre nous allons survivre – mais dans un monde qui sera différent.»
Car de nombreuses mesures prises dans l’urgence resteront en place, «c’est le propre des situations de crise, explique Harari, elles accélèrent l’histoire». Des décisions qui devraient demander des années d’évaluation sont prises en quelques heures. «Des pays entiers deviennent les cobayes d’expériences sociales géantes: que se passe-t-il quand tout le monde travaille de chez soi et ne communique qu’à distance? Que se passe-t-il quand des universités au complet basculent en ligne?» Jamais, en temps normal, les politiques, les milieux d’affaires et les sachants ne donneraient leur accord à ces expériences, insiste l’historien. Mais justement, le temps n’est pas à la normalité.
Deux choix se distinguent par leur importance, selon Harari. «Le choix entre surveillance totalitaire et reconquête démocratique; le second entre isolement nationaliste et solidarité globale.»
1- Une surveillance interne, «sous la peau»
Il y a deux façons d’obtenir que des populations entières se conforment à certaines demandes visant à stopper une épidémie. La première est de surveiller ces populations et de punir les moutons noirs, rappelle Harari. Pour la première fois dans l’histoire, la technologie permet de surveiller tout le monde, tout le temps – bien loin des indics du KGB. La Chine est le pays qui a le plus déployé ces instruments de surveillance de masse, avec ses centaines de millions de caméras à reconnaissance faciale; elle surveille les smartphones, oblige les personnes à déclarer leur état général et peut retracer leurs allées et venues pour retrouver les gens qu’elles ont rencontrés. Israël aussi a récemment autorisé le développement de technologies habituellement réservées à la surveillance de terroristes pour suivre des personnes atteintes par le virus.
Vous pourriez m’objecter qu’il n’y a là rien de nouveau, continue Harari, entreprises comme pouvoirs politiques ont recours à des technologies toujours plus sophistiquées pour pister, surveiller et manipuler les gens. Mais avec le coronavirus, l’intérêt des gouvernements passe de l’externe à l’interne, «ils ne se contentent plus de savoir sur quoi vous cliquez, ils veulent savoir ce qui se passe sous votre peau».
Imaginez que chaque citoyen porte un bracelet biométrique qui transmette en continu sa température et son pouls. Les algorithmes permettraient de savoir que vous êtes malade avant même que vous vous en rendiez compte; les personnes que vous avez côtoyées seraient aussi connues, et il suffirait de quelques jours de ce système pour stopper l’épidémie. «Sounds wonderful, right?»
L’inconvénient serait bien sûr que cela légitimerait un nouveau système de surveillance «terrifiant», continue l’historien. «Si vous savez que je clique sur Fox News plutôt que sur CNN, cela vous donne une indication sur mes idées politiques, et peut-être sur ma personnalité. Mais si vous pouvez avoir accès à ma température corporelle, ma pression et mon rythme cardiaque pendant que je regarde une vidéo, vous saurez ce qui me fait rire, pleurer, ce qui me met en colère.»
Mes envies, mes colères, mes données
Et Hariri de développer: «Il est crucial de se rappeler que la colère, la joie, l’ennui, l’amour sont des phénomènes biologiques, tout autant que la fièvre ou la toux.» Si les pouvoirs politiques et les entreprises récoltent nos données biométriques en masse, ils nous connaîtront mieux que nous-mêmes et non seulement ils pourront prédire nos sentiments, mais ils pourront aussi les manipuler, et nous vendre ce qu’ils veulent – un produit, un personnage politique. Aux oubliettes de l’histoire, Cambridge Analytica! «2030. Imaginez la Corée du Nord munie de bracelets biométriques. Un signe de colère pendant le discours du Grand Leader, et c’en sera fini de vous.»
Il serait illusoire de penser que cette surveillance biométrique pourrait n’être que transitoire, continue l’historien humaniste, «les mesures prises dans l’urgence ont la mauvaise habitude de rester en place même après l’urgence, d’autant qu’il y a toujours de nouvelles menaces». Et de citer les mesures prises en Israël lors de la guerre de 1948, dont certaines n’ont jamais été abolies. Dans le cas du coronavirus, des gouvernements pourraient arguer d’une possible «deuxième vague» pour maintenir leur surveillance, ou d’autres menaces. «La bataille autour du virus pourrait être l’argument décisif dans l’actuelle bataille autour des données personnelles, car lorsqu’il faut choisir entre droit à la vie privée et santé, les gens généralement privilégient la santé.»
C’est pourtant mal poser le débat, selon Hariri, pour qui droit à la vie privée et bonne santé doivent pouvoir aller de pair. Et de s’appuyer sur les cas de la Corée du Sud, de Taïwan et de Singapour qui, s’ils se sont appuyés sur certaines applications de pistage, se sont bien davantage appuyés sur des tests réalisés à grande échelle, des chiffrages honnêtes et la coopération d’un public correctement informé.
La «police du savon»
Car c’est l’autre moyen d’obtenir qu’une population accepte de suivre une ligne directrice: qu’elle soit bien informée et qu’elle ait d’elle-même envie de prendre les bonnes décisions. L’intérêt de se laver les mains avec du savon n’a été découvert qu’au XIXe siècle, rappelle Hariri, et si aujourd’hui des milliards d’humains le font, ce n’est pas parce qu’ils ont peur d’une «police du savon», c’est parce qu’ils en connaissent les bénéfices.
Atteindre un tel niveau de coopération volontaire nécessite de la confiance, note cependant Hariri, de la confiance dans la science, les autorités publiques, les médias. Des politiciens irresponsables ont érodé cette confiance ces dernières années, mais tout comme les membres fâchés d’une fratrie peuvent lors d’un drame redécouvrir des trésors de confiance et d’amitié, il n’est pas trop tard pour reconstruire la confiance publique dans la science, les pouvoirs politiques et les médias, veut croire Hariri. «Nous pourrions aussi avoir recours aux nouvelles technologies qui nous redonneraient du pouvoir, je pourrais faire des choix plus informés, en connaissance de cause, savoir si je deviens un risque pour les autres, mais aussi ce qui est bon pour ma santé. Et n’oublions pas que les technologies qui permettent aux Etats de surveiller les citoyens peuvent normalement aussi servir aux citoyens pour surveiller leurs Etats…»
L’épidémie de Covid-19 est donc un test majeur pour le pouvoir des citoyens, assène Hariri. «Si nous ne faisons pas les bons choix, nous pourrions devoir abandonner nos libertés les plus précieuses.»
2- L’urgence d’un plan global solidaire
L’autre grand choix devant nous est celui que nous devons faire entre isolement nationaliste et solidarité globale. L’épidémie et la crise économique qui la suivra sont des problèmes globaux qui ne peuvent être résolus que par une coopération globale.
D’abord, il faut partager l’information à un niveau global: ce qu’un médecin italien trouve un matin peut sauver un malade iranien le soir, et la Grande-Bretagne pourrait avoir intérêt à écouter la stratégie de la Corée du Sud, qui a affronté les mêmes problèmes qu’elle plus tôt, explicite l’historien. «Mais cela requiert un esprit de coopération internationale et de confiance.»
Les pays devraient accepter de partager leurs informations, de demander des conseils et de l’aide, et avoir confiance dans ce qu’on leur donne. Il faudrait aussi un effort global pour produire des tests, de l’équipement médical, dans un effort global coordonné et non pas chacun dans son coin. «Un pays riche peu touché devrait donner ses moyens en matériel et en personnel médical à un pays pauvre plus atteint, sachant qu’il serait à son tour aidé si la situation changeait.» Cette coopération globale devrait aussi se faire sur le plan économique, dans la mesure où si un gouvernement prend une décision sans concertation, il ne fera qu’augmenter le chaos et la crise, développe Hariri.
Cette coopération doit aussi concerner le trafic aérien. Suspendre tous les vols internationaux pendant des mois aura un coût considérable et gênera la lutte contre le coronavirus. Il faudrait trouver un accord qui permette aux voyages essentiels d’avoir lieu: ceux des scientifiques, médecins, journalistes, politiciens, milieux d’affaires. «Si chaque personne voulant voyager était bien testée avant son départ, elle serait mieux acceptée.»
Retrouver le chemin de la confiance
Malheureusement, la communauté internationale est actuellement paralysée, se désole Hariri: «There seem to be no adults in the room.» On aurait pu s’attendre il y a des semaines à un plan d’action global, initié par les leaders de ce monde. Mais la vidéoconférence du G7 n’a pas abouti. Et les Etats-Unis ont abandonné le rôle de «global leader» qu’ils avaient joué lors de précédentes crises, privilégiant clairement la grandeur américaine au futur de l’humanité. «Ce pays a abandonné même ses alliés les plus proches, ne les consultant ni même les informant avant d’interdire les vols en provenance de l’Union européenne. Même si leur politique changeait et qu’ils proposaient un plan global, qui ferait confiance à un chef qui n’assume jamais aucune responsabilité, ne reconnaît jamais aucune faute et accuse toujours les autres…» Or si la place des Etats-Unis n’est pas prise par d’autres pays, non seulement il sera bien plus difficile de stopper l’épidémie actuelle, mais ses conséquences continueront d’empoisonner les relations internationales pendant des années. «Mais chaque crise est aussi une chance à saisir, il faut espérer que celle-ci aidera l’humanité à comprendre le danger aigu posé par la désunion globale.»
L’humanité doit faire un choix, conclut Harari. «Irons-nous vers la désunion ou prendrons-nous le chemin de la solidarité globale? La première option non seulement prolongera la crise actuelle mais elle engendrera des catastrophes encore pires. Si nous choisissons la solidarité, ce sera une victoire non seulement contre le coronavirus mais contre toutes les futures épidémies et crises qui pourraient assaillir l’humanité au XXI*e siècle.»
* Bien XXIe et non pas XXe, merci au lecteur qui a repéré notre erreur!


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« NOUS ALLONS SURVIVRE – MAIS DANS UN MONDE QUI SERA DIFFERENT.»
LE VIEUX MONDE SE MEURT, LE NOUVEAU EST LENT A APPARAITRE, ET C'EST DANS CE CLAIR-OBSCUR QUE SURGISSENT LES MONSTRES. Antonio Gramsci

Cette  célèbre citation de Gramsci me hante depuis que je l’ai découverte en exergue du Don Juan de Joseph Losey.  A bien des égards nous vivons une période aussi exaltante, aussi interpellante que celle des Lumières, contemporaine du divin Mozart.
« Irons-nous vers la désunion ou prendrons-nous le chemin de la solidarité globale? »  Comme chaque crise, celle-ci serait donc, selon la brillante analyse de Harari,  une opportunité à saisir ? « La communauté internationale est actuellement paralysée » :« On aurait pu s’attendre il y a des semaines à un plan d’action global, initié par les leaders de ce monde »
On aurait beaucoup aimé que l’Europe agît. Elle a brillé par son absence. C’est pathétique mais doit tous nous interpeller. « Ce fut, bien au contraire,  le triomphe de chaque pays pour soi. Cela aurait exigé un esprit de coopération internationale et de confiance. qui n’existe plus dans un monde régi par un individualisme jaloux, l’isolement nationaliste et identitaire  et solidarité globale. »
Quand comprendrons nous que cette épidémie et les suivantes, car gageons qu’il y en aura d’autres ;  que  la  crise économique qui s’annonce  sont « des problèmes globaux qui ne peuvent être résolus que par une coopération globale. »
Mais il y a un aspect plus dramatique encore et on aurait tort de se le dissimuler.  Selon Harari,  décidément visionnaire :«Le choix est désormais  entre surveillance totalitaire et reconquête démocratique; entre isolement nationaliste et solidarité globale.»  Nous assistons en effet à une formidable montée des périls dans le monde que certains pensent naïvement pouvoir endiguer par un recours à des régimes autoritaires, ce qui explique la tentation totalitaire et le succès des partis d’extrême droite en Europe au détriment des partis traditionnels que cette crise profonde de la démocratie, -il s’agit d’une vraie crise de civilisation- met à mal.
Mais surtout ne perdons pas espoir : « la crise mondiale provoquée par la pandémie du coronavirus est aussi une opportunité qui montre que les Etats sont capables de prendre des mesures radicales pour répondre à l’urgence sanitaire. « Cette prise de conscience peut être salutaire face aux autres crises – environnementale, économique, sociale, démocratique – dont le covid-19 est un révélateur. » Arnaud Zacharie
La lutte contre l’épidemie de coronavirus signe-t-elle une réhabilitation du rôle de l’Etat ? « C’est effectivement dans ces moments que l’on voit l’Etat dans la plénitude de son rôle. Dans le discours dominant de ces trente dernières années, l’Etat est toujours considéré comme une charge, un handicap, une source de déficit, et non comme ce qu’il est réellement, c’est-à-dire ce qui fait tenir une société, a fortiori dans une période de crise. Or, en cas de crise, il faut que l’Etat tienne, mais aussi qu’il ait l’air de tenir, d’où l’importance de la considération qu’on lui porte. » Louis Hausalter Marianne
« Le vieux monde se meurt, le nouveau est lent a apparaitre, et c'est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres »
Il y eut mai 68, gageons que le mai 2020 sera de nature très différente. Sans doute le vivrons-nous dans le confinement mais celui-ci nous contraint à une réflexion profonde sur nous-mêmes, le sens de notre vie et la nécessité d’apprendre enfin et de manière radicale à vivre autrement c'est-à-dire plus authentiquement, plus solidairement.
MG


LA CRISE MONDIALE PROVOQUEE PAR LA PANDEMIE DU CORONAVIRUS EST AUSSI UNE OPPORTUNITE: 
par Arnaud Zacharie, secrétaire général du CNCD-11.11.11. in Le Soir

Elle montre que les Etats sont capables de prendre des mesures radicales pour répondre à l’urgence sanitaire. Cette prise de conscience peut être salutaire face aux autres crises – environnementale, économique, sociale, démocratique – dont le Covid-19 est un révélateur.
La pandémie du Covid-19 survient dans un contexte international instable et dangereux. En ce sens, la brutalité du choc externe qu’elle représente pour nos sociétés est un puissant révélateur des crises globales de notre temps.
La pandémie du Covid-19 est avant tout une crise sanitaire qui met en péril la vie de milliers de personnes et menace d’asphyxie les systèmes de santé, généralement affaiblis par des années d’austérité. Elle provoque également une crise environnementale, en rendant l’environnement inadapté à la vie en société.
Crise sociale
Elle révèle en outre une crise sociale qui était déjà patente. Les plus pauvres et les plus vulnérables sont les premières victimes du virus, surtout dans les pays qui ne disposent pas d’un système de santé publique universel. Ceux qui n’ont pas de domicile fixe où rester confinés ne trouvent plus de quoi survivre dans les rues désertées. Les demandeurs d’asile entassés dans des camps où l’hygiène est déplorable sont laissés à eux-mêmes. Les pays pauvres d’Afrique doivent affronter la pandémie, alors que leurs systèmes de santé peu développés sont déjà asphyxiés par d’autres épidémies.
Crise économique
Le Covid-19 révèle par ailleurs une profonde crise économique et financière. Il fait l’effet d’une étincelle sur un baril de poudre. En ébranlant aussi bien la production que la consommation, il représente un choc de l’offre et de la demande d’une violence inédite. Ce choc économique annonciateur d’une profonde récession mondiale provoque une panique financière qui se traduit par un krach boursier. L’instabilité financière au sein de la zone euro fait ressurgir le spectre d’une crise des dettes souveraines.
Crise de la mondialisation
Cette crise économique et financière est également une crise de la mondialisation. La rupture des chaînes de valeur mondiales et l’accumulation excessive de dettes privées au sein du système financier international ébranlent la mondialisation commerciale et financière. Le confinement est l’antithèse de la mobilité sur laquelle repose la mondialisation. L’économie mondiale est littéralement à l’arrêt. Les mouvements des personnes sont prohibés et les frontières se ferment à une vitesse que même le plus radical des nationalistes n’aurait osé espérer.
Crise démocratique
Il en découle une crise démocratique, dans un contexte de défiance des partis traditionnels et de montée du national-populisme qui ébranle les démocraties représentatives depuis plusieurs années. Les gouvernements redoublent de décisions autoritaires pour juguler la pandémie. Si la fin peut justifier les moyens, la capacité des gouvernements à venir à bout de la pandémie déterminera leur avenir politique. Un manque d’efficacité en la matière exacerberait immanquablement la crise de légitimité des partis gouvernementaux dont pourrait tirer profit l’agenda national-populiste. En cas de succès, les gouvernants pourraient au contraire en sortir avec une légitimité accrue – à condition toutefois de ne pas prendre démesurément goût aux dérives autoritaires.
Crise de la coopération
Le problème est que la pandémie du Covid-19 survient dans le contexte d’une crise de la coopération multilatérale. Les Etats prennent des décisions fortes mais désordonnées, alors que seule la coopération internationale est en mesure de résoudre efficacement un problème global. Les Etats-Unis du président Trump ont abandonné le rôle de puissance stabilisatrice de l’ordre mondial au profit du credo America First – illustré par la tentative d’acheter à une firme allemande l’exclusivité du vaccin contre le Covid-19. La Commission européenne tente difficilement de masquer la désunion européenne. La Chine s’engouffre dans la brèche pour vanter son modèle et se profiler en parangon de la coopération et de la solidarité internationale – notamment à travers les dons de matériel médical généreusement octroyés aux quatre coins du monde par la Fondation Alibaba. Le Covid-19 révèle ainsi le basculement du monde et l’influence géopolitique grandissante du modèle autoritaire chinois.
Crise de civilisation?
Il pourrait finalement en résulter une crise de civilisation. Les crises sanitaires ont souvent accompagné de grands basculements historiques. La chute de l’Empire romain a été favorisée par l’épidémie de la peste, qui tua près de la moitié de la population. La peste noire provoqua la mort de millions de personnes dans le contexte de la «grande dépression médiévale» du 14e siècle, qui mena à la crise terminale du système féodal. La «grande transformation» de l’entre-deux-guerres, marquée par la montée des totalitarismes, débuta avec la Première Guerre mondiale, mais aussi avec la grippe espagnole de 1918. Il n’est pas exclu que le Covid-19 s’accompagne à son tour de grands bouleversements.
Des opportunités
Heureusement, les crises sont aussi des opportunités. Si la priorité à court terme est de juguler la pandémie, le défi consiste à se mettre simultanément en ordre de marche pour répondre à moyen terme aux crises globales qu’elle révèle. Des mesures que l’on présentait hier comme utopiques sont aujourd’hui de mise: les règles budgétaires sont oubliées; les Etats investissent massivement et interviennent pour soutenir l’économie; l’Etat-providence et l’hôpital public sont présentés comme d’indispensables remparts; la relocalisation de l’économie est prônée au nom de la sécurité d’approvisionnement; les gouvernements écoutent les scientifiques plutôt que les lobbies; les citoyens modifient leur mode de vie dans l’intérêt général. Autant de ruptures qui sont nécessaires non seulement pour éradiquer le Covid-19, mais aussi pour opérer la transition qui permettrait de répondre aux crises environnementale, sociale, économique et démocratique que la pandémie exacerbe.
Un nouvel élan pour l’Europe?
Le risque est qu’à l’instar de la crise de 2008, les gouvernements temporairement contraints de se convertir aux politiques keynésiennes et à l’Etat-providence reviennent d’autant plus rapidement aux politiques contre-productives d’austérité et de course à la compétitivité. La crise du Covid-19 ne sera salvatrice que si les gouvernements ne retombent pas dans le business as usual une fois la pandémie vaincue et la reprise économique assurée. L’UE devrait au contraire profiter de cet élan pour concrétiser son projet de Green Deal. La lutte contre le Covid-19 pourrait ainsi servir de répétition générale permettant d’opérer ensuite la nécessaire transition vers une prospérité soutenable et démocratiquement partagée.


mardi 24 mars 2020

C’est la crise et c’est joliment dit !


Les problèmes des boulangers sont croissants… Alors que les bouchers veulent défendre leur beefsteak, Les éleveurs de volailles se font plumer, Les éleveurs de chiens sont aux abois, Les pêcheurs haussent le ton ! Et bien sûr, les éleveurs de porcs sont dans la merde, Tandis que les céréaliers sont sur la paille. Par ailleurs, alors que les brasseurs sont sous pression, Les viticulteurs trinquent. Heureusement les électriciens résistent. Mais pour les couvreurs, c’est la tuile Et certains plombiers prennent carrément la fuite. Dans l’industrie automobile, les salariés débrayent, Dans l’espoir que la direction fasse marche arrière. Chez EDF, les syndicats sont sous tension, Mais la direction ne semble pas au courant. Les cheminots voudraient garder leur train de vie, Mais la crise est arrivée sans crier gare, Alors… les veilleurs de nuits, eux, vivent au jour le jour. Pendant que les pédicures travaillent d’arrache-pied. Les croupiers jouent le tout pour le tout, Les dessinateurs font grise mine, Les militaires partent en retraite, Les imprimeurs dépriment Et les météorologistes sont en dépression. Les prostituées se retrouvent à la rue. Amis, c’est vraiment une mauvaise passe. Mais rarement les banquiers perdent au change. 

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

C’EST NOUS, LES ESCLAVES  DU CORONA.

 

 Cette vidéo virale vous donnera la chair de poule ! Attention émotion ! Vaincre nos émotions ? Contentons nous, autant que faire se peut, de les maîtriser par ces temps d’orage.

 

https://www.youtube.com/watch?v=JTVXEGIS3LE



Oui j’ai pleuré à larmes chaudes en écoutant ce chœur des esclaves si particulier et j’ai pensé, intensément à cette pauvre, belle et fière Italie qu’aimait tellement Stendhal.  C’est pas que j’aie le confinement triste mais je ressens une tendresse violente pour tous ces hommes, ces femmes qui luttent à mains nues sur le front de la mort et toutes ces pauvres victimes qui rendent leur dernier soupir dans des hôpitaux de campagne complètement submergés. L’humanité souffre d’une souffrance qu’elle s’inflige à elle-même par son incurie. Le social démocrate/le libéral social que je suis depuis toujours sent monter en lui une bouillonnante colère qui se focalise sur le visage bouffi comme une orange, emblématique et grotesque de Donald Trump résumant en une sinistre grimace tout ce que nous pouvons détester, non pas un capitalisme bedonnant caricatural, cigare au bec mais bien sa défroque néo libérale qu’incarne aussi le champion jupitérien des premiers de cordée toujours propre sur lui et tellement  sûr de son langage élyséen. 

Il est temps de dire comme je l’ai fait déjà sur DiverCity :  Good Morning mister Keynes ;  adi die Herren Hayek und Schumpeter. 

Quand Margaret Thatcher a tiré sa révérence, beaucoup ont chanté the witch is dead. No she wasn’t at all  dead ! La sorcière néo libérale est bien vivante mais il se pourrait bien que le corona lui donnât le coup de grâce.

Take care and pull yourself together

MG


 

 


lundi 23 mars 2020

Coronavirus: premier décès d'un médecin hospitalier annoncé en France


Un médecin hospitalier est mort après avoir été infecté par le nouveau coronavirus, a indiqué dimanche le ministre de la Santé Olivier Véran, précisant qu'il s'agissait à sa "connaissance" du premier décès de ce type en France.
"J'ai été informé hier (samedi) soir du décès d'un médecin hospitalier, c'est à ma connaissance (...) la première situation qui a frappé un médecin hospitalier", a déclaré M. Véran au Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI. Il s'est refusé à donner des "informations plus précises", au nom de la volonté de la famille et du secret médical.
Selon France 3 Hauts-de-France, la victime est un médecin urgentiste de Compiègne, dans l'Oise, un des premiers départements à avoir été fortement touché en France, et est décédé après son transfert à Lille. Des informations confirmées à l'AFP de source proche du dossier.
M. Véran, qui s'est "associé à la douleur de la famille", a relevé le "très lourd tribut payé par la grande famille des médecins aujourd'hui".
Il a également "souligné le courage extraordinaire dont font preuve l'ensemble des médecins, des soignants, des pompiers, de toutes les personnes qui permettent de sauver des vies chaque jour".
Interrogé sur l'incidence de la pénurie de masques pour les personnels de santé, le ministre a déclaré que "ce que nous savons c'est que la plupart des soignants qui vont contracter la maladie ne vont pas la contracter dans le cadre de leur mission hospitalière, mais en dehors".
Tout en reconnaissant que les soignants "sont par définition ceux qui sont le plus en contact avec les malades", il a relevé qu'il "y a eu plusieurs cas de contamination dans une unité de médecins ou d'infirmières qui bien qu'équipés en masques avaient pu être contaminés".
"Le matériel de protection est absolument indispensable pour les soignants, mais avec ou sans matériel de protection on peut être malade dans son exercice professionnel, on peut être malade quand on est soignant", a-t-il dit.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE NOUVEAU PARADIGME
Qu’un para tombe en opération, qu’un pompier succombe au feu, cela fait partie, dirons-nous, des risques du métier mais qu’un médecin perde la vie par manque de masque sanitaire de qualité de gants et de combinaison  de protection c’est absolument insupportable et cela incite à la colère.
Y en a marre de ce néo libéralisme qui rabote les ardoises du service public et force notre personnel soignant à monter en première ligne sans protection. Ce n’est pas tout de les applaudir en braillant sur les balcons à l’heure du dîner, ce n’est pas tout de les aimer, il faut les aider et leur fournir des conditions de sécurité minimum ainsi qu’aux caissières des grandes surfaces qui bravent les postillons d’une clientèle indisciplinée ou les postières et postiers qui manipulent des colis infectés.   Que l’Etat redevienne l’Etat et non point le larbin des lobbies du grand capital. Que le service public soit à nouveau et surtout à « niveau » du service du public. Et si c’était ça la révolution, le nouveau paradigme dont tous aujourd’hui se gargarisent en chœur ?
Une vraie révolution se prépare derrière le concept « soft » dit du changement de paradigme. C’est ce qu’on compris  les chirurgiens de Saint- Pierre en dans leur juste colère
« Nous sommes conscients qu’une grande partie de l’appareil de production industrielle a été délocalisé mais ne nous dites pas que nous sommes devenus incapables en Belgique de produire des masques, des EPI et des réactifs »
La crise des masques et celle du manque de matériel médical en masque une autre, bien plus redoutable, nous y reviendrons longuement car c’est cette crise là qu’il convient  d’analyser en toute lucidité et surtout de prendre à bras le corps.
MG


 LETTRE OUVERTE DE DEUX CHIRURGIENS A SOPHIE WILMES SUR LE CORONAVIRUS: «LA DOUBLE PEINE DU PERSONNEL HOSPITALIER»

Deux chirurgiens de l’hôpital Saint Pierre à Bruxelles tirent la sonnette d’alarme face au manque d’équipement pour lutter contre le coronavirus.

Belga
Par Professeurs Didier De Cannière et Guy-Bernard Cadière, chirurgiens à l’hôpital Saint Pierre, Centre Hospitalier Universitaire de Bruxelles.

Madame la Première Ministre,
Vous avez réussi à fédérer une union sacrée politique suffisante pour imposer les mesures sanitaires qui, jusqu’à la découverte de traitements spécifiques, permettront de contenir la vague épidémique de COVID-19. La population Belge vous en a déjà témoigné sa reconnaissance.
L’hôpital a plus que jamais besoin d’un soutien politique déterminé pour affronter cette crise dans des conditions optimales d’efficience et de sécurité.

Chaque personne qui travaille à l’hôpital accepte implicitement et en connaissance de cause un risque sanitaire plus ou moins quantifié : tuberculose, HIV, Hépatite C, radiations ionisantes etc. Dans cette crise-ci, même si le risque est très significativement plus grand, il en sera de même. Ce risque sera partagé par tous les acteurs, quoi qu’il faille d’ores et déjà mettre en exergue le courage et l’abnégation des infirmiers qui constituent une des populations les plus exposées. Bien peu d’entre nous déserteront, même si l’angoisse n’est pas négligeable, la pire étant bien sûr d’infecter nos familles et ceux qui partagent notre toit.
C’est la double peine du personnel hospitalier.
Mais il n’est plus acceptable à nos yeux que ce risque soit pris sans que nos équipes ne bénéficient de toutes les mesures de protection existantes, aussi dérisoires soient-elles.
Il n’est plus acceptable d’entendre vos collègues nous annoncer avec un sourire contrit et les bras ballants que « les masques ont été volés ». Puis nous annoncer solennellement que nous allons recevoir des millions de masques, avant de s’apercevoir que ce ne sont pas les masques qui conviennent pour nous protéger de la contamination.
Il n’est plus acceptable, faute d’équipements de protection individuelle (EPI) en suffisance, d’être obligés de ne les utiliser que pour de rares patients testés positifs alors qu’il est statistiquement certain que nous soignons chaque jour nombre de patients COVID+ sans le savoir, donc sans précaution, et d’encourir un risque majeur, faute de les avoir testés.
Il est inacceptable de s’entendre dire qu’on ne peut tester qu’une fraction des patients et du personnel, faute de réactifs. La disponibilité suffisante des tests est un élément-clé, chacun le comprend, de la lutte contre l’épidémie. L’OMS par la voix de son président le rappelle de manière univoque : «  Vous ne pouvez pas combattre un incendie les yeux bandés. Testez, testez, testez ». Un test de détection systématique du personnel empêcherait celui-ci dans une large mesure de contaminer par ignorance des patients et des collègues et le rassurerait le soir quand il rentre à la maison de ne pas contaminer sa famille.
Il serait inacceptable que des médicaments qui, avec beaucoup de réserves, pourraient donner des résultats prometteurs sur le contrôle de l’infection, par exemple ceux qui sont actuellement promus en France et aux USA, ne soient pas disponibles dans notre pays.
Madame la Première Ministre, l’histoire a montré que, dans des périodes exceptionnelles, la capacité de production des pays pouvait être réorientée de manière flexible : il y a 80 ans la production d’avions a été multipliée par 20 en quelques mois par les pays en guerre. Nous sommes conscients qu’une grande partie de l’appareil de production industrielle a été délocalisé mais ne nous dites pas que nous sommes devenus incapables en Belgique de produire des masques, des EPI et des réactifs. Ne nous dites pas que nous n’avons pas les budgets pour doubler le salaire des laborantins et leur donner l’aide logistique qu’il convient pour conduire des tests chez tous les patients.
La solution de cette crise viendra des laboratoires, nous avons une confiance absolue dans nos chercheurs belges qui sont parmi les meilleurs au monde mais en attendant seuls le confinement et le sacrifice des soignants freinera la progression de la pandémie. À l’heure d’écrire ces lignes, des collègues et des amis luttent pour leur vie de l’autre côté de la barrière des soins intensifs. Il est de votre devoir de nous protéger sans relâche. Il est du nôtre de vous alerter sur nos besoins.
Confiants dans vos capacités de leadership, nous vous prions de croire, Madame la Première Ministre, à l’expression de nos sentiments respectueux.

Professeur Didier De Cannière
Professeur Guy-Bernard Cadière
Chirurgiens. Hôpital Saint Pierre, Centre Hospitalier Universitaire de Bruxelles.

dimanche 22 mars 2020

La Commission européenne suspend les règles du carcan budgétaire


• Vif Source : AFP
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé vendredi la suspension des règles de discipline budgétaire de l'UE, une mesure inédite qui permettra aux Etats membres de dépenser autant que nécessaire pour lutter contre les conséquences économiques du coronavirus.
"Aujourd'hui, et c'est nouveau et n'a jamais été fait auparavant, nous déclenchons la clause dérogatoire générale", qui permet de déroger temporairement à ces règles, a-t-elle déclaré dans une vidéo publiée sur Twitter.
"Cela signifie que les gouvernements nationaux peuvent injecter dans l'économie autant qu'ils en auront besoin", a-t-elle ajouté. "Nous assouplissons les règles budgétaires pour leur permettre de le faire."
Les 27 ministres des Finances de l'UE doivent encore valider cette suspension lors d'une vidéoconférence la semaine prochaine.
Concrètement, cette clause permet de déroger temporairement au Pacte de stabilité et de croissance, le texte qui fixe les règles budgétaires aux Etats ayant adopté la monnaie unique.
Créée en 2011, en pleine crise de la zone euro, cette clause n'avait jusqu'alors jamais été activée.
Parmi les obligations que les Etats membres n'auront plus à respecter figure la fameuse règle imposant que leur déficit public reste inférieur à 3% de leur produit intérieur brut (PIB).
Bruxelles avait déjà promis la semaine passée une "flexibilité maximale" dans l'application du Pacte, une bouffée d'oxygène pour l'Italie, aux finances déjà exsangues, mais qui n'a pas été jugée suffisante face aux conséquences économiques désastreuses de la pandémie.
Mme von der Leyen a par ailleurs affirmé qu'elle accueillait "favorablement l'action décisive annoncée par la Banque centrale européenne cette semaine": un plan massif de 750 milliards d'euros de soutien à la zone euro.
"Cela ajoute à la puissance de feu dont nous avons besoin en Europe pour soutenir l'économie", a-t-elle dit, affirmant que "le budget de l'Union" prendrait "sa part".
Elle a notamment cité la mise à disposition par Bruxelles de 37 milliards d'euros, une somme provenant de la réorientation de 8 milliards de fonds existants, qui doivent permettre d'en lever 29.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
GOOD MORNING MISTER KEYNES

Bravo Ursula. Oserons nous envisager que vous soyez, vous aussi, comme notre Sophie Wilmès nationale,  une capitaine courageuse pour temps d’orage ? Espérons que oui !
« C'est nouveau et n'a jamais été fait auparavant, nous déclenchons la clause dérogatoire générale", qui permet de déroger temporairement à ces règles » Voilà qui est absolument sensationnel et donne une forme concrète au souhait exprimé par Emmanuel  Macron dans ses rêves les plus fous. Voilà qui devra clouer le bec à Merkel et à l’arrogance allemande qui par peur panique de l’inflation (souvenir des années Weimar) exige depuis des lunes de ne sortir à aucun prix des clous des trois % de dépassement budgétaire. Reste à voir comment Berlin réagira. Ce sera un vrai test pour l’avenir de l’Europe en tant qu’Europe, en tant que puissance européenne.  
Je ne comprends vraiment pas que cette info ne fasse pas les manchettes de la presse européenne qui n’y consacre que des entrefilets. J’ai téléphoné comme un dératé à tous mes amis économistes. Ils n’en démordent pas : si Ursula obtient le feu vert pour faire ce qu’elle annonce il devient possible d’imaginer un New Deal/green Deal  rooseveltien pour l’Europe. Un plan Marshall sans Marshall et surtout sans l’oncle Sam en larguant l’Amérique trumpienne qui refuse de se donner un nouveau capitaine de la trempe d’Elizabeth Warren. Fini alors l’ugly néo libéralisme Reaganien/thatchérien prônant la dérégulation et le rabotage des dépenses publiques de santé enseignement, transports etc. Au revoir Herr Hayek ,et Schumpeter et good morning mister Keynes. Je rêve éveillé. Le confinement me monte à la tête. Allez savoir. Il est temps que l’Europe reprenne le leadership et se remette à produire européen, en  commençant par fabriquer des masques sanitaires  et des respirateurs en masse, à construire de nouveaux hôpitaux, à robotiser de nouvelles usines pour ne plus être à la merci d’une épidémie qui cloue les travailleurs à la maison. Il est urgent de ressusciter un service public digne de ce nom. C’est le message des gilets jaunes. On exiges des soins de santé de qualité et une école performante  qui forme des citoyens européens critiques et créatifs animés d’un vrai esprit civique et d’un tempérament solidaire. 
« Il faudra renouer avec la vision d'une économie sociale et décente »
« L'épreuve que vivent les sociétés démocratiques européennes dans ce combat contre l'épidémie peut-elle redonner le sens du bien commun, négligé depuis plusieurs années, aux citoyens ? » ( Le Vif, cf article)
Faites nous donc rêver Ursula et dites nous-que tout ça  redevient vraiment possible et on supportera tout: le confinement, les privations d’autonomie, le manque de sommeil, l’angoisse du corona et on affrontera à cœur vaillant la montée des périls.
MG


DONALD TUSK FUSTIGE LE COMPORTEMENT DES PAYS EUROPEENS FACE AU CORONAVIRUS: "CELA NE FONCTIONNERA PAS A LONG TERME" 

Le chef du Parti populaire européen (PPL) et ex-président du Conseil européen Donald Tusk a dénoncé les comportements "nationalistes" des Etats membres de l'UE dans la lutte contre le coronavirus, prônant davantage de coopération dans une interview publiée samedi en Pologne.
L'ancien Premier ministre polonais a commenté dans le journal Gazeta Wyborcza les opinions formulées de part et d'autre sur la faiblesse de la réponse européenne face à l'épidémie.
Mercredi, en esquissant son programme de soutien à l'économie polonaise, le Premier ministre conservateur Mateusz Morawiecki avait reproché à l'UE de ne pas ouvrir de nouveaux fonds d'aide et de ne "pas réagir aussi vite que les Etats nationaux, que la Pologne".
"Il faut faire la différence entre les faits et une propagande anti-UE. Il y a des années, ce sont les Etats membres qui ont décidé de laisser les questions de la santé dans la compétence des gouvernements nationaux", a souligné M. Tusk, confiné à Bruxelles.
Selon lui, il ne s'agit ni de faiblesse de l'UE, ni d'un manque de moyens, mais de "la réticence des pays membres à mettre en place une stratégie, des procédures et des normes communes", alors que "les solutions nationales étatiques ne fonctionneront pas à long terme (car) le virus est cosmopolite".
"Nous avons besoin de l'Union européenne comme jamais auparavant, une UE plus unie, pourvue de davantage d'instruments et de pouvoir", a-t-il insisté, tout en prônant la sauvegarde des valeurs démocratiques au moment où se dessine à l'horizon "une crise sociale".
Cette crise "risque de frapper l'essence même de l'Occident, la liberté et l'indépendance de l'individu, mais aussi les valeurs de l'UE: solidarité, ouverture, tolérance, marché libre".
Il a rappelé que le prochain sommet du Conseil européen devra décider des finances de l'UE pour les temps de la pandémie.
"L'Europe sera prête à de grands compromis mais cela demande une pleine harmonie et l'abandon de la pensée nationaliste", a-t-il estimé.
Par ailleurs, M. Tusk a critiqué l'obstination du parti conservateur nationaliste au pouvoir en Pologne à maintenir le premier tour de l'élection présidentielle le 10 mai prochain.
"Au mois de mai, nous allons vivre la situation de pandémie. Seul un fou ou un criminel pourrait proposer aux gens d'aller alors dans les bureaux de vote", a estimé M. Tusk.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
ET POURQUOI N’EST-CE PAS CHARLES MICHEL QUI FAIT LE JOB



Crise du coronavirus: vers un retour en grâce du bien commun ?

• Source : Le Vif/L'Express 
 Gérald Papy 
Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express

Pour le sociologue français Patrick Pharo, un regain durable du souci de l'intérêt général, qui prévaut dans la crise du coronavirus, dépend de la restauration de l'Etat social et de la responsabilité des entreprises.
 La sollicitude actuelle des gouvernements européens envers le secteur de la santé tranche avec les mesures d'économie qui lui ont été imposées ces dernières années, notamment en France.  
Patrick Pharo énonce une remarque préalable : " On est tellement habitués à voir des films de science-fiction et des images qui nous paraissent irréelles parce que lointaines qu'on a du mal à réaliser que nous avons plongé dans un film de science-fiction dont on ignore encore la fin... ". Auteur de Eloge des communs (1), le chercheur en sociologie morale analyse l'impact du bouleversement de notre mode de vie sur la perception future de la notion de bien commun. 
En prenant des décisions importantes pour lutter contre l'épidémie de coronavirus, les gouvernements français et belge remplissent-ils les missions d'un Etat du bien commun ? 
La santé est clairement un bien commun et, face à une crise sanitaire majeure, aucun Etat ne peut se dérober à ses obligations de bien commun. Toutefois, les stratégies actuelles résultent du mixage d'une parole politique largement désorientée et d'une parole scientifique qui comporte encore beaucoup d'incertitudes. On ne saura donc qu'après-coup ce qu'il en a été du bien commun dans les politiques suivies. En France et en Belgique, par exemple, la stratégie n'est plus d'empêcher la propagation du virus qui, aux dires d'un ministre français, devrait toucher à terme la moitié de la population, mais de la ralentir pour ne pas engorger les hôpitaux. On est proche ici de la stratégie d' " immunité collective " qui semble à l'oeuvre en Allemagne ou au Royaume-Uni : au-delà d'un certain seuil d'infection de la population, la contagion devrait se tarir si le virus ne peut pas se transmettre à des personnes déjà touchées. Cette stratégie est différente de celle de la Chine, confinement drastique et brutal des zones touchées, ou de la Corée du Sud, ciblage très précis et intrusif des foyers d'infection pour empêcher la propagation - avec néanmoins des risques de rebond lorsque le virus réapparaît dans des zones non touchées. En dehors même du repoussoir que constituent les méthodes de la dictature chinoise, les différentes stratégies sont toutes, à des degrés divers, liberticides. Elles se justifient néanmoins par la nécessité communément admise de surmonter la pandémie, mais aussi d'assurer la continuité de la vie économique. Or, c'est justement sur le plan économique que resurgiront inévitablement les questions et controverses au sujet du bien commun, lorsque les frustrations et les souffrances endurées pendant la crise s'ajouteront au fond de rancoeur et de méfiance qui s'est si souvent exprimé ces dernières années face à la spéculation financière, aux politiques d'austérité, au détricotage de l'Etat social ou à la catastrophe écologique en cours. Le bilan final de l'épidémie sera sans doute difficile à tirer. Mais son traitement contribuera d'autant mieux au bien commun qu'il aura été l'occasion d'un examen de conscience et d'une remise en question des politiques néoconservatrices qui ont si longtemps désarmé les institutions publiques. 
Ce sont plutôt les gouvernants qui se sont éloignés du bien commun. 
Vous écrivez que, de manière générale, "la sollicitude publique est particulièrement présente dans le domaine de la santé", notamment en matière de prévention. Ce constat facilite-t-il le respect de décisions très directives ? 
En affichant son souci de la santé publique et de la prévention du malheur, n'importe quel gouvernement joue, si l'on peut dire, " sur du velours ", puisque ce sont là des préoccupations cruciales pour n'importe qui. On peut donc supposer qu'au moins dans un premier temps, les injonctions de plus en plus directives des autorités seront acceptées, sinon réellement suivies. Le vent de panique entretenu par les annonces officielles sur la dangerosité de l'épidémie peut aussi contribuer à cette acceptation. Et on peut encore ajouter la solidarité avec le personnel soignant qui souhaite désespérément un étalement de l'épidémie pour ne pas être débordé par un afflux brutal de malades. Toutefois, pour que la confiance soit durable, il faudrait qu'il n'y ait pas trop d'écart entre la sollicitude affichée et la réalité de l'effort consenti pendant, mais aussi avant et après la période de crise. Le fait est, par exemple, que les hôpitaux publics français sont aujourd'hui d'autant plus engorgés qu'on leur a appliqué depuis des années des mesures sévères d'économie et de réorganisation qui ont mis à rude épreuve le personnel soignant. De même, les pharmacies sont en rupture de stock de matériel de prévention parce que les délocalisations industrielles ont anéanti certaines capacités productives locales... L'effort des habitants pour faire face au confinement est soutenu aujourd'hui par la promesse officielle de relancer l'économie " quel qu'en soit le coût ". Mais cette promesse rompt avec des années d'affirmation, le coeur sur la main, qu'il est économiquement impossible d'augmenter les financements publics, de satisfaire les revendications des salariés ou de maintenir en l'état les systèmes de retraite ou d'aide sociale. Comme l'ont noté beaucoup d'observateurs, ce retour de l'Etat régulateur et garant du bien commun impliquerait une profonde conversion du regard des dirigeants économiques, qui risque de faire défaut au moment de la sortie de crise, à moins qu'elle soit soutenue et imposée par une expression démocratique forte. 
Les stratégies face au coronavirus conjuguent une " parole politique désorientée " (Emmanuel Macron) et " une parole scientifique avec beaucoup d'incertitudes ". 
Faut-il craindre ou se réjouir du renforcement d'un " maternalisme politique " qui gouvernerait les conduites ? 
Contrairement au paternalisme, qui est un autoritarisme fort recommandant le bien tel qu'il est vu par la partie forte sous peine de coercition, le maternalisme est un autoritarisme doux qui prétend exprimer si bien l'intérêt de la partie faible qu'il n'a pas besoin de recourir à la coercition. En temps normal, le maternalisme peut sembler préférable au paternalisme car il a au moins le mérite d'attirer l'attention sur les besoins et les sentiments de la partie faible. Cela étant, la crise épidémique est une occasion de découvrir des effets pervers du maternalisme lorsque, par exemple, les plus de 70 ans peuvent avoir le sentiment d'être traités comme de nouveaux intouchables du fait de leur vulnérabilité, ou que des plus jeunes intériorisent une peur panique de devenir le vecteur de la maladie d'autrui. On peut aussi constater que la coercition, fût-ce pour la bonne cause, reste toujours un horizon possible de la gestion officielle des conduites, puisque dans un nombre croissant de pays, la police et l'armée sont appelées à imposer un confinement transgressé par l'insouciance publique, sévèrement jugée. 
L'épreuve que vivent les sociétés démocratiques européennes dans ce combat contre l'épidémie peut-elle redonner le sens du bien commun, négligé depuis plusieurs années, aux citoyens ? 
Je ne pense pas que le sens du bien commun ait été perdu par les citoyens qui, sans même parler des dons, activités caritatives ou associatives, n'ont jamais cessé d'honorer fidèlement leurs fonctions sociales dans tous les secteurs économiques, et en particulier la santé et l'éducation publique, si mal traitées par certains Etats européens. Ce sont plutôt les gouvernants qui, pour des raisons philosophiques et politiques que j'analyse dans le livre, se sont éloignés du bien commun en rompant avec la vision de l'Etat social qui avait inspiré la résistance au nazisme et fondé les plans de reconstruction d'après-guerre. La réaction idéologique à la propagation des idées socialistes et aux mouvements de contestation des années 1960 a eu en effet des conséquences calamiteuses en posant la suprématie de l'investissement créateur d'emploi et de croissance sur toute autre considération sociale ou écologique. Pour renouer avec les obligations du commun, il faudrait donc d'abord renouer avec la vision d'une économie sociale et décente. Cela passe, à mon avis, par un retour de l'Etat social pour réguler et orienter l'économie, ce qui n'implique pas forcément un ultradirigisme. Les recherches contemporaines sur les communs montrent en effet que les ressources communes ne sont jamais mieux gérées que par ceux, propriétaires ou non, qui les utilisent. 
En affichant son souci de la santé publique, n'importe quel gouvernement joue "sur du velours". 
Selon vous, les libertés individuelles appartiennent au bien commun. N'y a-t-il pas une contradiction à les réduire au nom de la recherche de ce même bien commun ? Y a-t-il une hiérarchie entre ses composantes ? 
Bien sûr, c'est une contradiction manifeste ! On est un peu abasourdi aujourd'hui par la facilité avec laquelle un Etat libéral et démocratique peut imposer des restrictions inouïes de mouvement et de contact aux populations. On découvre aussi, dans le cas de la Corée du Sud, avec quelle facilité les données personnelles collectées par les plateformes informatiques, et qui sont censées être protégées, peuvent être utilisées par les pouvoirs publics au nom de la préservation de la santé publique. L'ordre des composantes du bien commun dépend bien sûr de la situation, et clairement aujourd'hui, c'est la crise sanitaire qui prend le pas sur tout le reste, ce qui, encore une fois, semble justifier l'obéissance. Mais les libertés individuelles, qui ne sont pas toutes aussi bonnes les unes que les autres, sont des communs qu'il faut absolument préserver. Comment les habitants vont-ils, dans l'après-crise, réagir à ces atteintes à leurs libertés ? C'est la principale question de l'histoire à venir. 
Le bien commun, vu d'Italie 
" Pourquoi l'Europe ne s'est-elle pas chargée de mettre en place un plan de production commun des équipements élémentaires, tels que les masques et les gants [...] ? " 
Gianluca Di Feo, rédacteur en chef de La Repubblica, dans Le Figaro. 
" Nous autres, Italiens, avons un sens du civisme peu prononcé. Nous préférons que les choses nous soient imposées, car, ainsi, nous avons tendance à mieux les comprendre. " 
L'écrivain Roberto Ferrucci dans Le Monde. 
" Que se serait-il passé si le fléau avait éclaté en Calabre ? [...] Dans ce cas, le nord se serait barricadé contre le sud, sans changer de mode de vie. Et la réponse de Rome aurait été moins audacieuse. Et sans doute pas nationale. " 
Valérie Segond, journaliste correspondante en Italie, dans Le Figaro. 
 (1) Eloge des communs, par Patrick Pharo, PUF, 278 p. 

samedi 21 mars 2020

Coronavirus : dix bonnes raisons de ne pas désespérer de la Belgique



Claude Demelenne Le Vif
essayiste, auteur de plusieurs ouvrages sur la gauche

La Belgique était ingouvernable, chaotique, pathétique. Face au coronavirus, elle retrouve du punch. Voici dix bonnes raisons de ne pas désespérer de ce curieux pays...sans minimiser les dangers qui le menacent.
Souvent, ces derniers mois, j'ai eu honte d'être belge. Le spectacle d'un pays qui se décompose est rarement enthousiasmant. Chez nous, il était carrément clochemerlesque. La Belgique était un peu ridicule, avec ses missionnaires royaux en goguette, ses palabres surréalistes, ses noms d'oiseaux échangés par-dessus la frontière linguistique.
Cohabitation improbable
Stop ou encore ? Ancien belgicain, j'en étais arrivé à l'amère conclusion que mieux valait tourner la page. Belgique requiem. Chers amis flamands, séparons nous et restons bons amis. Gardons un toit commun, mais faisons chambre à part. La Belgique fédérale est un échec. La faute à personne. Et à tout le monde. Nous sommes trop différents. Socialos - écolos - gauchos, au Sud. Nationalistes-autonomistes-et même un peu fachos, au Nord.
Ombrageuse depuis la naissance de l'Etat belge, la cohabitation entre nos deux peuples est devenue improbable. "L'union fait la force", dit notre devise nationale. L'union est une farce, constatons nous jour après jour.
QUELQUES PETITS MIRACLES
La crise du coronavirus a redistribué les cartes. Je n'ai pas fondamentalement changé d'avis sur les chances de survie à moyen terme de la Belgique fédérale. Sauf reflux électoral massif des nationalistes de la N-VA et du Vlaams Belang, elles sont minces. Mais à court terme, l'espoir renaît. Quelques petits miracles ont eu lieu. Il était moins une, la lutte contre le coronavirus exigeait de nouvelles postures politiques. Ce ne fut pas simple. Jusqu'au bout, marchandages, reniements et manoeuvres politiciennes ont été au rendez-vous. Ce fut tout sauf glorieux, mais en ce début de règne du gouvernement Wilmès II, la Belgique a cessé d'être la risée de ses voisins. Voici dix bonnes raisons de ne pas désespérer de la Belgique, un Etat en sursis qui a su se remettre en ordre de marche pour sauver des vies.
1.Sophie Wilmès, naissance d'une cheffe
C'est banal, mais vital. Dans une tempête, il faut un capitaine. D'abord discrète - elle n'était là, en principe, que pour un bref intérim - Sophie Wilmès a endossé les habits de la cheffe. A sa manière, sobre mais pugnace, allant à l'essentiel, sans bla-bla, pas du tout bling-bling, rassurante, au fond. La libérale apparaît atypique, au-dessus des partis, c'est ce qui fait sa force. Si, au bord du gouffre, la Belgique a retrouvé quelques couleurs, elle le doit d'abord à sa nouvelle Première ministre. Elle incarne d'ores et déjà une femme d'État aux yeux d'une large partie de l'opinion.
2.Le retour du compromis à la belge
On le croyait mort et enterré. Il refait surface. Le bon vieux compromis à la belge a permis l'émergence d'un gouvernement minoritaire disposant des pouvoirs spéciaux. Wilmès II, poids plume au parlement, maxi-pouvoirs dans sa besace. Une bizarrerie typiquement belge. Jadis, le plombier Jean-Luc Dehaene sortait sa boîte à outils pour réparer la tuyauterie tricolore. Sophie Wilmès est la première femme plombière de l'histoire tourmentée de la Belgique. Notre pays en avait bien besoin.
3.Le courage des Flamands non nationalistes
Le CD&V et l'Open VLD ont accepté de gouverner à l'échelon fédéral sans le premier parti flamand, la N-VA. Ils risquent gros, car le gouvernement Wilmès II est très minoritaire en Flandre. Chrétiens-démocrates et libéraux du Nord ont fait preuve d'un vrai courage politique. La N-VA ne se privera pas de les qualifier de "mauvais flamands".
4.Le PS joue la carte du pragmatisme
Ce n'est pas une surprise, le PS a refusé de monter dans un gouvernement d'union nationale avec la N-VA. Bart De Wever proposait comme vice-Premier ministre...Théo Francken. Une provocation. Les socialistes ont, par contre, normalisé leurs rapports avec le MR. Paul Magnette a rendu hommage à Sophie Wilmès. Le courant passe particulièrement bien entre la libérale et Elio Di Rupo, le ministre-président wallon. Les "rouges" ont voté la confiance et accordé des pouvoirs spéciaux, sans état d'âme, au gouvernement Open VLD - CD&V - MR. C'est aussi un acte politiquement courageux car la mise sur orbite de Wilmès II et la nouvelle stature de femme d'Etat de la Première ministre, pourraient à l'avenir doper le MR, au détriment du PS.
5.L'union "nationale" en Belgique francophone
L'entente est au beau fixe entre partis francophones. Le CDH et Défi, dans l'opposition, collaborent avec les partis au pouvoir. Même le PTB, sans accorder sa confiance à Wilmès II, adopte un profil modéré, presque "constructif". Il faut se réjouir de cette union "nationale" qui évite de s'égarer dans de vaines querelles, au moment où l'extrême urgence est évidemment ailleurs.
6.Une nouvelle génération politique a pris ses marques
C'est une bonne nouvelle, les jeunes ministres qui ont été précipitées en première ligne, dans la crise du coronavirus, n'ont pas déçu. Christie Morreale (PS), Bénédicte Linard (Ecolo) et Caroline Désir (PS) notamment - qui ont dans leurs attributions des compétences en matière de santé ou d'éducation - ont vite pris leurs marques.
7.Philippe Close, l'homme à poigne
Autant Sophie Wilmès est une divine surprise chez les "bleus", autant Philippe Close est une heureuse révélation chez les "rouges". Le bourgmestre de Bruxelles et vice-président du PS apparaît plus que jamais, au côté de Paul Magnette, comme l'homme à poigne indispensable à son parti. Présent sur tous les fronts, également médiatique, Close est percutant, rassurant - comme Wilmès - et fuit toute langue de bois. Il jouera un rôle de premier plan dans la Belgique de demain.
8.Il existe une "autre" Flandre
C'est sans doute la meilleure nouvelle pour l'après-crise du coronavirus : il n'existe pas, en Flandre, de rejet populaire de Wilmès II. La N-VA et le Vlaams Belang l'ont certes dépeint comme un gouvernement quasi dictatorial. Ce qui est excessif est insignifiant. Pas sûr que la bêtise et l'indécence des nationalistes ne se retourneront pas contre eux. Ce qui pourrait sauver l'État belge.
9.Bart De Wever a perdu sa patte de lapin
Tout lui réussissait. C'est fini. Depuis plusieurs semaines, Bart De Wever s'emmêle les pinceaux et se plante chaque fois qu'il tente un coup politique. Certes, dans les sondages, le désamour qui frappe le leader de la N-VA gonfle le score du Vlaams Belang. A terme, il pourrait aussi profiter aux partis démocratiques flamands qui prennent aujourd'hui leurs responsabilités.
10.Halte au masochisme !
Les Belges sont parfois masochistes. Ils ont tendance à penser que rien ne tourne rond dans leur pays, que la cacophonie et la paralysie politiques empêchent tout grand projet et toute action cohérente. Ce n'est, hélas, pas toujours faux. Le climat est-il en train de changer ? La lutte contre ce terrible coronavirus semble être enfin prise à bras le corps par les autorités. Il est peut-être temps d'arrêter d'être masochiste.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
L'ESPOIR RENAIT  GRACE A DEUX FEMMES HARDIES


Rien à redire sauf une chose : Paul Magnette en a vraiment pris pour son grade mais De Wever encore davantage, ce qui n’est pas pour nous déplaire.
Oui, l’espoir renaît en notre proverbial bon sens belge qui visiblement avait pris un solide coup sur la cafetière. Sonnée, la Belgique se redresse pour les dix bonnes  raisons qu’énonce  avec talent un Claude Demelenne très en verve.
 « Le Belge sortira-t-il vivant » de son confinement ? Sans aucun doute. Le Belge en a vu d’autres au cours des deux derniers millénaires : occupations, guerres de religion, révolutions, invasions…Ce n’est pas ce minuscule virus aussi insidieux qu’invisible qui va nous jeter à terre. Soyons civiques, pour une fois et suivons à la lettre les recommandations de Sophie Wilmès. Elle ne s’appelle pas Sophie pour rien et elle donne de son parti en crise une image plus solide que son nouveau  président volatile. Faisons, je le répète  confiance aux femmes par temps d’orage.
Et voici que la présidente Ursula von der Leyen sort  brutalement de sa réserve et de son sommeil de belle au bois dormant en persuadant la Commission européenne de relâcher enfin les règles de discipline budgétaire exigées depuis plus d’une décennie par l’Allemande Angela Merkel. « Aujourd’hui, et c’est nouveau et ça n’a jamais été fait auparavant, nous déclenchons la clause dérogatoire générale »
Coup de théâtre Ursula se révèle, elle aussi, hardie capitaine par temps d’orage. « Cette mesure permettra aux Etats membres de dépenser autant que nécessaire pour lutter contre les conséquences économiques du coronavirus. » Du jamais vu, la Commission propose de déclencher la clause d'échappatoire générale des règles budgétaires, pour que les gouvernements aient plus de latitude pour soutenir l'économie.
C’est plus qu’un scoop , c’est une très formidable nouvelle qui va permettre aux Européens de lancer enfin un Green Deal ou New Deal à la Roosevelt  et nous sortir d’une crise financière qui menace.  Profitons à plein de cette aubaine  et des délices du confinement. Ils nous font découvrir des voisins soudain solidaires et des proches soucieux de notre sort. Et quand on en aura fini avec cette saloperie de corona, on pourra s’attaquer sérieusement à la question du climat. Avec le coup de pouce d’Ursula cela devient enfin possible. Une chose à la fois et chaque chose en son temps.
MG




vendredi 20 mars 2020

L'ampleur du danger du coronavirus sous-estimée ? "Il s'agit d'un virus qui va nous occuper encore longtemps"


AFP

La présidente de la Commission européenne a admis que les responsables politiques avaient tous "sous-estimé" l'ampleur du danger représenté par l'épidémie du nouveau coronavirus, dans une interview publiée mercredi par le quotidien allemand Bild.
"Je pense que nous tous, qui ne sommes pas experts, avons sous-estimé au départ le coronavirus", a déclaré Ursula von der Leyen au journal.
"Mais entre-temps il devenu clair qu'il s'agit d'un virus qui va nous occuper encore longtemps", a ajouté la présidente de l'exécutif européen.
"Nous avons compris que toutes ces mesures, qui il y a encore deux ou trois semaines paraissaient drastiques et draconiennes, devaient être prises à présent", a estimé Mme von der Leyen, en rappelant que l'Europe était "en ce moment l'épicentre de la crise".
Elle a néanmoins réfuté le terme de "guerre" contre le virus employé cette semaine par Emmanuel Macron.
"Personnellement, je n'utiliserais pas le terme de guerre mais je comprends la motivation du président français car le coronavirus est un adversaire inquiétant", a dit la présidente de la Commission.
Pour le ministre allemand de l'Economie, les Etats-Unis de Donald Trump ont pris eux encore plus à la légère le virus au départ qu'en Europe.
"C'est la raison pour laquelle nous « espérons beaucoup » que les Etats-Unis parviennent à contrôler la situation, aussi dans notre propre intérêt", a-t-il ajouté, soulignant que "personne ne peut souhaiter que cette économie tombe dans une récession incontrôlée".

CHARLES MICHEL: "AUCUN ETAT N'IMAGINE S'EN SORTIR SEUL"
LLB
"On ne peut pas reprocher tout et son contraire à l'UE" dans la gestion de la pandémie de Covid-19, assure jeudi dans Le Soir et 
De Standaard, Charles Michel (MR) président du Conseil européen. 
Il reconnaît que les Etats membres de l'UE ont été surpris par le caractère exceptionnel de cette crise, mais qu'ils comprennent 
tous qu'ils ne s'en sortiront pas seuls. "Ces deux dernières 
semaines, il y a eu une prise de conscience plus générale du fait 
que cette crise était exceptionnelle. Depuis, au plus haut niveau (...) en quelques jours, on a réussi à faire des progrès très substantiels dans l'harmonisation des mesures pour faire reculer cette menace, mais aussi dans la mobilisation pour la recherche et la question des frontières (extérieures et intérieures de l'UE, NDLR) qui, est toujours un sujet difficile".
"On ne peut pas reprocher à l'Europe tout et son contraire. Lui reprocher de ne pas prendre des décisions centralisées et immédiates et en même temps dire qu'elles seraient une perte de souveraineté pour les Etats", pointe-t-il.
Economiquement parlant, Charles Michel admet qu'"on a tous été collectivement, il y a quelques semaines, très, très surpris par ce à quoi nous étions confrontés".


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
VAINCRE NOS PEURS ! 
PEUR DE LA CONTAGION , PEUR DE L’AUTRE, DE SOI, PEUR DE  MANQUER DE PATES, DE PATATES ET DE PAPIER Q…

Il n’est pas temps d’ « espérer » (von der Leyen) ou d’ « imaginer » (Charles Miche) mais « d’agir » avec énergie et détermination comme le font Sophie Wilmès et Emmanuel Macron !
Quelle mollesse, on attendait franchement autre chose de Dame Europe. Quant à notre Charles Michel national, fils de Louis, son chevalier servant, on ne l’a même pas entendu ou à peine. Macron tient son rôle en bon successeur du général mais sans vareuse militaire et képi deux étoiles ; Sophie Wilmès est la révélation de cette crise corona.  Imaginons un instant  Jacques Delors à la barre de la Commission ou Jean Luc Dehaene ou Guy Verhofstadt…
Mais les vrais  héros de cette crise sont ailleurs, sur la brèche  au cœur du terrain. C’est peu de chose que de brailler sur son balcon pour leur hurler MERCI au personnel soignant !
 Mais avez-vous remarqué que dans cette crise majeure les voix les plus pertinentes et les plus fortes sont des voix de femmes ? « Il aura fallu ce virus, et surtout la dramatique crise économique qui s'en suit, pour comprendre qu'une société d'auto entrepreneurs n'est pas le paradis de l'autonomie mais le cauchemar de la précarité ; que la dérégulation généralisée amplifie les dépendances, les inégalités et, in fine, le chacun pour soi. » (Natacha Poliny)
« Soyons honnêtes, nous sommes des petites choses fragiles. De ridicules agrégats d’angoisse » (N.P.) Le moment est venu de vaincre nos angoisses : peur du confinement, de l’isolement, peur de manquer de pates, de patates et de papier Q, peur pour nos proches, peur de la contagion, peur d’une éventuelle hospitalisation dans des conditions difficiles voire dramatiques, peur du monde qui vient avec la proverbiale montée des périls qui soudain prennent une forme très concrète.  Peur d’un changement d’ère ?
MG


CORONAVIRUS : UNE "GUERRE", DE CONSTERNANTS OFFICIERS ET DE FRAGILES SOLDATS
Natacha Polony
Directrice de la rédaction de Marianne
"Nous sommes en guerre", a martelé Emmanuel Macron. On se gardera de suggérer qu'un tel excès de rhétorique est une faute de goût. Et on choisira plutôt de s'interroger : sommes-nous collectivement, au sommet de l'Etat comme ailleurs, à la hauteur des événements ?
Comme une suspension du temps. Une étrange sensation de flottement qui nous laisse sans prise sur le monde. « Nous sommes en guerre ». Soit. Il nous fallait sans doute ces accents martiaux pour prendre conscience de la nécessité d’enfin bloquer la contagion. Et tout cela semble à la fois absurde et tragique. Pour nous qui n’avons pas vécu la guerre, et qui ne connaissons de l’exode que les photos des longues colonnes de fuyards ou les images terribles de « Jeux interdits », pour nous qui n’avons jamais manqué de rien, jamais connu l’angoisse des tickets de rationnement, les morsures du froid et de la faim, deux ou trois semaines de confinement prennent des allures de cataclysme. C’est sans doute la première fois dans l’histoire qu’une guerre se fera tranquillement installé devant son écran d’ordinateur, avec pour principale crainte un engorgement de la bande passante. Les générations futures retiendront de nous que nous étions assez prompts à nous payer de mots. À nous approprier sans vergogne l’engagement admirable des soignants confrontés, eux, à l’urgence, à la détresse et parfois au manque de moyens.
« Nous sommes en guerre. » Emmanuel Macron a choisi de s’adresser aux citoyens ce lundi 16 mars pour marteler ces mots. Dix fois. On se gardera de suggérer que l’excès de rhétorique, en un moment à la fois exceptionnellement dramatique et sans commune mesure avec une véritable guerre, est une faute de goût. En revanche, il ne fut pas capable de prononcer le mot « confinement ». Ce qui est tout de même dommage puisque nombre de gens qui l’avaient écouté se sont demandé, après son allocution, quelles étaient les consignes précises. Il fallut attendre la prise de parole du ministre de l’Intérieur, à 22 heures, pour obtenir un peu de clarté. Doit-on comprendre qu’Emmanuel Macron, qui avait regardé de haut les Chinois et les Italiens, ne voulait pas admettre qu’il en était réduit à prendre les mêmes dispositions, avec simplement un peu de retard ? Il ne serait pas dit qu’il avait mal calibré son action. Quitte à fustiger l’inconséquence des Français...
UN FILM CATASTROPHE SCÉNARISÉ PAR ERIC ROHMER
Certes, on comprend que l’ironie est mal venue. Le sens critique, même, est de mauvais aloi. En temps de guerre, on ne rompt pas l’union nationale. On se mobilise. En restant chez soi à faire cuire les pâtes. Comme un film catastrophe hollywoodien scénarisé par Eric Rohmer.
C’est tout le paradoxe de la situation. Il a fallu dramatiser à outrance pour que certains prennent enfin conscience qu’on attendait d’eux un minimum d’efforts. L’incivisme est un mal français. Une sorte de trait national, qui fait le charme des « gaulois réfractaires », mais qui se révèle parfois parfaitement consternant. Et le spectacle, après l’allocution du président, de ces gens entassés à l’entrée des supermarchés pour « prendre leurs précautions » avant le confinement était totalement effarant. Y a-t-il une spécificité française de la connerie ? Ou alors, autre hypothèse, la communication entre citoyens et autorité souffrirait-elle de quelques ratés ?
Comment expliquer un tel décalage avec ce que nous voyons partout ailleurs dans le monde, des moyens radicaux de Hong Kong ou Taïwan aux rues désertes de Rome ? Ce n’est pas fracturer l’unité nationale que de considérer que la communication présidentielle a peut-être souffert d’un léger flou. Doux euphémisme, en comparaison des graves accusations d'Agnès Buzyn dans le Monde daté du mercredi 18 mars, expliquant qu'elle avait alerté en vain dès le mois de janvier, notamment sur le fait que les élections municipales ne pourraient pas se tenir dans de bonnes conditions. C'est le problème avec les ministres issus de la « société civile » : ils n'ont pas en tête les impératifs politiciens...
"CE VIRUS NE CONNAÎT PAS DE FRONTIÈRE." VRAIMENT ?
Il y eut d’abord cette période où tout était sous contrôle, le virus était chinois, et l’on était sommé de croire que la France, toutes frontières ouvertes, ne verrait pas arriver l’épidémie. De fait, et jusqu’à aujourd’hui, le mantra présidentiel a été cette phrase absurde : « Ce virus ne connaît pas de frontière. » Petit rappel, donc : ce virus est porté par des être humains qui, eux, s’arrêtent aux frontières, si tant est qu’on le leur demande. Il est admirable de vouloir, en toute circonstance, rester solidement ancré dans le camp du Bien, celui des gens ouverts et tolérants, mais en l’occurrence, quand tous les pays voisins ferment leurs frontières, il y a une raison : si l’on freine la circulation au sein même d’une ville, on peut aussi le faire entre nations, ce qui est visiblement plus rapide qu’aux portes de l’espace Schengen. Et si, comme semble le considérer le président, ceux qui adoptent de telles mesures sont d’affreux nationalistes, il faut alors admettre que notre premier partenaire, celui dont on nous explique qu’il est avec nous comme deux doigts de la main, est touché par ce virus « plus grave » que le coronavirus... L’Allemagne, quand il s’agit de préserver ses intérêts vitaux, n’a pas nos pudeurs... Mais surtout, il n’est pas nécessaire de fermer les frontières quand on choisit de contrôler efficacement ceux qui rentrent. C’est ce qu’ont fait la Corée ou Taïwan, avec des résultats plutôt convaincants. Contrôle de température systématique, détection à grande échelle et quarantaine.
Il y eut ensuite le moment des injonctions contradictoires : évitez la propagation, mais sortez voter. Et si vous êtes supporter de foot, promenez-vous en braillant à la porte des stades fermés sans qu’aucun policier ne vous rappelle à l’ordre. On peut comprendre le souci de ne pas affoler, de rester dans la juste mesure, mais il n’est rien de plus dangereux que de laisser braver les règles dans l’impunité. Mais après tout, Brigitte Macron elle-même, il y a encore dix jours, incitait les Français à aller au théâtre. Et le premier ministre, le samedi 14 mars, lançait tranquillement un mouvement de panique en fermant les magasins au moment même où il enjoignait les Français d'aller voter. Absurde.
"C'EST À LA FIN DE LA FOIRE QU'ON COMPTE LES BOUSES"
Il n'est pas question de faire la moindre leçon. Pas plus que sur les préceptes économiques aberrants qui nous ont conduits, à l'occasion de la propagation de ce virus, à une crise dont nous ne mesurons pas encore la gravité. Dans les campagnes, on conclut généralement que « c'est à la fin de la foire qu'on compte les bouses ». Il risque d'y en avoir un certain nombre. On se demandera dès lors comment on a pu en arriver là.
En attendant, ceux qui veulent continuer à croire en un progrès de l'Homme doivent avoir l'âme bien accrochée. Car le spectacle que nous offrons n'est pas reluisant. D'un côté, la bêtise satisfaite de ceux qui se foutent des recommandations et auront contribué à diffuser ce virus. De l'autre, l'égoïsme crétin de ceux qui se ruent dans les rayons des grandes surfaces, créant par leur panique les pénuries qu'ils redoutent. Prophétie autoréalisatrice. Mais dans un monde où la bourse ne fonctionne que sur ce principe des paniques créant les récessions, comment s'étonner...
Soyons honnêtes, nous sommes des petites choses fragiles. De ridicules agrégats d’angoisse. Ou bien, émettons une hypothèse : la béquille des outils informatiques qui nous forcent à maintenir une continuité de service comme si de rien n’était, tout en gérant des enfants, rend ce confinement plus pénible encore. Et s'en plaindre, quand des médecins soignent dans des conditions épuisantes, ou quand des indépendants se demandent comment ils vont s'en sortir financièrement, est tout simplement mal venu. Avions-nous besoin du président de la République pour nous expliquer que cette situation serait l'occasion de retrouver « le sens de l'essentiel » ? On est pris d'un doute... Pour que chaque citoyen puisse cultiver son bonheur et méditer sur l'essentiel, il faut qu'il ait l'impression que le pacte social est respecté. Que les conditions de l'épanouissement individuel sont garanties par le modèle social et politique découlant du choix collectif.
COMME EN JUIN 40, UNE GUERRE DE RETARD
Les grands serments, les « plus rien ne sera jamais comme avant », sont appréciables. Comment dit-on ? Il n'y a que les imbéciles... Comme en juin 40, une guerre de retard. Il aura fallu ce virus, et surtout la dramatique crise économique qui s'en suit, pour comprendre qu'une société d'auto entrepreneurs n'est pas le paradis de l'autonomie mais le cauchemar de la précarité ; que les réformes imposées au forceps pour « faire entrer la France dans la mondialisation » détricotent un système de protection dont le but est justement de prévoir l'imprévisible ; que la dérégulation généralisée amplifie les dépendances, les inégalités et, in fine, le chacun pour soi.
Pour l'heure, il faut inciter les Français à se serrer les coudes. Les rassurer tout en les mobilisant. Mais pour pouvoir miser sur l'intelligence et le civisme, il faut les avoir cultivés longtemps en amont, par le plus indispensable des outils : l'école républicaine. Et pour pouvoir s'appuyer sur un système de santé incarné par des personnels empreints d'abnégation, il faut avoir bâti, puis préservé, des services publics partout sur le territoire. Ce qui nécessite des rentrées d'argent. Donc le maintien d'un tissu industriel suffisant, là aussi partout sur le territoire... Mais les lecteurs de Marianne lisent ces réflexions depuis longtemps, et partagent ces convictions. Ils seront donc les premiers à applaudir un pouvoir qui mettrait réellement en œuvre ce programme, quand viendra le moment des actes, et non plus des discours.



 COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« COMME UN FILM CATASTROPHE HOLLYWOODIEN SCENARISE PAR ERIC ROHMER. »

Je ne me lasse pas de relire cet article de fond écrit d’une plume alerte trempée au picrate par la journaliste la plus douée  de sa génération. J’en profite pour donner un coup de chapeau à la presse qui multiplie les réflexions pertinentes et les reportages sur le sujet qui éclipse tous les autres. Mais revenons sur quelques phrases choc de ce papier incendiaire  qui donne au lecteur qui le découvre l’impression d’être presqu’aussi intelligent que la personne qui l’a rédigé.
« Comme une suspension du temps. Une étrange sensation de flottement qui nous laisse sans prise sur le monde. »
Oui, c’est précisément de cela qu’il s’agit on ne saurait mieux le dire en si peu de mots.
« C’est tout le paradoxe de la situation. Il a fallu dramatiser à outrance pour que certains prennent enfin conscience qu’on attendait d’eux un minimum d’efforts. L’incivisme est un mal français. Une sorte de trait national, qui fait le charme des « gaulois réfractaires », mais qui se révèle parfois parfaitement consternant. »
Qu’on se félicite, nous autres petits Belges, d’avoir désormais  à notre tête dans une conjoncture politique complètement surréelle une jeune femme de l’âge et de la trempe de Natacha Poliny qui a su nous dire en termes clairs, empathiques  et sans les accents martiaux du jeune président français qui joue les Clémenceau que le situation est franchement dramatique.
Oui, il faut le dire  et l’écrire les femmes se révèlent grand capitaines par temps d’orage. Quel dommage que les Américains ne l’aient pas compris en renvoyant d’abord Hilary Clinton, ensuite  Elizabeth Warren (l’anti Trump par excellence) à leurs casseroles.
Le monde sera sauvé par les femmes ou il se perdra. 
« Ceux qui veulent continuer à croire en un progrès de l'Homme doivent avoir l'âme bien accrochée. Car le spectacle que nous offrons n'est pas reluisant. D'un côté, la bêtise satisfaite de ceux qui se foutent des recommandations et auront contribué à diffuser ce virus. De l'autre, l'égoïsme crétin de ceux qui se ruent dans les rayons des grandes surfaces, créant par leur panique les pénuries qu'ils redoutent. Prophétie autoréalisatrice. Mais dans un monde où la bourse ne fonctionne que sur ce principe des paniques créant les récessions, comment s'étonner... »
Tout est dit en un paragraphe assassin qui fait de la charpie de ce  néo libéralisme qui nous tue à petit feu comme la grenouille dans une casserole d’eau à feu doux.
« Soyons honnêtes, nous sommes des petites choses fragiles. De ridicules agrégats d’angoisse »  C’est du Chanfort et cela nous cloue le bec.
« Avions-nous besoin du président de la République pour nous expliquer que cette situation serait l'occasion de retrouver « le sens de l'essentiel » ? On est pris d'un doute... Pour que chaque citoyen puisse cultiver son bonheur et méditer sur l'essentiel, il faut qu'il ait l'impression que le pacte social est respecté. Que les conditions de l'épanouissement individuel sont garanties par le modèle social et politique découlant du choix collectif. »
Et pan dans le mille ! En quatre phrases, deux ans de politique macronienne et de contestation gilets jaunes  vilipendée et réduite en confettis !
« Il aura fallu ce virus, et surtout la dramatique crise économique qui s'en suit, pour comprendre qu'une société d'autoentrepreneurs n'est pas le paradis de l'autonomie mais le cauchemar de la précarité ; que la dérégulation généralisée amplifie les dépendances, les inégalités et, in fine, le chacun pour soi. »
Et pan dans les gencives des premiers de cordée et vlan le gros pavé dans la théorie caduque du ruissellement.
« Mais pour pouvoir miser sur l'intelligence et le civisme, il faut les avoir cultivés longtemps en amont, par les plus indispensable des outils : l'école républicaine. Et pour pouvoir s'appuyer sur un système de santé incarné par des personnels empreints d'abnégation, il faut avoir bâti, puis préservé, des services publics partout sur le territoire.  »
Après le diagnostic à la serpe,  le remède de cheval : vive le service public : école républicaine et hôpital pour tous. Encore Natacha, encore, on en veut encore !
MG



HELDEN, GROOT EN KLEIN: “HARTVERWARMEND IS HET HOEVEEL MENSEN NU HET BESTE VAN ZICHZELF GEVEN”
 Zelfs mocht je hun namen inkorten tot initialen, dan nog kunnen ze hier niet op een dubbele pagina. Zo talrijk zijn ze, de helden groot en klein, soms in beeld maar veelal anoniem, die de strijd aangaan met het virus. De grote helden die zieke mensen verzorgen en gezonde mensen behoeden voor besmetting. De kleine helden die het land draaiende houden en ons veilig door de eerste turbulenties loodsen van wat straks een storm dreigt te worden.
Hartverwarmend is het hoeveel Belgen nu het beste van zichzelf geven, vakkundig en plichtsbewust, onvermoeibaar en onbaatzuchtig. Wees hen denkbaar en breng hun hulde. Geef hen vanop uw balkon een applausje, zoals in Italië, en vergeet vooral uzelf niet, als verantwoordelijke medemens. Want heldendom is zelden zo eenvoudig geweest als nu. In uw kot blijven volstaat. Meer dan burgerzin is er vandaag niet nodig om het verschil te maken tussen leven en dood.


Zij zorgen dat ons land blijft draaien: helden van vandaag zijn niet alleen dokters, verplegers en wetenschappers

Zelfs mocht je alle beroepen opsommen die vandaag een nuttige bijdrage leveren aan de bestrijding van het virus, dan nog kom je hier plaats tekort. Zo talrijk zijn ze, de functies waarin mensen elk apart hun kleine verschil maken dat opgeteld het gróte verschil maakt. Wie ze oplijst, die beroepen, dreigt er veel te vergeten. Te beginnen met de eerste lijn, de frontsoldaten. De artsen, de verplegers, de zorgkundigen in ziekenhuizen en woonzorgcentra, bij de mensen thuis en in hun eigen praktijk, aan het ziekbed en aan de telefoon. Inclusief al die gepensioneerde zestigers en zeventigers die nog één keer gehoor geven aan hun oude roeping. Virologen, pneumologen, cardiologen, psychologen. Moeders en opvangmoeders. Leerkrachten online. Rekkenvullers. Kassiersters. Inpakkers. Thuisbezorgers. Apothekers. Poetshulpen. Schoonmaakploegen. Vuilnisophalers. Spoeddiensten. Crisiscentra. Drukte. Hectiek. Op en over de limiet. Maar alles met een groot hart.
Het land gaat vandaag omzeggens op slot. Lockdown. We zijn aangewezen op blind vertrouwen. Bonne chance, madame Wilmès.
Dat is wat u ziet. Even belangrijk als het front is de backoffice. Directiekamers waarin mensen met verstand en empathie het hoofd koel houden en het hart warm. Managers en teamleiders die de schade voor hun bedrijf en voor het gezinsleven van hun medewerkers beperken. Vakbondsafgevaardigden die de mens doen primeren op de winst. En ja, ook politici, zij die dezer dagen onder vuur liggen en daar zelf ook schuld aan hebben, verstard als ze zijn in hun ideologietjes en verward in hun strategietjes.
Scepticisme is toegelaten, maar op zijn minst verdient de regering van premier Sophie Wilmès het voordeel van die twijfel. Politieke meesterbreinen doen vandaag verongelijkt, maar Wilmès boezemt veel mensen vertrouwen in, ook Vlamingen, en ze is goed omringd. Geens, De Croo, De Crem, De Block: er zijn coyotes die cynisch zullen grijnzen, maar ik kan veel kwartetten samenstellen die qua IQ en EQ en inzake politieke savoir-faire en nuchterheid lager scoren. Het land gaat vandaag omzeggens op slot. Lockdown. We zijn aangewezen op blind vertrouwen. Bonne chance, madame Wilmès. Courage.
Want laat er geen misverstand over bestaan: het ergste moet helaas nog komen. Tot dusver heeft onze solidariteit iets idyllisch. Vanmiddag zullen we in de eerste lentezon op ons terras nog snel die fles rosé ontkurken die we gisteren hebben buitgemaakt in de supermarkt. En zullen we na het derde glas besluiten dat het nog wel meevalt met die corona. Maar we weten beter. A hard rain’s gonna fall. Het virus zal pas na dit weekend in volle hevigheid toeslaan. Vandaag is iedereen nog zen, maar morgen zal er steeds vaker een wiel afdraaien en zullen her en der de stoppen doorslaan. De vermoeidheid zal toenemen, de prikkelbaarheid ook. Jengelende kinderen, hulpeloze bejaarden. Tijdelijke werkloosheid, oplopende facturen. De samenhorigheid van vandaag is mooi, maar wat we echt aankunnen, allemaal samen en elk apart, zal de volgende tijd zwaar op de proef worden gesteld.
Drie weken geleden kende niemand van ons iemand die besmet was. Vandaag kent iedereen er één, twee, vijf of tien. Morgen zullen dat er twintig zijn. Overmorgen vijftig. Eind volgende week zal iedereen iemand kennen die in het ziekenhuis voor zijn of haar leven vecht. En tegen begin april, de zondag waarop de Ronde had moeten doorgaan, Vlaanderens Mooiste, zal nagenoeg elke Vlaming iemand kennen die aan Covid-19 is overleden. Het virus is ongrijpbaar, maar tegelijk voorspelbaar als het om doden gaat. Vluchten kan niet meer.
We can be heroes / just for one day. Dat is wat wijlen David Bowie zong. Occasioneel heldendom is iedereen gegeven. Laten we onszelf sterkte inspreken voor wat komen gaat. En doen wat we kunnen, elke dag, en elk op zijn vierkante meter.
Jan Segers Het Laatste Nieuws