dimanche 12 janvier 2020

Le village autrichien de Hallstatt supplie les touristes de ne plus venir


Maaike Schwering
Journaliste Knack Weekend in Le Vif
Le maire du village idyllique de Hallstatt supplie les visiteurs de ne plus venir, par crainte que ce décor de conte de fées ne survive pas au tourisme de masse.
Hallstatt est un beau village historique dans la région autrichienne du Salzkammergut. Entouré de montagnes, les Alpes, situé au bord du lac de Hallstatt, ce décor époustouflant en font un endroit particulièrement ravissant. Mais depuis qu'elle a été proclamée "ville la plus instagrammable du monde" en Asie et qu'elle a été, semble-t-il, le modèle de la ville fictive d'Arendelle dans le dessin animé de la Reine des Neiges de Disney, Hallstatt est envahi par les touristes, venus en majorité de Chine, du Japon, de Thaïlande et de Corée du Sud.

Peuplé de 770 habitants, le village reçoit quelque 10.000 touristes par jour et attire ainsi six fois plus de touristes par habitant que Venise, destination déjà ultra touristique.
Or, jusqu'en 1960, Hallstatt était un havre de paix : accessible uniquement par bateau, rare étaient ceux, hormis ses habitants, à connaître la beauté du village. La construction des routes a donné le coup d'envoi au tourisme, qui, pendant des années, a été facile à gérer.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
DISNEYLANDISATION

« Peuplé de 770 habitants, le village reçoit quelque 10.000 touristes par jour et attire ainsi six fois plus de touristes par habitant que Venise, destination déjà ultra touristique. »
On appelle la « tourista » cette diarrhée qui pourrit la vie des touristes du Nord quand ils débarquent benoitement dans les pays du Sud.
Devons-nous appeler la « disneylandisation » de l’Europe ce tourisme de masse qui gangrène nos plus beaux sites et lieux européens ? On me dira que cela fait marcher le commerce bas de gamme. C’est vrai mais à quel prix pour les indigènes.
Bruges, Gand, Anvers, Bruxelles et même Namur et Dinant sont envahis par des hordes de touristes asiatiques. Faut-il s’en réjouir ou nous demander si nous sommes devenus à notre corps défendant une sorte de zoo archéologique pour les ressortissants de nations en pleine expansion économique tandis qu’on nous regarde au mieux comme le Disneyland du monde au pire comme le jardin zoologique d’une humanité qui change : une réserve d’indiens en rapide déclin ?
MG

PATRICK BONTINCK, LE CEO DE VISIT.BRUSSELS 
Diplômé de la prestigieuse école hôtelière de Lausanne, Patrick Bontinck a commencé sa carrière au sein du groupe familial belge Martin’s Hotel. "On est passé de 5 à 10 hôtels en 15 ans de temps, explique celui qui deviendra le bras droit du patron John Martin, avant de prendre la direction de ce qu’on appelait à l’époque le BITC, l’organisme en charge des congrès et du tourisme à la Ville de Bruxelles. En 2014, la compétence devient régionale. Patrick Bontinck est aujourd’hui à la tête d’un organisme indépendant public, désormais nommé Visit.Brussels et qui emploie plus de 180 personnes. "Notre mission a encore été élargie puisque dans l’accord du nouveau gouvernement bruxellois, nous devons gérer l’ensemble du city marketing de la Région, explique-t-il. Nous sommes aussi mandatés par les communautés flamande et française pour faire la promotion de la culture à Bruxelles. Cela permet d’avoir plus de cohérence."


En 1997, Hallstatt est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco. Mais il aura fallu attendre 2006 pour que le flux massif de touristes ne commence. L'origine de cet engouement : la mention du village dans un salon des vacances en Corée du Sud. Un milliardaire chinois a alors été tellement impressionné par Hallstatt qu'il l'a fait reproduire dans la ville chinoise de Huizhou. Très vite, les touristes qui visitaient la réplique voulaient également voir l'original en Autriche. Et depuis la sortie du très populaire Reine des Neiges, la digue a cédé et le tourisme de masse s'est littéralement abattu du Hallstatt.
Au quotidien, les habitants subissent les touristes qui font des selfies à tous les coins de rue, les drones qui survolent le lac, les séances de photos de mariage, les regards indiscrets dans leurs intérieurs de maison, les intrusions dans les jardins pour s'asseoir sur les bancs ou même celles dans les maisons pour utiliser les toilettes.
On pourrait penser que les habitants profitent financièrement du tourisme. Mais comme les touristes ne passent pas la nuit, ne mangent pas et semblent seulement venir ici pour prendre quelques photos et selfies, ils repartent sans même avoir dépensé d'argent.
 . © Getty Images . © Getty Images
Pour le maire, Alexander Scheutz, la coupe est pleine. Lieu important de l'histoire culturelle du pays, il craint que son village ne soit victime du tourisme de masse, et souhaite ainsi réduire le nombre de touristes d'au moins un tiers. Mais, pour ce faire, il ne possède aucun moyen, d'où cette supplication.
En novembre 2019, quelques maisons typiques ont brûlé. Puis le maire a fermé les routes donnant accès au village. Mais cela n'a pas empêché les touristes de continuer à affluer. À partir du 1er mai, le nombre de bus autorisés à entrer à Hallstatt sera limité à 54 par jour. Ils ne pourront pas stationner plus de deux heures. Des mesures, modestes, qui expliquent que les habitants ont peu d'espoir que cela fasse changer les choses. Entretemps, plusieurs familles ont quitté leur village pour chercher refuge dans la région.
Le maire espère que son appel, ainsi que les mesures de restriction du tourisme en bus, permettra à son village et ses administrés de reprendre leur souffle et retrouver un peu de calme. 

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