vendredi 3 janvier 2020

Claude Demelenne: "De Wever a 100% raison"


• Source : Knack 
Han Renard

"Beaucoup de francophones éprouvent une forme hypocrite de patriotisme belge", estime l'essayiste de gauche Claude Demelenne. Entretien avec notre consoeur de Knack.
L'impasse politique au niveau fédéral désespère certaines personnes, y compris du côté francophone. Quel est l'intérêt de s'accrocher à cette Belgique ? "Depuis les élections du 26 mai, je n'y crois plus", déclare Claude Demelenne, auteur de plusieurs livres sur le PS. "D'une part, vous avez l'une des régions les plus à gauche et même d'extrême gauche d'Europe, et d'autre part, vous avez l'une des régions les plus à droite et d'extrême droite d'Europe. Bien sûr, les différences politiques entre la Wallonie et la Flandre ont toujours existé, mais l'écart n'a jamais été aussi grand que lors des dernières élections. Bart De Wever a entièrement raison quand il dit que nous formons deux démocraties".
Demelenne exprime-t-il un sentiment largement partagé par les francophones ? "Je suis de Liège", répond-il. "Lorsque je parle à ma famille et à mes amis de l'avenir de la Belgique, je ressens un nouveau type de fatalisme. En même temps, de nombreux francophones éprouvent une forme assez hypocrite de patriotisme belge. Ils ne sont attachés à la Belgique que pour une seule raison : la sécurité sociale. Ils savent que si la Belgique vole en éclats, les conséquences pour la Wallonie seront dramatiques".
Mais Demelenne ne croit pas que la Belgique va soudain cesser d'exister. "Pour commencer, l'Europe n'acceptera pas", déclare Demelenne. Mais il pense que la Belgique va devenir de plus en plus une coquille vide. "Dans quelques années tout au plus, il n'y aura plus qu'une vitrine belge. Et cela n'a pas d'importance, nous n'avons pas d'autre choix de toute façon".
Demelenne est convaincu qu'un processus vers ce qu'il appelle une "indépendance soft" et le "confédéralisme" de Bart De Wever est la seule option qui reste à la Belgique. Pour Demelenne, presque toutes les compétences fédérales, y compris la sécurité sociale, peuvent être scindées, à condition que de bonnes dispositions financières soient prises avec la Wallonie pour compenser la perte de revenus après la disparition des transferts. "Comme pour un divorce, il doit y avoir une forme de pension alimentaire pour la partie du couple la plus faible financièrement. Une fois cette question financière réglée, je pense que pour la plupart des francophones on peut négocier de tout".
Demelenne constate évidemment que pour l'instant aucun parti francophone n'est disposé à entamer la discussion sur une Belgique confédérale. "Ils vont essayer de gagner quelques années de plus, avec tous les dangers que cela comporte. Au fond, le plus gros problème, c'est que les francophones sont terrifiés et donc incapables de la moindre initiative. C'est pourquoi il serait judicieux que la N-VA s'efforce un peu plus d'expliquer aux francophones qu'une Flandre presque indépendante ne veut pas tordre le cou à la Wallonie. Même les flamingants les plus endurcis savent que la Flandre n'a rien à gagner d'une "Wallonie pauvre comme Job".


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« MEME LES FLAMINGANTS LES PLUS ENDURCIS SAVENT QUE LA FLANDRE N'A RIEN A GAGNER D'UNE WALLONIE PAUVRE COMME JOB".

Il serait insensé de reproduire l’erreur du traité de Versailles qui mit l’Allemagne vaincue à genoux pour deux décennies. La revanche du peuple allemand fut terrible et porta à l’Europe un coup fatal dont elle ne se remettra sans doute jamais. Il ne faut pas que la Flandre écrase la Wallonie comme l’archange Saint Michel terrassa le Prince des Ténèbres. 
Les Wallons  ne sont attachés à la Belgique que pour une seule raison : la sécurité sociale. Ils savent que si la Belgique vole en éclats, les conséquences pour la Wallonie seront dramatiques". « Pour Demelenne, presque toutes les compétences fédérales, y compris la sécurité sociale, peuvent être scindées, à condition que de bonnes dispositions financières soient prises avec la Wallonie pour compenser la perte de revenus après la disparition des transferts. "Comme pour un divorce, il doit y avoir une forme de pension alimentaire pour la partie du couple la plus faible financièrement. »
C’est aussi ce que pense le professeur Herman Mathijs dans un article essentiel  que je me suis efforcé de traduire et que je soumets à votre sagacité.
La  Belgique est régie, il est vrai, par deux démocraties mais il n’en demeure pas moins qu’elle continue curieusement à former une seule société drainée par deux cultures fortement chevillées l’une à l’autre. La Belgique, comme l’Europe est un fascinant paradoxe, une énigme qui est loin d’avoir livré tous ses secrets enfouis dans le delta d’or le plus prospère au monde depuis la fin de le Renaissance.
Non la Belgique n’a pas 190 ans, c’est une terre millénaire, un delta fertile  où se sont déposés au fil des siècles et des occupations les limons les plus féconds aux confins de la latinité et de la germanité. 
C’est une terre bénie des dieux qui ne mesure pas la puissance et la magie de sa singularité. La Belgique implose ; que vive la Belgique.
MG


'ER ZIJN MAAR TWEE PISTES: EEN HARAKIRI-REGERING OF NIEUWE VERKIEZINGEN'
Herman Matthijs (UGent, VUB)
"IL N'Y A QUE DEUX OPTIONS POSSIBLES  : UN GOUVERNEMENT HARAKIRI OU DE NOUVELLES ELECTIONS.

Herman Matthijs,Professeur de finances publiques à l'UGent et à la VUB et membre du Conseil supérieur des finances
A l'occasion de la nouvelle année, le professeur Herman Matthijs analyse froidement la situation politique. 
Un essai de traduction.
Le moins qu'on puisse dire, c'est que la formation du gouvernement fédéral ne se fait pas précisément en douceur. 
Il y a plusieurs raisons à cela : de trop nombreux perdants au scrutin de 26 mai 2019 et un très  grand nombre de petits partis, un résultat opposé avec le centre-droit en Flandre contre la gauche dure dans les deux régions francophones, et la coïncidence des élections régionales et fédérales.  Conséquence de tout cela, pas moins de dix partis siègent à la table de négociation.
Le récent sondage de Noël Laatste Nieuws/ VTM n'a pas rendu  les choses plus faciles.  Du jamais vu : un paysage politique flamand dans lequel deux partis au niveau fédéral atteignent plus de 20 % et pas moins de cinq partis gravitent  autour des 10 %. Cela suscite la panique chez nos politiciens.
INFORMATEURS
Pendant ce temps, nous en sommes à la quatrième mission d'information en vue de former un gouvernement fédéral. Désormais avec un tandem singulier : les nouveaux présidents du MR et du CD&V, Georges-Louis Bouchez et Joachim Coens. Il leur est échu l'honneur de suggérer un gouvernement. Ce faisant,  le Palais renoue indirectement le lien rompu entre ces deux partis. La question est de savoir si c'est une bonne chose pour le CDH et l'Open VLD. 
Au MR, il subsiste des rancoeurs à propos de la coalition en Région Bruxelles Capitale, dont il fut exclu, quand l'Open VLD en fait partie, et à propos  lobbying insistant en faveur d’une violette-verte de la part de  l'Open VLD. Et puis il y a ce mini CDH s’obstine à faire cavalier seul.
Les deux informateurs totalisent ensemble 26 sièges  au parlement. Tous deux sont de parfaits débutants dans le landerneau affublés de surcroit d’une image politique plus  droitière que leurs prédécesseurs. Le MR a perdu jusqu'à six sièges. Les chrétiens-démocrates flamands en ont eux perdu six également et il est frappant de constater à quel point le CD&V vire à droite, avec des déclarations prônant une politique plus stricte en matière de justice et de migration.
 La N-VA quant à elle  entend « migrer » vers le centre, le CD&V vers la droite et l’ Open VLD vers la gauche.  Conséquence, de nombreux sièges seront réattribués lors de la prochaine élection.
L'Open VLD est  divisé quant au  choix gauche-violet-vert préconisé par ses instances dirigeantes. Avec 76 sièges seulement, cette configuration  est à l'évidence trop restreinte. De plus, l'Open VLD, qui est présent  au niveau fédéral depuis 20 ans, sera  confronté bientôt à une élection présidentielle difficile. Les libéraux flamands ne peuvent plus se permettre le moindre revers électoral, sans quoi ils  risquent un problème de survie.
Il en va de même pour le CD&V : il ne peut plus se permettre la moindre défaite électorale. Le parti a entre ses mains  la clé pour dépanner une  violette-verte. Mais les chrétiens-démocrates flamands n'ont pas été traités avec équité par Paul Magnette (PS) lors de ses tentatives de formation. Et reste la question de savoir qui occupera le 16. Le  CD&V détient une autre clé. Si, de fait, son président Joachim Coens exige une majorité flamande dans un nouveau gouvernement fédéral, la N-VA devra forcément en faire partie. Une nouvelle collaboration entre le CD&V et la N-VA devrait sérieusement parasiter la partie d'échecs politiques en cours.
Si l'Open VLD et le CD&V rejoignent le gouvernement fédéral sans la N-VA, les nationalistes flamands (NVA) auront un sérieux souci avec leur gouvernement flamand, qui a beaucoup  de mal a sortir  des starting-blocks. Par ailleurs, il n'est pas du tout certain qu'une opposition commune avec le Vlaams Belang soit favorable à la N-VA en termes électoraux.
En attendant, le Vlaams Belang est assis  dans un confortable  fauteuil. Il  récolterait à l'évidence les bénéfices d'un nouveau tour de scrutin. Autrefois, la position de ces partis flamands fut fragilisée par le cordon. Mais maintenant que la somme du Vlaams Belang et de la N-VA est majoritaire en Flandre, une situation politique sans précédent se présente à l’électorat flottant. S'il devait y avoir un gouvernement fédéral malgré tout, le Vlaams Belang serait mis au défi de maintenir un niveau élevé dans les  sondages d'opinion.
Cette dernière remarque s'applique également au PVDA-PTB. Le SP.A est traqué par le PVDA et ne peut pas se permettre de faire encore le moindre faux pas: le seuil électoral est vraiment proche. De plus, ce sera un exercice difficile pour les socialistes de gouverner au niveau fédéral en étant absents du niveau  flamand et pareil  pour Groen.
Peu importe qui se joindra à un nouveau gouvernement fédéral, ce sera le résultat d’un compromis qui ne sera sans doute pas applaudi par la base des partis qui s’y résigneront. Sur tous les points, les contradictions sont légion: budget, fiscalité, migration, marché du travail, défense, réforme de l'État, avortement, euthanasie, etc. De plus, il subsiste un problème structurel essentiel qui n'a pas été affronté depuis des années : nos  gouvernements vivent au-dessus de leurs moyens. Les Pays-Bas quant à eux ont réussi à  réaliser un excédent budgétaire de pas moins de 14 milliards sur l'année 2019.
Il y a en ce moment pas moins de dix partis autour de la table de négociation. La question est de savoir qui jettera l’éponge et quand ? Un gouvernement à majorité flamande n'est possible qu'avec la participation de la N-VA. Ce sera une bataille très difficile à mener contre les numéros un et deux en Flandre, la N-VA et le Vlaams Belang. En effet la N-VA et le Vlaams Belang  ensemble obtiendront une nette majorité dans les sondages. D'ailleurs, une coalition Vivaldi (violet-vert avec les démocrates-chrétiens) serait trop à gauche par rapport aux résultats électoraux  flamand du 26 mai. Et comment  gouverner avec huit partis...
Le paysage politique n'a jamais été aussi compliqué et déconcertant. Cela est dû à notre système électoral, qui comporte des circonscriptions électorales provinciales et un seuil électoral de 5 p. 100. Ce système devra être réformé  si on veut moins de partis au Parlement. Seulement, quel est la formation politique  qui  osera une telle réforme ?
RÉFORME DE L'ÉTAT
Il est assurément nécessaire de réformer l'État, car sans un système institutionnel fonctionnant correctement, la politique socio économique et budgétaire ne peut pas être conduite de manière optimale et ce pays risque de rejoindre définitivement les Etats du sud de l'Europe avec une perte massive de prospérité.
Dans les derniers jours de 2019, les cinq présidents des partis francophones qui se sont mis à table ont entrevu la lumière en  annonçant qu'ils étaient prêts à  envisager une réforme de l'État. Il est remarquable que les dirigeants francophones se réunissent pour  discuter de cela ; on  attend toujours une telle réunion  du côté flamand.
En tout état de cause, une réforme de l'État devra comprendre bien plus qu'un recours à une commission sénatoriale. Le cœur d'une discussion sur la réforme de l'Etat portera sur l'argent, en d'autres termes : QUEL MONTANT DE « PENSION ALIMENTAIRE » la Flandre, plus riche, est elle disposée à octroyer aux deux Etats fédérés plus pauvres ?
GOUVENEMENT  D'URGENCE
L'idée d'un gouvernement d'urgence semble avoir beaucoup de partisans. Mais qui siègera dans un tel gouvernement et quelle politique sera suivie ? La plupart des casus belli sont des problèmes budgétaires : tout est lié à tout.
Donc, s'il y avait un nouveau gouvernement, il faudrait qu'il y ait entente sur tout. Pendant ce temps, le pouvoir des trois partis qui font partie du gouvernement en affaire courantes  s'accroît.

NOUVELLES ÉLECTIONS
S'ils n’en  sort pas, et il est peu probable qu’il s’en sorte le monde politique devrait se tourner à nouveau vers les urnes. Parce que toute situation politique bloquée exige un recours  démocratique à l'électorat. Il est peu probable qu'il se trouve actuellement une majorité à la Chambre en faveur un tel scénario. A part le Vlaams Belang et les communistes (30 sièges au total), il n'y a pas de véritables partisans des nouvelles élections fédérales.
Il y a un vrai  problème avec ce" gouvernement provisoire", en affaire courante qui ne peut compter que sur le soutien  38 sièges sur 150. Une possibilité est d'attendre le prochain sondage de Pâques et de décider ensuite. L'idée qu'Israël et l'Espagne d’organiser de nouvelles élections si aucun accord n'est possible pour un gouvernement dans un certain délai mérite assurément un débat parlementaire.
Tout bien considéré, dans une démocratie, l'électeur a toujours raison. Un parti politique qui perd les élections ne peut désigner qu'un seul coupable : lui-même. De plus, une politique n'est jamais sanctionnée par les électeurs, mais bien une absence de politique. Pourquoi les partis de la coalition suédoise ont-ils chuté  le 26 mai de cette année ? Parce qu'ils ont fait trop peu aux yeux de leurs propres partisans.
Au vrai le choix au niveau fédéral est entre un gouvernement Harakiri ou de nouvelles élections.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
C’EST CARREMENT L’IMPASSE
Que d’encre et de salive gaspillées en vaines analyses. Il faut s’y résoudre : la situation est devenue inextricable. 
Nous retiendrons deux points essentiels de la remarquable synthèse du professeur Matthijs 
1 Een regering met een Vlaamse meerderheid is alleen mogelijk met de hulp van de N-VA. Het zal een zeer moeilijke race worden om te besturen tegen de nummer één en twee in Vlaanderen, tegen N-VA en Vlaams Belang. 
2 De kern van een gesprek over een staatshervorming zal gaan over geld, met andere woorden: hoeveel alimentatie wil het rijkere Vlaanderen geven aan de twee armere deelstaten?
Ce sera cela ou de nouvelles élections à l’issue incertaine. Incertaine ? Pas du tout : elles confirmeront le triomphe de l’illibéralisme en Belgique, comme presque partout en Europe, avec un effondrement des partis traditionnels annoncé et une victoire assurée des partis protestataires et très peu démocratiques : le Belang et le PTB. 
MG


   


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