dimanche 19 janvier 2020

Emir Kir exclu du PS: "Une décision qui restaure l'honneur des socialistes"


Belga Dh, La Libre

La commission de vigilance du PS bruxellois a décidé l'exclusion du député-bourgmestre de Saint-Josse Emir Kir, a-t-on appris samedi à la Fédération du Parti Socialiste sur le coup d'une heure du matin. L'information a peu de temps après été confirmée par le président et les deux vice-présidents du Parti socialiste bruxellois dans un communiqué.
"Le PS bruxellois prend acte de la décision rendue par sa Commission de vigilance ce vendredi 17 janvier, d'exclure Emir Kir. Saisie d'une plainte introduite par un militant pour rupture du cordon sanitaire - accueil et rencontre avec deux maires du MHP, parti d'extrême droite - la Commission de vigilance a pris sa décision conformément aux statuts du Parti Socialiste", ont indiqué le président Ahmed Laaouej, et les vice-présidents Isabelle Emmery et Martin Casier. Selon ceux-ci, la Commission de vigilance du PS bruxellois a statué après avoir pris connaissance du rapport de deux rapporteurs chargés d'analyser le dossier, et après avoir procédé à plusieurs auditions des parties concernées par la procédure. 
"En conclusion de ses travaux, la Commission de vigilance fédérale a conclu que la rupture du cordon sanitaire avec un parti d'extrême droite était incompatible avec la qualité de membre du PS. Elle juge qu'il y a eu rupture du cordon sanitaire et qu'il y a eu un manquement de vigilance aux conséquences graves, de la part de ce mandataire expérimenté, dans la connaissance et dans l'enquête préalable et préparatoire portant sur les appartenances politiques des membres de la délégation de l'Association des Villes et des Communes de Turquie (TBB) qu'il a reçue le 04 décembre 2019 alors qu'elle était présente à Bruxelles du 2 au 5 décembre", souligne le communiqué. 
Il y est enfin précisé que conformément à l'article 79 § 2 des statuts du PS, la décision est susceptible d'appel dans un délai de 30 jours à dater de la notification, auprès de la Commission de vigilance nationale du PS. A défaut d'appel dans le délai prescrit, la décision devient définitive. 
La commission de vigilance qui s'est réunie durant plusieurs heures avait à prendre position sur plainte de Jeremie Tojerow, un militant saint-gillois du parti au sujet de la rencontre du député-bourgmestre de Saint-Josse-Ten Noode avec deux maires turcs d'extrême droite, aux côtés de quatre autres maires turcs en marge d'une réunion à laquelle ceux-ci avaient pris part au niveau européen en décembre. 
Jusqu'à présent, sans nier les avoir rencontrés, M. Kir a toujours démenti avoir invité ces bourgmestres d'extrême droite. Mardi dernier, après avoir été entendu par les rapporteurs de la commission de vigilance de la fédération bruxelloise du PS, il avait redit son "attachement aux valeurs du PS et rappelé avec force" sa "condamnation de l'extrême droite", reconnaissant "une erreur d'appréciation" de sa part.
"Une décision qui restaure l'honneur des socialistes"
Jeremie Tojerow, le militant socialiste à la base de la plainte à l'encontre d'Emir Kir, a tenu à saluer une "une décision difficile, mais qui restaure l'honneur des socialistes".
Sur son compte Facebook, il a estimé qu'"en prenant une sanction aussi ferme contre une personne qui occupe des fonctions politiques de premier plan, et a obtenu des scores électoraux importants", le PS bruxellois rappelait que "personne n'est au-dessus de ses principes et combats fondamentaux, simple militant ou mandataire important". "Elle rappelle aussi combien la logique "ethnico-nationaliste" est en contradiction avec les valeurs universelles du parti socialiste. L'extrême droite, le racisme, les libertés individuelles ne sont pas des concepts relatifs, à géométrie variable, ou de simples éléments de langage, mais bien les principes directeurs de notre action" a-t-il ajouté. 
M. Tojerow a par ailleurs tenu à s'adresser aux militants ou citoyens à qui certains ont voulu, selon lui faire croire que sa démarche participait à un lynchage raciste ou turcophobe. "Chacun(e) a le droit fondamental, qui est au coeur des valeurs du PS et de mon engagement politique de toujours, d'être attaché(e) à ses identités multiples, sa culture d'origine, au pays de ses parents, de pratiquer un peu, beaucoup ou pas du tout la confession religieuse héritée de ses parents. C'est pour assurer et garantir ce droit que nous avons besoin de la force d'une organisation collective et de mandataires capables de rassembler travailleur(se)s et citoyen(ne)s de toutes origines autour de valeurs et principes universels. Plus que jamais dans le contexte actuel, nous ne pouvons pas nous permettre des dirigeants qui invoquent les libertés individuelles et le droit des minorités selon le contexte national ou les groupes de la population concernés: ils sont, au mieux, les alliés objectifs des forces d'extrême droite et anti-lumières, et ne servent pas du tout les intérêts des groupes qu'ils prétendent défendre et représenter. Ils rendent impossible la défense de ces principes et le rassemblement le plus large autour d'eux", a-t-il expliqué.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
10 QUESTIONS SANS REPONSES

Cette affaire Kir soulève un certain nombre de questions dont la presse ne donne point jusqu’ici  de réponse :
1. Qui est Jérémy Tojerow, le militant socialiste de Saint Gilles qui a déposé la plainte contre Kir ? Quelles sont ses motivations ? On sait qu’il est docteur en droit de l’ULB, ancien président du cercle du Libre Examen, « cabinetard » du PS repéré par Elio Di Rupo.
2. Emir Kir a-t-il l’intention de faire appel de la décision ?
3. Pourquoi la soudaine démission de député bruxellois Oskara qui se veut solidaire de Kir et dont la réputation de communautariste engagé n’est plus à faire ?
4. Y aura-t-il d’autres démissions ?Si d’autres députés PS bruxellois devaient faire défection quid de la majorité du PS à la Région bruxelloise où il ne devance plus Ecolo que d’un siège.
5. La détermination du nouveau président du PS, (lui aussi issu de l’ULB où il enseigne en qualité de professeur ordinaire) de mettre au pas les brebis galeuses du PS  va-t-elle créer un séisme au sein du premier parti wallon ?
6. La décision de défénestrer Kir prise par le nouveau patron de la fédération socialiste bruxelloise Ahmed Laaouej a-t-elle fait l’unanimité au sein de l’ancienne fédération de Laurette Onkelinx et avant elle Philippe Moureau?
7. Quelle sera l’attitude des élus de la communauté turque ?
Allons-nous assister à la création d’un ou de plusieurs partis de type communautariste à Bruxelles ?
8. Le Parti Socialiste sortira-t-il renforcé (moralement oui mais politiquement ?) ou affaibli par le départ de Kir ?
9. Cette affaire majeure aura-t-elle un quelconque impact sur la formation d’un gouvernement fédéral ?
10. Ou sur la décision du PS de recourir à des nouvelles élections ?
MG

EMIN OZKARA DEMISSIONNE: UN ELU DE MOINS POUR LE PS AU PARLEMENT BRUXELLOIS
Emin Ozkara annonce sur sa page Facebook sa décision de siéger comme indépendant. Le groupe PS comptera donc 16 élus au lieu de 17, à peine 1 de plus qu’Ecolo.
par Véronique Lamquin

Pierre-Yves Thienpont
Quinze heures après l’exclusion d’Emir Kir, Emin Ozkara, député socialiste au Parlement bruxellois a annoncé sur Facebook sa décision de siéger comme indépendant. Tant comme député régional que comme conseiller communal à Schaerbeek. Nous n’avons pas réussi à joindre Emin Ozkara pour qu’il motive sa décision.
Pour rappel, le député fait, lui aussi l’objet d’une plainte devant la commission de vigilance de son parti. En avril dernier, juste avant les élections, il s’était désolidarisé de la position de son groupe lors d’un vote sur les règles de transparence. Un acte de « rébellion » politique qui faisait suite à des incidents, plus graves, l’ayant opposé, ainsi que des représentants de Cumuleo et Transparencia à certains élus de son groupe. Le ton était nettement monté et s’était fait menaçant envers plusieurs élus et collaborateurs socialistes.
Les accusant à son tour d’intimidation à son égard, Emin Ozkara avait déposé plainte pour intrusion et vandalisme de son bureau, la police judiciaire était descendue sur place. La rupture avec le PS était, pensait-on, consommée… Sauf qu’il était trop tard pour biffer son nom d’une liste électorale à qui il a apporté 4.385 voix et donc un siège. Au lendemain du scrutin, Caroline Désir avait déposé plainte devant la commission de viligance du PS. Un dossier dépassé, dans les urgences, par celui d’Emir Kir…
Si Emin Ozkara siège bel et bien comme indépendant dès ce lundi, le PS ne disposera plus que de 16 sièges, un seul de plus qu’Ecolo… Et ce alors que, suite à l’affaire Kir, d’aucuns s’interrogent sur l’attitude des trois autres élus de la communauté turque au Parlement

Aucun commentaire: